





Enfin vu Kill Bill comme je le voulais : les deux films collés, en une soirée. J'ai toujours eu des réserves - que j'ai évoquées plus haut - avec Tarantino, mais ici je suis vraiment épaté. Il y a une étude à faire autour de ce réalisateur et de ses rapports avec "le spectateur".
Je me souviens d'une interview de Tarantino à l'époque de Pulp Fiction, où il expliquait que le moteur du film était le décalage entre "ce que savent les personnages" et "ce que savent les spectateurs". A certains moments du film, les spectateurs savent des choses que les personnages ne savent pas encore. Mais à d'autres moments, c'est le contraire... C'est ce genre de propos qui rend le personnage intéressant.
Dans Kill Bill, un des leviers de la narration semble être l'idée de protection. Quand la violence est trop grande, Tarantino protège le spectateur (une scène trop terrible devient un dessin animé - une mère qui meurt ne provoque aucune réaction sur le visage d'une petite fille - une tuerie au sabre passe en noir et blanc) : tout se passe comme si le réalisateur tenait compte de façon précise du "trop plein possible d'émotion". De plus, les enfants sont comme protégés par les adultes (les couteaux dans le dos au début, ou la Mariée qui joue le jeu du "t'es morte" quand elle retrouve Bill). Protection des enfants DANS le film. Protection du spectateur.
Mais d'un autre côté, il convoque des choses redoutables (ce que doit subir La Mariée sur son lit de comateuse, ou... sous terre). Il semble donc glisser sur un axe "je terrorise/je maltraite le spectateur <-> je protège le spectateur de mes excès".

Vu Le Jour d'Après qui, dans le style "gros film américain à effets spéciaux" est particulièrement réussi. Emmerich (pourtant réalisateur de trois terribles nullités : Stargate, Godzilla, Independance Day) a comme resserré son ouvrage, a viré Will Smith, l'humour à deux balles, les invraisemblances bêtes, a choisi un casting impeccable (et sans Ben Affleck, Dieu nous protège de Ben Affleck). Moi je marche. C'est bien la première fois avec lui.

DVD : Les Moissons du Ciel, une certaine forme de perfection. Belle direction d'acteurs, sens de la tragédie, photo splendide... Si j'étais une femme, je serais amoureuse de Sam Shepard.
Peut-être étude à faire (films, livres) : Wilder, Mankiewicz, Huston.
Le personnage d'Audrey Hepburn, dans Charade, s'adressant à Cary Grant, dans Charade :
- Savez-vous ce qui me déplaît en vous ?
- Non, quoi ?
- Rien !
Je lis toujours un peu Colette (ici : Le Pur et l'Impur). La pertinence et la précision de sa prose me donnent le tournis.
Me suis payé un livre sur Billy Wilder et vais explorer sa filmographie, ainsi que le deuxième volume de la pléiade des nouvelles de Maupassant. Lu une seule nouvelle qui m'a vraiment fait penser à Tchékhov : élégance, acuité, sens du détail et de l'atmosphère à revendre.





Semaines peu passionnantes pour ce Journal. L'hiver me fait hiberner, et j'ai perdu beaucoup d'énergie à me coltiner un spécimen gratiné d'abruti. Le fait de se "coltiner un abruti" consomme énormément de temps de cerveau. Je commence à trouver la forme de 2005 de c'te JP-Blog.
Contrairement à ce que dit Sean Connery dans le Nom de la Rose, il y a tout un éventail de choses déplaisantes dans le rire. Si le rire est le propre de l'homme, alors quelle horreur ! Le rire vulgaire, ou gras, le rire de celui qui a gagné, qui a le pouvoir, le rire des méchants dans les films bêtes, le rire des voisins quand vous voulez dormir, le rire de celui qui a perdu la raison, le rire faux, les ricanements (le rire est, en fait, souvent un ricanement), le rire de la hyène, rire faux, un rire idiot, les mots qui se marient avec rire (se tordre, crever) et dans "mort de rire", il y a la mort.
J'écoute du jazz, I Could Write a Book (Miles Davis, John Coltrane). Le batteur y fait le fou, s'arrête de jouer pendant de longues plages, puis repart comme fou avec le pianiste. C'est rigolo et ça cafouille comme il faut. If I Were a Bell, un son crade et âpre, épuisant. Désinfection avec Miles Davis/Bill Evans (Blue in Green). Explorer Davis, quand je serai grand :-)
Ravi, je rêve de neige.
Elle m'intéresse, la phrase "ça commence à bien faire". Elle est dite par quelqu'un qui a déjà (depuis quand ?) fait preuve de patience. Il se lève (ou son esprit se lève) et... ça commence à bien faire. Combien de meurtres ont été commis sous l'influence de cette phrase ?
Je croise tous les jours une femme qui est une sorte de couteau séduisant. Je croise tous les jours une géante attentive, sans doute un peu perdue. Je croise tous les jours une femme dont la grâce est distraite et rêveuse.

