





Invention de mots des enfants. Les bijoux d'une fée brilletaient dans la nuit. La partie blanche de l'ongle est une petite lune (le mot exact est "lunule"). Et ma maman, dit E., 4 ans, elle blablote beaucoup.
Me suis payé un iPod Mini. Le Nano est trop petit, ça ne convient pas, j'aime que ce genre de petit bijou soit un peu... lourd. C'est un iPod rose, na !
4 Go de musique. J'ai rempli ce petit-objet-musical-lourd-et-rose de 300 mp3, et il n'est plein qu'à moitié. Je n'utilise que la fonction "aléatoire", et retrouve le plaisir de marcher sous les arbres en passant de Brahms à Hooverphonic, du son boisé de The Band à l'extrême sophistication du Slave to the Rhythm de Grace Jones. Sous les arbres avec Robert Wyatt, Abba, puis Brian Eno, Rammstein, Wim Mertens, Kiberlain, Police, Eminem, Kate Bush, Metric, Bartok et King Crimson.
Sensation que mon iPod sait le temps qu'il fait. Quand je suis tout seul dans un parc, l'automne, il me passe Nänie de Brahms, puis un Harold Budd. Dans la ville speed au soleil, Three of Perfect Pair de King Crimson. Dans un matin lent, Hustle Rose de Metric.
Montré aux filles comment faire des bestioles avec des marrons et des allumettes. Avons examiné une épeire Diadème fabriquant sa toile. Remarqué qu'en filant sa spirale, elle tire son fil de sa patte arrière droite, puis le colle en estimant la distance avec la gauche, qui se pose sur l'intersection de la boucle précédente. Effarant.
Expliqué à L., 7 ans bientôt, ce qu'était un Duel.

Je lis : Kipling.
Ecouter la musique dehors, en marchant, j'avais oublié, c'est un plaisir très fort. Je redécouvre le son luxueux de ZTT (Propaganda "Duel" - Grace Jones "Slave to the Rhythm"), de Zero 7, et écoute différemment certaines pièces, comme le Western Wail 2 de Richard Pinhas, tissage harmonique immobile, aussi doux qu'une Gymnopédie.
Quand je faisais de la musique, je voulais faire, pour un morceau, une sorte de voûte musicale, quelque chose de très : loin, aigu, réverbérant, texturé (non lisse). J'avais fabriqué cette voûte ainsi : programmé un son de DX7 genre "crystal voice", décalé les octaves au maximum vers l'aigu (c'est à dire que la touche la plus grave du DX7 sonnait déjà aigu), mis un scotch sur la pédale de tenue du son, passé le tout dans une reverb longue (genre 8 secondes) mise à un bon pourcentage. Puis je tricotais sur le clavier. Je ne me souviens plus de la polyphonie du DX7 (disons 16 notes simultanées), mais il se passait la chose suivante : 16 notes suraigües tenues simultanément dans la reverb, lorsque j'appuyais sur une nouvelle touche, la première des 16 disparaissait, remplacée, créant ainsi une sorte de "rupture dans le nuage", qui évoluait ainsi par lignes interrompues superposées.
Passé devant un magasin de motos/école de moto/club local de moto. De gros messieurs en cuir noir (comme il convient), lunettes noires et toute la panoplie, passent lentement dans les rues sur des Harley en faisant d'énormes REEUUUH. Ils sont placides, concernés, affreusement sérieux. Il font REEUUUH dans les petites rues d'automne, dans la banlieue paisible d'une ville de province. Redoutable.






Il est probable que le monsieur sérieux sur sa Harley, dont le plaisir dominical est de faire un tour de moto ("mon loisir consiste en des déplacements vains et motorisés") se moquerait bien de moi s'il me voyait, le soir, devant mon Macintosh, en train de remplir son iPod de musique comme une fermière emplit son panier. C'est ainsi.

