





DVD : Steamboy.
J'ai toujours aimé l'idée de la galerie photo des iPods autour du monde ici.
Si j'avais un iPod, j'aurais un iGuy, une sorte de housse-protectrice-bonhomme :

"Je ne te comprends pas", dit Delon à Vitti dans L'Eclipse. J'adore ce film, que je prends comme un bouquet. On peut prendre chaque fleur séparément : le charme absolu de Monica Vitti (entre grande godiche et craquante adorable beauté), les jeux de contrastes (la bourse contre les "lieux vides"), les cadrages superbes et improbables, les effets de réels (cette façon qu'à toujours Antonioni de filmer les effets du vent (arbres, piquets la nuit)), la solitude de Vittoria (face à sa mère, ses amants, toujours). Pour moi, c'est, littéralement, exquis.
- Visconti aurait pu faire de Vittoria une déprimée, une hystérique, une idiote. Elle est juste... comme "flottante".
- Je trouve remarquable que Vittoria soit attentive aux autres, elle voudrait ne pas les heurter.
- Palette très complexe de "je suis confrontée à l'incompréhension des autres". De la soirée africaine (danse) au mort dans la voiture, de la fortune envolée de sa mère à la "position d'étrangère" à l'aéroport.
- Présence constante de "l'inquiétante étrangeté", fourmillement de petites bizarreries qui ont un effet de réel, qui font comme surgir le film. Cadres décalés, son (le ventilateur du début), architectures étranges, réactions ou dialogues obliques. C'est épatant !





Au dos de Pourparlers, de Deleuze, on trouve cette magnifique présentation :

Trouvé en braderie : livre sur Staline, un Katherine Mansfield, les Caractères de La Bruyère, un gros volume de Diderot et... la biographie d'Henry Fonda !
Il me faudrait le Taschen sur Antonioni, les deux recueils d'articles de Deleuze chez Minuit, les gros volumes sur ou de Pierre Boulez. J'attends le Sontag en poche. J'attends toujours des sorties en livre de poche, qui ne viennent pas, comme l'autobiographie d'Elizabeth Schwartzkopf. Celle de Solti, le chef d'orchestre, ne semble pas vouloir sortir...
Je lis : La Guerre n'a pas un Visage de Femme - qui me donne le vertige - et le Magazine Littéraire sur Deleuze. Merci à qui m'a re-branché sur Deleuze.
Il fait gris et doux, je suis tout seul, sur mon balcon, sur un transat, je feuillette Deleuze en souriant, avec quelques anchois à l'huile sur du pain frais et un verre de Bordeaux. Wahhh...


Après plusieurs conversations, je me suis rendu compte que je pouvais classer ou trier ma bibliothèque en plusieurs sections (qui peuvent se recouper). Livre lus, à relire, à lire plus tard, à revendre ou donner. Mais aussi : livres, c'est vrai, que je n'aurai plus le temps de lire...
Il y a une chose à laquelle je suis très attaché, c'est d'avoir dans cette bibliothèque une sorte de "fond" littéraire destiné à mes enfants, quand ils seront en âge de.
Donc voilà : Don Quichotte et Appolinaire, Robinson Crusoë et le Dernier des Mohicans, Jane Austen et les soeurs Brontë, mais aussi Nietzsche ou Gide, Faulkner et Borges, Thoreau, Dumas, Dickens, Colette, Shakespeare et Krishnamurti, Homère et Tolstoï, Joyce, mais aussi les russes (Pouchkine Gogol Tourgeniev), Casanova, des biographies de musiciens, des livres sur les peintres, sur Brancusi, des encyclopédies du cinéma, un atlas historique, un peu d'histoire et de biographies historiques, bon voilà, etc.
En fait, donc, des livres que moi j'aurais adoré trouver dans ma bibliothèque, un jour.

