

Voluptés d'enfance des vacances : observer de bien curieux nouveaux insectes, lire des piles de livres sous un arbre.
Volupté de la fin de soirée, en vacances : lire ma grosse Pléiade de Giono sous un vélux sur lequel la pluie crépite paresseusement. Style délectable, personnage solidement sympathique. Appris des tas de choses dans ses Journaux (avant et pendant la guerre 39-45) sur la France de cette époque, sur Gide, sur le communisme. Nuance l'idée que j'avais du bonhomme (par les romans, dont Le Hussart), et donne envie de lire l'Arioste, Stendhal, Balzac. Ce que je lis sur les communistes avant la guerre complète ce que j'ai lu dans la biographie d'Hitler avant 1939 : le communisme comme "mirage aveuglant". Il faudrait trouver un livre du style : "La lutte contre le communisme en Europe avant 39-45".
Puisse-t-on échapper au suivant de ces mirages !





Lu le Principe de Lucifer. Pénible impression de lire les notes d'un petit malin qui s'est abonné à trois ou quatre revues et qui fait des synthèses. C'est formidablement mal écrit, sans aucune "tenue" intellectuelle, et c'est très souvent tiré par les cheveux, l'auteur osant de fabuleux raccourcis entre les Khmers Rouges, les tribus de babouins et l'observation des poules. En attendant, c'est une mine d'idées d'exploration, de la Révolution Culturelle de Mao à Cromwell, de l'éthologie des chimpanzés à la sociobiologie... En fait : un article aurait suffi.
Le meilleur essai Américain jamais lu : L'Innocence Perdue de Neil Sheehan (qui a mis 16 ans à écrire cet itinéraire d'un conseiller spécial, au Vietnam, de 1962 à 1972). Prix Pulitzer en 1989. Un livre qui dépasse son cadre : même si vous vous moquez bien de la guerre du Vietnam, c'est extraordinaire.
Je rentre de deux semaines de congé : 2500 mails dans ma boîte, ma limite de 20 Go chez Wanadoo presque dépassée. Plus de 2400 spams... Heureusement que Mail/Mac OS X filtre très bien !
Ne regardant plus la TV depuis 2001 environ, je m'y suis collé quelques minutes par jour pendant deux semaines, pour voir. Totalement effaré par la quantité de publicités déversées, par le nombre de "polars" (mais qu'est ce qu'ils ont tous avec leurs polars ??), par les vieilles grosses figures des informations et de la météo. Exercice toujours intéressant pendant les pubs : couper le son, deviner les astuces, les ficelles, observer le montage, les acteurs. Grosse nausée.

Après la libéralisation du dopage en 2011 pour le sport/spectacle de haut niveau, les premiers coureurs cyclistes greffés à leur machine apparaissent en 2027. Leurs pieds sont enlevés (et gardés au frais pour la retraite), leurs tibias aussi, et les jambes sont intégrées au mécanisme des pédales. Ils sont dopés en permanence (pompes computérisées intégrées à l'organisme) et sont installés pour la nuit dans des espèces de "coques" moulées sur les hommes/vélo. Moyenne du Tour de France : 75 km/h.
Je ne pourrais pas faire ce métier. Je regarde les maillots, je vois les armées de logos, et je suis parti. Affaire suivante.





Un article du Monde sur le Feng Shui (adopté de façon hyper-stricte dans certaines communautés, ce qui conduit à l'enfer) me conduit à nouveau à imaginer une dictature basée sur le new age, les mystiques, méditants ou super-secte. Me faire fusiller parce que je n'ai pas assez rencontré l'autre, voilà ce qui m'attend.
Vies en Mono-Axe : un seul axe, autour duquel tout tourne. En général : la poursuite du grand amour. Ou bien : tout pour la musique. Le sport. "Je veux faire du cinéma".
TOUS les acteurs et TOUTES les actrices, dans à peu près toutes leurs interviews, annoncent qu'ils ou elles n'ont pas de "plan de carrière".
La nullité continue de la pub radio.
Comment un marié OSE-T-IL divorcer ? Il s'est trompé ? Et alors ? Il a promis, merde !!
Ce "romantisme" qui tourne les talons à la moindre occasion, au moindre déplaisir.
Le remarié, personnage "intéressant". Type de celui qui n'a pas compris.

Le lion et le renard (Esope)
Un lion devenu vieux, hors d'état désormais de se procurer sa pâture par la force, estima qu'il fallait jouer de finesse. Il s'installa donc dans une caverne et s'y coucha, feignant d'être malade : ainsi, tous les animaux qui venaient lui rendre visite étaient pris et dévorés. Beaucoup avaient déjà péri quand se présenta le renard, qui l'avait percé à jour : s'arrêtant à bonne distance de la caverne, il prit des nouvelles du lion. " ça va mal ", répondit le lion, qui lui demanda pourquoi il n'entrait pas. " Je l'aurais fait, sans doute ", rétorqua le renard, " si je ne voyais beaucoup de traces à l'entrée, mais aucune à la sortie " De même, à certains indices, les hommes sensés prévoient le danger et l'évitent.

