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C'est le soir. Dans la rue déambule une foule bigarrée, faite de pelisses et de caracos. On rit, on jacasse, on esquisse des pas de danse. Devant la foule, bondit un petit soldat, la capote râpée, la toque de côté. A la rencontre de la foule vient un "sous-off". Il se jette sur le petit soldat : - Pourquoi tu ne me salues pas ? Pourquoi ? Halte-là ! Qui es-tu ? Pourquoi ? - Mais, mon mignon, nous sommes déguisés ! dit le soldat d'une voix de femme, et toute la foule, sous-off compris, part d'un grand éclat de rire... Anton Tchékhov, Les Déguisés. |
Bonne année !
J'ai fini la biographie de Tchékhov par Henri Troyat, admirable bouquin sur un admirable bonhomme. J'en rêve, littéralement, toutes les nuits, j'en suis obsédé. J'ai commandé le volume du Théâtre, mais aussi le "Mon Tchékhov" de Peter Stein chez Actes Sud. Stein est un metteur en scène de théâtre... envoûté (gravement, semble-t-il), par Tchékhov :-)
Me suis aperçu avec joie que 2004 correspondait au centenaire de la mort de Tchékhov. S'ils pouvaient éditer ses Carnets...
Deux poches, donc, se sont ajouté à ma russophilie hivernale : La Russie Inachevée dont j'ai déjà parlé, et Le Roman de Saint-Pétersbourg, de Vladimir Fédorovski. Envie de lire aussi Gorki.
La lecture de la biographie me donne envie d'aller visiter la Crimée, Yalta, l'Ukraine. Il doit être fabuleux d'y aller hors-saison, comme à Deauville en Avril (photo). Villes mortes, hantées. Je pense à Mort à Venise.

Regardé Betrayed de Costa Gavras. Toutes sortes de rouages sont mis à contribution par le metteur en scène pour encadrer son histoire. C'est effrayant d'efficacité, et je continue d'être très troublé par cette actrice, Debra Winger.
Jünger dit qu'il existe des lieux qui vous regardent. Les yeux de certains lieux se fixent sur vous et vous observent attentivement. Il est probable, lorsqu'on le sent, que la peur survienne, mais ça n'est pas forcément le cas. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne pense plus qu'à ça (Qui est là ? Qui me regarde ?).
Trouvé :

Extraits de la revue Lire :
Roger Grenier est un biographe impressionniste: en regroupant dans un désordre apparent témoignages, citations, anecdotes et petits détails qui n'ont l'air de rien, il tente de percer les secrets de Tchékhov. Comment pouvait-il écrire avec une telle facilité ? Comment a-t-il pu produire des romans, des pièces de théâtre et 588 nouvelles sans connaître la moindre panne d'inspiration ? Par quel miracle a-t-il si souvent atteint la perfection, sur un coin de table ? Et puis, d'où vient le pouvoir quasi divin qu'il exerce sur ses lecteurs? Un critique russe résuma jadis en une phrase son oeuvre tout entière: << C'est drôle et cela serre le coeur. >>
Lu presque tout le livre de Stein, un très grand metteur en scène de théâtre Allemand, qui parle de choses étonnantes. D'abord, la sensation que Tchékhov n'est pas mort, que ce n'est pas possible. Ensuite, que c'est le seul auteur qui lui donne une envie impérieuse de rejoindre ses personnages sur scène (!). Puis que c'est le SEUL artiste et le seul homme incarnant pour lui un idéal, un modèle d'imitation. Il souligne aussi que l'auteur peut être vu par trois prismes : ses nouvelles, son théâtre, sa correspondance. Il souligne ses atouts théâtraux : Tchékhov fut le premier à transformer le "héros" ou personnage principal par un "groupe de personnages", sorte de polyphonie. Il exprime bien aussi l'idée du "sous-texte" (quelque chose qu'on ressent dans ses nouvelles aussi), c'est à dire l'idée que ce qui est dit contient autre chose que la somme des mots, c'est un aspect quasi musical. Tous ses personnages font des erreurs, mais ils sont adorables. On a dit que Tchékhov était l'écrivain de la compassion. J'avoue être totalement envoûté, ce qui ne m'est pas arrivé depuis au moins dix ans (Bernhard).
Je suis décousu, sorry, cela correspond à mon état de fatigue ;-)
Films qu'on relie, compare souvent, ou inspirés de Tchékhov :
La Cerisaie (avec Charlotte Rampling). La Petite Lili (inspiré de La Mouette). Hannah et ses Soeurs de Woody Allen. Les Yeux Noirs (sublime mélange de nouvelles de l'auteur), par Nikita Mikhalkov et avec Mastroianni. Partition Inachevée pour Piano Mécanique, du même metteur en scène, d'après la pièce Platonov.
Il s'agit de montrer que, mises à l'épreuve de la vie, les illusions meurent, passent, et qu'avec le temps elles ne sont plus que des illusions.
Le désespoir qui leur succède nous oblige à les maudire, à les détester et à renoncer à en forger de nouvelles.
Mais on s'aperçoit qu'il est impossible de vivre sans illusions...
Peter Stein : Mon Tchékhov
Livre à trouver un jour : Carnets de Montherlant.
Pour la pensée Hindoue, la principale faute c'est l'ignorance, et la principale qualité c'est l'attention.
Marguerite Yourcenar : Portrait d'une Voix
Trouvé cette belle photo de Sigourney Weaver. Visage en angles, bras en angles, décors en angles, photo prise avec un drôle d'angle (en dessous, pourquoi ?). Visage de celle qui vient de tuer son mec et qui se dit, un soir de canicule, "Et maintenant ?". Ou alors, en train de réfléchir en prenant l'air, elle vient de se rendre compte qu'elle a oublié un détail...
En photo et en peinture, j'aime que "on dirait un passage d'un film", qu'on se demande ce qui se passe, avant, pendant et après, qu'il y ait "quelque chose qui cloche mais quoi ?". Hi hi !