J'avais lu avec beaucoup d'amusement une expérience de sociologue. On prend un groupe de jeunes - que l'on constitue arbitrairement et que l'on envoie camper. Se détachent alors, toujours, quatre grands types, le "chef", le "dur", le "blagueur" et l'"abruti". On a tous constaté ce genre de type, dans un groupe. Mais un sociologue alla plus loin : il sélectionna dans plusieurs groupes... les "chefs", par exemple, pour en faire un nouveau groupe, avec que des "chefs", voilà, donc. Et bien... se reconstitue la typologie précitée. Certains deviennent "dur", "blagueur", "abruti". Moi j'ajouterai l'"observateur", parce que c'est moi, hein.
Grands films à voir ou revoir bientôt : Andrei Roublev (Tarkovski), Rocco et ses Frères (Visconti), Othello (Welles). La Dolce Vita (Fellini), Boulevard du Crépuscule (Wilder), Les Raisins de la Colère (Ford). Que du noir & blanc ?
9 minutes. Je regarde un entretien avec Monica Vitti, dans les bonus du DVD de l'Avventura. En somme, une dame mûre, avec la même grâce, expliquant qu'elle et Antonioni passaient beaucoup de temps à... rigoler.

Journée fructueuse. Allé jusqu'à la lettre J dans l'Abécédaire de Deleuze. Parfois très drôle, souvent enthousiasmant. Joie de l'entendre parler comme ça de Tolstoï, Faulkner...
Fini le livre, extrêmement éprouvant, d'Alexievitch sur les femmes russes pendant la guerre. Presque insoutenable. Beaucoup d'émotions, je suis secoué. Commencé les Pourparlers de Deleuze. Feuilleté mes deux gros volumes de Serge Daney. Je cherchais Antonioni et me suis retrouvé avec David Lean, ou Wilder. Humé un peu de Faulkner, l'écrivain le plus "corsé" selon moi, celui qui a le plus de goût. Il faudrait que je lise Sartoris.
Je lis avec beaucoup de plaisir le Guerre Après Guerre, de Pascal Jardin. Pote de Delon, Audiard, Morand, Sautet, dialoguiste de dizaines de films. Figure intéressante d'homme qui "brûle la vie par les deux bouts". Très belle langue, gourmande et joyeuse. Ne peut s'empêcher de se "poser en rebelle" (excès, grosses voitures, femmes, "je suis libre", "inadapté au système", gnin gnin gnin), mais le fait avec beaucoup de talent. Je pense à O, qui devrait lire le portrait de Camille (page 85 dans les Cahiers Rouges, chez Grasset) et surtout celui de Fabrice (une femme, Stéphane, en fait), page 62. O, tu devrais lire ce petit bouquin-là, "tu sauras pourquoi une fois dedans".
En lisant le livre de Jardin, je m'aperçois que je suis toujours aussi passionné par la figure du Rebelle, et surtout par son échec. Finir seul et malade, ou pauvre et isolé, ou mort (James Dean), ou écrasé par le système (rattrapé). Il y a une page à faire : "Rebelles et Romantiques : chemins possibles et brûlures consécutives". Voilà qui sonne bien non ? :-)

Je lis la nouvelle Bartleby, de Melville, et je m'ennuie; style froid et astuces (on n'y croit pas une minute). Me fait penser à ces innombrables nouvelles de science-fiction.
CE QUE L'ON FAIT, lorsqu'on agit (croit agir ?) contre un ennemi redoutable :
Complété avec de l'aide...
Ce qui me plaît avec cette terminologie, c'est que chaque mot semble parler d'une méthode. Il est clair (pour moi), que ma maison-page est une façon de dire non à quelque chose. Pourtant, l'ennemi n'est pas clairement défini, ou démasqué. Affaire à creuser.





Discuté avec un fan de Marylin Manson, déçu par un concert... très "pro". Voilà un paradoxe amusant, il est vrai. L'icône du rebelle "calibré pour les jeunes" qui est très pro dans sa rébellion. Voilà qui me réjouit beaucoup. Le Spectacle court à sa perte, je vous le prédit, par écoeurement de lui-même...
Je me plais à penser que dans le public, quelques déclics se sont produits. Casser ses Lunettes d'Augmentation de la Réalité peut être un sacré choc. D'un seul coup, Marylin Manson devient ce qu'il est, c'est à dire un homme déguisé monté sur scène.


