
A moins d'être Krishnamurti ("observer sans conclure") ou un moine zen devant son jardin de cailloux, nous sommes toute la journée - tous autant que nous sommes - dans un processus complexe d'observation, d'appropriation, de jugement, de classement. On réagit ensuite, si nécessaire, de telle ou telle façon.
Vous avez remarqué, un des lieux communs les plus répandu, c'est "Il ne faut pas mettre les choses dans des boîtes", ou "Il ne faut pas mettre des étiquettes sur les gens", etc etc. Je n'ai jamais compris ce genre de phrases. Il me semble que c'est le travail même de l'intelligence, ou même de la simple perception, de classer, noter, juger, et de toutes sortes de façons (me donne du plaisir ou pas, m'apprend des choses ou pas, etc). Rien de "bureaucratique" là-dedans, ni rien de figé.
L'idée de ces phrases, il me semble, c'est non pas qu'il ne faut pas mettre d'étiquettes, mais qu'il ne faut pas se fixer à ces étiquettes. Mais c'est du bon sens, pourquoi le préciser alors ? L'esprit est mouvant, vivant, fluide, les boîtes et les étiquettes ne sont que des petits outils.
Et donc, je classe, je range, je m'amuse. Brian de Palma est un esthète, un virtuose, son art est complexe et souvent violent, il est obsédé par l'image dans l'image, il invente des formes, il aime surprendre, l'outrance, il transcende les découvertes d'Hitchcock, etc. Voilà le pauvre de Palma couvert d'étiquettes ! Lui-même, probablement, affirmera dans des interviews qu'il n'aime pas les étiquettes, et qu'il est libre. So what ? Rien ne m'empêchera, moi, de l'étudier et de le classer, le repositionner à ma convenance. Je suis un constructiviste.
Partant de là, l'idée des seuils que chacun possède m'amuse toujours. En Art, considérant ce qui vous dérange, vous choque, vous donne du plaisir, de l'amusement, vous apporte des connaissances, une morale ou de quelconques changements intérieurs, on peut toujours se placer soi-même entre deux portes, au delà desquelles, pour l'une, c'est pas assez, et pour l'autre c'est trop.
Je continuerai... plus tard.
Commandé un livre de conférences de Nabokov sur Gorki, Tchékhov, Tolstoï, Tourguéniev, puis un livre russe sur Levitan, le peintre. Je lis le livre de Bounine sur Tchékhov. Reçu quelques dizaines de Peanuts des Etats-Unis. Il faut varier les plaisirs ;-)
A partir de Tchékhov, je peux me diriger vers l'histoire de la Russie à l'époque du dernier Tsar (fin XIXème) - Troyat a écrit un bouquin sur cette époque, ou bien lire des livres de ses amis ou contemporains (Bounine, Gorki...), ou bien lire les auteurs qui, dit-on, lui sont proches (essentiellement : Maupassant et Katherine Mansfield), ou bien me plonger dans l'histoire du théâtre (à partir de Stanislawski). Je ferai... probablement un peu tout ça.





L'arrivée d'une matinée grise dans le printemps tout neuf provoque invariablement une mélancolie douce, presque reposante. Fenêtre ouverte, je regarde longtemps le marronnier dont les petites feuilles se déploient, et qui semble, immobile, très puissant et comme en train de respirer. Le ciel gris est tout lisse, parfois plus sombre, et dans l'absence totale de vent, le monde végétal est figé totalement, comme une statue très complexe. Coup de chance, pas de moteur. J'ai mis le Violin Phase de Steve Reich (un violon chante une course avec lui-même) - il arrive qu'une pulsation apparaisse tellement rapide qu'elle devient comme une sorte d'horizon - un oiseau, dehors, chante tout seul, ponctuellement. On dirait qu'il cherche une phrase ou deux à improviser. Au fond, le ciel devient plus sombre (va-t-il pleuvoir ?), puis plus clair. La musique de Reich évoque la trajectoire triangulaire des mouches sous les lampes, l'été. Résolution dans le morceau suivant : Octet.
Quelque chose à étudier sur le goût des mots dans la littérature. Les mots perdent leur goût, et les adjectifs s'usent. Tchékhov, adepte de la simplicité, se moque doucement de son ami Bounine qui écrit dans un récit que la mer sentait la pastèque, et raille Gorki, qui lui dit que la mer rit. Il y a là un problème passionnant. Les adjectifs sont usés. Diverses solutions existent pour redonner du goût à ce qu'on écrit. On peut choisir le baroque, l'étrange, le choc, et c'est toujours un peu facile - Borges en parle souvent à propos de ses poèmes de jeunesse. Pour moi, les rois sont Giono, Colette, Faulkner. On peut aussi renoncer en faisant autre chose : inventer de nouveaux mots, en cherchant la sensation ailleurs, dérouler les phrases autrement (Simon, Bernhard), descendre dans le microscopique (Sarraute). A creuser.
A ce sujet, un des chapitres de L'Art de la Fiction, de David Lodge :
"Représentation Insolite" est la traduction française habituelle du mot ostranenie (littéralement, "rendre étrange"), un de ces concepts critiques précieux inventés par les formalistes russes. Dans un essai célèbre publié en 1917, Victor Chklovski avance que le but essentiel de l'art est d'empêcher l'habitude et l'automatisme d'émousser notre sensibilité, en représentant de façon insolite les choses familières.

