





Ceci n'est pas un blog. La dernière "entrée" est en dessous des autres, pas au dessus. Il y a peu de lianes. Et pas de forum ou de case "réponse". Qu'est-ce alors ? Un journal en ligne, voilà.
Eno, dans son épatant Journal, se pose la question : Qui tu es ?
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OK. Je suis... Un homme. Un mammifère. Un père. Un assez solitaire. Un observateur. Un ex-musicien. Un hétérosexuel. Un internaute. Un piéton. Un gourmand. Un lecteur. Un non-turbulent. Un dormeur. |
Pour l'instant, je suis un enrhumé :-/





J'ai l'esprit fixé sur ce qui s'est passé en Asie, comme tout le monde je pense. Avons décidé de faire un don à une ONG qui s'occupe des orphelins, des enfants. Comme après l'effondrement des tours en 2001, je n'ai pas rebranché l'antenne de ma télévision. Je peux deviner les images et les commentaires des journalistes... Et je tiens à protéger mes enfants de la vision brutale de tout cela, d'autant que les gens de la TV adorent les longs plans sur les visages épouvantés et la mort en direct...
Une fillette de 10 ans aurait sauvé une centaine de personnes, parce qu'elle avait fait un exposé à l'école sur les tsunamis, juste avant les vacances. Ayant vu ce que faisait la mer, elle a prévenu sa mère, et l'équipe de l'hôtel a fait vider la plage juste avant l'arrivée des vagues.
Je pense à la conjonction Tchernobyl (le feu de l'atome) - World Trade Center (deux tours gigantesques percutées par des avions à réaction et s'effondrant) - Tsunamis en Asie, tragédies qu'on pourrait qualifier de bibliques, Jünger dirait "de l'âge des Titans". A espérer qu'elles ne sont pas annonciatrices...
Discuté avec un petit garçon de 8 ou 9 ans, à propos du Débarquement. Son discours était limpide : "Tous ces soldats, ils débarquent, et ils se font massacrer, taratatatata, trop cooool !".
Je lis : la presse, Tchékhov (Les Feux), Maupassant. Reçu une belle autobiographie de Rockwell en anglais.
Trouver (sort en poche en Avril) : Vie et Destin, de Vassili Grossman.

Suis exténué. Je suis confronté en continu à la plus érodante bêtise - l'idiotie et l'incompétence secrétées sur toutes les notes et selon toutes les gammes du grand Clavier de la crétinerie. Je rentre chez moi comme fou, étourdi. Tout ce qu'il ne faut pas faire, ils le font, quasi méthodiquement. J'ai dépassé le stade où je suis fasciné, mais plutôt animé par une envie simple : devenir ermite. Je vais l'être pendant quatre jours et demi, ouf.
La Résistance aux Ordres Stupides est aussi ancienne que l'histoire de l'homme. En faire une page (un bouquin, si j'avais l'énergie). Elle se manifeste dans les grandes hiérarchies de façon fort aigüe : l'Armée, l'Enseignement, la Russie Soviétique, le Commerce.
Acheté les Essais de Proust et le Dictionnaire Amoureux de la Russie de Dominique Fernandez.
Lu le grand dossier de Courrier International intitulé RALENTISSEZ. Evoque un mouvement grandissant de décrochage, qui va de la "Slow Food" au Praise of Slow de Carl Honoré, des Villes Lentes d'Italie au mouvement Simplicité Volontaire. Tapez "Simplicité Volontaire" dans Google, vous verrez.
Toujours délectable, le Dictionnaire Sceptique.

Question piège : Quelle est la différence entre le prix et la valeur ?
Le livre sur la Russie me plonge dans Bounine, Chalamov, Tolstoï, Makine ou les chants orthodoxes. Chalomov, plus de 20 ans de goulag, s'est dit terrassé à la lecture d'un livre... de Proust.

