Rétrohérence : la tendance de certains groupes d'événements à pouvoir être connectés logiquement après qu'ils se sont produits.
Dans les années 50, il y avait dans certains juke-boxes américains des disques silencieux. Ainsi, on pouvait payer et obtenir 3 minutes de silence. Miraculeux non ? Eno pense (c'est ici) qu'on paiera bientôt pour le silence. Jünger ne dit pas autre chose.
Quelques extraits de musique calme, en attendant, sont dispos sur les pages des CD.
Le caractère paisiblement horizontal des croquis et des bâtiments de Frank Lloyd Wright :

Dans les quelques journaux féminins que je visite, il y a une dimension auto-sensuelle-environnementale qu'un homme, il me semble, mettra souvent moins en avant (aujourd'hui je m'habille en rouge, je porte ce parfum de fleurs entêtantes, je déguste des tomates miraculeuses sur un filet d'huile rare, mon bain est brûlant, les bougies vacillent sans murmure, il y a probablement une ombre amicale qui rôde). Je pourrais essayer. Normalement je parle ici de choses abstraites (musiques, livres, concepts rigolos). C'est sans doute une protection. Essayons. Voyons...
Pris un bain brûlant dans l'appartement silencieux. Soleil du matin jouant dans les bulles dont j'entends le crépitement minuscule. Dehors : éblouissant et glacé. Ensuite, dans la torpeur qui suit normalement les bains immobiles et très chauds, je porte ce parfum [ Land ], qui "n'existe plus" mais dont j'ai trouvé un flacon aux USA. Odeur toujours magique pour moi, très loin, il me semble, des parfums d'hommes habituels (cuir, musc, tralala). Senteurs de fougère, de sous-bois, d'écorce de clairière. Je pense aux lumières obliques et tachetées qu'on rencontre souvent dans les romans de Faulkner. Je prends quelques photos...
[ Bonbons et criquet et étoiles... ]
[ "Oh !" ]
[ On my Macintosh, there are... ]
Je pense beaucoup à Yalta. Devine une ville chaude, ancienne, endormie, des maisons d'un autre âge, des visages jamais vus, une odeur de fin XIXème. J'espère que la ville n'est pas trop dévastée par les voitures, ce qui est souvent le cas.
Un autre journal, pour sûr. Qui aime ? Qui n'aime pas ? Sondage : jeanpascal@wanadoo.fr





Je plonge dans FLCL, dessin animé Japonais en 3 DVD, dont les leviers semblent être le... "délire charmant complet", véhicule d'une invention visuelle constamment effarante.

Il me fait plaisir d'avoir un Macintosh quand je vois les tempêtes de virus qui sévissent régulièment. Je reste perplexe, par contre : tous ces virus auto-envoyeurs semblent utiliser Outlook Express. Alors pourquoi les internautes-sur-PC ne changent-ils pas de lecteur-mail ? Il en existe des dizaines. Enfin. Je reçois des dizaines de .pif et de .exe et de .zip qui sont aussi dangereux que le virus du rhume sur une lampe à huile. Je ne me souviens pas avoir été victime d'un virus dans les 15 dernières années. Pas une seule fois.
Hier, dans le Journal d'Annie dont j'ai déjà parlé, j'ai trouvé un souvenir de Nathalie Sarraute, qui racontait qu'on lui avait un jour livré un vieux meuble dans lequel traînait un ouvrage nommé Rocambole, dans une bonne odeur de vieux bouquin. Aujourd'hui, je suis allé chez Emmaus et j'ai trouvé... Rocambole, dans une belle édition reliée. Tout cela sent bon les hasards, les coïncidences et la synchronicité, ce qui prend sens sans causalité logique, donc j'ai acheté le bouquin. Toc.
Trouvé aussi : une soucoupe-chinoiserie sans valeur pour faire le cendrier (quand j'ai des fumeurs à la maison), un Woodstock en plastique jaune (c'est le petit oiseau dans Snoopy) et un tas de livres vieux ou pas... Le Comte de Monte Christo en deux volumes (avec un ruban pour garder la paaage), la nouvelle traduction du Sous le Volcan de Lowry, des chroniques de Giono, le Faust de Goethe, un Express spécial cinéma, un GEO sur le Québec (quel français n'a pas envie d'aller voir le Québec ?), trois Colette, des Russes (Tourgueniev, Gogol, Pouchkine), un Tour du Monde Russie/Sibérie, deux vieux volumes de 1880 sur Saint François d'Assise, une bio d'Alexandre le Grand... Oui, bibliopathie aigüe. Grave docteur ?
Sur le Enoshop j'ai trouvé ce long texte dans lequel (c'est en anglais) notre bonhomme délire autour de l'attitude des humains face au futur. Le Réaliste : "Vous pensez vraiment qu'on peut prévoir le futur ?". Le Pessimiste : "De quel foutu futur parlez-vous ?". Le Panglossian : "Mais tout va bien" ("gloss", en anglais, est un mot bizarre : gloser, annoter, fader, déguiser (la vérité), vernir, passer sous silence. Le "panglossien" serait alors celui qui plane... complètement) -> en fait, ça vient du Dr Pangloss, inventé par... Voltaire. Le Designer : "On pourrait inventer un futur parfait".