Jolie page "Bibliothèque idéale" :
http://perso.wanadoo.fr/denis.feldmann/biblio.htm
Longue biographie de Tchékhov :
http://perso.wanadoo.fr/cl/Tchékhov.htm
Le carnet de Balibar dans Libé (en répétition de... Tchékhov) :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=164680
58 citations de vous savez qui :
http://www.evene.fr/citations/auteur.php?ida=1188
Fiche théâtre Tchékhov :
http://www.denise-pelletier.qc.ca/fiches/auteurs/Tchékhov.html
Trouver : Lermontov. Gogol.
Dans toutes ses interviews, Fanny Ardant prend la pose de la grande malheureuse qui a perdu l'amour et raté sa vie, en quelque sorte. Image d'Epinal de la grande romantique, à qui, peut-être, il faut quotidiennement décrocher la lune sous peine d'élimination directe...
Pourtant, elle dit quelque part que la "vie de famille" est comme un abîme, ce qui me semble révéler quelque chose, confirmer ce que je pense depuis bien longtemps : Le romantisme, c'est la solution de facilité. On fait des grands cris et des grands drames et les échecs sont mortels (évidemment).
Je me sens très borgésien, qui parle de modestie complexe. Etre tenace, tranquille, ou approfondir, c'est donc ça, qui est difficile ? Ceci m'évoque le terme de discipline...
Impossible de retrouver la citation de Yourcenar, qui en un clin d'oeil, explique qu'il faut sans doute être très romantique pour oser faire appel... à la raison.
Trouvé la 2ème Pléiade de Tchékhov (sur 3, c'est la moins chère ;-). Reçu par la poste (merci Internet !) un livre introuvable : "Tchékhov vu par ses contemporains", extraits de livres de personnages qui l'ont connu (ses frères, sa femme, sa soeur, Gorki ou Stanislawski). Je suis content comme un gosse d'avoir rencontré cet homme.
Belle page web : Chez Marylène. Le Carnet est à explorer. J'y ai trouvé un bouleversant haïkaï :
l'arbre que j'abats
comme il est calme
Je pense qu'il y a beaucoup d'orgueil à s'imaginer que quelqu'un, là-haut, prend la peine de tirer nos faibles ficelles, et il y a presque une sorte de blasphème à s'imaginer que l'infini, l'éternel s'occupe ainsi de nous.
Marguerite Yourcenar : Portrait d'une Voix (entretiens)
Quand j'étais adolescent, le premier écrivain qui m'aie vraiment obsédé, c'est Cavanna. Avec son cycle Les Ritals, Les Russkofs, il m'a tellement appris sur le fait de grandir...
Mes plus grands chocs littéraires sont dans l'ordre : William Faulkner (pour son univers, bien sûr, mais aussi son style, son écriture tellement... intense que ç'en est quasi douloureux), puis Thomas Bernhard (ou l'organisation monstrueusement efficace et hilarante de la colère), Ernst Jünger (pour sa prodigieuse culture, et sa double-lecture permanente de la vie), et maintenant Anton Tchékhov. A chaque fois, un choc obsédant, l'impossibilité ou presque de lire autre chose...
Il est bien facile de mettre des étiquettes sur nos amis humains. Champagne ! :
Enfant dingue : marche tôt (avant 1 an), bouge tout le temps (ne tient pas en place), ne finit rien (ne sais pas se concentrer), fait du bruit, regarde la TV toute la journée (ou plutôt elle est allumée toute la journée), n'est pas intéressé par les livres, tombe tout le temps, frappe, les parents travaillent, n'ont pas le temps, sont fatigués. C'est la vie !
Combien d'adultes ne supportent pas le silence (je mets la TV ça fait une présence) ? La solitude ?
A ce propos, j'ai ramené ce livre épatant :