...remarquablement trouvé non ?
DVD : Shrek 2. La qualité de l'animation est bluffante (j'adore le roi). Je note :
- Les gags visent en grande majorité les adultes. Les enfants ne rient pas.
- L'histoire est sans intérêt, et trop complexe pour les enfants (test, en dessous de 8 ans : demandez, à la fin du film, de quoi ça parlait).
- La corde utilisée est le ricanement, la parodie, l'irrespect. Je suis agacé, pour deux raisons : d'abord, une parodie de conte de fées est encore un conte de fées, avec Princesse, baisers, sorts et dragons; ensuite, la fin est vraiment en plein dans le conte de fées, comme si les auteurs avaient eu peur de l'irrespect "jusqu'au bout".
- Les références Gay sont innombrables. Le Prince est une grande folle. Pinocchio met des dessous roses... Pourquoi donc ?
Je préfère toujours la troisième voie à la deuxième. Si les cathos m'énervent avec leur crucifix, les gothiques et satanistes m'énervent AUSSI avec leur crucifix (qui est à l'envers, mais c'est quand même, encore, un crucifix). Si la chanteuse Jenifer m'énerve, le site web "contre Jenifer" m'énerve aussi, qui parle encore de Jenifer. La parodie, ça va deux minutes. Oui bon.
Metteurs en scène "de génie" que je n'aime pas ou peu : les frère Cohen (Je ne peux aller au bout de leurs films, mais je suis épaté par les partis pris de Fargo), Tim Burton (gothico-burlesque, ça va deux minutes, mais j'adore L'Etrange Noël), Emir Kusturica (les turbulents trompetteurs m'emmerdent, mais quelques envolées lyriques me touchent), David Lynch (Mullholland me terrorise, mais pourquoi un tel talent au service du "mal suintant" ?). En fait, je regarde leurs films, et j'enrage. Je dois être fou.
Témoignages sur le site du Monde ("des rescapés témoignent").
ORDRES STUPIDES :
- Désobéir. Ouvertement ou pas. Risques.
- Sortir du "cadre". Frapper le donneur d'ordre. Démissionner. Se tuer.
- Fuir. Dépression. Faux arrêt maladie.
- Combattre. Tenter de convaincre le donneur d'ordre. Son supérieur (risques).
- Obéir sans penser.
- Faire du zèle. Obéir "trop".
- Faire semblant d'obéir.
- Obéir en râlant.
- Obéir en connaissance de cause (ordre stupide). But : saboter l'entreprise.
- Obéir en corrigeant la stupidité de l'ordre. Corrections discrètes, cachées.
- Obéir tout de suite, puis peu à peu "oublier" de le faire.
- Obéir complètement, mais en développant les antidotes à côté.

20-25 ans. Est-ce l'âge des furieuses désillusions ? Vis-à-vis : des humains, du couple, de soi-même, de l'Art...
Me préparant à la lecture de Proust, j'interroge les gens autour de moi : trop long, phrases trop longues. Rengaine classique non ?
Trouvé des Contes et Récits Fantastiques, de Théophile Gautier (personnage important de l'époque, visiblement, Proust en parle tout le temps), La Colombe Poignardée de Citati (qui parle de Tolstoï en ouverture - ça me plaît - et écrivit un livre sur Katherine Mansfield, que j'ai déjà dans ma bibliothèque), ainsi qu'une Histoire Sociale de la France au XIXème siècle. On va réviser Dreyfus, et ressortir les Malet Isaac.
Je commence à sentir la petite chatouille du cerveau qui vous vient quand vous plongez dans un monde, et tralala !
Dans la préface de Madame Bovary :
Délectable strophe de T. Gautier :





