Voilà, je vais tenter de tenir un journal sur toute l'année 2004. Comme j'ai eu l'idée maintenant, je commence 2004 à la semaine - 3. Si.
Rencontré un être humain culturellement autonome, ce qui est franchement un événement. Parlé pendant un quart d'heure : de Thomas Mann et son frère Heinrich, de la Prusse Orientale et de Ernst Jünger. Au milieu de l'hystérie zombificatrice de Noël, ça m'a fait tout bizarre.
Je cherche un calendrier 2004. Entré sur eBay "Wall Calendar 2004", tombé sur Jamie Wyeth (c'est la photo, au-dessus, là). Figuratif contemporain Américain, qui m'a fait penser à Hopper, dans l'esprit "je peins ce qui n'est pas intéressant". Grande mélancolie, tension vide, paysages calmes et inquiétants. Beaucoup de choses sans intérêt, mais regardez "Thief" :

Commandé immédiatement sur Amazon US :
- "Wilderness Survival", de Gregory J. Davenport; Paperback; $10.47
- "Emily: The Strange", Cosmic Debris; Hardcover; $10.36
- "Wondrous Strange: The Illustrative Art of Howard, Andrew, Jamie Wyeth"N.C. Howard/Wyeth Pyle; Hardcover; $31.50
Emily The Strange (http://www.emilystrange.com) c'est une ado bizarre, avec des chats. Je préfère avoir le texte anglais... Quant au livre "Survival", c'est quelque chose qui m'a toujours fasciné : il s'agit ici de déterminer quels sont les types d'humains qui survivent en cas de grand danger. Allez voir la fiche du bouquin sur Amazon, c'est instructif.
Je vais passer un "hiver russe". A côté de mon lit : Nouvelles de Tchekhov (ce que j'ai lu de plus sensible depuis des années) et de Tolstoï, Tourguéniev, un livre sur Raspoutine, et le gros volume des extraordinaires textes sur la Kolyma de Chalamov. J'ai déjà lu les Carnets de la Maison Morte de Dostoïesvky, dans la nouvelle traduction Actes Sud. Je lorgne sur le bouquin sur l'île de Sakhaline de Tchekhov.
Pour l'instant je lis la biographie de Tchekhov par Henri Troyat. Notre académicien s'y révèle très doué pour faire revivre la Russie provinciale d'avant le communisme, et ça n'est pas glorieux : paresse généralisée, écrasement de toute initiative par la religion. J'ai bien hâte de finir, de lire enfin La Steppe de Tchekhov, justement, puis mon volume Tolstoï.
Lu il y a peu le livre de Beevor sur la bataille de Berlin, qui correspond donc à la fin de la 2ème Guerre Mondiale en Europe. Exploration de ce que je savais déjà sur les conséquences : frontières modifiées avec la Pologne, création de l'Allemagne de l'Est et tout ce qui s'ensuit. J'avoue que j'ignorais les modalités de la terrible désintégration de la Prusse Orientale. J'aimerais beaucoup trouver un essai sur l'histoire de la Prusse jusqu'à 1945...
C'était forcément lié, j'ai donc trouvé une grosse biographie de Hitler en deux volumes sur PriceMinister pour une bouchée de pain. Je ne sais quand je me mettrai à lire tout ça : le personnage Hitler est une gigantesque énigme, non ?
Commencé à regarder la première partie de Val Abraham en DVD, de Manoel De Oliveira, en Portugais, trouvé sur eBay pour 10 dollars (en France : 33 Euros). Film complètement décalé par rapport à ce qu'on voit au cinéma de nos jours : intellectuel, bavard, nuancé, dont chaque plan semble signifier et cacher quelque chose. Trouvé deux textes intéressants, ici et là.

Cadeaux minuscules trouvés à Hong Kong avec Ebay (dont j'adore le "principe" fondateur). Fouillé dans "Affiner la recherche" : << Hong Kong Paypal - entre 0 et 2 Dollars >>, trouvé des milliers de trucs mignons et rigolos. Reçus en 5 jours par avion. Le progrès !
