Démocrite

[ Brancusi ]
Les vertus devraient être soeurs,
Les Deux Chiens et l'Ane Mort
Me suis replongé, c'est par crises, dans la Seconde Guerre Mondiale, et dévore la grosse biographie de Hitler par Toland, en deux épais volumes. Cela complexifie le personnage (et l'époque) dans toutes les directions. C'est passionnant, évidemment monstrueux, et me plonge dans des abîmes d'interrogations. Il y a quelques aspects quasiment surnaturels du personnage, et des choses incompréhensibles dans ses raisonnements, son entourage infernal (Goering, Himmler, Hess, Goebbels, une vraie meute). C'est comme ouvrir un chaudron...
Ainsi que les vices sont frères :
Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos coeurs,
Tous viennent à la file, il ne s'en manque guères :
J'entends de ceux qui n'étant pas contraires
Peuvent loger sous même toit.
A l'égard des vertus, rarement on les voit
Toutes en un sujet éminemment placées
Se tenir par la main sans être dispersées.
L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent, mais froid.
Parmi les animaux le Chien se pique d'être
Soigneux et fidèle à son maître ;
Mais il est sot, il est gourmand :
Témoin ces deux mâtins qui dans l'éloignement
Virent un âne mort qui flottait sur les ondes.
Le vent de plus en plus l'éloignait de nos Chiens.
Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens.
Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes.
J'y crois voir quelque chose. Est-ce un Boeuf, un Cheval ?
- Hé qu'importe quel animal ?
Dit l'un de ces mâtins ; voilà toujours curée.
Le point est de l'avoir ; car le trajet est grand ;
Et de plus il nous faut nager contre le vent.
Buvons toute cette eau ; notre gorge altérée
En viendra bien à bout : ce corps demeurera
Bientôt à sec, et ce sera
Provision pour la semaine.
Voilà mes Chiens à boire ; ils perdirent l'haleine,
Et puis la vie ; ils firent tant
Qu'on les vit crever à l'instant.
L'homme est ainsi bâti : Quand un sujet l'enflamme
L'impossibilité disparaît à son âme.
Combien fait-il de voeux, combien perd-il de pas ?
S'outrant pour acquérir des biens ou de la gloire ?
Si j'arrondissais mes états !
Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !
Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire !
Tout cela, c'est la mer à boire ;
Mais rien à l'homme ne suffit :
Pour fournir aux projets que forme un seul esprit
Il faudrait quatre corps ; encor loin d'y suffire
A mi-chemin je crois que tous demeureraient :
Quatre Mathusalems bout à bout ne pourraient
Mettre à fin ce qu'un seul désire.
Jean de la Fontaine
Au soleil, pour se détendre de ces choses, La Chasse au Bonheur, de Giono. Mettre un volume de Giono dans mon package vacances.

Lire : Le Gène Egoïste, de Richard Dawkins. Le Principe de Lucifer, d'Howard Bloom, que j'ai acheté sur les conseils de celui qui se reconnaîtra, et qui a l'air d'être un "livre monstre". J'ai une hâte de le lire que je n'ai pas ressenti depuis... je ne sais plus.
J'ai doublé mon débit ADSL (1024), c'est parfait.
Un petit film qui décrit un "avenir technologique doux" : http://www.nttdocomo.com/vision2010/media300.html.
Bon. Archétype : le progrès technologique fait un "saut", la majorité de la communauté embraye, car le progrès est réel, mais une minorité râle, se bat et refuse...
On invente l'électricité. Les particuliers s'équipent à toute vitesse. La minorité (les grand-mères !) refusent ("C'est quoi ce truc là ? Pas besoin !"). Les fabriquants de lampes à huile manifestent, puis ferment les uns après les autres...
Kurosawa raconte que dans son enfance au Japon, une profession très répandue était une sorte de "dialoguiste de cinéma". Comme le cinéma était muet, il existait des milliers d'hommes dont le boulot était d'animer les salles. Quand le parlant est arrivé, tous ces gens se sont retrouvés au chômage, et Kurosawa raconte d'ailleurs les manifestations de ces gens-là dans les rues !
Quand le DVD fait un tel carton, les VHS disparaissent. Les mamies râlent, parce qu'on ne trouve plus rien. Elles rouspètent contre le monde, qui les "force" à acheter un nouvel appareil.

Il y a quinze ou vingt ans, lorsque je regardais encore la TV, quelque chose m'avait beaucoup frappé : j'avais vu Michel Denisot en train de mener une interview avec un chanteur quelconque. Il avait posé une question, on entendait la réponse du chanteur, mais la caméra était restée, par erreur sans doute, sur Denisot. On le voyait faire des signes à d'autres personnes, regarder ses fiches ou sa montre, je ne sais plus. En tout cas : il se foutait royalement et complètement de la réponse de l'autre abruti en face de lui.
J'appellerais le Syndrome du Journaliste cette espèce de morgue qu'ont les gens de la télévision, de la radio, de la presse, les journalistes : ils viennent vous voir pour vous piller, et ils s'en tapent, ils s'en foutent, ils veulent, comme dirait Bourdieu, jeter du charbon dans la grande gueule chaude de la locomotive du Spectacle. Formule extrêmement bien trouvée par le pauvre boycotteur de Danone en son temps : ils vous violent vous en donnant en même temps l'impression qu'ils n'ont pas le temps. Le journaliste veut "faire son article", doit remplir son temps d'antenne...
Enchanté totalement par le final dansé de fou de Zatoïchi, de Kitano. S'il s'agit bien de danse et de trance, il y a un sourire que je ne retrouve jamais dans l'univers technoïde actuel. Me met en joie, comme me ravit David Gilmour qui ose reprendre du Bizet en français avec un violoncelle et un hautbois dans son concert acoustique.
Enfant, déjà, ça m'emmerdait d'être obligé de sortir le Dimanche, se balader, visiter, voir des tantes, ou du paysage, gnin gnin gnin. Il y a bien plus à voir dans quelques mètres carrés de jardin qu'au carnaval, et bien plus de trouvailles dans un volume de Tout l'Univers que dans le fond de la boîte à gâteaux de ma tante Germaine. Et donc, encore maintenant, s'il fait beau j'ai envie d'un arbre et d'un bouquin, et non pas de me fondre dans le flux ralenti et bruyant des miyons de voitures des abrutis-visiteurs-des-dimanches...
Il faudrait trouver une expression qui convienne pour l'idée suivante : "Puisque c'est une journée de merde, allons-y carrément". Ajouter du caca au caca. Me fait rire, l'expression : "AU POINT OU ON EN EST"... qui signifie tellement de choses. Une pointe de masochisme nihiliste (dans un séjour merdique, au point où on en est, choisir le pire restaurant de la place), mais aussi du jeu et de l'auto-dérision... Calquer cette idée dans l'amour (après de multiples ruptures, choisir la personne la plus loin de soi possible), à la guerre, dans le commerce...
- Une épidémie bizarre fait que tous les arbres, absolument tous les arbres meurent.
- Dans quelques années, on se rend compte que l'Aspartame était mortel. Le tiers de la population occidentale disparaît dans d'atroces souffrances.
Paquet vacances, donc : Pléiade Giono (Journaux et Essais), un Jünger, un Mansfield, un Watzlawick... :-)