Idée d'histoire : Un chauffeur de bus exaspéré range son véhicule tout en travers d'une route très fréquentée, en ville, fout ses passagers dehors, ferme l'autobus et rentre tranquillement chez lui, bloquant la circulation dans les deux sens. Il rigole tout seul en entendant les klaxons de l'immense troupeau d'abrutis motorisés qui ne manque pas de se former. Bien fait.
Ce qui peut arriver de pire, c'est de passer à côté de son bonheur sans le reconnaître. C'est de croire que notre vie, pour l'instant simple brouillon, basculera bientôt dans l'intensité.
Pascal Bruckner, L'Euphorie Perpétuelle
Remarquable article sur Tchékhov dans l'encyclopédie Yahoo : ici.
201 récits de Tchékhov... en anglais : http://chekhov2.tripod.com/.
Tenessee Williams, à qui on demandait la liste de ses auteurs préféré, répondit : "Tchékhov ! Tchékhov ! Tchékhov !".
Très riche galerie des tableaux de Levitan.

J'ai envie d'apprendre le Russe. Je vais sans doute le faire.
Ecrire une série de nouvelles sur le thème de ceux et celles qui quittent leur emploi en sabotant quelque chose, comme le chauffeur de bus dont je parle plus haut.
Musique : la Toccata Opus 11 de Prokofiev, puis Jeux d'Eau de Ravel, par Argerich.
Il est des domaines qui sont trop vastes à explorer. J'y pense à chaque fois que je trouve des paquets de volumes sur Napoléon, sa vie, sa politique, l'époque, les batailles, les militaires. Trop de livres, trop de domaines, trop de tout. Comment le prendre ? Il faudrait alors se spécialiser sur une seule année, ou un seul domaine (ses généraux, sa stratégie, une bataille donnée) et ne creuser que cette faille. Autre domaine trop vaste pour moi pour l'instant : Wagner, parce qu'il faut se mettre à Nietzsche, Cosima, l'opéra et ses mises en scènes, Bayreuth, Louis II de Bavière, c'est trop !
Trouvé un livre en russe pour les enfants, et aussi du Poe, des numéros d'Europe (Ponge, Woolf, Faulkner, Joyce), un Marc Aurèle, un bouquin sur l'installation des Soviets...
Pour ma page à faire des "nus stupides" : nue dans la nature, airs extasiés devant un arbre, un rocher, la mer, nue avec un accessoire (plume, pomme, n'importe quoi), nue prenant des poses impossibles (tordue, cambrée, blottie, "je défie le photographe"). Gnin gnin gnin. Une quantité considérable de médiocres s'est toujours rassemblé autour de la "photo de nu"...
C'est curieux, je me souviens très bien des stylos-plume de mon enfance. Il y avait un Waterman, très lourd, et un Parker tout rond, lourd aussi, et dont la plume était toute petite. Je me souviens parfaitement de la joie des Stypen, dont la plume ne mettait que quelques semaines à se faire à ma main, et qui devenaient tout doux en glissant sur les feuilles. Je me souviens du papier Clairefontaine, incarnation possible du plaisir tactile.