Feuilleté l'autobiographie de Katharine Hepburn (intitulée "Me", pas mal...). Je retrouve cette photo incroyable, prise après un ouragan qui détruisit entièrement sa maison (emportée dans la mer), laissant cette baignoire :

Rencontré un autre "vivant" aujourd'hui. Evoqué la solitude de l'autonome. Le peuple occidental s'avance maintenant en
"masses" (en gros : "Je me rue sur ce que me montre la pub télé"), ou bien en
"tribus" (les fans rassemblés de telle musique), qu'on pourrait qualifier de Panurgistes en Minorités, et puis les
"autonomes", rares derniers fous qui ont osé décoller leur culture de la "nouveauté", dorénavant absolument seuls. Sans doute que ça m'arrange, cet isolement, vous croyez pas ?
Je me souviens qu'on évoquait cet état de fait dans un livre sur les gladiateurs. Les JEUX sont ouverts, les arènes sont pleines, les cris retentissent et le sang coule : la masse se régale. Dans la ville désertée, restent les voleurs (qui pillent les maisons désertes) et les philosophes (que les massacres en spectacle n'intéressent pas), qui apprécient le calme des rues et des jardins.
Entendu quelque part "L'Aigle Noir" par Patricia Kaas, une sorte de RECORD ABSOLU de vulgarité chantante. Tout sonne faux, vulgaire, exagéré. Nausées...
Rencontré un couple de gothiques. Suis toujours fasciné par les gens en uniforme (ici : tout en noir, piercings partout)). Annie Le Brun dit : << ... tous ceux qui, prétendant "affirmer leur différence", n'en finissent plus de se rassembler pour se ressembler >>.
Dans la liste des dégringolades continues, je remarque que les "humoristes" utilisent une corde unique, qu'on pourrait qualifier d'auto-dénigrement distancié. Les groupes s'intitulent Les Nuls, ou Les Inconnus (ces nominations semblant nous donner un coup de coude : "quelle rigolade hein ?"). La couverture du nouvel album du Chat de Geluck est significative : "Il s'agit du 12ème tome", dit le chat, "Et Jerry", dit la souris. Quelle force ! Ce qui est convié ici n'est pas le rire, l'esprit, le sourire, mais le ricanement. L'auteur semble dire "Regardez comme il est drôle, mon humour con !".
"Courir sur le haricot" : Importuner, exaspérer. ILS COMMENCENT TOUS A ME COURIR SUR LE HARICOT !!!
Hi hi !
Quand j'aurai le temps :
- Revoir Val Abraham, en étudier la mise en scène avec l'aide des articles trouvés, lire Madame Bovary de Flaubert.
- Revoir Un Thé au Sahara, pour moi le meilleur Bertolucci (dont la mise en scène me semble, ici, presque monstrueusement élaborée (travail sur le regard, les obstacles, les couleurs...)), et lire Paul Bowles.
- Faire une page web sur les photos érotiques stupides (les poses !).
- Faire une page web traduisant les Blogs et Journaux des New-Yorkais, le 11 Septembre 2001.

A propos d'Un Thé au Sahara, discussion autour de Debra Winger et des actrices Américaines de plus de 40 ans en général. Le monde du cinéma est sans pitié : que devient Sharon Stone depuis Casino ? Ou est Madeleine Stowe ? Barbara Hershey ?
Films étonnants vus récemment : Dina (excessif, mais l'actrice est fabuleuse), Lantana (polar moite bizarre), La Turbulence des Fluides (lancinant et rigolo - et porté par Pascale Bussières ;-). Grande claque des dernières années : Requiem for a Dream. Scènes inoubliables dans Magnolia.
A côté de mon lit, livres à lire mais que je trouve jamais le temps de les lire : Livres sur Tamerlan, sur Erasme, sur Goethe (biographies, Faust), livre sur la Ruée vers l'Or, En Ligne (recueil d'articles) et l'intégrale des nouvelles de Hemingway chez Quarto, Le Monde d'Hier de Zweig, Les Lois de l'Attraction de Brett Easton Ellis, le Journal de Kate Mansfield, les Vagues de Woolf (en Anglais, et dans la traduction de Yourcenar), Lord Jim de Conrad, les Souvenirs Entomologiques de Fabre, L'Essentiel de Gombrich (Histoire de l'Art), l'Histoire de ma Vie de Casanova...
Il y a des constantes dans l'art et la culture qui m'énervent. D'abord la constante du "petit malin", ou manière maladroite de prendre systématiquement le contrepied de ce qu'on pense habituellement. La douleur devient "exquise", de la paresse on fait, bien sûr l'"éloge". Angot, sur la couverture du poche de son livre L'Inceste, fait un petit sourire coquin. Le "petit malin", c'est la rebellion à deux sous, le "remarquez comme je suis original(e)". Quelle fatigue. Et l'art, là-dedans ?
