





Lecture désagréable des Professeurs de Désespoir de Nancy Huston. Mauvaise foi, aveuglement. Même si elle frappe juste de temps en temps, elle simplifie le débat de façon totalement désarmante, ce qui me déçoit beaucoup (le bouquin sur le sujet reste à faire). Je suis assez étonné. En gros (mais je vais détailler, bientôt), les "pessimistes" comme Schopenhauer, Beckett ou Bernhard le seraient beaucoup moins s'ils avaient eu des enfants (soit, et après ?), sont ennuyeux et accablent le monde. Aucune nuance, tendance à se moquer des personnes (Schopenhaueur qui aurait bien besoin d'une amante, Beckett ou Cioran toujours en dépression), osant des raccourcis faramineux (Bernhard/Hitler), occultant l'humour qui peut naître, le soulagement qu'on peut y trouver, les grandes constructions jubilatoires de Nietzsche, les musiques fantastiques de Bernhard, les grands paradoxes (les fameuses oscillations bernhardiennes j'aime/je déteste) ou les passages sur la bonté ou la nature chez Houellebecq. Heureusement, j'ai déjà un allié en ces lieux (coucou Guillaume :-). Je finis le livre et j'attaque. Intéressant, parce que ceci va m'obliger à définir des choses, à expliciter ce en quoi ces livres peuvent, JUSTEMENT, aider à vivre. Rejoindre les optimistes par l'autre côté (coucou Lu !).
Il y a deux types de conjoints : celles (ou ceux) qui disent du mal de l'autre en public (et devant lui), et celles (ou ceux) qui s'en abstiennent.
S'amuser à classer les humains en deux catégories. Ceux qui regardent les films en VO ou en VF. Ceux qui s'habillent pour être au chaud ou pour avoir un "air" intéressant. Dvper.
Le comédien ne peut en définitive cesser de songer à l'impression produite par sa personne.
Nietzsche





Quelqu'un que vous connaissez bien, en discutant se fâche, parle, parle, s'énerve, il finit par dire n'importe quoi, il exagère, et ses arguments sont fallacieux. Vous le laissez faire et dire, sans le contrarier, parce que vous sentez que "ça a besoin de sortir", et puis, contrarier la mauvaise foi est une activité vouée à l'échec.
C'est exactement ce qui se passe quand vous lisez le livre de Nancy Huston, qui est quelqu'un que "j'aime bien, à priori". Seulement, elle prend au pied de la lettre les aphorismes épouvantables de Cioran, les déclarations de Schopenhauer et les tirades dépouillées de Beckett. On sent bien qu'elle est TRES agacée. On la sent très épanouie, mère, heureuse, sexuellement vivante, et elle pilonne avec une rage pas vraiment dissimulée ces drôles de messieurs creusant la solitude, le désespoir et tralala. Tout en s'en défendant, elle n'attaque pas leurs textes, mais leur personne. En résumant, ce sont tous des frustrés, leur enfance fut un désastre, et, pour ceux qui en avaient une, s'appuyaient sur leur femme (soumise, forcément). Mais à aucun moment, elle ne cherche en quoi les écrits de ces hommes peuvent aider quelqu'un, le faire rire, le toucher ou le bouleverser. Pourquoi ils ont eu autant de succès.
EXAGERATIONS
Evidemment, si on prend au sérieux un titre (Cioran) comme De L'Inconvénient d'Etre Né, ou l'aphorisme de Schopenhauer sur la vie ("un balancement entre le désespoir et l'ennui", ou quelque chose comme ça) avec l'esprit de sérieux de la "douceur féminine", on est en colère. Elle ne se rend absolument pas compte de l'humour qu'il peut y avoir là dedans. Bernhard affirmait que lorsqu'il voulait rigoler un bon coup, il feuilletait un de ces vieux romans (qu'on essaye un peu de lire un truc comme Maîtres Anciens, où il exagère tellement dans ses tirades qu'on est entre la fascination et la grosse poilade, du début à la fin). Et si Cioran, lu à 17 ans lorsqu'on tout est tellement important et qu'on se sent tellement différent, peut vous intéresser ou vous intriguer, j'avoue que je m'en sers souvent pour tout autre chose, ou sourire devant tant de nihilisme, ou dissoudre un accès de cynisme par la lecture du roi de la mauvaise humeur, ou même, aller chercher un sourire, quand ça ne va pas du tout, devant quelqu'un qui, de toutes façon, vous battra dans le désespoir.
On peut convoquer les Professeurs de Désespoir, comme elle dit, pour rigoler (Bernhard, Cioran), pour recevoir un coup de main (Nietzsche, souvent), pour purger des grandes tristesses (Bernhard), parce que c'est intéressant, pour tester ses propres seuils (ces nihilistes vont souvent très loin, et il arrive toujours un moment où on se dit que "c'est trop"), pour se consoler (de n'être pas le seul à être ou avoir été malheureux). J'ajouterai, pour s'engouffrer dans un texte acéré (Lust de Jelinek) ou porté par un style prodigieux (Bernhard, qui ne "rugit" pas, contrairement à ce que dit Huston, mais module, répète, construit, retient, ralentit et accélère, bref, fait une symphonie).