Conversations récurrentes avec mon entourage sur l'idée suivante : Lorsqu'on est artiste et qu'on se dirige vers tel ou tel domaine (on veut se faire éditer, on veut faire jouer sa sonate, trouver des contrats, je ne sais, enfin : "on applique son énergie à"), il peut se passer deux choses (schématiquement) : ou ça marche, ou... ça ne donne rien !
Mon idée est la suivante : lorsqu'on se taille une route et que tout roule - on fait les bonnes rencontres aux bons moments, on est inspiré, on reçoit de l'aide, tout semble s'emboîter, tout semble facilité -, alors c'est qu'on est sur la bonne route, il faut foncer, c'est parti. Par contre, si les problèmes bizarres s'accumulent, si les portes se ferment, si tout coince, si on tombe malade, si tout devient laborieux et pénible, et que ça dure, alors... c'est peut-être qu'on s'est trompé, qu'il faut laisser tomber, ou qu'il faut trouver un autre passage.
On peut s'amuser avec ce petit problème pendant un bout de temps :
- Renoncer trop vite peut constituer une erreur ("Il faut persévérer, et un jour...").
- Certains vont se piquer au jeu : "Tous les éditeurs refusent mon bouquin ? J'en fais un autre ! Et un autre !...".
- Insister toute sa vie, c'est une idée qui se déroule toute seule : c'est peut-être le refus romantique de perdre espoir, c'est peut-être la peur (celle de perdre son "sens de la vie"), c'est peut-être juste de la stupidité de mule, ou une grande foi en son propre talent ou un "message à transmettre".
- Renoncer, c'est fermer une voie, mais aussi se permettre d'accorder de l'attention à d'autres voies.
- La synthèse est simple : on doit le "sentir". Si on a la foi, et tant qu'on l'a, il faut probablement continuer. Tout semble indiquer que les vrais artistes ne peuvent pas faire autrement, "il faut que ça sorte". Heureux soient-ils !!!
Il y a un apaisement au fond de toute grande impuissance.
Marguerite Yourcenar : Alexis ou le Traité du Vain Combat
Nul vainqueur ne croit au hasard.
Nietzsche





Autre jeu :
Tchékhov dit à un ami que s'il veut des idées pour écrire, il faut voyager. Faulkner, lui, a inventé un "comté imaginaire" et décrit quasiment ce qu'il a sous le nez. Les deux écoles me semblent efficaces, et reviennent à un même axe : décrire ce que l'on connaît. Ouais bof.
Tous les films de mafia américains qui fascinent tellement les banlieues (en vrac : Le Parrain, Carlito's Way, Scarface, Good Fellas) sont enroulés autour de noms italiens : Scorcese, De Palma, Coppola (réalisateurs), Pacino, De Niro (acteurs), Rota, Moroder (Giorgio !) (musiques), Puzo (scénario).
Le mot "événement" prend deux accents aigus. Plus personne ne semble le savoir...

[ N.C. Wyeth ]
Sur la théorie de la "mauvaise voie", l'étendre à d'autres aspects de la vie que l'Art. L'amour. Le travail. Tralala.
Une femme marche, fatiguée, probablement un peu mélancolique. Un inconnu la croise, lui fait un compliment sans rien demander ("Vous êtes belle !") puis disparaît. Elle relève la tête, respire, sourit probablement en elle-même. Mais imagine-t-on le contraire ("Vous êtes beau !") ? L'homme s'arrêterait peut-être, incapable de laisser filer ce moment. Ou bien il serait gêné. Ou bien penserait "Une folle". Si vous êtes une femme et que vous avez un indice (eu envie de le dire ?), dites-moi...





L'ère du soupçon, c'est bien embêtant. On ne peut plus lire vraiment de romans (on n'y croit plus, aux "Soudain la marquise pensa à autre chose"). On ne croit plus vraiment au cinéma (au lieu de voir un personnage, on voit un acteur qui fait semblant d'être un personnage). Etc.
Quand on rentre dans l'ère du soupçon, quand on "ne croit plus au Spectacle" (être debordisé ?), il me semble qu'il est difficile d'y participer. Quand on ne croit plus au contrat du roman (le lecteur passe un contrat implicite : "Je veux bien croire que ce qu'on me propose existe"), on n'écrit pas de roman. On peut tenter de rattraper les spectateurs par différents artifices, le scandale, l'augmentation de l'intensité, la bizarrerie, le méta (roman du roman), la distanciation (Kundera), l'avant-garde, le labyrinthe. Moi je dirai : "Poursuite du vent !". Polac en parle plusieurs fois dans son Journal : c'est mort, on n'y croit plus, mort, affaire suivante.
Le mot soudain me semble un beau symbole de cet état d'esprit. Je lis "soudain !" et me marre, je m'en vais, je ricane, ça se peut pas.
Donc, exceptions :
- Les romans "musicaux", dont Thomas Bernhard me semble le meilleur exemple, avec Belle du Seigneur d'Albert Cohen. L'auteur fait appel, dans ce cas, à des sortilèges auxquels je ne peux résister.
- Les textes à fort "quotient de bizarrerie" (l'expression est de Glenn Gould), comme Faulkner, toujours époustouflant pour moi.
- Le style ultra-dépouillé (je pense aux contes de Tchékhov, évidemment).

Allez lire l'enfant, chez Ophélia.
Allez lire La Boîte à Bonheur, chez Lu.
Déconfiture, ce qui vient après la confiture ? Petit Robert est laconique : "Echec, défaite morale".
Idée d'histoire : dans un grand salon commercial qui dure deux journées, une boîte s'installe : un chef, deux ou trois employés. Le grand boss ne fait que passer. Au milieu d'autres stands, ils vendent un appareil "à la mode", succès assuré. Dans les employés, une femme, un stagiaire (ou un débutant) et un vieux vendeur. L'objectif du chef, vendre les 100 exemplaires de leur truc sur les deux jours. Montrer : les instructions du patron sont ineptes, le chef est stupide, il ralentit tout, embête les vendeurs, donne des ordres cons. Les 100 exemplaires seront vendus. Montrer que si les ordres stupides n'étaient pas apparus, ils auraient vendu 350 exemplaires. Montrer que les patrons sont contents, et persuadés que tout leur système est extraordinaire. Montrer que le vieux vendeur n'est pas dupe, mais se résigne. Montrer les colères du jeunot, qui n'est pas dupe non plus, mais ne s'en fout pas. Montrer que sur un "marché porteur", les ordres stupides n'apparaissent pas comme stupides, puisque de toute façon, ça cartonne. Montrer que les cadres ne voient jamais, et ne peuvent pas voir que leurs ordres sont ineptes, puisque masqué par le "succès".
Idée d'histoire : montrer la folie qui gagne petit à petit l'esprit d'une femme qui voit des signes partout. Dès qu'une chose lui arrive, "ça veut dire que". Religieux ou pas (New Age).