L'autre constante, c'est la constante du "visage bizarre". Si vous n'avez aucun talent pictural, si vous n'avez aucune idée, aucune structure ni invention, dessinez ou peignez juste des visages. Regardez, ici, c'est un tableau de Schoenberg (compositeur important du XXème siècle). Alors oui : voilà une tête bien inquiétante (et vous trouverez d'autres de ces tableaux ici). Et après ? Prenez n'importe quelle toile, mettez une couleur lugubre ou sombre, barbouillez de grands yeux sombres, vous obtiendrez vite l'image de la folie, du cri, de l'angoisse et du malaise. Et après ? Vous pouvez obtenir un résultat musical similaire avec un piano : martelez les touches graves en groupes serrés, vous allez obtenir une marche macabre d'un effet saisissant. "So what ?", disent les anglo-saxons...
La recherche bête du macabre est un signe de conformisme, d'esprit simple bloqué au niveau pré-ado. Me refait penser aux Gothiques, fascinés (j'allais dire EVIDEMMENT) par les cimetières, la mort, la souffrance et tralala. Si les cathos m'emmerdent avec leur crucifix, les "rebelles" m'emmerdent avec leur crucifix à l'envers (ce qui est toujours un crucifix). Et si la souffrance est "terriblement délicieuse", je doute que ce soit encore le cas quand une voiture vous met par terre en vous brisant tous les os du bassin, un an d'hôpital et autant de rééducation...
Musiques macabres, lancinantes, étranges, que je connais :
Les hurlements/grouillements du Thrène pour les Victimes d'Hiroshima, de Penderecki. Les étirement infinis de Scelsi. Le Lux Aeterna de Ligeti. Les Pièces pour Orchestre de Webern. Le Concerto pour violon de Bartok. La musique de La Malédiction de Jerry Goldsmith...

Je reçois environ 50 spams par jour, la plupart pour acheter du Viagra, du Xanax ou un patch qui fait grossir le pénis (ha ha ha !). Méthode grossière, que je trouve fascinante : QUI va cliquer là-dessus ? Il s'agit d'un gros et grand filet de pêche, donc, qui ne récolte que les plus parfaits abrutis connectés au réseau. On est loin du trouble, ou de la séduction, du rire ou des excès qu'on voit parfois dans la publicité. Spam : moissonneuse à abrutis. Que font les spammeurs quand ils ont envoyé un million de spam et qu'ils ont 3 clicks de crétins ("grossir pénis, gâaaaa..."). Leur prendre un peu d'argent probablement. Le monde est en perdition.
Pour Jünger, le symbole du XXème siècle n'est pas la bombe atomique, mais le naufrage du Titanic. Et si le symbole du siècle suivant était la chute des tours du World Trade Center ? On peut relier à chacun de ces deux événements tout un faisceau de symboles et de choses troublantes... Je ferai ça un autre jour, mais ça me donne envie de me procurer les deux derniers bouquins de Fukuyama...
Si je me souviens bien, une des thèses de Fukuyama, c'est que les problèmes liés à la religion que l'on observe un peu partout ces temps-ci ne sont que les signes de leur extinction prochaine (ce en quoi je suis convaincu qu'il a raison). Abandonnant ces soubresauts, il pointe d'autres dangers, dont le principal est la science folle (génétique y compris).
<< Nous payons de plus en plus souvent la non existence de quelque chose, comme l'absence de bruit >>, dit Ernst Jünger dans Le Contemplateur Solitaire.
Il n'y a pas si longtemps, on établissait une distinction entre être et avoir. En schématisant à mort, le fou est celui qui se sent exister par l'AVOIR ("Je possède des choses"), tandis que le sage trace sa route par l'ETRE. Depuis quelques années, on a vu apparaître ce qu'on pourrait nommer le super-fou, celui qui se sent exister par le PARAITRE, c'est à dire, en fait : j'existe si je suis chanteuse ou mannequin et si je passe à la télé. D'où cela vient-il ?