En fait, il est extrêmement facile de s'en prendre aux vies de ces gens là (ce que fait Huston à longueur de page) : ce sont des dépressifs, et pas des modèles de vie sociale, et gnin gnin gnin. Et encore plus facile de s'en prendre à leurs livres en en sélectionnant des passages simples et "noirs" (ce qui peut les rendre immédiatement ridicule). De plus, expliquer tout ça par le fait qu'ils n'ont pas eu d'enfant est vigoureusement stupide. Et si ma tante en avait, elle serait mon oncle.
Elle occulte également des aspects bien plus positifs. Je pense à certains passages de Houellebecq remplis de bonne volonté (textes sur la bonté, ou le final d'Extension du Domaine de la Lutte), ou aux incessants passages amicaux de Thomas Bernhard (dans Oui, par exemple, ou la fin extraordinaire de Des Arbres à Abattre). La grande pertinence jubilatoire dans Nietzsche et Schopenhauer, quand on sent que ces esprits là s'échauffent et se mettent en route (Le Gai Savoir chez l'un, Les Aphorismes de l'autre). La précision de Lichtenberg. Et oui, m'angoisse le monde urbain abject de Houellebecq, et cette sorte d'araignée littéraire qu'est Elfriede Jelinek. Et qu'on me préserve des romans basés sur le partage, les douces nuances dorées, la chaleur humaine répandue et le bonheur perpétuel et les rires des enfants dans le soleil.
Je trouve aussi un peu fort qu'une petite dame du Canada viennent démonter tout Schopenhauer en gloussant sur quelques pages, et expédier Bernhard comme rugisseur. Hop, dans la poche, affaire réglée ?
Toujours est-il que je ne pense pas DU TOUT être un nihiliste complet, un mélanomane, néantiste ou je ne sais quoi, mais j'ai dévoré tout Bernhard en quelques années (que je classe dans mon panthéon, entre Faulkner et Jünger), que je consulte très souvent Nietzsche et Schopenhauer, que Kundera m'a beaucoup aidé pour mes vingts ans, et que je m'amuse toujours avec les petites phrases précises et cruelles de Cioran et Lichtenberg (on pourra consulter un petit volume de Roland Jaccard, Le Cimetière de la Morale, pour compléter cette recherche. J'y ajouterai la perfection glacée des Récits de la Kolyma, de Chalamov...
Tout cela, je pense, a été lu dans une perspective positive (dans le but d'aller mieux, presque, je dirais). C'est pour moi beaucoup beaucoup beaucoup plus efficace que les tonnes de livres sur le "développement personnel", new age ou autres, qui peuvent correspondre sans doute à des esprits... différents.