Je collectionne depuis un moment toutes les musiques que je trouve qui contiennent le mot "lune", "luna" ou "moon". Pour voir. Je me dis qu'un groupe qui prend ce thème va peut-être faire un truc différent, nocturne, aérien, ou doté d'une lumière spéciale. Et bien... non.
Le seul cas vraiment typique, ce sont les groupes de rock qui font des valses. Le rock, c'est toujours du 4 temps, et quand un groupe se met à faire du 3/4, c'est pour prendre l'air, délirer, changer de tonalité.
J'écoute The Roches (with Robert Fripp) - Losing True. C'est une petite chanson à voix polyphoniques sur une guitare rythmique toute simple. La bizarrerie vient d'un solo de guitare de Fripp, en tensions et serpentins, comme sait faire Fripp le fripon, et qui semble n'avoir rien à faire là. Me fait penser au lyrisme bizarre et trop tendu de Talking Heads.
Lu le livre de Grenier, la bio de Troyat, je finis le Tchékhov vu par ses Contemporains. Extraordinaire. Je l'aime, ce bonhomme ! Souvent, on rit et on a envie de pleurer. Je n'ai jamais, jamais ressenti ça. Lire des livres SUR Tchékhov, plus que les contes ou le théâtre, peut rendre meilleur. Si !
A lire rapidement : Bounine. On va éditer un livre de lui ("Sur Tchékhov"). Ce qu'il dit de Tchékhov dans le troisième livre dont je parle plus haut est bouleversant. Prix Nobel.
Vraiment, page à faire : la page web des "photos de nus ridicules". Poses stupides, mines faussement enjouées ou théâtralement bébêtes.

J'adore ce tableau de James Wyeth, "Boat Time". Si c'est l'heure du bateau, on peut imaginer que les personnages s'installent tous pour regarder un certain bateau qui passe, c'est alors un peu ridicule, un peu attendrissant. Et pourquoi le peintre ne montre rien du bateau ? Mais vu la construction du tableau, on peut aussi imaginer que les gens s'amusent, et se disent "On est sur un bateau !". En tout cas, la lumière, les costumes, on sent très bien qu'il fait beau mais frais, qu'il y a du vent, et voilà.
Idée d'histoire : Un homme meurt. Son esprit assiste à son enterrement, rôde autour de ses proches, comme un fantôme triste flottant invisible. Quand la nuit tombe, il s'éloigne un peu, se rend compte qu'en tant qu'esprit il peut voler, et traverser les murs. Il commence alors à faire le voyeur, s'intallant dans diverses chambres, dont celles de gens qu'il connaissait. Le problème : il y a plein d'autres esprits (mâles, bien sûr), chaque couple qui fait l'amour a parfois des dizaines de spectateurs invisibles. Il finit par ne plus rien supporter du tout, et s'en va dans la Taïga. Presque seul, il y rencontre de rares esprits-trappeurs. Il s'y ennuie pendant des mois, mais un jour il s'incarne à nouveau, sa mémoire est effacée et il devient un bébé.

Idée d'histoire : un jeune homme télécharge des films, des centaines de films en DivX. Un jour, il est cambriolé, on lui prend tout, et aussi ses DivX. Le voleur volé. Peut-être, utiliser la vieille histoire du guetteur, lui-même guetté, le "guetteur offre son dos". Mieux : il devient metteur en scène, et son film ne marche pas parce que tout le monde l'a téléchargé. Affaire suivante.
Cette pochette de Zappa pour "Ship Arriving too late too save a Drowning Witch", ou, en un trait et deux triangles, dessiner les deux premières lettre de Zappa, et un "bateau qui arrive trop tard pour sauver une sorcière qui se noie".

Murnau aurait dit "Quand le destin est trop généreux, les hommes sont contraints de créer leur propre tragédie". En voilà bien, une ânerie romantique.
Commencé la Correspondance de Tchékhov. Impression de rentrer dans son intimité. S'y confirme ce qui transpire de tout le reste : un grand sens de la dérision. C'est très drôle, en fait ! Trouvé des Nouvelles de Bounine.
Comportement significatif : les conducteurs de voitures, lorsqu'ils arrivent à un feu tricolore qui vient de passer au rouge, foncent, accélèrent, même, puis freinent à fond à la dernière seconde. En fait, il est vraiment rare de voir un conducteur qui sache se servir de ses vitesses ou du frein moteur. En somme, l'incompétence la plus crasse est devenue la règle.
Idée d'histoire : Un homme veut à tout prix se faire éditer. Il passe toute sa vie à écrire des romans, qu'il voit tous se faire refuser par les éditeurs. A la fin de sa vie, un roman est enfin accepté... et ne marche pas (noyé dans les milliers de nouveaux romans qui sortent chaque année). Et voilà pour lui.
Regardé Blow Up d'Antonioni. Demain, il faudrait que je regarde Blow Out de De Palma, film parallèle (l'un sur l'image, l'autre sur le son, et ce qui s'y cache...).