Je me marre tout seul : en fouinant dans un vieux CD-ROM de fin 2002, je tombe sur une collection de tableaux qui m'avaient marqué et que j'avais trouvé sur Usenet, dont plein de... Wyeth. Décidément ! J'attends le bouquin Américain avec impatience. J'avais aussi exploré Whistler et un certain Eric Sloane, peintre de granges... :-)


L'Empathie diminue. Exemples et histoires vraies :
- Un monsieur fait ses courses en parlant dans son portable, passe en caisse, pose ses articles, les enfourne dans les sacs, règle, tout ça en téléphonant. Pas un mot, pas un geste, pas un regard ou un signe pour la caissière. L'homme s'en va. La dame, en caisse, se met à pleurer. Les gens qui faisaient la queue derrière le monsieur tentent de la consoler ("Les gens sont d'une incorrection !"). L'homme, lui, est parti, et téléphone sans doute encore. Empathie Zéro : la dame n'existe même pas pour lui.
- Une petite fille de 1 an est déposée tous les jours dans une crèche à 7h30 du matin, et y est récupéré à 19h30. Les parents sont ingénieurs tous les deux (ils "s'éclatent" dans leur travail). Cette petite fille est triste douze heures par jour sans son papa ni sa maman, elle n'y comprend rien, et est saoûlée par le bruit et la collectivité. Empathie Zéro : "On ne peut pas faire autrement". Ou pire : "Il faudra de toute façon qu'elle s'adapte à la collectivité et à la dureté du monde".
- On sonne à la porte d'un jeune couple avec un enfant en bas-âge. La dame est enceinte du deuxième. Ce sont les voisins du dessus, qui préviennent qu'ils vont "faire la fête" (empathie ???). Et ils font la fête, hurlent et dansent toute la nuit, jusqu'à 7 h du matin. L'enfant est très inquiète, ne peut pas dormir, pleure, c'est un enfer. La maman enceinte ne peut pas se reposer du tout, elle mettra plusieurs jours à s'en remettre. Empathie Zéro : "Je vous préviens, mais en fait, je m'en fous complètement : j'ai bien le droit de faire la fête".
- Un grand-père raconte dans une soirée : la veille, en ville, en arrivant à sa voiture, il ouvre son coffre pour ranger ses courses, s'aperçoit que ce n'est pas sa voiture (c'est le même modèle, et coup de bol ou hasard, sa clef ouvre le coffre de l'autre voiture). Il referme le coffre sans même regarder ce qu'il y a dedans ("Oups ! Je m'suis trompé !") et se rend à sa voiture. Ses petits enfants, tous sans exception : "Qu'est-ce qu'il y avait dans l'autre coffre ? Tu n'as rien pris ? Pourquoi ?" (implicitement : t'es fou, pourquoi tu ne t'es pas servi ?). Le papy est assez choqué par la réaction de ces adolescents. Pourquoi ? Lui est sans doute entre "On n'a pas le droit" et une certaine empathie pour le propriétaire de l'autre voiture. Les nouvelles générations ne comprennent même pas ce qu'il veut dire. Empathie Zéro : "Je me sers, ce que peut ressentir celui qui est volé ne m'intéresse pas".
L'empathie, dit mon vieux Robert, c'est la "faculté de s'identifier à quelqu'un, de ressentir ce qu'il ressent". Dans un article publié dans, il me semble, La Recherche de cet été 2004, des chercheurs démontrent que c'est une valeur qui est en train de s'effacer de notre monde, sans qu'ils sachent visiblement pourquoi. Il faut que je retrouve les ref. précises.
Je me méfie beaucoup de tout ce qu'on "prépare pour moi" dans le domaine culturel. Ce qui passe à la télé, donc, mais aussi tout ce qui est "nouveau", les prix littéraires, les expositions, les rétrospectives et autres "anniversaires de". C'est le Spectacle de Debord, sans doute. Tout ce qui est mis en avant, quelque part, par quelqu'un. J'ai pratiquement fini de réagir à ces stimuli, qui ne m'intéressent systématiquement plus du tout. Ce n'est pas une volonté d'évoluer "hors des sentiers battus" (sentiers non battus ??). C'est de l'autonomie, c'est tout. Encore ? Bon, d'ac, j'arrête.
Livres à trouver : Essais de Jean Douchet sur Hitchcock et la Nouvelle Vague, et l'Histoire de l'Art de Gombrich (à chaque fois que j'ose ouvrir le beau volume de son recueil d'articles, je suis soufflé par la pertinence de ce que je lis). Je cherche un bon livre sur l'Hyperréalisme. Pas moyen de trouver un bon livre sur la Prusse au XXème siècle.