Mais moi aussi, j'ai donné !
J'ai beaucoup écouté Depeche Mode, parce que les gros tubes datent de mes années de Lycée (Master and Servant, tout ça). Et puis j'ai beaucoup arpenté l'album Violator. Donc voici :
Dans le concert (101) à Pasadena, ils finissent par cette bizarre chanson qu'est Never let me down again. A chaque fois je me fais avoir. C'est un concert dans un stade, l'été, qui commence quand il fait encore jour. On sent bien qu'il fait chaud, que c'est la fin de la tournée, qu'il se passe quelque chose de spécial. Et la musique ? Elle est composée par Martin Gore (photo ci-dessus), qui possède un talent que je respecte beaucoup : il connaît l'harmonie. Savoir ce qu'est une modulation et faire cette "new wave bruitiste", ça donne une puissance remarquable pour faire jouir les stades ! Donc, voici...
C'est la fin du concert, il fait nuit. Tout est dans le noir, sauf ces quatre gamins sur scène avec quelques projecteurs et de la fumée. Never Let Me Down Again est une chanson de salopard, bien lourde (le rythme), animée par deux ou trois bonnes astuces : 1/ les couplets sont en questions/réponses entre la voix et une machine 2/ le refrain se fait attendre (comme il se doit) et part dans une belle modulation 3/ il y a un pont instrumental dont le but semble être de "détendre l'élastique" avant le final, une 4/ belle modulation, là encore, habitée par des "fusées de choeurs", une chose très bien fabriquée.
- 
Le talent de Gore n'est pas qu'harmonique, il est dans le tissage, la polyphonie. Ce petit malin sait très bien comment fabriquer un crescendo, imbriquer deux, trois ou plusieurs mélodies pour en faire un typique maelstrom jouissif.
Ici, le truc est amplifié par le fait (voir les deux photos au-dessus) par "l'allumage du stade" pour le final. Je me demande, vraiment, ce que ça doit faire d'être devant 50.000 personnes qui vous acclament...
Conclusion : l'effet est moins fort pour moi aujourd'hui, mais bon, quoi, je marche.

Il y a des musiques qui, quand vous grandissez, perdent leur goût. D'autres restent toujours "parfaites". Je pense à Taking the Veil, de David Sylvian.
Nietzsche. Dans Humain, trop humain, le chapitre "l'homme avec lui-même" est fabriqué en archipels. Pas de développement apparent, mais juste des réflexions de quelques lignes. A chaque page, il y a de quoi être saisi. C'est, en conséquence, impossible à lire dans la continuité. On s'arrête tout le temps, frappé par l'artillerie mentale de l'auteur, sa hauteur de vue ou son impeccable astuce. Parfois, il y a le sujet d'un livre (par exemple : 548, qui peut donner La Soumission Librement Consentie, de Joule et Beauvois). Bref : du génie.
Brian Eno a fait un nouveau disque. Plaisir quasi enfantin de retrouver cette voix, sa façon si particulière de travailler le rythme. Endroits sonores. Toujours une sorte de... grâce (And Then So Clear, sorte de berceuse pour robot, "objet musical paisible").
Il faudrait que je fasse un article sur le "crescendo en musique". Classement et typologie. Crescendo et plaisir de l'auditeur. Que faire avec un crescendo ;-) Et un autre article, tant qu'on y est, sur l'idée de musique comme endroit, ou comme machine, "dispositif non-déplaceur". Hi hi !

Les dames, dans le livre d'Alexievitch, disent toutes que, même pendant la guerre, la nature est belle, les fleurs sont partout, et les oiseaux, et les insectes. J'ai retrouvé cette idée troublante dans deux autres endroits : dans les Orages d'Acier de Jünger, et dans le film de Mallick, La Ligne Rouge.
L'été est arrivé ce soir. Dehors, je peux entendre aux rires et à la musique que le monde a envie de l'été, des soirées chaudes et de la fête. Voilà, donc, c'est la fête au village, musiques, rires et lampions. Tout le monde descend au village, à la fête. On va rire, parler, boire un coup, trouver l'amour. Voilà la soirée de la fête au village, et moi je monte tout seul loin du village. J'entends encore les bruits (étouffés, comme on dit dans les livres) de la fête, et moi je vais voir les étoiles, écouter le grillon, m'allonger dans l'herbe qui sent très bon. Une partie de mon plaisir, je sais bien, se situe dans l'idée que la fête est là, aussi, mais loin de moi.