Je feuillette Le Vol Nuptial, d'Alberoni, analyse des illusions et des désillusions de l'Amour Féminin. C'est terrible et affreusement banal. L'idée de la Grande Fusion et du Prince Charmant, principale malédiction féminine ?
Je suis heureux que vous soyiez satisfait d'Alexandre. C'est un garçon laborieux et de grand sens... L'humour est son défaut inné... S'il entre dans le bon chemin et abandonne le lyrisme, il aura un grand succès.
Anton Tchékhov, à propos de son frère, dans une lettre à Nicolas Leïkine (conteur et romancier, directeur de revue).
C'est probablement, selon moi, le principal atout et la principale force de Thékhov, la méfiance absolue et méthodique envers tout LYRISME. Cela semble presque... viscéral chez lui.
Il m'apparaît depuis peu que les auteurs qui me touchent sont précisément dans la même optique. Et de multiples façons. C'est Albert Cohen dans Belle du Seigneur, qui combine avec une énorme jubilation le lyrisme le plus dément avec (étroitement mêlé) la conscience aigüe de son ridicule. Le lyrisme-romantique n'est plus possible (si : Bobin). Antonioni et Tchékhov disent une seule et même chose : la vie est absurde, souvent vide, et elle n'a pas de sens, pas plus que celui qu'on veut lui donner. Et Faulkner cite Shakespeare pour son roman :
Life's but a walking shadow, a poor player,
That struts and frets upon the stage,
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.
William Shakespeare : Macbeth, act 5, scene 5
...et les Existentialistes ne disent pas autre chose, et Krishnamurti, et Camus ("... celui qui a compris que la vie est absurde. Il se sent complètement libre, puisqu'il ne peut suivre les règles d'un monde qui n'a pas de sens").
Solennels parmi les couples sans amour, il dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles, point toujours comprises, car elle le regardait trop...
Albert Cohen : Belle du Seigneur, XXXVI.
nous autres vos esclaves nous ne disons rien nous prenons des airs extasiés mais nous remarquons tout
Albert Cohen : Belle du Seigneur, LXX.
C'est Lucile, comme toujours claivoyante (coucou Lu !) qui me trouve ce texte :
... une dame à la fois dans l'ivresse amoureuse et dans une totale absence de complaisance, envers elle-même comme envers l'autre... dans le chagrin, et simultanément dans la distance... illusions balayées, identité intacte, et regard férocement lucide.
Marcelle Sauvageot : Laissez-moi.
Stop ! Pause ! Relisez encore et encore cette phrase merveilleuse, qui commence par "dans l'ivresse amoureuse" et finit par "illusions balayées, identité intacte, et regard férocement lucide". Voilà qui me plaît, et m'intéresse !

Après diverses plongées dans quelques Journaux féminins, je me demandais deux choses :
- Une jeune femme ainsi "éperduement amoureuse" est-elle dupe ? A seize ans, d'accord, c'est normal, mais enfin... Dupe d'elle-même ? Ou bien a-t-elle "la conscience aigüe de son ridicule", d'un ravissant auto-aveuglement... Amoureuse ET férocement lucide ?
- Aime-t-elle l'autre, ou s'aime-t-elle "elle-même, aimante" ?
- Non : c'est juste pour faire de la littérature.
Lu répond :
"Je m'aime aimante"... oui, une ivresse, un vertige, un jeu de miroirs... et pourtant : Narcisse n'est pas seul(e), cela n'exclut pas - forcément - la rencontre, ni une authentique attention à l'autre... deux temps consécutifs pour certains, mais qui peuvent être simultanés aussi - à la fois dans le vertige amoureusement (!) et réciproquement entretenu, et pas dupes ; lucides, rieurs, et donc plus prisonniers...
Ce qui rejoint Cohen, "nous prenons des airs extasiés mais nous remarquons tout".
Mais je cherche, souvent les traces réelles du "lucides, rieurs, et donc plus prisonniers". Et ne vois rien du tout.
Bon : je SAIS, je devrais aller me faire retendre la raquette :-))
Continuons : le lyrisme tout-nu me semble impossible à supporter maintenant, c'est le syndrome des "Oh ! Ah ! Que tout ce qui m'arrive est intense, unique et intéressant !", que j'ai eu envie d'appeler Syndrome de Bobin (ou pourquoi pas, Syndrome du Docteur Jivago). C'est une maladie, j'en conviens, attrapée avec l'âge, l'observation amusée de mes contemporains, la lecture de tous ces auteurs (et Debord, et Schopenhaeur, et Nietzsche, et autres "briseurs de mythes")). Comment alors rendre ce lyrisme supportable ?
En le mixant au pas dupe (j'y crois, mais en fait, non), au ridicule total (Cohen), et puis ? L'humour ? La distanciation ? L'exagération ? Peut-être : s'y noyer...
Ou bien encore : l'amertume (le monde va me le payer), le repli (otaku, folie, couvent), le renoncement nihiliste "fuite en avant" (j'épouse le premier crétin venu), le décalcage new age (définir "miroir aux alouettes").
Comment disent-ils ? En nous efforçant d'atteindre l'inaccessible, nous rendons le réalisable impossible.
Bon : étape suivante, le lyrisme étant cassé par les désillusions-de-la-vie-tellement-cruelle : désenchantement. Aaahhh, le voilà, celui-là !
Cause du désenchantement : le temps et les habitudes (érosion du désir, jusqu'au déclic "enchanté suivant" : renaissance du désir (pour un ou une autre -> "je prends un amant (une amante)")). L'incompréhension (frustrante, puisque la Fusion Amoureuse laissait présager une compréhension totale et ravie). L'éloignement (bonne et mauvaise chose : bonne parce que "non altérante", préservant alors le côté magique de celui ou celle qui est parti (boulot, maladie, rupture), mauvaise car prouvant que "décidément, l'amour est impossible, tralala"). L'enchantement artificiel (dans le "souvenir parfait" du précédent, ou dans la méthode Coué typique de l'amour-qui-s'éteint-mais-renaît-sous-une-autre-forme-plus-tendre).
Différents corollaires : L'Amour, c'est parfait tant qu'on ne peut pas le vivre, tant qu'il ne peut pas durer. Si par malheur "on s'installe ensemble", il faut alors ou renoncer à l'amour (soluble dans les chaussettes sales, comme vous savez bien), ou en trouver un autre (amant, etc...), pour faire renaître le truc. Prendre un(e) amant(e) marié(e) est remarquable : l'amour dont on a besoin renaît, mais assaisonné de multiples piments formidables parce que très simples : c'est interdit, on doit se cacher, les habitudes ne risquent pas de se pointer, il y a des obstacles (c'est très romantique).