Solitude comme ressource, repli, protection, point de départ. Le texte est merveilleux.
Allez, je râle un peu :
Anecdote que j'adore : dans un petit village, l'épicier ferme boutique parce que toutes les familles vont faire le plein de marchandises une fois par semaine au méga-supermarché à quelques kilomètres. Plus d'épicerie. Alors nos amis humains se plaignent, et ne se rendent pas compte que c'est de leur faute. Inconséquence.
Anecdote que j'adore : un gamin dans le courrier des lecteurs d'une revue de jeux vidéos se plaignait que les éditeurs ne sortaient quasiment plus du tout de jeux comme Quake. Le vaillant rédacteur répondit en se fâchant tout rouge que A FORCE DE COPIER/PIRATER TOUS LES JEUX QUI SORTENT LES EDITEURS NE GAGNENT PLUS RIEN ET N'EN EDITENT PLUS, se rabattant sur les jeux en réseau (qu'on ne peut pirater, puisqu'on est en réseau) ou pour console. Inconséquence.
La presse en fait ses choux gras : les internautes téléchargent du mp3 comme des fous, les petites maisons de disques s'écroulent une par une, les grosses ne signent plus de nouveaux artistes. Bientôt (et ça commence déjà) les magasins vont déréférencer ce qui ne se vend plus, et on ne trouvera dans quelques années que des compiles à prix bradés. Vous allez voir qu'ils vont se plaindre...
Et ceci (DivX !) va se passer avant 5 ans pour le cinéma. Vous allez voir qu'ils vont se plaindre...
Tchékhov a été, dès ma plus tendre enfance, un élément indissociable de ma vie spirituelle, un complice dans la compréhension de l'humanité ambiante et dans mon rapport à celle-ci. Depuis, il est resté le compagnon de route permanent sur mon chemin de vie. Cela ne signifie pas que j'ai été ou que je sois demeuré un admirateur exhalté. J'ai justement vécu avec Tchékhov comme avec un être voisin, qui appartient au cercle de gens aussi proche que mes parents, mes frère et soeurs, mes enfants, mes amis. Dans ce livre, je ne veux parler que d'une faible part de ce qu'il m'a été donné de vivre, d'éprouver et de méditer dans mon rapport à Tchékhov ou à ce qu'il m'a offert. Je parlerai donc de mon Tchékhov.
Alexandre Zinoviev : Mon Tchékhov
Quentin Tarantino, ou la désinvolture amusée dans l'assassinat. Dans Pulp Fiction, déjà, j'avais été épouvanté par le côté rigolard des meurtres (quand l'un explose la tête d'un autre, c'est juste une erreur plus ou moins rigolote, et dont la seule conséquence un peu embêtante semble être de nettoyer la voiture dans laquelle ça s'est produit). Kill Bill, si on m'explique bien, c'est une TUERIE NON STOP, totalement jouissive (évidemment), et bien sûr distanciée et référentielle. Signe des temps !
Trouvé ceci, hi hi ! :

Il y a quelques acteurs et actrices dont on ne peut pas du tout capter le magnétisme en photo. C'est leur façon de bouger et d'être, finalement, qui nous hypnotise. J'ai bien pu voir des dizaines de photos de Debra Winger sans retrouver la lumière qu'elle dégage au cinéma (elle a juste une bonne bouille, voilà). Et c'est pareil pour ce prodigieux acteur qu'est Christopher Walken. Vous pouvez regarder toutes les photos que vous voulez, ça ne passe "plus" :