Les 8 yeux d'une araignée possèdent sur nous un pouvoir d'épouvante certain, vous ne trouvez pas ?
Trouvé une cinquantaine de bouquins. Un très beau Trois Mousquetaires, livres sur Alexandre le Grand, Goethe, Wagner, Debussy, Samuel Fuller, un Jack London...
Idée d'histoire : Tempête la nuit, les lignes téléphoniques sont coupées. Un couple vit avec trois enfants dans la forêt, c'est l'automne. Le matin, le père sort pour voir s'il n'y a pas de dégâts. Il descend les escaliers, et tombe, dans la belle lumière du matin, fixe au milieu des feuilles mortes en tapis marron dans toute la forêt, une araignée, sous un arbre, grande comme une voiture, fauve, qui semble l'observer, totalement immobile comme une araignée statue fauve avec ses huits yeux. Il rentre à reculons chez lui. Dvper.
Faire vraiment une page sur la Mise en Chiffres du Monde, puis une autre sur les Professeurs de Désespoir.
Le rire, toujours bête, des méchants dans les dessins animés.
Acheter MAUS de Art Spiegelman. Livres conseillés et à approcher : Traité du Style, d'Aragon. Swift. Les Amours Jaunes, de Corbière. Et "Eclats de la violence - pour une lecture comparatiste des Illuminations d'Arthur Rimbaud".
Bainville, en préface de son livre sur Napoléon, dit (en 1931) "Une bibliothèque napoléonienne un peu complète devraient comprendre environ dix milles volumes. Pour n'avoir que l'essentiel, il en faut au moins cinq cents". Je renonce... :-)

"Au fond de l'aile, le vent ne rentre pas".
http://www.sorryeverybody.com, une page dans laquelle les Américains qui n'ont pas voté pour Bush... s'excusent. Allez voir les photos, c'est bien comme tout.
Cherchez "download video" pour le petit dragon de papier chez http://www.grand-illusions.com/dragon.htm. Brr !

Fini Entre Chien et Loup, de Jim Harrison, gourmand complément à son autobiographie. Remarquables chapitres sur le thème de la vengeance, le gué, le zen.
Je lis une très belle interview de Billy Wilder dans le Passeport pour Hollywood de Michel Ciment. Bon sens et acuité. Plus j'avance, plus j'ai envie d'explorer ce cinéma, Wilder, Huston, Fuller, Mankiewicz, les vieux Lean, Mann...
Trouver : Ginsberg. Anthologie de poètes Indiens. Correspondance de Byron ? Bachelard ?
J'ai compris avec amusement que les problèmes dont j'essaie sans cesse de m'extraire constituent en fait ma vie.
Jim Harrison
Bachelard assigne une magie bien précise à certains objets et lieux - les greniers, les fenils et les coquillages, un châlet dans la nuit avec une seule fenêtre éclairée.
Jim Harrison
Fenil : Grenier où l'on met les foins.
La forme "blog" me convient de plus en plus, au risque du "pointillisme" des idées. Plus j'avance, et plus j'ai de mal à trouver l'énergie (l'intérêt ?) pour développer, structurer, approfondir. J'ai eu beaucoup de mal à écrire la page sur le Waldgänger et son article associé. Je furète, donc, et ceux qui me lisent ont raison de me le reprocher. Quand je serai en retraite je referai des pages complètes :-)
Pure journée d'automne, sombre et bruineuse. La musique ad hoc, un Quintette pour Piano de Brahms (Op. 34), des pièces pour piano du même. Le Closing du Mishima de Phil Glass. La fabuleuse intro de la première Symphonie de Brahms. C'est l'automne, écoutez Brahms ! :-)