Point le temps ce matin, mais je vous recopierai tantôt une hilarante parodie (dans la correspondance de Tchékhov) de roman féminin "lyrique", s'appelant "L'Amour Sans Houle". Hi hi !
"Les Trois Soeurs", trois héroïnes tchékhoviennes ?
Ordonnance : lire ce qui vient d'extrême orient.
Définir : "Velléitaire" (course en avant grossière et énergique, mue par un seul moteur proutant (JE VEUX CE QUE JE N'AI PAS, en boucle)). Définir : "Incapacité à accepter le moment présent, ou ce qui est").
Exception pour moi : Duras, lyrique à un point... étonnant, Duras. Magnifique, le plus souvent. Bon, fini avec tout ça.





...ardoise, en voilà un joli mot.
Je suis fâché contre moi-même. Suivi pendant deux jours une formation qui pourrait tout juste servir d'apéritif à un débutant, pour un métier que je pratique depuis 15 ans. Deux journées gratinées, bourrées de jargon stupide, de lieux communs révoltants et d'âneries éventées depuis les années 70. Et donc, l'animateur ayant eue l'idée saugrenue de nous interroger à la fin, s'est retrouvé sous un feu nourri de l'assemblée révoltée. Personnellement, je n'ai pu m'empêcher de me mettre en colère.
Idée d'histoire : Une entreprise de luxe oblige un groupe d'ébénistes chevronnés à suivre une formation dispensée par un "ex-commercial" jargonisant pour expliquer que le bois existe, qu'on fait des copeaux quand on le rabote et qu'on peut distinguer différentes espèces de bois (chapitres sur l'aspect, l'odeur, la texture du bois). Saupoudrer de grandes formules du style "le bois c'est la vie". Décrire les réactions possibles (faire autre chose, s'en aller, contrer l'animateur en permanence, faire l'andouille, dormir, attendre, penser à autre chose).
Aussitôt que l'idée du Déluge se fut rassise,
Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l'arc-en-ciel à travers la toile de l'araignée.
Rimbaud : Après le déluge, Illuminations
Je feuillette le dernier Dominique A. Pauvreté harmonique ET richesse ornementale. Il lui faudrait un Wyatt, quelqu'un qui prend les risques non avec les mots, non avec les timbres, mais avec la tonalité. Ah, il y a bien quelques dissonnances, mais comme gratuites, hors-propos, non reliées avec la tension harmonique. Autre défaut : n'écrit pas ses mélodies vocales, ce qui fait son style, j'en conviens, mais appauvrit, efface "ce qui pourrait être", le syndrome de la bassine ou du même moule. Enfin, je cherche, mais la magie des Hauts Quartiers de Peine ne marche plus. Miossec, en roue libre. Toujours pareil, en dilué. Syndrome Lou Reed. Renaîtra dans 15 ans, "revenu dans l'excès et le malheur".
Tirs croisés et adorés de deux femmes sur ma page, sur mes recherches (débonnaires) sur le désenchantement. Tout très bien, car me relance. Pourquoi ces recherches ??
Je pense que tout est contenu dans la citation un peu plus haut : En nous efforçant d'atteindre l'inaccessible, nous rendons le réalisable impossible.. C'est le réalisable, qui m'intéresse, ce qui chante, littéralement, quand même.
Voici (et il n'y a quasiment QUE ça, dans Tchékhov) : "Regardons comme nous vivons mal, en désirant toujours autre chose que ce qui est". Voyons comment nous inventons notre propre malheur. Voyons comment nous sommes programmés par la "culture" pour vouloir-le-bonheur-ici-et-toujours. Je me tourne souvent vers le bouquin de Pascal Bruckner (L'Euphorie Perpétuelle - Essai sur le Devoir de Bonheur). En somme, désenchanter le cul-cul la praloche pour mieux trouver les petits enchantements de la vie. Casser le mythe du "J'ai enfin trouvé ma moitié" pour construire son couple à coup de douceur, de nuances, et d'entraide. C'est la complexité modeste et secrète chère à Borges, pour le bonheur, l'enchantement, quoi. Je suis, en quelque sorte, un "enchanté modeste", et je préfère expliquer les étoiles à mes enfants plutôt que me "mourir d'amour" ou de faire comme Miossec qui fait son malin en braillant "Je m'en vais/avant que l'on se laisse aller". Si j'étais lui, je mourrais de honte. ARGH ! Je suis incompris ! ;-)
J'ai toujours une poignée de secondes d'arrêt devant un bouquet de fleurs coupées, déjà en train de mourir. Je jamais couper une fleur ;-)
Donc, merci à Lu pour ses emails attentifs, merci à Annie pour son entrée du jour [ j'attends votre email avec des fourmis de jade dans les omoplates ] et le simple fait de m'être apparue sous la silhouette de l'héroïne tchékhovienne.
En cas d'abattement, je suggère (en tapant à côté, mais c'est le propre de ce genre de liane de vous "yikingiser" la recherche (dans le sens : je ne trouve rien sur votre problème mais il y a une chance qu'un aspect change votre façon de voir les choses)). La Fatigue d'Etre Soi, de Ehrenberg. Eloge de la Fadeur, de Jullien. Le Fou et le Créateur, de Daniel Pons. Qu'est-ce qu'on risque ? Les trois existent en poche.