Parabole des deux enfants à qui on offre chacun un petit paquet de bonbons. L'un mange tout à la suite et finit son paquet en quelques minutes. L'autre déguste, se promène, en garde pour plus tard, etc. Lequel êtes-vous ?
Jeu du soir entre amis, le "J'ai la Solution à ton Problème". Tirer au sort deux personnes, une cible et un artilleur. L'artilleur définit le problème de la cible, puis lui assène son Ultrasolution. Idéal pour faire exploser une soirée ratée. On me suggère le Jeu du Tao : c'est pareil, mais en sympathique : tout le monde aide une personne à "grandir". Quel mauvais sujet je suis !

Marcher paisiblement dans la forêt. On n'y rencontre autant de gens qui courent que de moustiques. Les gens qui se baladent... tiens, au fait, où sont-ils passés ? Ils courent, pardi ! La balade est peut-être interdite. Panneau : "Balades interdites, seulement courir". Mince, j'le savais pas.
Dans 20 ans, il y aura plus de vieux que de jeunes. Changement de paradigme assez soudain : ce sont les valeurs des vieux qui dominent. NRJ et Skyrock passent du Radiohead et du Moby et du Björk, musiques rétro. Les rares "jeunes" sont parqués dans des "maisons de jeunesse" (qui remplacent les maisons de retraite, hein), où ils peuvent à loisir se casser la gueule en scooter (circuits prévus à cet effet), s'envoyer des SMS du soir au matin, écouter des musiques "rebelles", etc. Terrible.

Je me suis rendu compte que j'avais trois DVD de Robert Wise, The Sound of Music, West Side Story, et La Canonnière du Yang-Tsé. Et après ? Oui, bon.
Si on m'avait dit que je téléchargerai un jour un fichier Quicktime de 75 Mo de DOOM 3 à 120 K/s... Ce jeu m'a l'air de dépasser en horreur tout ce qu'on a vu jusqu'ici. Alien, à côté, c'est du sucre candi...
"Souris au monde, il te sourira", et patata, ou quelque chose comme ça. Observé longuement deux frères, gardés par une jeune nounou (les parents travaillent, etc) dans un parc, sous un gentil soleil. Le grand profitait de son âge et de sa taille pour narguer le petit, le rendre fou. Il prenait une jubilation extrêmement malsaine à ennuyer son petit frère, dégustant son pouvoir comme une liqueur, ce qui dessinait ce sourire précis sur son visage, le sourire de celui qui peut patiemment emmerder son prochain en toute impunité (puisque les parents travaillent, ils ont besoin d'argent, etc). Le petit était comme ivre d'impuissance, tombait, traînait son doudou partout, hurlait. La nounou était jeune gentille distraite (avec le tourbillon au dessus de la tête, vous savez bien, je lis mes SMS ces gosses m'emmerdent). Je rentre chez moi, épuisé, un homme tond toutes sortes de pelouses avec sa grosse tondeuse et sa tondeuse hélicoptère portable. REUUUUUUUUUUUUUUH. Souris au monde, gamin, il te sourira.
Je me souviens... de la tondeuse à rouleau (à main) de mon père, en 1973, ran, ran, ran, en avant, ran, en arrière. Ce calme. Le soleil, un papillon, trois roses qui se balancent un peu, l'odeur de l'herbe, ran ran, le bruit tranquille de la tondeuse à main.
Toujours observer avec intérêt les visages des hommes et des femmes qui attendent leur tour dans un salon pour se faire bronzer aux UV. Je les regarde. Je suis totalement interloqué.
Il y a une série de "figures" de l'enfance auxquelles on repense avec un curieux sourire "ah ouais, c'est vrai !". La carotte au bout d'un bâton pour faire avancer l'âne, la pierre dans un chapeau par terre, le gag de la peau de banane, quand quelqu'un est attaqué il crie "Au sec...", et on dessine des étoiles au dessus de la tête de l'assommé.

Je ne sais pas comment appeler le principe qui consiste à "acheter chez celui qui a inventé", mais il me plaît. Acheter un scope : JVC. Une TV Trinitron : Sony. Un écran plat : Samsung. J'ai bon ?





Saisir, saisir le soir, la pomme et la statue,
Saisir l'ombre et le mur et le bout de la rue.
Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d'oiseaux lâchés
Combien d'oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L'ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue !





Il avait une splendide bête d'amble et il la menait à une allure qui sentait sa décision joyeuse et son franc mouvement. M'étant porté à sa hauteur après les salutations d'usage et comme il paraissait être un parfait honnête homme, je me hasardai à lui demander où il allait de cette façon, étant donné que les parages fourmillaient d'embuscades. Il me répondit en souriant qu'il n'en savait rien et qu'il allait pour aller.JULIEN DE SPIRE, Campagne de Pologne
Jean Giono, Marginalia/Bestiaire
DVD : La Légende du Pianiste sur l'Océan. Bonnes intentions, mais c'est raté de A à Z. La musique est envahissante, le casting est mauvais, les scènes invraisemblables (la valse au piano dans la tempête), et toutes les cinq minutes : une erreur, un trait d'humour trop long, une faute de rythme. Poubelle.
DVD : Carrington. Parfait, délicat, nuancé. Superbe.
DVD : La Canonnière du Yang Tsé. J'adore tout. Le rythme, la mise en scène quasi tranquille, Steve Mc Queen très attachant, la musique somptueuse de Goldsmith, les bonnes idées qui fourmillent (les rapports de McQueen avec les machines du bateau !). Miam !
Me faire, en Août, un cycle "DVD que j'ai mais que j'ai jamais regardé". M Le Maudit. Coffret Alien. Il Etait une Fois en Amérique. Ran. Little Big Man. To Live and Die in LA.

Lecture : "Avec quoi construit-on des réalités idéologiques", dans L'Invention de la Réalité sous la direction de Paul Watzlawick (qui casse assez simplement d'ailleurs la théorie des "mèmes" de Bloom).
Les "Menus Animés" des DVD, une plaie, une vraie plaie. A croire que les chefs de projets ne regardent jamais de DVD. Cela bouge et cela parle et tourne, s'anime, n'importe quoi, pourvu que le spectateur attende, exaspéré. On dévoile des scènes clefs du film, on met des "bouts de musiques" qui se mordent la queue. Vous voulez mettre en VO ? Menus qui tournent, palpitent, se floutent et se défloutent et évoluent d'une façon dont on n'a rien à faire. Ensuite, recommencez pour les Sous-Titres, puis recommencez pour lancer le film. Imaginez que ce soit pareil pour démarrer une voiture ou ouvrir le frigo. Bandes d'ignares...
DVD : Lost in Translation. Grande capacité de cruauté (envers le Japon) et de douceur. Acteurs parfaits. Belle façon de sortir des schémas romantiques. Rythme du film impeccable. Beaux moments immobiles. Musiques ad hoc. Chapeau.
Suivre un orage, le sentir venir, l'écouter, le regarder, suivre les évolutions (vent, pluie, nuages, luminosité, éclairs, tonnerre, l'odeur prodigieuse de la nature sous l'orage).
DVD : Love Actually, nunuche et parfaitement délicieux, trouvailles multiples, invraisemblables exagérations. Bon comme un yahourt. Cf scènes coupées.
Trouvé quelque part sur le Net, un extrait d'un discours prononcé par Ernst Jünger à l'occasion de ses cents ans. Voyez :
DVD : Master and Commander, Russel Crowe y est superbe (humain, décontracté, brouillon, fou, tenace...), ainsi que l'acteur qui joue le médecin/naturaliste du bord. Tout est parfait, mais il manque un souffle, ou une folie...
En dehors de ça je m'interroge sur ce type de séduction que l'on ressent tous, je pense. On a, selon cette idée, chacun un "type" de visage qui, lorsque vous y êtes confronté, est capable de vous stupéfier, de vous changer en statue à bouche ouverte. Pour moi, c'est assez défini, le "type Mouglalis", comme Ines de la Fressange (classe), Jennifer Beals (solaire), ou Eva Green (peste), fille de Marlène Jobert, Stephanie Seymour...

Trouver le texte complet de l'Arioste.
J'avais été marqué par le texte de Bourdieu sur les journalistes et leur absurde course au scoop. Et c'est du bon sens de se dire que le public se FOUT de savoir qui a fait un scoop. Cette course n'a aucun sens. Rapprochement fortuit avec le sens de l'honneur, démoli en trois coup de cuillère par Schopenhauer à propos des duels. L'honneur bafoué, quelle rigolade...
Axe possible de recherche pour le jeu : trouver d'autres domaines "jamais contestés" des activités humaines qui, lorsqu'on s'y penche, deviennent absurde. Chocs pour moi : rencontrer des gens qui ne s'intéressent pas du tout à la musique (et pourquoi pas ?). Les économistes qui parlent de décroissance. Houellebecq qui dit se foutre complètement de la "réintroduction des ours" dans une région de France. Ha ha !