Il faut toujours se coltiner les grands heureux et les perpétuels déprimés. Les grand heureux nous accablent avec leurs oh et leurs ah, finissent toujours par se prendre un bon gros platane ou se réveillent de l'amour, comme dit l'autre, puis nous accablent avec leurs oh et leurs ah différents ("ah bon, le grand bonheur ne dure pas toujours ?")... et les dépressifs accablent tout le monde avec leurs vélléités de base ("un jour, les choses vont changer et je serai heureux", gnin gnin gnin). Rien à faire, à dire : il faut se les coltiner. Ou se sauver, mais c'est pas poli.
Chez Miyazaki, toujours la bonne grosse morale écolo (faut pas abimer la nature, c'est pas beau), toujours les grands-mères puissantes (les soeurs jumelles de Chihiro, la chef volante de Laputa), les mécaniciens ont toujours une grosse moustache, les canidés retroussent les babines (Mononoke, Chihiro)... mais quel talent...
Certains humains sont coupants comme s'ils étaient hérissés de ciseaux. On finit toujours par se couper, ce qui est fort désagréable. Encore se sauver ?
La sagesse consiste-t-elle à fuir ses contemporains ?? Je pense souvent à la parabole des porcs-épics de Schopenhauer... (z'ont froids, alors se rapprochent les uns les autres, mais se piquent alors s'éloignent, mais z'ont froids, alors...). Me revoilà Waldgänger. Je ne veux pas jouer. J'envoie valdinguer...
Définir : Valdinguer, Coltiner.
En cas de problème, appliquer la "tradition tantrique" du bouddhisme. D'abord, la pacification (essayer doucement de sentir le terrain, sentir sa totalité), puis l'enrichissement (étendez partout votre qualité succulente digne et riche). Si ça ne suffit pas, on passe à la magnétisation (rassembler les éléments de la situation). Si, encore, ça ne suffit pas : destruction. C'est Trungpa qui le dit, hein...
Plus loin, il dit : "Si quelqu'un s'interpose brutalement sur notre chemin, nous le repoussons, tout simplement, parce que son intrusion était frivole. L'intrus sera réveillé par son exclusion".
Si la personne en question prend ses jambes à son cou, c'est sa façon de communiquer avec vous

Les montagnes et les hautes vallées sont belles
mais, n'ayant jamais vu les basses terres, je suis stupide.
Il y a bien deux façons d'analyser les cochonneries déversées par la télé du matin au soir (le français, en 2004, regarde la TV en moyenne trois heures trente minutes par jour).
La première façon de voir les choses est de dire que les diffuseurs (les chaînes) sont des salauds de gaver ainsi les très bons, très purs, très honnêtes et très cultivés téléspectateurs (qui sont ainsi corrompus par l'ordure, ah les pauvres). Ah les bourriques, et ah les pauvres spectateurs.
La deuxième façon de voir les choses, c'est de dire que les diffuseurs ne passent que ce qui marche, puisque de toute façon leur UNIQUE intérêt est de faire de l'audimat pour gagner de l'argent grâce à la publicité. Si Star Academy ou Lagaf faisaient zéro point d'Audimat, on aurait du Arte sur toutes les chaînes, et la vie serait comme la soupe à la crème.
On pourrait croire que les torts sont partagés, et moi je pense que non. Je pense que la faute est unique, simple et indivisible et non négociable : si la télé passe de la merde, c'est parce que c'est ça qui marche, c'est la faute des spectateurs. Qu'ils y restent donc, à patauger.
C'est marrant, je préfère l'honnêteté hilare d'un patron de chaîne qui dit que ces programmes ne servent qu'à scotcher les spectateurs devant la TV pour leur fourguer de la pub, plutôt que la "distanciation" totoche qu'on entend souvent, qui consiste à regarder cette merde en ricanant "tellement c'est nul je suis pas dupe mais ça me vide la tête".
Je trouve des vieux papiers sur des pélerinages sur le trottoir dans les encombrants, que je revends 90 Euros sur eBay, avec lesquels j'achète la Correspondance entre Tchékhov et sa femme Olga Knipper et Blow Up en DVD Zone 1. Le monde est fort intéressant à faire fonctionner.
Une liane : http://www.reflet.net/.
Un acteur : Robert Duvall.
Un instrument de musique/un mot : Glockenspiel.
Wrong Way Up, à méditer. Dans un petit roman nommé Oreiller d'Herbes, Soseki imagine un homme de la ville, stressé, qui part dans la montagne pour méditer, "se retrouver" et peindre. Et contrairement à toute attente, il... se fait suer, ne trouve pas l'inspiration, etc... Imaginer un cycle d'histoires sur ce thème.
Après les méga-dictatures d'extrême droite, communistes ou islamistes, imaginons une dictature du XXIème siècle basée sur le New Age ou l'écologie.
Lynch et Tarantino, talents certains, utilisés pour l'un dans la fascination du mal, de la mort et de la laideur, pour l'autre dans le meurtre rigolard. Quand les voir passer à autre chose ? Mais ils l'ont fait ! Pour l'un, Une Histoire Vraie, pour l'autre, Jackie Brown...
Je ne sais pas d'où sort ce Nicolas Rey, mais il dit quelque chose de très beau dans un portrait de lui que publie Libé. C'est à peu près : "Les parents, ce sont ceux qui vous en mis en garde plusieurs fois sur ce qui vous a planté précisément, et qui agissent comme si vous n'y étiez pour rien malgré tout". Belle idée non ?
Dans Tintin, lorsqu'un personnage est fou ou dérangé, on lui dessine un petit tourbillon au-dessus de la tête. J'ai souvent l'impression de voir mes contemporains (et leurs enfants, surtout) avec ce petit tourbillon. La faculté d'être au calme et de se concentrer, chez les enfants, devient aujourd'hui presque bizarre, comme un super-pouvoir. Je peux regarder les autres pendant des heures, fasciné (comme je suis fasciné par les araignées) : agités, bruyant, déconcentrés, vagues, distraitement violents, se cognant tout le temps, avec ce petit tourbillon au-dessus de la tête, et, surtout, cette absence de lumière dans les yeux. Comme le chinois, dans Tintin, qui voulait couper des têtes...
"Déroulement exagérant" : jeu de l'esprit qui consiste à dérouler une situation jusqu'à son ou ses extrêmes, pour voir ce que ça donne.
Déroulement exagérant/la dictature écologique : Un dictateur fou, écolo, prend le pouvoir. Il interdit les voitures, puis les confisque toutes (pour destruction). Les parking sont transformés en jardins. Très rares autorisations données aux pompiers et ambulances, médecins. Mise en place obligatoire de livraisons à domicile. Tout ce qui pollue doit s'arrêter immédiatement, sous peine de mort. Le recyclage se généralise. Energies solaires/éoliennes. La lessive est interdite. Etc...
Je passe souvent pour un demeuré auprès des gens organisés et qui manient les chiffres avec dextérité. Maintenant, ça m'amuse plutôt...