La paix des cimetières, en automne et en hiver, n'existe plus; ce qui, à un certain niveau, est une catastrophe. Comment voulez-vous vous recueillir dans un cimetière envahi par un bruit multiple, grossier et hargneux de moteur de mobylette ? On ne balaie plus, en effet, les feuilles mortes qui s'accumulent en ces saisons, mais on les regroupe avec des moteurs-souffleries, que des équipes efficaces portent dans le dos. Adieu le vent, le temps qui passe et les oiseaux rares sous les grand ciels tourmentés des cimetières ! Ces endroits sont dorénavants habités du bruit continu d'une sorte de concours de motocross. C'est un gain, dirait Jünger (efficacité du travail, c'est indéniable) lié à une perte (le grand calme).
Pour moi un grand et bel exemple de page web idéale, ici sur les Mygales. Les photos fichent le frisson. Le site est pratique, bien documenté, pertinent, passionnant. Le rédacteur connaît son domaine, et partage. Bravo ! D'où nous vient ce frisson à la vue des araignées ? Tout semble réuni : elles sont velues, tueuses, ressemblent à une main humaine, ont 8 pattes, et, le pire : 8 yeux. Si vous en voulez une collection (de regards d'araignées), piquez dans archives d'images de Google : Brrrrrr ! Regardez cet épouvantable regard :

Trouvé une page richement fournie en photos de bébêtes ici : http://www.geocities.com/pchew_brisbane/index.html.
Il est un trait de notre pays Latin qui me fascine, c'est d'exprimer que l'ordre, le calme, la propreté sont aliénants, terribles, mortels. C'est le "cauchemar climatisé".
Ainsi, les nouvelles prisons où tout est propre, rationnel et adouci... sont forcément plus affreuses que les "vraies prisons", et les suicides y sont, évidemment, encore plus nombreux.
Ainsi, il est toujours pénible de lire les articles que pondent les journalistes sur ces quartiers isolés et sécurisés qui existent aux Etats-Unis et naissent en France. Aux USA, par exemple, il y a des villes entières de retraités où les enfants et ados n'ont pas le droit de rentrer (même s'ils appartiennent aux familles) - pour préserver le calme. Je ne suis pas du tout pour ce genre de truc, mais je suis aussi fasciné, c'est ici mon propos, par le côté systématique qu'y apportent les médias : ces lieux sont forcément des échecs, des endroits "faux" et figés, où l'on devient forcément complètement fou.
Poussé à son extrême, cette idée peut, il est vrai, sentir le fascisme et la mort. C'est un des thèmes des furies de Thomas Bernhard, et celui du terrible roman de Fritz Zorn, Mars, dans lequel le narrateur affirme avoir été éduqué à mort. Vous retrouverez partout, aussi, que l'absence de chaos mène tout droit à la folie.
C'est souvent ce que disent les Latins de la Suisse, ou des Pays Nordiques, ces pays propres et calmes, où tout le monde, pouah !, est affreusement discipliné. Dès qu'il y a un meurtre, un problème, l'on s'empresse de dire "Vous voyez bien, ils sont trop comme ci et comme ça, les gens deviennent fous". Forcément, hein ?
Mais mais mais... Où donc aime-t-on, donc, le calme et l'attention, ces choses qui manquent de rock'n'roll ? Chez les mystiques, les orientaux, et chez tous les humains qui prennent de l'âge. Il y aurait là quelque chose à explorer, à séparer, ou à réconcilier, peut-être.
Quand j'étais enfant, je me souviens que pendant les fêtes qui suivaient mariages et communions, pendant que tout le monde hurlait, faisait des blagues, et dansait comme si demain n'existait plus, moi je partais dans la nuit écouter le vent dans l'herbe ou caresser un chat. L'idée d'être toujours à côté de la fête, plutôt que dedans - le son de la fête au loin, comme dans les Nocturnes de Debussy. Quand le Tour de France passe, je suis dans le jardin à observer les fourmis. Quand la France gagne la Coupe du Monde, je lis Calvin et Hobbes. Je ne veux pas jouer, je préfère le calme au bruit, être seul ou en petit groupe plutôt que dans les foules, etc etc. C'est un pli, dont l'origine m'importe peu, mais qui m'intrigue. Je ne suis ni mystique, ni oriental, ni vieux, pourtant...
Vu deux DVD, Le Guépard grand grand film sur la solitude de celui qui assiste à la mort de son monde. Burt Lancaster, le prince, y est extraordinaire, très impressionnant. C'est splendide. J'interrogeais les quelques bouquins que j'ai sur le cinéma, et c'est Pauline Kael qui m'a donné le la, dans 5001 Nights at the Movies (recueil de ses critiques) : "And it's magnificent, with an almost Tchékhovian sensibility". Ah, revoici Tchékhov...
Vu aussi Les Triplettes de Belleville, déprimant, lugubre au possible, malgré quelques étincelles (le départ du cargo). Tout y est vieux, foutu, et moche. C'est écoeurant de complaisance dans le morbide (le repas des vieilles avec les grenouilles). Ce côté vieillot est désespérant. Beaucoup de travail sur les décors, les attitudes, mais les personnages ne se parlent pas (autisme ?), et regardent mal (les yeux sont des boules derrière des lunettes, ou sont dans le vague (le fils cycliste)). Autisme + "nostalgie" du passé, pouah !
Faire des listes, voici bien quelque chose d'inutile. La Brigetjonesmania ?
Reçu un mail de la demoiselle qui gère L'Académie du Suicide, site très adolescent qui voudrait fédérer les gens fascinés par la mort, la couleur noire, la pluie, les cimetières et le "de-toute-façon-personne-ne-me-comprend". Je vous recommande de lire les contributions des lecteurs. L'interface étant assez illisible, c'est dans le lien Indarae, rubrique Membris Académia.
J'avoue que j'ai une sorte de tendresse pour ces jeunes gens qui préfèrent méditer dans la brume ou écouter les bruits de la forêt, la nuit, plutôt qu'errer dans les centres commerciaux, hébétés, comme font les nanas qui font les soldes ces jours-ci. Me rappelle mes 20 ans, quand j'écoutais en boucle Filigree and Shadow de This Mortal Coil, Gone to Earth de David Sylvian, et Lovely Thunder de Harold Budd.