Acheter en poche (dans un an ?) le livre de Philip Roth sur le travail des écrivains. La Recherche de Proust est sortie en un gros gros volume Quarto. Je rôde autour...
Il y a une Figure à définir, c'est celle du Déplaceur Destructeur, forme aigüe de stupidité. En voici quelques exemples :
- Dans les banlieues aux USA, des gamins de 12 ans roulent en voiture à tombeau ouvert, en tirant au fusil sur les enseignes, dans les fenêtres ou sur les passants.
- Lors de l'assaut final sur Bagdad, les troupes blindées américaines ont fait une "percée", qu'ils adorent faire (surtout les jeunes soldats) et qui consiste en ceci : on lance une colonne de chars d'assaut dans les rues, et les mitrailleurs tirent sur tout ce qui bouge, tout en avançant le plus vite possible. L'article (du Monde) que j'avais lu expliquait qu'il y avait des tas de morts civils dans les appartements, car les jeunes yankees adoraient par dessus tout tirer dans les fenêtres ouvertes.
- A la campagne, deux petits vieux font la sieste au soleil. Un groupe de VTT passe à toute vitesse, voit les siesteux, et pousse des hurlements (pour les réveiller).
- Cette semaine, j'ai vu dans les rues de ma ville la scène suivante : c'était l'heure de la sortie des écoles, et les trottoirs étaient peuplés de mamans qui ramenaient en poussette ou a pied les enfants à la maison. Deux jeunes gars (15-16 ans) sont passés sur la route à vélo tout en lançant d'énormes pétards sur les trottoirs. Les enfants, heureusement, ne furent "que" terrorisés. Les vélos, eux, étaient déjà loin, jetant sans doute des pétards dans les autos ouvertes (dans un landau ?).
Voilà ma "Figure" définie par l'exemple. La joie venant de la vitesse, de l'impunité ("je suis déjà parti") liée au déplacement, de la bêtise grasse (non accablée par le dégoût d'elle-même, contrairement à ce que dit Schopenhauer).
DVD : Ce Plaisir qu'on dit Charnel de Mike Nichols (Le Lauréat). Nicholson, Garfunkel, Candice Bergen. Le côté glauque de la masculinité amoureuse... Du Houellebecq avant l'heure ? Deux amis, l'un est idéaliste, romantique, sincère, l'autre est macho, irrespectueux. Les deux échoueront...

Toutes mes images de cette année, à la suite :
Images
Rhâ ! Conversation avec une maman d'un fils de 5 ans, qui a vu... les trois Harry Potter ! Je m'étonne un peu (le 1er me semble adapté aux 8 ans et plus, le 2ème aux plus âgés, et le 3ème est sombre, complexe et bien violent). Montrer des chiens à trois têtes, des araignées géantes qui parlent et des loup-garous à des mioches de 5 ans ? Mais "Il est pas un peu petit ?". "Ah, tu crois ? C'est vrai qu'il fait beaucoup de cauchemars en ce moment...".
Je suis réac, totalement.
Je vois, c'est vrai, que les tous petits voient maintenant des choses trop tôt (mais qui suis-je pour déterminer ?). J'ai vu beaucoup de parents qui montraient Jurassic Park ou les Dents de la Mer à des mômes de 3 ans (si, le discours étant : "Mon fils est en avance sur son âge, il ADOOORE les dinosaures"), je sais que les gamins ont vu les gens tomber du WTC, la tuerie de l'orphelinat en Russie et les roquettes qui explosent les corps en Orient. Si on est, selon moi, dans la maltraitance, je pense aussi, à un niveau plus "léger", que l'on gâche de bons films en les montrant trop tôt. La quasi totalité des enfants de 7 ans ont vu les extraordinaires films du Seigneur des Anneaux, dont l'esthétique et la problématique concernent les plus de 12 ans, c'est du simple bon sens. J'ai discuté avec des jeunes gens qui ont vu Tueurs Nés ou Fight Club à 8 ou 10 ans, qui sont des gens comme vous et moi, rassurez-vous, mais dont la sensibilité cinématographique a été annihilée - en ce sens que la seule chose qui les touche, c'est "plus de la même chose" (ce qui est un amusant paradoxe, puisque ces deux films sont en quelque sorte la dénonciation de tout ça).

Regardé les "bonus" du DVD sur cette jeune indienne bien connue. L'image au-dessus vient des storyboards, et j'ai imaginé tout le dessin animé ainsi, noir charbonneux, sans les "belles couleurs" habituelles.