Une chose m'a toujours beaucoup marqué chez Jünger, c'est sa figure du Travailleur. Il évoque souvent l'exemple de la bataille, de la guerre. Depuis la nuit des temps et jusque, j'imagine, la fin du XIXème siècle, le combattant devait faire preuve de bravoure, d'audace, d'intelligence, peut-être d'honneur. Aujourd'hui, celui qui gagne une bataille n'est plus celui qui est le plus "guerrier", mais celui qui a le meilleur matériel. Il est vrai que l'humain, dans son jet, qui bombarde un convoi situé à trente kilomètres de lui, repéré au radar, etc, est plus un "opérateur" ou un technicien qu'un soldat. Jünger (qui a fait la guerre 14) utilise une image frappante : l'assaut d'un bataillon qui se fait décimer par une mitrailleuse... Voici quelques fragments du Travailleur :
Si l'idée est en soi précise et fascinante, elle l'est aussi par le jeu de l'esprit qu'on peut en tirer. Ce principe ne peut-il être appliqué AILLEURS ? En économie ? Et qu'est-ce qui pourrait prolonger les travaux de Jünger ? Qu'est-ce qui vient après le Travailleur ? Le Consommateur ? Le Bouffeur de Loisir ? L'Imbécile Heureux ?
On avait le Chevalier, puis le Cavalier, puis le... Conducteur (hum) : le Chevalier est devenu un technicien. Le Soldat est devenu un technicien. Le Paysan est devenu un technicien, bardé de machines, de capteurs, de rendements et d'heures, bref : de chiffres.
C'est toujours, aussi, l'idée du gain et de la perte, intrinsèquement liés.

Je lis H.D. Thoreau : Désobéir, et Colette : Le Pur et l'Impur.
Repensé avec amusement (et raconté à L., 6 ans) l'histoire de Rohmer sur Reinette et Mirabelle qui traquent l'"heure bleue" à la campagne. L'heure bleue, ce serait à la fin de la nuit, lorsque tout se tait pendant quelques minutes juste avant le lever du soleil. Les deux copines se lèvent, sortent dans la nuit d'été. L'instant magique arrive... et une vieille mobylette poussive vient, bonhomme, détruire le silence magique attendu.
Bonne rigolade avec L., consécutivement. En ai fait une sorte de théorie de "l'instant parfait raté" à son attention. Elle pourrait se dire ainsi : lorsque, dans la vie, on organise, on traque, ou on vit par hasard un moment parfait, ALORS (c'est une loi) un élément extérieur vient gâcher ce moment parfait. La théorie a un "prolongement doux" : il ne faut pas s'en offusquer. Le pur bonheur n'existe pas, et c'est pas grave.
A intégrer dans ma page sur le Romantisme, ou mes définitions du Rebelle, si je le fais un jour. Image amusante du Rebelle qui fait de la Musique Rebelle, fume ou se drogue ou va trop vite (ou tout autre excès appliqué à lui-même, puisque c'est un Rebelle), puis rentre chez lui au chaud chez papa maman.





Doit être cocasse la conversation entre le producteur et le réalisateur de film. Le moteur de l'un est alimenté avec des chiffres (investissement, délais, nombres d'entrées, bénéfices), le moteur de l'autre est artistique. Il y aurait un livre à écrire sur "l'invasion du chiffre" au XXème siècle, que pointe Jünger (encore lui ?).
Dans le commerce, avant, on vous disait "il y a trop de stock", maintenant on mesure et on vous dit "couverture de stock = 34 jours". Dans les livres, on disait avant "à un jet de pierre", maintenant on dit "à 50 mètres". La musique était gravée dans un sillon de cire, elle est maintenant "digitalisée" (c'est à dire, littéralement, transformée en chiffres). D'ailleurs nous sommes, comme on le lit partout, dans l'"ère du numérique". C'est pareil pour l'heure, l'argent, le cinéma (le box office), les classements partout (hits et tops). Jünger dit quelque part (il faut que je retrouve la citation) que lorsque les chiffres arrivent, quelque chose disparaît.

Regardez le tableau ci-dessus en écoutant "Deep Blue Sea" de Brian Eno.
CRESCENDOS ET ENDROITS SONORES (un texte avec beaucoup de "etc") - Brouillon.
Ensuite, je vais essayer de trouver de bons exemples :-)