La seule chose illogique, que je ne comprends pas, c'est la volonté, justement, de fédérer tout ça, encore "de se rassembler pour se ressembler". Un solitaire triste qui rencontre des tas d'autres solitaires tristes, c'est ridicule, et triste (puisqu'ils ne sont plus solitaires, ha ha). Les Grands Sombres sont SEULS, comme des Samouraïs, voilà. Ça fait partie du jeu, je dirais... Non ?
Je leur ressemble un peu, je trouve. Sauf que je ne cherche pas à "trouver des gens comme moi" (oh la belle utopie !), je ne suis pas fasciné par la Mort (quelle chose étrange) ni par la couleur noire. J'ajouterai que l'essentiel est invisible pour les yeux : la volonté d'avoir un look me semble d'une frivolité proprement déconcertante.
Donc, je m'amuse (et oui, ça ne sert à rien) :
La plus belle page web perso en France, c'est celle de http://www.ed-wood.net/. Il y a des heures de lectures, toujours quelque chose à apprendre, de vrais points de vue. Et il ne parle jamais de lui, de sa vie privée (dont on se fout, clairement, non ?). C'est, pour moi, un idéal du Web, c'est à dire j'ai-trouvé-quelque-chose-je-partage.
J'aimais bien, moi, les drôles de phrases qu'on trouvait sur les albums et sur les maxis de Art Of Noise.
Encore un mot sur le désenchantement. Il me semble y avoir DEUX phases au "désenchanté". D'abord, il y a le désenchanté malheureux, qui en souffre, qui en VEUT au monde et aux autres. On dirait qu'il regrette le temps où il était enchanté, justement. C'est Mylène Farmer, qui se dit désenchantée, mais qui ne parle que d'intensité et de choses romantiques. C'est du faussement désenchanté, une supercherie... C'est celui qui gratte ses plaies, et se plaint. C'est celui qui veut le montrer, son désenchantement.
La phase du "vrai désenchanté" est plus calme, complexe, et discrète. Il est désenchanté, so what ?. Il n'en fait pas une montagne. Au lieu de brailler sur les montagnes qu'il n'y croit plus, il reste calme, paisible, et il rit. Il trace sa route, tout seul. C'est le Waldgänger, c'est Dersou Ouzala. Il vit dans sa propre forêt. Quoi de plus sage que le désenchanté ?
Choses intéressantes trouvées dans le livre sur la Russie Inachevée, sur les rapports avec l'Occident dans l'Histoire, l'oppression Mongole, la perte de l'Ukraine lors de la débacle de l'URSS. Conversation avec un prof de fac autour de Nuremberg à Nuremberg, d'Hitler (le choix de livre que j'ai fait semble le bon), sur la Prusse et sa fin (une bibliographie ?), sur Le Guépard. Grosse envie de Visconti (Les Damnés, ou Violence et Passion, avec Sylvana Mangano et Burt Lancaster). Les Damnés et Mort à Venise sortent aux USA en Février.
Auteurs dont les oeuvres tournent autour de l'individualisme à lire :
Arthur Cravan, Thoreau, Stirner, Lichtenberg...
Il y un âge, semble-t-il, où ce qui importe c'est d'être cool, et d'avoir des accessoires cool, des fringues cool et tout ce qui s'ensuit. Malheur à celui qui n'est pas cool !!! Et survient un moment où tout ceci explose en silence, comme une petite bulle. Et d'être cool (c'est à dire obéir à une certaine norme imposée par la communauté) ne compte soudain plus du tout. Affaire suivante.
Il existe une volupté particulière à marcher emmitouflé quand il pleut, qu'il vente et qu'il fait froid. Vous marchez emmitouflé (quel drôle de mot, quand même !) et vous êtes bien au chaud sous votre manteau, et voilà.
Une des formes les plus grossières du romantisme est l'amour immodéré pour la vitesse et les bolides. C'est, en quelque sorte, "Je me distingue des autres et je quitte ma position tiède et modérée en prenant le risque de la vitesse". Ça donne du Coluche ou du James Dean, enfin des gens morts. Tout cela est bien fatiguant.
Faire la liste des gens célèbres morts à causes des bolides, ou des déplacements en général.
Fascination (modérée) pour la vie et la mort d'Oscar Wilde, qui est quand même un échec d'une importance assez corsée. Ne pas savoir jusqu'où aller trop loin est une des formes de ce "romantisme" que j'abbhore. Je reviens toujours à Borges et à sa "complexité modeste et secrète". Etre excessif, romantique, faire du bruit, c'est simple, et c'est facile, et ça m'énerve.
On demande souvent aux starlettes du moment "Ce que vous avez été capable de faire par amour".
Il est frappant de constater que les sondeurs lient le "moral des ménages" avec la consommation.
Il y a toujours eu, dans l'histoire, deux façons très différentes de considérer le TRAVAIL. Dans un cas, c'est un progrès, un épanouissement, dans l'autre une perte, une aliénation. Quel camp avez-vous choisi ?
Trouvé ce tableau (pour moi très drôle : où est le mec du canoë ?)) de David Thauberger...