Je lis les lettres de Tchékhov (oui, pardon, je lis plus que ça, c'est effrayant) dans un état épatant, entre larmes aux yeux et grands rires. Se rapprocher du personnage est source de surprise. D'abord, il était très grand (plus d'un mètre quatre-vingt). Quand il était jeune homme, il avait pour manie de rejeter ses cheveux en arrière d'un geste de la tête. Et lire ses lettres prouve ce que disent les merveilleux livres de Grenier ou Troyat : Tchékhov était à mourir de rire, doté d'un sens de l'humour unique, acéré et vif. Un homme merveilleux...
"Il y a quelqu'un de couché dans le champ", vint nous apprendre mon petit frère. Il était déjà huit heures du matin et la chaleur était déjà si intense que les herbes fumaient et que l'on entendait le chant des sauterelles.
William Goyen, Précieuse Porte
...première phrase d'une nouvelle de Goyen, superbe par son art du "détail laconique". Ce n'est pas dit, mais tout un bouquet se déploie à partir de cette phrase. Un décor, la rosée qui s'évapore, l'odeur de l'herbe, l'été, un enfant qui court, des questions (qui est l'homme couché ? il dort ? c'est un intrus ? il est mort ?).
Je suis extrêmement agacé par tous les humains qui utilisent quotidiennement l'ordinateur et n'apprennent pas la dactylo. Avec n'importe quel petit logiciel, on sait faire ça en quelques semaines si on travaille un peu tous les jours. J'ai appris la dactylo sur un vieux Macintosh, il y a des années, et je tape plus vite que tout le monde, vraiment vite.
Mais ouiiii, mais vous comprenez, la vitesse, la vitesse, tout va trop vite, éloge de la lenteur, tati tata !
Que non : je n'ai pas de voiture, je marche. Mais pour écrire, j'aime que mes doigts n'aient pas à être surveillés, que ça file à la presque vitesse de la pensée. Et puis j'adore lire les mots qui se construisent sous mes yeux sur l'écran. Hop hop hop ! ;-)





Recherches à faire sur l'apparition du participe présent dans la littérature française. Lu déjà des choses sur ce phénomène musical et amusant. En somme : les textes de Faulkner ou de Joyce, musicalement envahies de dancing and moaning, dansantes et gémissantes, auraient influencé les français eux-même. Ecoutez la musique de la prodigieuse première page de Belle du Seigneur :
...allait, soudain riant et le plus fou des fils de l'homme, riant d'insigne jeunesse et amour, soudain arrachant une fleur et la mordant, soudain dansant, haut seigneur aux longues bottes, avec grâce dansant...
Albert Cohen : Belle du Seigneur.
Ou bien ;
...l'étroite lucarne obstruée par les têtes ou plutôt les taches se bousculant criardes, mais une seule tête maintenant, qu'il pouvait toucher en levant simplement la main comme un aveugle reconnaît, et même pas besoin d'approcher la main pour savoir dans le noir, l'air lui même sculptant, sentant la tièdeur, l'haleine, respirant le souffle sorti de l'obscure fleur noire des lèvres, le visage tout entier comme une espèce de fleur noire penché au-dessus du sien comme si elle cherchait à y lire, à deviner...
Claude Simon : La Route des Flandres.
...la voix s'arrêtant, s'interrompant brusquement, et Louise restant là, un peu haletante, comme surprise, furieuse d'avoir tant parlé, regardant toujours ce quelque chose que l'autre ne pouvait pas voir...
Claude Simon : L'Herbe.
Je cherche un exemple chez Faulkner. Lire une page de cet auteur me vaccine pendant des semaines de l'idée de faire l'écrivain.
Dans Le Bruit et la Fureur, un chapitre est dit par un idiot, il décrit ce qu'il voit, mais chaque image le renvoie à ses souvenirs. Sensations, images. S'il y a un feu dans la cheminée, la lumière se reflète dans les cheveux de sa soeur Caddy, "ses cheveux étaient comme du feu". S'il fait totalement noir, "mes mains peuvent voir le soulier". La technique du micro dans la tête...
Il pourrait dire que le feu crépitait, sans doute, et qu'on était bien tous ensemble. On le sait mais ça n'est pas écrit (détails laconiques à longue portée ?). Et que dire de l'idiot qui tient une chaussure la nuit ? On voit la lumière de la lune, n'est-ce pas, pourtant ça n'est écrit nulle part...

Il y aurait une histoire à écrire sur quelqu'un qui traque l'enchantement, en est avide, le cherche partout, veut absolument le faire naître. Le Traqueur d'Enchantement, ça ne sonne pas bien. On dirait du Yves Simon. C'est affreux.
La jubilation, par contre, oui, j'adore ce mot, et on peut la provoquer, jouer à le faire naître.
Dans la série des sites web fascinants, voici http://www.pentrix.com/, la page de ceux qui font tourner leur stylo avec leurs doigts. Les vidéos sont très bien faites. Quant à http://www.scottmccloud.com/comics/comics.html, il fait d'étonnantes BD verticales.
J'ai la vision des poèmes que je devrais écrire, mais n'écris pas. Quand viendront-ils ?
Sylvia Plath
Ah ! C'est bien, c'est très bien ! Trouvé une page web, Egocyte, qui doit encore se remplir, mais commence idéalement : un propos, un ton de voix, et graphiquement réussie (en tout, mieux que la mienne, de page, arf). Allez visiter !