Vous allez au cinoche, peu motivé, puis vous prenez une grosse claque. Vous allez voir votre petite cousine au spectacle de fin d'année à l'école, qui s'avère d'une grande grâce. Vous croisez un p'tiot groupe de rock dans un festival, et c'est la révélation.
J'ai réécouté le meilleur Dead Can Dance (Within the Realm of a Dying Sun, tout un programme), ce que je n'avais pas fait sérieusement depuis au moins dix ans (le CD date de 1987). Au début, je m'amuse, je souris en coin, "Ah ces deux là ! :-)". Tout est tellement "grandiose", plein de sérieux et de bonne volonté. Je sens les effets venir gros comme ça. Brendan Perry possède un certain talent pour vous faire frissonner. Beaucoup de reverb (on dirait que tout se joue dans une église). Des longues basses lourdes comme des étages de château médiéval. Des modulations malines, qui nous font passer du Moyen-Age aux déserts Arabes, et on se croirait parfois dans un vieux polar des années 70 (Morricone/De Roubaix). Des re-propulsions à l'intérieur du morceau, par ajout de séquences, de surprises. Mais enfin, tout ça me semble gras du bide, Brendan ne chante pas très bien, c'est louuuurd, et bien long. Et puis dans les deux derniers morceaux, mince, ces deux-là me filent vraiment des frissons. Il y a Summoning of the Muses puis Persephone. Là, on ne rigole plus, c'est très fort, en tout cas moi je marche, je dis chapeau bas, respect, bravo. Ecouter fort :

Summoning, verticalité pleine de cloches et de lumière dorée, voix de Lisa doublée ("je chante avec mon double") - une des voix "dissonne", effet passionnant. Les voix se taisent, les accords gonflent dans les guirlandes de cloches. Retour de la doublevoix. Extinction calme. Peu d'énergie propulsante, c'est immobile-chantant, juste cette sorte de grande déclamation.
Persephone, situé juste après, est en quelque sorte le "complément inverse". C'est construit "fracturé", le morceau avance, change, mute, grandit, les lumières tournent. Le moteur est simple et fabuleusement utilisé : le plaisir vient des changements d'accords, de la polyphonie, de ces murs de cordes qui tournent. Personnellement, ça me fait bien jouir les zoreilles (voir l'orchestre qui se déploie sur une note basse 3'40"). Je rince en écoutant les Kindertoten Lieder de Mahler, par Bernstein, et Janet Baker, que j'adore, au chant. Je lis Huysmans.
Sous le ciel bas, dans l'air mou, les murs des maisons ont des sueurs noires et leurs soupiraux fétident; la dégoûtation de l'existence s'accentue et le spleen écrase; les semaines d'ordure que chacun a dans l'âme éclosent; des besoins de sales ribotes agitent les gens austères et, dans le cerveau des gens considérés, des désirs de forçats vont naître.
Huysmans : à Rebours.
C'est Nancy Huston qui va pas être contente :-)

J'aimerais bien développer cette idée du "principe extérieur", que le frère de Jünger évoquait dans cette citation troublante :
Que sont les talismans, les amulettes ? N'attends pas le salut d'un principe étranger.
Friedrich Georg Jünger.
Voilà qui possède un côté aristocrate, ou fier, "je me débrouille tout seul". Le principe étranger, il est partout. Le cannabis (pour être cool), le p'tit verre, le Prozac, les amulettes, donc, les porte-bonheurs, les contrats (comme le mariage), le "jemevidelatêtedevantlatélé".
"N'attends pas le salut d'un principe étranger" signifie-t-il que la solution apportée est fausse ? Immorale ? Une preuve de faiblesse ? Je retrouve ce que dit Onfray sur l'anarque, figure inventée par... Jünger (voir mes paginettes sur le web : L'Anarque et les Figures du Waldgänger) : travailler avec soi-même, en autonomie, et s'il y a contrat, dit Onfray, c'est avec soi-même uniquement qu'on le passe. Tout le chapitre "De l'exception" dans "La Sculpture de Soi" de Michel Onfray, auteur brillant et toujours un peu énervant-je-sais-tout. Moi en tout cas, je cafouille et je mélange tout.
Quand quelque chose ne va pas, feuilletez un livre de Norman Rockwell :

En voici un peu plus de 1000 : ici.
http://cyberie.qc.ca/jpc/blogger.html, blog du créateur des mythiques Chroniques de Cybérie.