Liens de départs pour le Réalisme Contemporain. Choses intéressantes, il me semble, chez Robert Vickrey :
-
Le premier s'intitule Fear, la Peur, et a le don de m'intriguer (c'est une qualité, en tout cas pour moi). Est-ce une bonne soeur ? Que fuit-elle ? Que sont les ruines, sur la droite ? Vers quoi fuit-elle ? Quelques élément de réponse ici. Le deuxième tableau est du pur graphisme...
Revu un épisode de Goldorak, avec un pincement au coeur. C'est nul, nul, et nul. Effarant. Mal fait, musique con, effets lourdingues. N'importe quoi. Bah...
Il faudrait que je m'amuse à faire la liste des artistes que-tout-le-monde-dit-que-c'est-des-génies et qui ne me font ni chaud ni froid. Voyons : Nick Cave, Björk, David Lynch...
Non, Lynch m'impressionne, c'est même le dernier metteur en scène qui puisse encore me faire peur. Le travail du son dans Lost Highway, les "choses qu'on ne veut pas voir" dans Mullholland Drive (Le visage du cauchemar derrière le mur/le visage de la morte dans le lit autour de laquelle la caméra tourne). Il me semble extrêmement perturbant qu'un esprit aussi talentueux ne fasse vibrer qu'une corde dans la harpe du cinéma : celle du mal (celui qui suinte, qui sourd, comme dans Chinatown de Polanski), de l'angoisse sensuelle...
Semaine finie. D'aaaaac, je sais, je vais les séparer en chapitres, que ce soit pas trop long...
Auteurs qui me font très envie mais que je laisse dans ma bibliothèque :
Claude Simon (dont le style me happe comme celui de Bernhard : plongez vos yeux sur une page et n'en décollez plus), Henri D. Thoreau (dont le Journal, qui a l'air d'être une prodigieuse liqueur), tous les essais de Giono (Pléiade), le gros Journal de Kafka et celui de Gombrowicz. Il me faudrait entièrement refaire ma page Livres, mais je n'ai pas l'énergie.
<< Ils sont calmes. Ils ont de grandes choses. Qui sont-ils ? >>

Partition Rouge est un des livres les plus drôles et les plus fascinant que je connaisse. Légendes de la prairie, origines de noms d'Indiens ("Fait-Plonger-Les-Grenouilles"), poèmes fous, légendes (inoubliable "Coyote") et incantations. C'est parfois très zen, très Japonais, et parfois fabuleusement farfelu. Allez, mon préféré, la fin d'un poème nommé Daim :
il a demandé à l'araignée une route dans la nuit
sur la route de l'araignée le daim voyage
Tchekhov dans une lettre à son frère : << Dieu te préserve des lieux communs. Le mieux est d'éviter les analyses des états d'âme du héros. Il faut s'arranger pour qu'on les déduise de ses actions. >>. Je suis extrêmement touché par la biographie de ce monsieur, l'humaniste par excellence. La modération est une grande qualité... devenue rare et ringarde à notre époque, il me semble, où l'ensemble de l'appareil médiatique et publicitaire programme les esprits malléables à être des "rebelles" unidimensionnels (Il y a mille façon d'étre rebelle, mais le "rebelle" publicitaire de notre temps est, pourrait-on dire, le "rebelle par augmentation d'intensité", c'est à dire plus fort, plus fou, plus vite...).
Tableau à faire : classement des rebelles :
Celui qui se retire, celui qui pervertit, celui qui joue le jeu puis le casse, celui qui avance masqué, celui qui pense pouvoir entraîner les autres, celui qui est rebelle pour un aspect des choses et pas du tout pour un autre, celui qui apprend toutes les règles pour les transgresser, celui qui invente, celui qui est académique dans un monde de rebelles, celui qui s'assagit en vieillissant jusqu'à devenir un vieux con, celui qui fuit en avant, le suicidaire, celui qui est chez papa/maman...
Je préfèrerai toujours quelque chose de plus complexe à quelque chose de plus intense.
Revenons à Tchekhov et aux états d'âme des personnages. C'est vrai que je partage depuis longtemps le "Soupçon" dont parle Nathalie Sarraute : le lecteur atteint de cette maladie ne peut plus lire la plupart des romans, car il n'y croit plus du tout, il sent l'auteur à chaque ligne, tout sonne faux. "Virginie était triste" écrit l'auteur : comment le sait-il ? Et de quel droit ? Conséquence : les rares romans qui fonctionnent encore sont behavioristes, c'est à dire, comme dit Tchekhov, qu'on comprend ce qui se passe en observant les actions des personnages. Il semble qu'on parle, en littérature, de "comportementalisme".