Voici une photo de Tchékhov à l'époque de la création de La Mouette. La photo me plaît pour plusieurs raisons. D'abord, tout le monde pose, essaie de faire naturel; évidemment, ça n'est pas naturel du tout, ce qui me ravit : on dirait une sorte de tableau. Ensuite, seul l'auteur regarde le photographe. Enfin, le visage de Tchékhov correspond à l'idée qu'on se fait de lui en lisant ses lettres. Personnage doux, drôle, intelligent. Sur cette photo, aussi, c'est comme si Tchékhov nous regardait amicalement, en disant "Je ne pose pas comme les autres, qui sont bien sympathiques. Je vous regarde. Quand la photo est faite, on va boire un coup !".


Idée d'histoire : Développer comment se crée la tension entre un père en cravate qui ne sait plus sourire (genre PDG, ou commercial qui a la foi) "il faut gagner beaucoup d'argent et je n'ai pas le temps", et sa petite fille, qui rigole, roucoule, invente des chansons, dessine des fleurs en chamade, tricote des guirlandes et cause d'escargots et de gâteaux imaginés. Montrer comment la fantaisie de la petite fille tente de se glisser dans tous les interstices. Montrer comment les parents vont réussir à la plier, à en faire une cadre surmenée qui "s'épanouit dans son travail". Ou pas. Non : montrer les deux cas : il y a deux fillettes.
Ma page devient trop longue pour le mois de Mars, qu'en pensez-vous ? Solution : la couper en semaines, ou écrire moins :-)
Chose étrange : je me souviens souvent de lieux que je n'ai pas visité, mais que j'ai exploré dans des jeux vidéo comme Doom, Marathon ou Quake. Souvenirs précis, châteaux, cours, couloirs, lumières...
Je me souviens d'avoir été poursuivi par des Cacodémons sur des terrasses ensoleillées. Je me souviens d'un Archvile qui réveillait les morts dans un forum pendant que j'actionnais un interrupteur sur la mezzanine. Je me souviens d'une bataille terrible et rapide avec un Cyberdémon au milieu d'un champ de colonnes. Je me souviens du terrible bruit mécanique de l'Araignée Spider Mastermind grande comme un immeuble. Je me souviens d'une gare détruite près d'une falaise... Hum. Pardon.
Les Monstres de Doom en Gif Animés.





Ne vous mariez pas par amour, enseignent les faux sages : on se réveille de l'amour. C'est comme si les médecins conseillaient de ne pas dormir, parce qu'on se réveille du sommeil. Un homme qui a dormi est de meilleure humeur. Il reste au couple qui a connu la folie d'amour plus de ressources qu'à celui né du mariage de raison. Tout ce qu'on pourrait conseiller, si les conseils avaient ici un sens, c'est d'aimer de préférence qui on aimera toujours lorsqu'on ne l'aimera plus. L'amour crée la tendresse, qui survit à l'amour.
Claude Roy : Permis de Séjour
Dolls, de Kitano... Il s'agit de trois histoires d'amour absolument tragiques, avec tout la panoplie : folie provoquée par le manque d'amour, yeux crevés par amour et autres vies détruites par amour. Kitano prend trois histoires et les mène avec une grande cruauté vers leur épouvantable conclusion. A un point que ç'en est presque comique. Impossible de savoir, pourtant, ce qu'en pense l'auteur. C'est impassible. Le seul indice est le titre : Les Poupées. Semblent agir, comme l'indique aussi l'introduction du film, selon des règles immuables, comme une tradition de l'amour fou qui mène à une mort absurde. C'est comme ça, on ne peut l'éviter, ainsi tourne le monde, observons quelques exemples édifiants.

L'espérance est un charlatan qui nous trompe sans cesse; et, pour moi, le bonheur n'a commencé que lorsque je l'ai eu perdue.
Chamfort
Medio de fonte leporum surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat
Au coeur de la source des plaisirs jaillit quelque chose d'amer qui, au sein même des délices, vous reste dans la gorge.
Lucrèce : De rerum natura.
http://www.blacksea-crimea.com/WebAlbums/Chekhov-album/index.html. Petite page sur la maison de Tchékhov à Yalta. Crimée.
Voici une photo d'une rue de Yalta, qui me plaît parce qu'elle ressemble à l'idée que je m'en fais. Peut-être qu'un jour...

Macintosh : installé Panther, superbe. Ventes sur eBay. Acheté un volume en russe sur Lévitan, peintre de paysages et grand ami de Tchékhov (dont j'ai attaqué le Vol. 2 de la correspondance, dont la petite musique semble être "indépendance, acuité et drôlerie"). Feuilleté Claude Roy avec bonheur. Regardé quelques épisodes d'Architectures, en DVD chez Arte : extraordinaire. Je tape des deux mains comme un gosse.
Idée d'histoire : Un petit garçon a pris l'habitude de décrocher quand le téléphone sonne "c'est forcément quelqu'un de la famille", baragouine quelques mots mignons, puis passe l'appareil à l'un de ses parents. Cette habitude énerve le grand-père, qui un jour se rend dans une cabine et appelle sa petite famille. Le gamin décroche, alors le papi déguise sa voie et dit "Comment tu t'appelles ?", puis d'une voix de gravier "Je suis un monssstre et je vais bientôt très bientôt venir sssous ton lit, et quand tu dorrrmiras je viendrai te morrrdre".
Matin de printemps, soleil, bourgeons au bord, à l'extrême bord de l'éclatement, fleurs et verdure fraîche. J'ouvre la fenêtre et ce n'est pas le vent léger et frémissant, ou le fragile pépiement des oiseaux engourdis, qui rentre dans ma maison en souffles et spirales, c'est - évidemment - un bon gros moteur, bien gras, vulgaire, grossier et en traînées : REUUUH... REUUUUUH..., sans doute un bon gentil humain avec une tondeuse, une perceuse, une ponceuse de voiture ou je ne sais, en tout cas quelque chose à moteur, un destructeur de printemps...
Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee... Dee...
Out on the plain, running like hell
Steve Reich
Trouvé la musique qui convient à cette boule dans le plexus, Desert Music, longue pièce pulsante, longue course grande comme un horizon, faite de fourmillements et picotis, de choses sèches et non rénonnantes (bâtons de bois frappés par terre), de traits tendus à quatre voix (voies ?) du quatuor, de pulsations plus ou moins résonnantes (pianos marimbas), le tout parfois envahi (toujours en course) de la grande pâte des cordes, des surgissements à différentes altitudes des choeurs ou de danses absurdes coupantes comme du verre stravinskien.