ENDROITS SONORES :
J'ai toujours adoré le Beat Box Remix d'Art of Noise. Est-ce un endroit sonore ? Je pense que oui. L'exemple me plaît, parce qu'on très loin de la musique décor, ou planante. De quoi s'agit-il ?
Art of Noise travaille les samples comme on ne le fait plus actuellement, comme "sons trouvés". La dynamique de construction est hilarante :
- Enlever TOUT ce qui pourrait être musical. Par exemple, il n'y a pas de basse (c'est à peu près du jamais vu), et pas grand chose qui "avance" vraiment. Les bouts de mélodies qui viennent semblent sortir d'une... boîte puis y rentrer de suite.
- Dans un rythme 4/4 bien carré, placer un rythme le plus COMPLEXE possible. Ecoutez la première minute et demie. Chaque mesure rythmique est différente de la précédente. C'en est grotesque, presque, le morceau devenant alors une sorte de prolifération chaotique.
- Couturer, hanter, emmerder le tout avec des poignées de sons les plus dingues possibles (cris, machines, trucs chantants).
L'intérêt, pour moi, est non pas dans ce catalogue, ce fatras amusant et dansant (en fait), mais dans le fait que ça n'avance pas du tout (en fait, ce n'est PAS de la musique). Le morceau devient alors une sorte de machine immobile, grotesque, un "truc chantant", un DISPOSITIF. Deleuze dirait : une machine. Hey friend : it's a beatbox ! Le morceau a l'élégance de terminer... au piano.
Je précise que ce morceau date de... 1984. C'est bien, bien avant la vague techno, ou l'Acid House (1988).

CRESCENDOS :
Le Dangerous Curves de King Crimson, c'est le "morceau-crescendo" typique. Grande vague de sons qui se superposent et gonflent. Miam !
Angel de Massive Attack, dont la basse est remarquable. C'est son absence de variation qui assoit le morceau, l'immobilise. Autour de cet "axe" (comme un petit moteur central, non ?), le reste gonfle comme une unfolding machine. On dirait une petite valise, il y a un bouton, clic, et pouf paf boum, ça grimpe.
Antarctic, d'Emilie Simon, perle dans le genre "j'avance et je grandis". Commence dans les murmures et gonfle ses voiles de façon vraiment impressionnante. Appréciez la polyphonie des trentes premières secondes. L'intérêt de cette pièce est un bouquet : science harmonique, surcharge pondérale (orchestre, guitares et trompettes et timbales) - j'adore les exagérateurs, concision (2 minutes et des secondes), "voix-machine".
Undertow de Pain of Salvation, type réussi du slow-hard-rock-crescendo. Le plaisir, peut-être, de ce genre d'exercice, est dans le retour permanent du couplet, qu'on retrouve donc, "toujours plus grand".
Slowly d'M83, instrumental électronique rigolo-dansant. Crescendo "classique", par empilement. L'originalité : semble grandir en deux couches. L'une, "technoïde", répétitive et serrée (rythmique, accords, basse), l'autre, fluide, pointue, pointilliste (gouzibips de synthés). Final classique par déconstruction du morceau, puis relance plus forte.
J'aime beaucoup, et j'ai écouté jusqu'à la corde le Starless and Bible Black, une pièce de 12 minutes de King Crimson. Le morceau commence comme un slow. La guitare lisse de Fripp fait le serpent sur des cordes de mellotron. Cette chanson "élégante" (avec, comme il convient, un habile saxophone), s'enfonce de façon bien curieuse (4'25") dans une sorte de nuit. Basse en grandes lignes encadrantes et guitare perdue, puis percussions, en crescendo. Il s'agit clairement d'un endroit sonore, vaguement inquiétant. Crescendo dans la forme, mais aussi dans la hauteur (c'est de plus en plus aigu). Le procédé est intéressant à plus grande échelle, car l'auditeur attentif se demande bien sur QUOI va déboucher cette grande montée qui finit presque par crier. A 8'40", accélération puis ouverture d'une porte, qui donne sur une sorte d'improvisation jazz (saxo fou) en deux parties saturées. A 11'20", la boucle se referme, en une sorte de version lyrique, tendue, déployée, du slow du début.
(j'en profite pour écouter Three of a Perfect Pair, de King Crimson encore - pas de crescendo ici, mais quel plaisir ! Les Red Hot peuvent aller se rhabiller :-)
If you want to help :
http://users.skynet.be/sky19290/progrock4.htm.
Grâce à la page ci-dessus, j'écoute des bordées de rock progressif. Beaucoup de copies de Marillion/Genesis. Le seul qui me surprend jusqu'ici est Lifetime of a Journey, de Kaipa, fracturé et virtuose, comme il se doit, mais avec une pincée ou deux de bizarrerie. Techniquement, je me pose toujours cette question : comment fait un GROUPE pour composer des choses aussi complexes ? Ils se notent la partition au fur et à mesure ?
Idée d'Histoire : cycle à écrire sur cette trame commune :
1/ Un individu A ou un groupe annonce qu'il va faire quelque chose
2/ Un individu B, extérieur, prévoit un accident, un problème
3/ Discours du A : à bas les tièdes, avec toi on ne ferait jamais rien, il faut prendre de temps en temps un peu de risques, etc.
4/ Un accident arrive.
5/ Attitudes du A, du B (dire ou ne pas dire : je vous avais prévenu).
Dans un texte sur Les Communiants, de Bergman, je trouve ceci :