En cherchant dans les archives Usenet, je suis tombé sur un article passionnant sur les modifications de la langue : ici. L'auteur semble être Charles-Xavier Durand, un Québecois. Je vous invite à aller voir les notes de l'éditeur pour les trois tomes, qu'on trouve par exemple sur Amazon. Tout cela m'a l'air d'être de très haute volée.
Deux emails ce soir, me disent que je râle trop, que je tourne en rond dans le "tout le monde pourri". J'avoue que je m'y attendais... Faisant du "méta", quelques éléments :
Bonne résolution pour ce journal en 2004 : ne plus râler contre les voitures, les téléphones portables, la télévision. Merci Lucile et Matthieu :-)
Mais je m'interroge : pourquoi ne supporte-t-on plus les "râleries par écrit" ? Il y a beaucoup de râleurs que j'aime lire, moi, Cioran, Schopenhauer et Nietzsche, Bernhard, Céline. C'est parce que je râle moins bien, hi hi hi !
Livres commandés ou mis de côté pour bientôt : un gros ouvrage sur Katharine Hepburn, une étude sur L'Esprit de Solitude et les Peintres, trois livres des Cahiers du Cinéma (sur le Plan, Le Point de Vue, le Montage), le livre de Jean Douchet sur Hitchcock, La Russie Inachevée d'Hélène Carrère d'Encausse, deux Folios des pièces de théâtre de Tchekhov (je rêve des trois Pléiades, mais c'est hors de prix), un amusant Comment Rater sa Vie Complètement en Onze Leçons, le Haute Fidélité d'Hornby, Les Cendres d'Angela...
Il me plaît de passer quelques mois à explorer à fond un domaine précis. Je l'ai fait avec passion pour la Guerre de Sécession (continuant avec la vie de Lincoln, l'histoire des USA, le problème noir-américain au XXème siècle, etc...), les films de Brian de Palma ou d'Akira Kurosawa, les vies de Brahms, Prokofiev, Stravinsky, Bartok, en histoire : la fin de l'Empire Romain et les invasions barbares, les camps de concentration. Si mon hiver est Russe, j'aimerais passer quelques mois avec Stanley Kubrick, Napoléon, la Ruée vers l'or ou le Soufisme. Plus tard sans doute : Goethe, Malher.
Pour l'instant, Thekhov est en train de grimper rapidement dans mon Panthéon des immenses écrivains, non loin de Thomas Bernhard, Ernst Jünger et William Faulkner. J'avoue que non loin rôdent Marguerite Yourcenar, Jorge Luis Borges et... Nietzsche.
- Hier soir, j'ai feuilleté mon gros volume autour de Thomas Bernhard, en rigolant comme un bossu : en voilà un, pour le coup, qui râle. Un vrai déchaînement. Je me dis que je suis un bien piètre râleur.
- Une excellente amie m'avait appelé Le Traqueur. Fâcheuse tendance, je reconnais...
- Il me semble bien que je fais ce journal sur l'année 2004 JUSTEMENT parce que je me sens comme immobilisé dans cette posture. Dans tout ce que je tente, je remarque quand même que la seule chose qui semble fonctionner un peu, c'est de me "retirer du jeu".
- Je ne suis pas dupe, et je sais bien qu'à toutes les époques on a pu dire que "tout s'écroule". Tout gain s'accompagne d'une perte, affirme Jünger, et je crois bien qu'il a raison.
- Ce n'est pas exactement mon Journal, ou un blog : je ne parle que de mes sentiers "culturels" ici, et pas de ma vie perso.
- Parlant de "choses douces" ou orientales, j'ai bien exploré tout ça il y a une douzaine d'années, et ma bibliothèque est pleine de Krishnamurti, zen, soufisme, Trungpa, etc... et la pièce maîtresse de la partie principale de mon appartement est un... mandala.
- Je râle, parce que c'est une période comme ça. Yourcenar évoque, il me semble, cette détestable période de la vie où on ne supporte plus du tout ce qu'on a été (je retrouverai la citation, mais en gros, c'était "1/on est jeune 2/on critique les jeunes 3/puis on s'en fout et on se remet à regarder devant"). Je ne me sens pas prêt encore...