Pour finir, j'ai trouvé ce joli blog-là : http://u-blog.net/semanteme.
Acheter quand j'aurai des zeuros : L'Orme du Caucase et L'Homme qui Marche, de Taniguchi, la biographie d'Elizabeth Schwartzkopf, le Giono de Pierre Citron (qui a aussi écrit sur Bartok), les Herbes Folles, livre sur les graminées de Pierre Idiart, le Tome V de Soixante Dix s'Efface de Ernst Jünger, le texte complet de l'Arioste Roland Furieux et les deux tomes de Architecture Now. Notre Dernier Siècle de Martin Rees (en poche dans un an).

Robin Wright Penn, Uma Thurman, Tilda Swinton, Cate Blanchett, Irène Jacob... Karin Viard.
Soirée moite. Je me régale d'une bière glacée et du The Surgeon Of The Nightsky Restores Dead Things By The Power Of Sound de Jon Hassel, peut-être le CD le moins connu du monde :-). Avec Powerspot et Fourth World, Vol. 1: Possible Musics avec Brian Eno, une sorte de trilogie chaude évoquant l'Afrique et les orages endormis, les torpeurs et la turgescence...



S'il fait chaud, téléchargez du Jon Hassel !
Il faudrait demander à chaque personne son disque "préféré ET le moins connu". Trouvailles à faire.
Voyons, que retiendrais-je du XXème Siècle pop ?
- Robert Wyatt : Rock Bottom
- David Sylvian : Gone to Earth
- Steve Reich : Music for 18 Musicians
- Mike Oldfield : Amarok
- Jon Hassel Brian Eno : Fourth World Possible Music
- Brian Eno : Thursday Afternoon
- Harold Budd Brian Eno : The Pearl
- Art of Noise : Daft
- Yes : Close to the Edge.
J'écoute : Air : Alone in Tokyo, clignotant et délicat. Je pense avec nostalgie à l'époque où j'achetais ces vinyls comme Sense of Beauty ou le Amigos em Portugal de Durutti Column...

Regardé un bon moment tout un groupe de jeunes gars "qui font du skate" devant une église. Navré par leurs pantalons qui tombent (j'ai toujours une méfiance énorme envers les uniformes, ou, plus globalement, envers les gens qui accordent une attention spéciale à leur fringues), je me suis longtemps demandé quelles étaient leurs motivations. En fait, ils ne font et s'entraînent que pour une seule figure, qui est de rouler un peu et d'essayer de faire faire un tour à leur planche avant de retomber dessus. Le taux d'échec est d'environ 99,8 pour cent. Je me suis retrouvé en train de les regarder exactement de la même façon dont on regarde les mouches qui tournent sous un lustre, ou des poissons aller et venir dans un aquarium, me demandant de façon obsédante : Pourquoi ? A quoi ça sert ?
Quand j'avais 15 ans et que tous mes copains faisaient du skate je me posais la même question. Mon étonnement n'est donc pas dû à mon âge avancé. La question de l'utilité est bien naïve, je sais bien. Mais je me demande aussi pourquoi ils ne travaillaient que cette figure, pourquoi ils n'avaient pas vraiment l'air de vouloir progresser (en s'entraidant, par exemple), et ce qui se passait si, par hasard, l'un d'eux se mettait à réussir "à chaque coup". Se retrouverait-il isolé des autres ? Essayerait-il autre chose ? Abandonnerait-il ? Peut-on imaginer un skateur qui, d'un seul coup, embrasse la totale stupidité de vouloir faire un demi-tour à une petite planche qui roule sur ses petites roulettes ? Et est-ce que tout ça, en somme, n'a peut-être aucune importance autre que celle d'être ensemble ? Alors pourquoi n'ai-je jamais eu ce désir ? Pourquoi, dès qu'il y a un groupe de plus de deux humains ai-je envie de courir ?
Grand plaisir à la lecture de F. Lot sur la Gaule. Si le style "universitaire limpide" participe à ce plaisir, j'apprécie surtout la grande aisance de l'auteur, son culot parfois, sa façon de se situer à différentes hauteurs (les faits, puis leurs traces ou conséquences dans un plus grand espace temporel). Selon lui, la plus grande tragédie de l'histoire de France est la bataille d'Alesia. La victoire de César et des Romains a tué la Gaule, et surtout sa langue. Lot se désole que l'on se dise encore maintenant... latins.
Trouver un livre sur César. Sur Sparte.
Comme je ne pourrai pas jouer à Doom 3 (ma machine n'est pas assez puissante), je joue à... Doom 2 (je sais, la honte), un WAD qui s'appelle Raven et qui est extraordinaire. Beuh...