...en cherchant les oeuvres de Alex Colville, que me pointe mon amie-soeur-fée Brigitte :


...qui m'intéresse, oui, toujours pour son côté "quelque chose ne va pas mais c'est quoi ?". Peintre qui semble explorer la LARGEUR (cherchez sur Google, il y a de bien curieux autres tableaux). Ici, le chien n'a pas d'ombre, et n'a rien à faire sur une "piste", il semble arrêté et bizarre. Et en bas, c'est un orage qui arrive (moment toujours passionnant n'est-ce pas ?).
Trouvé sur un site Canadien ce petit texte :
D'habitude, son style de peinture est surnommé << réalisme magique >> parce que, dans beaucoup de ses tableaux, les scènes banales de la vie de tous les jours voilent légèrement une qualité obsédante, qui donne souvent le frisson, de manière inexplicable.
Voyez toutes les questions qui naissent à la vue de :

Il faudrait que je refasse la liste (les listes, les listes !) des CD classiques qui m'emportent à coup sûr.
Thèmes à explorer après la Russie, en bouquet : Stoïcisme - Quiétisme - Taoïsme.
Je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n'ayons d'abord corrigé en nous
Etty Hillesum
Commandé dans une librairie Canadienne (http://www.cmgbooksandart.com/, acceptent Paypal, excellent contact, service parfait) un livre sur Coxville et un gros ouvrage Skira sur la peinture réaliste Américaine.
Compulsion : "Impossibilité de ne pas accomplir un acte" (Robert). Sur cette indispensable page sur les Citations, mon confrère Gilles parle de Bibliopathie : manie d'acheter beaucoup trop de livres.
Chapitre.com est souvent hors de prix. Je cherche mes bouquins d'occase sur http://www.abebooks.fr/.
Il est probable que je fais ce Journal pour mettre mes idées au clair. Y a du boulot :-) Comme je suis ascendant Gémeaux, ça part dans tous les sens, cela semble normal. On verra sur la durée...
Deux CDs paisibles, doux comme des plumes, l'un plein de soleil calme des dimanches matins (Thursday), l'autre au goût léger d'automne, de bruine paisible...