Maison déserte, calme. Soleil d'hiver. Je me sers un petit verre de Muscadet - c'est joli dans le soleil d'hiver - m'installe sur un balcon avec Proust :
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FRANÇOISE : Puisque vous êtes seul à Paris, nous pourrions peut-être dîner ensemble quelque part. (Un silence.) (Plus bas :) Nous rentrerions ensuite chez moi. Y a-t-il un endroit qui vous plaise mieux qu'un autre ? HENRI : Il y a dans le Bois un restaurant où j'ai déjeuné l'autre jour et qui est charmant. Assez longtemps avant d'arriver on est accueilli par des arbres qui s'écartent pour vous laisser passer, vous devancent et vous escortent, souriants, silencieux et gênés, appuyés les uns aux autres comme pour prendre une contenance. Puis il y a une pelouse au milieu de laquelle vivent quelques hêtres assemblés. L'emplacement qu'ils occupent semble avoir été l'objet d'un choix. Ils paraissent se plaire là. Au fond il y a un orme un peu fou qui, pour les rumeurs les plus insignifiantes que lui apporte le vent, fait avec ses branches une mimique passionnée qui n'en finit plus. Aussi les autres le laissent tranquille. Il est là tout seul. Et devant, c'est le lac, sur l'eau duquel un saule remue ses branches sans arrêter. C'est comme une maladie qu'il aurait comme ces gens qui ne peuvent pas arrêter une minute de trembler. FRANÇOISE, distraite : Ça fait bien des choses tout cela.
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DVD : Mr Jones. Lena Olin superbe. Richard Gere, vraiment souvent mauvais (il faut avoir vu une fois cet affligeant navet qu'est Lancelot), bien comme tout en grand fou maniaque. Bons rôles de Gere : Officier et Gentleman, Moissons du Ciel, Mr Jones...
Trouvé un catalogue de fleurs pour E. (3 ans), qui s'est mise à table avec des ciseaux, et fait du découpage en chantonnant. Je suis à côté d'elle (je lis un vieux NRF), et sens en elle une sorte de bonheur léger, m'offrant ses plus belles trouvailles.
Plus tard, elle voit un déguisement de Spiderman : "Regarde papa ! Spidermâle !".
Explorer : Bataille d'Austerlitz.





Ce mot vient du nom de Madame Bovary, héroïne du
roman éponyme
de Gustave Flaubert.
Je cherche Bovarysme :
État d'insatisfaction, sur le plan affectif et social,
qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes femmes
névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines
et démesurées, une fuite dans l'imaginaire et le romanesque.
Diverses nuances apparaissent, et le terme a été développé par la psychologie et la philosophie. Le Bovarysme, donc, c'est "le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est", avec une couleur précise : la sincérité, le fait d'y croire vraiment.
A ajouter : La loi d'Ironie. "Cette loi, formulée déjé par J. de Maistre, Amiel, Proudhon, porte que le but atteint n'est jamais celui visé par le tireur, que les buts se déplacent et se transforment sous notre regard; que notre finalisme est une perpétuelle duperie".
C'est de "LA PHILOSOPHIE DU BOVARYSME - JULES DE GAULTIER" - 1912 !
Me conduit chez http://perso.wanadoo.fr/selene.star/, à un auteur nommé Palante, et l'individualisme, page qui parle de Soseki et Jünger. Onfray a fait un livre sur Palante. Cloutch ! J'aime bien quand les petites choses s'emboîtent comme ça !
Evidemment, rien ne m'agace plus que ce petit "ennui d'homme riche", ce bovarysme à la noix qui consiste à se rendre malheureux toute sa vie parce qu'on se dit qu'un jour, ceci ou cela aura changé et alors, ouf, on sera heureux... C'est vraiment comme l'âne et la carotte. Où est le "ici est maintenant" ?





Quand vous recevez quelqu'un qui n'a pas le moral, préparez une grosse bouffe. Cuisses de canard confites, au four, bien grillées. Dans une grande marmite : pommes de terres et poireaux coupés, copieusement, une douzaine de gousses d'ail en petits morceaux, et faites... fondre tout ça avec sel poivre et thym, dans la graisse de canard. On s'est tapé un Bergerac (excellent) avec ce festin. L'incomplétude est comme endormie, parce que c'est bon, par le vin, parce que c'est lourd :-)
Trouvé pour mes Prousteries un énorme et satisfaisant gros livre lourd sur le XIXème siècle. Envie de plonger dans la vie de Garibaldi, ou de lire les textes sur l'art de John Ruskin, qu'adore Proust. Remarquables chapitres sur Montesquiou ou Laure de Chevigné, dans le livre de Citati. Donne envie de livre de la vie de Marie-Laure de Noailles (dont Laure de Chevigné - modèle d'Oriane de Guermantes chez Proust - est... la grand-mère).