Bonjour Germaine Vous avez un beau jupon
Un beau jupon de reine et de reine cruelle
Que j'en tâte la soie Une soie du Japon
Qu'orne un large ruban d'ancienne dentelle
Apollinaire
Le mot Louve contient en lui-même une bonne dose d'effroi. Habiter avec une louve. Grande élégance, et intensité. Mais en cas de problème, les babines se retroussent, les dents apparaissent, la voix gronde. Gare aux profondes morsures.
Bon : habiter avec une louve, non.
Idée d'histoire : Une standardiste passe ses journées, donc, à répondre à des abrutis au téléphone. Un soir, elle rentre à pied, exténuée. Elle voudrait goûter cette marche, mais son... téléphone portable sonne, re-sonne, sonne encore (sa soeur, sa mère, sa cousine ou sa copine, tout le monde l'appelle). Il fait lourd, le soleil est bas sur l'horizon. Elle passe sur un pont très haut, au-dessus d'une grande rivière. Le portable sonne une dernière fois : c'est son amoureux. Elle lui-dit : "Ecoute-bien, mon amour...", respire, regarde les nuages, les bourdons qui volent autour des graminées, et saute dans l'eau avec son téléphone.

Vu : The Philadelphia Story de Cukor, avec James Stewart (parfait), Cary Grant (épatant, avec ce regard de farceur fou) et Katharine Hepburn, dont je suis décidément très amoureux. Lu des entretiens avec Jean-Louis Trintignant. Commandé un livre de Yasmina Reza (dialogue entre un père et son fils). Je lis Bounine comme un sous-Tchékhov. Feuilleté trois DVD à l'esthétique grise-post-A.I. : La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Equilibrium, Underworld, tous trois parfaitement emmerdoïdes. Reçu pour moins de 6 Euros City Hall, Mosquito Coast, et aussi Searching for Debra Winger.
On Internet, nobody knows you're a dog. Proverbe instantané, et à longue portée. Imaginez tout ce qu'on peut déduire de cette phrase. En faire un roman. Si.