Deux CDs moites, chauds, à écouter quand l'orage approche, qu'on sue, que c'est la nuit et que se traîne et qu'on languit... Le premier sent l'Afrique et le désert. L'autre est plus urbain...


Les gens qui réussissent leur vie nous courent sur le haricot
Dominique Noguez
Trouvé dans les Mémoires de Casanova l'expression Motus in fine velocior, qui signifie "Le mouvement s'accélère vers la fin". Confusément, envie de regarder les activités humaines avec cette grille.
Evidemment, quand on ne maîtrise pas bien une langue, tout ce qu'on y lit a l'air très original et spirituel. Bernhard en parlait à propos de Majorque, où il aimait passer l'hiver. Trouvé un bout de poème de T.S. Eliot :
- Epicène se dit d'un nom qui désigne aussi bien le mâle ou la femelle d'une espèce ("la souris").
- Trouver d'autres poèmes avec des insectes (à quoi servent les insectes dans les poèmes ?).
Je suis bon public. Regardé une bonne moitié du DVD de Dan Ar Braz. Je frissonne toujours en entendant les murs de cornemuses. Pincement assez fort au coeur : la musique est maintenant pour moi comme un Royaume oublié, ou perdu. Dessin animé Coréen, Mary Iyagi, joliment mis en place mais... on s'en fout. Très décevant.
Mon intérêt artistique s'arrête avant ce qu'on appelle l'Avant Garde. En musique classique, je me suis arrêté à la première moitié du XXème siècle (Bartok Stravinsky Berg Webern, mais pas Varèse ni Stockausen ou Xenakis); les compositeurs ultérieurs qui me touchent sont reliés à la musique du passé (Arvo Pärt, Scelsi, Dutilleux). En peinture, je reste bloqué : Hyperréalisme, Réalisme Magique ou Néo-Réalisme, Expressionisme, Symbolisme. Les "choses à concept" me rendent perplexe. Au cinéma, c'est pareil, je reste dans une sorte d'"Avant Garde" grand public, mon plaisir le plus complexe allant à Bergman, Kurosawa, Godard, mais pas plus avant.
Une faible quantité d'économistes commencent à présent à se demander quelle "croissance" supplémentaire est encore possible, puisqu'une croissance infinie est assurément incompatible avec un environnement limité.
E.F. Schumacher : Small is Beautiful
Les activitées humaines coincées sur leur localisation me semblent automatiquement suspectes. Il est suspecté de quoi, le suspect ? Faux derche, paresseux intellectuel, hypocrite, naïf...
Celui qui fait DJ à l'époque des DJ est suspect. Il devrait faire quoi ? Ce qui le touche, ce qu'il aime, et si COMME PAR HASARD c'est ce qui est à la mode du moment, et du lieu, ce n'est qu'un "artiste socialement valorisé", celui qui s'agite parce que c'est bien vu.
Celui dont la religion correspond à la religion de sa communauté est suspect. Si un Dieu existe, ce n'est pas forcément le Dieu "local". Et que ça le soit me semble une preuve de la supercherie.
Le fan de foot est fan évidemment de l'équipe locale (et pas de "la meilleure équipe selon ses propres critères footbalistiques", ce qui semblerait plus logique, plus fort, et plus malin).
Donc, à l'inverse, celui qui, à l'époque de la techno, se passionne pour la pop anglaise des années 70 me semble tout de suite beaucoup plus sympathique. Le mec de Toulon qui est fan de l'équipe de Strasbourg a ma sympathie (il préfère un style, plutôt que l'équipe collée devant son nez).
Bon, ça suffit. Je ne sais pas où je veux en venir. A si, il s'agit toujours d'autonomie. Je radote, je sais.
Pourquoi y a toujours cette photo de Pascale Bussières, là ?