Une petite conférence du dessinateur expliquant que pour ce personnage, ils avaient dû sortir des schémas habituels :


Coquin. J'ai acheté le Rock & Folk sur les Singles, et je les trouve (hum) pour compiler les 901 morceaux sur un DVD. Je suis avec les Ronettes, Nancy Sinatra et Marianne Faithfull. Great !
Explorer cette expression que j'aime bien : "Renvoyer dos à dos". Signifie par son simple énoncé une troisième voie, différente des deux. Rôle d'arbitre. Celui qui a trouvé une solution "autre".
J'écoute une symphonie de Malher par Abbado, chef que j'aime beaucoup. Cette musique ne me fait rien, elle m'est hermétique, tout ce qui s'y passe me semble abstrait et sans émotion. Je pense que c'est "harmonique". Me manque la pâte orchestrale de Brahms, les tensions harmoniques de Bartok, la profusion de Prokofiev, les contrastes de Stravinsky, les couleurs de Ravel et Debussy.
Marylin Monroe n'était jamais à l'heure, jamais, pas une seule fois. Bien sûr, j'ai une vieille tante à Vienne qui était toujours ponctuelle, mais qui aurait envie d'aller la voir au cinéma ?
Billy Wilder, à propos de Sept Ans de Réflexion.
Grandes jubilations à lire le livre Taschen sur Billy Wilder. Le texte y est souvent passionnant, et on apprend des tas de choses sur ce diablotin de Wilder et sur ses astuces de scénario ou son sens visuel.
Commencé sa filmo par Sept Ans de Réflexion, donc. Titre français stupide - le titre anglais (The Seven Years Itch, ou La Démangeaison des Sept Ans) est plus explicite : il s'agit de l'envie des hommes d'aller voir ailleurs au bout de sept ans de mariage. Le film est un peu décevant, l'acteur est un peu gris, et Marylin ne joue que sur une corde ("blonde charmante et bête"). Wilder explique que la censure (le fameux code Hayes) a éliminé toute la substance acide du film.
Je dévore le livre d'Alain de Botton : Comment Proust Peut Changer votre Vie en 10/18. Un peu trop poli et malin pour être honnête, c'est vraiment bien mené et ça vous fait pétiller les neurones. L'intégrale de la Recherche me fait tout de même un peu peur...
Discussion avec quelqu'un qui ma parle de sa Freebox, lui permettant de téléphoner autant qu'il le veut gratuitement. Pour lui, visiblement, un grand bonheur. Pour moi, une grande perplexité. Voilà bien la dernière chose dont je rêve !
DVD Wilder : Sabrina. Miss Hepburn fabuleusement charmante, entourée par un William Holden "playboy" qui fait très bien le crétin et un Bogart fort coincé (qui prit le rôle refusé à la dernière minute par Cary Grant). Comme pour Hitchcock, impression de voir une "parfaite construction" totalement artificielle et fort bien mis en place. Contrairement à ce que je lis partout, je trouve Bogart parfait dans le rôle du businessman sérieux. On voit mal comment, par contre, le personnage d'Audrey Hepburn (la grâce même) puisse autant aimer le "playboy" du film. Bref : je me régale mais en restant dehors. Et les dialogues sont fabuleux.

Je tourne autour de Proust, me suis mis de côté ses Essais, et un... essai sur Proust. Préparation du terrain ?
Nouvelles de Maupassant : très bon. Trouvé quatre nouvelles associées aux Carnets de Tchékhov (je cherchais ça depuis des mois). Lu une nouvelle. Extraordinaire. La vie même. Cet homme-là est épatant.
Réflexion à mener à partir de ce côté parfaitement artificiel et délicieux qu'on trouve chez Hitchcock et Wilder. "L'agréable artifice d'une intrigue soigneusement ficelée supplante le réalisme du quotidien", p17 dans le Taschen sur Wilder. Si la majorité des films veulent - et réussissent parfois à - vous plonger dans un monde, les films dont je parle font le contraire, ils donnent du plaisir au spectateur en le poussant dans la position du "spectateur conscient d'être un spectateur et qui se régale d'un truc bien ficelé qu'on a conçu pour son plaisir". Hitchcock me fait souvent ça. On n'est pas happé par le film, on le regarde en souriant et en se disant "Wouah, bien vu !". Est-ce une forme de baroque ?
DVD : L'Année de tous les Dangers de Peter Weir, film qui me fait penser à Un Thé au Sahara. Lent, complexe et intelligent, et une belle utilisation d'un narrateur (joué par Linda Hunt) - et en leitmotiv la question de Tolstoï : "Que devons-nous faire ?". J'admire et j'adore.