Il m'est arrivé deux fois aujourd'hui le même phénomène : lisant un truc barbant, je tombe sur des merveilles. Ça me fait toujours ça quand je rentre dans Proust. Un gamin attend son amour (Gilberte, la fille de Swann) dans un parc à Paris. Je suis agacé par les circonvolutions, puis très vite séduit par la pertinence de ces circonvolutions-là. A la fin, je rigole tout seul, de plaisir.
Ça m'est arrivé aussi avec un article sur Derrida. Je commence en me disant "ouh la la, la prise de tête !". Puis épaté coup sur coup par une liste de choses développées (sur l'éthique, le pardon, la promesse). C'est dans le numéro Foucault Derrida Deleuze (tiens ?) de la revue Sciences Humaines de ce mois.
J'écoute Spectral Mornings de Steve Hackett, pure musique de rien du tout. Ne dit rien, absolument rien, SAUF de tourner en rond avec une grande guitare autour de quelques accords jouissifs. Moi j'adore cette façon de faire une sorte de machin, flou et tout doré. C'est comme un jeu d'enfant, un truc de gosse. Je déroule des accords, je les fais monter dans un brouillard harmonique. Rien de virtuose, en somme, dans ce solo de guitare éperdu. On a perdu ce son cotonneux, aussi, de mellotron. J'écoute la basse, simple, et qui semble prendre son pied à faire ses petits dièzes de temps en temps.

Je me souviens de la première fois que j'ai vraiment entendu du Yes. C'était en 1981 sur une des premières radios libres (pirate ?), merci Monsieur Mitterrand. Yours is no Disgrace ou Starship Trooper, l'été de vos 15 ans, volé sur une cassette, cette sorte de rock foudingue qui commence comme une cavalcade cow boy. Basse fulgurante, épuisante, qui grince. Batteur bizarre, haché et crépitant. Guitariste différent, sec et complexe. Harmonies en obliques et en triangles. Voix d'ange. Durée pas normale. J'écoutais, la nuit, sur mon casque, et je restais à rigoler tout seul.
A l'époque, on écoutait beaucoup Police, et ce groupe venu du passé (Yours is no Disgrace, c'est 10 ans avant) me faisait penser à du Police barré chez les hippies dans l'espace. Police, ça n'a rien à voir, MAIS : le batteur est un crépiteur comme Bruford, et Sting a un peu le même timbre de voix que Jon Anderson. Bon bref.
En quelques secondes, Internet me donne Star of Sirius (tiens, y a Phil Collins !), hop dans mes oreilles. Je me dis que le monde musical d'un gamin occidental de 15 ans curieux, en 2005 doit être proprement dingue. C'est quoi Star of Sirius ? Bahhhh, une sorte de slow fou, un truc folk un peu vaporeux qui part en vrille de temps en temps (2'18" - 4'50"), avec un joli pont instrumental (de 3'00" à 4'50" - admirez-moi ça, y a une idée toutes les 10 secondes). Moi ce que j'aime chez Steve Hackett, c'est c'est faculté à mélanger une grande complexité de composition et d'harmonie avec une mise en place complètement cul-cul la praline.
Crescendo affreusement lyrique : Hymn de Barclay James Harvest. Je dois désinfecter. Au pif : Air - Cherry Blossom Girl. Ne marche pas, car promet quelque chose et ne développe rien; goût de flotte. Mince !
Ah, j'ai trouvé. Femme Fatale. Nico. Velvet Underground. Oreilles nettoyée. Je dors...
Le crescendo que j'ai le plus écouté de toute l'histoire de la musique : la fin de la première partie du Ommadawn. Mike Oldfield, chant celtique (?) sur percussions africaines, et procédure par empilement. Le pouvoir de cette musique a pour moi toujours dépassé de très loin le cadre de la musique elle-même. Prodiges !