La forêt court comme une folle, avec ses arbres et sa lune.
Gogol
Lire Woolf, décidément. Les Mémoires de Vidocq.
Que peut bien ressentir un chat assis dehors prêt d'une fenêtre, la nuit, et qui écoute tout ?
Idée d'histoire : Des enfants jouent à claquer des pétards au pied d'un immeuble. Un habitant, excédé, leur jette un bâton de dynamite par la fenêtre. Et boum.
Hum. Pardon.
Idée d'histoire : Un jeune gothique "fasciné par la mort" fonde un groupe nommé Mortibus Lachrymosa machinchose, puis attrape un cancer du pancréas. Soudain, il n'est plus DU TOUT fasciné par la mort(ibus), alors il pleure(mosa). Il en réchappe (j'suis sympa hein ?), jette ses fringues noires (l'essentiel est invisible pour les yeux) et arrête enfin de courir après une quelconque intensité (il a donné). Et voilà pour lui.
La "madeleine de Proust" la plus efficace, pour moi : l'odeur de l'herbe coupée.
La confiture aux cochons
Un des aspects de la vie contemporaine occidentale qui me choque toujours, c'est le gâchis. La confiture aux cochons, c'est la vulgarité qui consomme le subtil. C'est un spécialiste du cristal qui fait venir une pièce unique de l'extrême orient, et la voit partir chez une star stupide qui n'a aucune idée de ce que c'est et qu'il l'a acheté... parce que c'est cher. C'est un très grand cuisinier qui voit débarquer un groupe de "j'ai gagné au loto" qui s'empiffrent de choses subtiles et complexes en arrosant le tout au soda-citron. Ce sont les touristes à Venise. Les autobus d'humains qui défilent en short/jambon-beurre devant un tableau célèbre. La confiture aux cochons est quelque chose qui se répand, et qui me terrifie.
En tout cas, c'est très désolant... pour ceux qui fabriquent la confiture !
Laisser l'ennemi se déployer; que l'on puisse discerner et sa nature, et son intention.
Ernst Jünger
L'odeur du crayon de bois que l'on vient de tailler.
Il est des modes de vie que l'on regarde comme on regarde un autobus rempli de jeunes hurleurs ivres qui descend une route de montagne à 190 km/h. On regarde, mais la main sur le visage, on regarde "entre les doigts".
Un film exprime bien ce que je veux montrer : Mosquito Coast, de Peter Weir, avec Harrison Ford (probablement son tout meilleur rôle). C'est un film extrêmement stressant, de ce point de vue. Un idéaliste qui va jusqu'à la catastrophe...

Les humains, il est vrai, veulent toujours posséder leur maison. "Tu comprends, quand tu seras en retraite, tu n'auras plus de loyer à payer". Ah oui, donc j'aurai plus d'argent pour moi tout seul, je serai un "vieux heureux", car je pourrai dépenser des Euros, consommer à m'en faire éclater la panse, et peut-être même, faire trois ou quatre voyages organisés par an, entre vieux, comme il font. Le bonheur incarné : l'hyper-consommation pendant ma retraite... parce que j'ai plus de loyer à payer. J'en frémis de bonheur...
Quand un mal nous atteint, on peut en venir à bout soit en en supprimant la cause, soit en modifiant l'effet qu'il produit sur notre sensibilité.
Nietzsche, Humain, trop humain.
Idée d'histoire : Un père emmène ses enfants dans un endroit calme (combe, clairière, parc ou crique). Ils y jouent avec bonheur, mais le père sent une présence inamicale. Ses sens sont tendus comme à l'approche d'un grand danger, qui pour l'instant ne se manisfeste pas. Un démon invisible les observe, ou le lieu est hanté. En fait, rien ne survient, et l'événement n'a aucune autre conséquence qu'un souvenir inquiétant...

Créer pour soi, au sein d'un environnement absurde, un microclimat, une cellule dans laquelle on puisse encore respirer.
Ernst Jünger
Les Allées Sombres, de Bounine, c'est bien du Tchékhov, mais en beaucoup moins bien. Un avantage : ces récits sont très courts, et se lisent très bien, tard le soir, lorsqu'on n'est plus très compétent. A chaque fois, je lis les quatre ou cinq pages et je me dis "ouais, bof", et voilà. Lu l'introduction de Nabokov sur Tchékhov, et... c'est très bien vu. Se confirme ce que j'ai toujours vu : Nabokov est un romancier que je n'aime pas du tout, mais un chroniqueur ou un essayiste formidable, parce qu'alliant grande intelligence et grande capacité de cruauté, ou d'ironie.
Je sirote de la vodka. Je rêve de goûter du vin de Crimée. Je voudrais regarder L'Arche Russe, le film-plan-séquence russe sur le Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg. Bref : obsédé.