DVD : Le Temps Retrouvé, de Raoul Ruiz. Long film complexe, fragmenté, traversé par de surprenants traits de bizarrerie (décors qui bougent, apnées inattendues) et un travail d'acteur parfois prodigieux. L'acteur qui joue le "narrateur" (Proust) est absolument parfait. Le casting s'en donne à coeur joie. Deneuve, Pisier, Chiara Mastroianni, Christian Vadim sont à leur place, et font du très joli travail. Béart et Dombasle minaudent affreusement (c'est probablement pour ça que Ruiz les a choisies). Présence de deux acteurs captivants et quasi dangereux : John Malkovitch et Pascal Greggory. Ruiz filme royalement, avec beaucoup d'invention et même de jubilation. Comme s'il lançait d'un coup un grand bouquet d'histoires retenues par des fils, c'est tour à tour, comme dans la vie, sublime, ridicule, drôle, lent, captivant ou bizarre. Je n'ai jamais vu un film pareil. Les scènes semblent se plier, se recouper, s'entrechoquer, les personnages changent de visage, la musique est fascinante... Chapeau bas.
Ici, c'est Proust. Mes petite recherches sont toujours "fonctionnelles". Je veux et j'ai besoin d'apprendre des choses, qui peuvent me servir. Et ici je me régale. Le livre de Citati est un délice. Le personnage Proust est une mine d'or, un paradoxe vivant. Ses amis sont passionnants, son monde... franchement bizarre, l'époque (juste avant 14-18) est riche à explorer, ses choix de vie très remarquables, sa façon de décrire les plus infimes éléments de l'âme, l'idée de la Recherche, la "maladie de l'observateur"... Je me régale, j'avoue !

Je m'amuse à opposer mes lubies hivernales, l'année dernière Tchékhov, cette année Proust. L'un n'écrivit que des nouvelles et du théâtre, l'autre, quelques articles et pratiquement un seul énorme livre (Santeuil et la Recherche). L'un était docteur, et un personnage fondamentalement adorable, l'autre un hypocondriaque plus ou moins insupportable. L'un trace un tableau en douze mots et pratique la précision, l'autre développe de longues phrases dans un style "fondu" et enveloppant. Les deux sont morts des poumons (tuberculose/pneumonie).
Lu le petit "Profil Hatier" sur la Recherche, très utile. Commencé la Recherche (2400 pages chez Quarto). Pochette de Lartigue...

Commandé un gros livre sur Lartigues (années 10-30), la bio de Marie-Laure de Noailles, et le "Proust, le Dossier" de Tadié... Au fait, ils passent quoi, à la TV ? :-)
Bill Evans Trio - Nardis, jazz délicat, avec un grand "trou" de musique très maladroitement occupé par un solo de contrebasse qui n'a aucune idée de ce qu'il pourrait faire. bill evans - peace piece, ou comment mal improviser du Erik Satie.

Sur Proust. Même si je n'ai lu que quarante pages, je me délecte du style si particulier de Du Côté de chez Swann. Comme un fleuve de mots, très puissant et aussi très délicat, quelque chose qui se glisse dans tous les interstices. Le narrateur tourne autour de chaque chose, serre de près chaque idée, chaque personnage. Ça me fait penser à la mer, lorsqu'on regarde longtemps le ressac (j'ai lu quelque part que Proust créait un blizzard de personnages). Précision, puissance d'évocation, délicatesse. Il "trouve" des choses qui font que vous vous dites, en lisant, régulièrement : "Ah, c'est bien vrai ! Bien vu !".
Je relie Proust à de vieilles connaissances. Bernhard pour le côté ressassement, "mer de mots". Sarraute pour les tropismes (minuscules mouvements de l'âme).
Soleil d'hiver. Ils annoncent de la neige pour demain. Dans le parc avec les enfants. J'entends les portières des voitures claquer autour de moi, et me sens un peu mélancolique. Je me souviens de nombreux dimanches, soleil d'hiver, de mon enfance, où l'on devait prendre la voiture pour aller visiter des tantes et leurs boîtes à gâteaux, alors que moi je ne rêvais que d'une chose : rester chez moi, au calme, soleil d'hiver, à lire, lire, et lire.

Détail d'un tableau de Chardin. Cette lumière...
Trouver un bilingue des poèmes d'Emily Dickinson.
DVD : Wonderful Days