Parce qu'elle représente pour moi une sorte d'incarnation d'un principe du spectacle qui me touche, un champ magnétique assez facile à définir, et qui est : IL Y A QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE MAIS QUOI ? Une sorte de bizarrerie discrète, comme dans tous les tableaux que j'ai affiché ici et sur la page précédente.
En art, j'adore le IL Y A QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE MAIS QUOI ? Quand j'ai vu Pascale B. pour la première fois (When Night is Falling), j'ai remarqué qu'elle était... oblique, bizarre, comme absente, fondue, intérieure. Elle a ce visage aigu et doux à la fois. Comme si elle était proche. Parfois, dans un film, le metteur en scène met une musique sur un passage, et ça ne convient pas, et on ne s'en rend pas forcément compte, mais subitement, c'est INTRIGUANT. C'est une des grandes magies de la musique classique, aussi, la "note qui cloche", celle qui ne sonne pas faux, mais... bizarre. C'est le secret du fameux thème de Pierre et le Loup, qui module dangereusement...
En art, altérer un résultat par une bizarrerie modérée, masquée, invisible. Je me demande si l'étrangéisation de Brecht ne parle pas de ça.
Exemples de IL Y A QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE MAIS QUOI ? :
- Dans Suspiria, la caméra ondule dans un couloir, comme sans raison, en attendant l'arrivée de quelqu'un qui arrive d'un pas furieux.
- Dans Starship Troopers, on ne sait jamais à quel niveau se situe le point de vue du metteur en scène (parodique ?).
- David Lynch.
Quand on a soif, il semble qu'on pourrait boire la mer entière : ça, c'est la foi; mais, quand on a commencé à boire, on ne peut pas avaler plus de deux verres : ça, c'est la science.
Anton Tchékhov : Carnets.

Ma raquette, c'est sûr, a besoin d'être retendue :-)
Axes de progrès (pour le mois prochain) : arrêter de râler (merci Matt) contre le panurgisme et l'inconséquence de mes contemporains. Tenter d'organiser un peu mieux ma prose. Tenter de savoir pourquoi la musique ne me touche plus. Continuer les Russes, et étudier à fond une des pièces de Tchékhov (probablement : Les Trois Soeurs). Tâcher de comprendre la position d'Edgar Morin (Brigitte, tu veux bien m'aider ?).
Posté la question dans les Newsgroups (insectes et poésie), on m'a envoyé deux textes d'Henri Michaux :
" La mouche est si bien organisée qu'elle a pu assidûment fréquenter
l'homme depuis des milliers d'années, sans être mise à la porte, ni mise
à travailler. Le tout sans se gêner et ne cherchant nullement comme le
chat à feindre d'être apprivoisée. Allant même jusqu'à s'installer au bord
de ses yeux et à puiser dans ses larmes admirablement salées l'appoint
chloruré nécessaire à son régime. Avec la même aisance elle fréquente
aussi de plus gros mammifères aux yeux confortables et nul doute qu'elle
ne rêve d'yeux plus parfaits encore, creusés au lieu de bombés, pareils à
des soucoupes, soucoupes vivantes, distillant le liquide exquis.
Voilà l'être que tout homme, dans une époque qui rend esclave, se doit
de bien étudier au lieu des aigles, des lions et des chevaux, ou des princes
qui ne lui apprendront jamais ce qu'il importerait tellement de savoir :
Comment cohabiter sans servir. "
Et pis y'a la guêpe :
" La guêpe raconte :
Il n'est souvent pas difficile d'entrer dans les habitations des hommes.
Là le sucré abonde. Lorsqu'on est pour sortir, il est arrivé plus d'une fois
qu'on se heurte soudain à une interdiction extraordinaire, absolue.
Vainement, on parcourt de tous ses yeux le champ du visible. Des fleurs
s'agitent tout près dans la brise. Inutile d'en approcher. Ce ne sont que
coups impératifs sur la tête dès et autant de fois qu'on tente d'approcher.
Que faire alors? Cessant de prendre des mesures raisonnées, il faut se
livrer au délire le plus violent et, voletant complètement à l'aveugle en
tout sens... tout à coup l'on se trouve dehors, sauve! Voilà le secret.
D'autres, pour en sortir, on n'en connaît pas "
Lorsqu'on mène sa petite barque, si les tuiles s'enchaînent sans fin, si les problèmes graves s'accumulent, alors on peut penser qu'on s'est trompé de route, ou de vie. C'est facile à dire, et c'est presque du bon sens. Mais ça signifierait que la vie a un sens... ce qui est loin d'être certain...
La chose la plus bête à dire, c'est "je te l'avais bien dit". On a très envie, mais on le dit pas. Voilà.
La citation la plus cruelle que je connaisse, et cruelle parce qu'elle mord dans la vérité : << L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches >>. C'est dans Voyage au bout de la Nuit.
En me baladant chez moi :-) j'ai retrouvé ceci dans ma page Premiers Secours, qui me semble capital en cas de malheur :
Trouvé ça dans un livre très utile nommé "La Stratégie du Dauphin". Tout y est peut-être contenu :