Exaltation : Etat délirant qui donne au malade une impression de grande puissance, d'euphorie intense.
Tchékhov, en 1890, est allé à Sakhaline, île située à l'extrême Est de la Sibérie. Il raconte son voyage dans diverses lettres souvent cocasses. Il navigue sur le lac Baïkal (une verste, c'est environ un kilomètre) :
Le temps était doux et ensoleillé. L'eau du Baïkal est turquoise, plus transparente que celle de la mer Noire. On dit que, dans les endroits profonds, on voit le fond à une verste, et j'ai vu à ces profondeurs, des rochers et des montagnes noyés dans la turquoise, à en sentir le froid vous courir sous la peau.
Anton Tchékhov : Lettre à sa mère, 1890.





Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes, et on aura toute les peines du monde à y découvrir un homme.
Arthur Cravan
Quand je vais à Paris je vais toujours saluer Notre-Dame, je me mets au soleil et je prends le frais. En traversant la rue, un jour, je suis abordé par un individu grimé en Charlie Chaplin qui voulait me vendre un truc (carte postale ou je ne sais quoi). Je l'ai envoyé au diable en poursuivant ma route et il s'est mis à crier dans mon dos ("T'aimes pas les artistes ?").
Il semble que plus on avance dans le temps et plus les individus se posent en artiste, "Oui mais moi je ne suis pas comme la masse rampante, je suis un artiste, vous comprenez". Je connais un photographe débonnaire, avec des airs, vous savez, et qui en fait est tellement inquiet qu'il se jette dans la moindre oreille qui lui accorde un peu d'attention que "dans MON expo", "je suis en train de faire un truc sur", ou "j'ai mis en route un projet de". Souvent, avec ceux qui ont "fondé un groupe de rock" qui vous rencontrent, vous saluent distraitement puis commencent leur rengaine (on répète, on a fait un concert, on va signer un contrat chez machin, j'ai recommencé le mixage). La plaie, que le soi-disant artiste qui existe non pour son art, mais pour en parler. Les autres, les vrais, hein, ils travaillent...
En somme, je suis toujours prêt et disposé à me pencher vers l'oeuvre d'un artiste, mais agacé par les discours d'icelui s'auto-définissant comme tel.
Pontifier : "faire le pontife, dispenser sa science, ses conseils avec prétention et emphase" (Petit Robert).
Idée d'histoire : Un compositeur qui n'a plus d'idées se tourmente, puis décide d'abandonner la musique pendant quelques mois pour se mettre en jachère, laisser reposer. Il se rend compte, un jour, que l'envie de faire de la musique lui semble totalement et définitivement incongrue, et passe à autre chose.
Taper "Baïkal" dans le moteur d'images de Google m'a permis de trouver cette très belle galerie de photo russes : http://www.pereplet.ru/photo/yuferev/

DVD : Regardé une partie de Hero, organisé autour de "combats esthétiques", long et fatiguant. Me suis mis à Identity, pas envie. Hours, astuces autour de Virginia Woolf, film à Oscars typique, brillant et bien joué et je m'en fous. Mais je suis impressionné par le charisme fou d'Ed Harris. Quel acteur !
D'ailleurs Pollock, son film, est sorti en DVD. Dépéchez-vous de voir ça !
Une autre bien fausse idée qui a également cours actuellement, c'est l'équivalence que l'on établit entre inspiration, exploration du subconscient et libération, entre hasard, automatisme et liberté. Or cette inspiration qui consiste à obéir aveuglément à toute impulsion est en réalité un esclavage. Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu'il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête et qui est l'esclave d'autres règles qu'il ignore.
Calvino (citant Queneau) : Bâtons, Chiffres et Lettres.
Ne jamais cesser, surtout, de penser par diagrammes, classements et catégories. Ne pas se priver des outils d'analyse. Page à faire : "Petites Boîtes Nécessaires".
Fiche à faire : "Complaisants, Redondants, Gros Lourds et Suicidaires". Quand on a compris, ils expliquent encore. Proverbe adapté : "Faut pas beurrer le beurre". J'en fais probablement partie :-)
Lire Arno Schmidt (Leviathan ?).
Segantini : Le Cattive Madri :

...au fond de l'aile, le vent ne rentre pas...
Choses que tout le monde pense et dit ("Il faut") et moi pas (faire la liste) :
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L'incomplétude, forme de tristesse, sensation qu'il nous manque quelque chose (quelqu'un ?), ou une connaissance; c'est très profond, lointain en nous.
Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter.
Beckett
il gisait couché à plat ventre, suant par les dures nuits glacées de l'hiver, nu, rigide, avec ses dents serrées dans sa face studieuse et ses jambes velues comme celles d'un faune
Faulkner : Le Hameau.
Le rêve apportait un secret
qui est devenu source de regret
Les diables aiment à jouer des tours,
vraiment, ils sont comme les enfants !
Ling Mong-tch'ou : L'Amour de la Renarde - Les Trois Lettres de l'Immortel.