Idée d'histoire : Dans ce monastère, un moine réveille tout le monde, chaque matin à 7 h, avec une cloche (on l'appelle le "moine sonneur"). Un jour, un autre moine, énervé contre cette cloche, et un peu fâché, probablement, avec le dit moine sonneur, décide de se lever la nuit en catimini: il étouffe le son de la cloche avec un drap, la décroche avec l'aide d'un outil, puis va l'enterrer, bien fait, dans un coin du jardin du monastère. Le lendemain, le moine sonneur tire sur sa corde, mais aucun son ne se produit, flûte alors. De plus, le moine jardinier se demande bien quelle grosse taupe a fait ça dans son parc du monastère. Il va falloir s'occuper de cette bête...
Dans Robots, on assiste à la scène classique du p'tit jeune qui veut aller tenter sa chance à la ville. Sa maman le supplie d'être "raisonnable". Son père lui dit de partir, parce que lui (évidemment) ne l'a pas fait, a raté sa vie, et est plein de regrets...
Le cinéma est rempli d'histoires similaires ("il n'est pas raisonnable de prendre cette femme comme maîtresse, mais... j'y vais quand même - l'amour est plus fort, tralala"), et c'est devenu un gros bête lieu commun. Je voudrais voir le contraire, pour voir ce que ça pourrait donner scénaristiquement. Le robot dit à sa maman : "Tu as raison, d'ailleurs, j'ai les jetons d'aller dans la grande ville". Le mari dit à sa maîtresse possible : "Je ne vous embrasserai point, mademoiselle, car je suis un mari fidèle, et outre le plaisir de la rencontre de nos corps et l'impression de fusion consécutive de nos esprits, j'ai pas envie de me coltiner la pile d'emmerdements et de problème moraux qui en résulterait"). Ha ha ha !

Comme, à mi-Octobre, il fait chaud comme en Juillet, les femelles épeires deviennent grosses, ventrues, et font des toiles étonnantes. Je les observe depuis tout gosse, et... n'en ai jamais vu de pareilles. Les marroniers derrière mes fenêtre commencent à peine à jaunir. Ah oui, j'oubliais, c'est la fin du monde. Je me demande quel genre de tempête nous allons avoir cet hiver...
iPod me sert le Chagrin d'une Fille de Kiberlain, délicat, puis Justified & Ancient de KLF, et j'ai envie de composer aussi un Grand Dispositif à Danser avec une voix de fille qui dirait "Oh, je danse !" sur des crescendos gigantesques à la M83 et des batteries d'hélices en turbine. iPod dit ensuite Mylène s'en Fout, dont les paroles cryptiques me tarabustent. Ohhh, ces araignées...





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Mon aquarium C'est pas du barnum J'vois tes grands airs De diamantaire T'as plus de mystère Comme tu as changé T'es pas plus beau vu de haut Moi comme j't'aimais Tu f'sais la planche sur le dos Voir ton île ô Des améthystes Mylène s'en fout L'éclat du chic Mylène s'en fout Le jade est un joyau bien plus doux Au creux du nombril Mylène nue en dessous |
Moi mes splendeurs Sont celles du coeur Ta mode s'emmure Le jade est pur Son style perdure Comme tu as changé Ta poésie a pris l'eau Viens comme tu es Mais sans parure c'est plus chaud Sur mon ô Des améthystes Mylène s'en fout L'éclat du chic Mylène s'en fout Le jade est un joyau bien plus doux Au creux du nombril Mylène nue en dessous |
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Je lis "Le Livre de la Jungle", de Kipling. Quel plaisir ! Je vais m'en trouver d'autres. Et aussi un bouquin sur Burt Lancaster, tiens...
Article dans Le Monde, "Présence et Absence à soi", sur un livre de Michel Terestchenko intitulé "Un si fragile verni d'humanité : banalité du mal, banalité du bien". Les tortionnaires, ou ceux qui assistent, passifs, à l'horreur ont quelque chose en commun : l'absence à soi. Il leur manque "d'être accordé à soi, d'être soi et non pas ce que les autres attendent de vous, d'être présent".
Deux choses : 1/ je ressens très fortement que ce monsieur a raison 2/ je regarde autour de moi et suis de plus en plus terrifié par l'avenir - ce sont maintenant des peuples entiers qui sont dans cet état...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-699120,0.html





Je suis bien conscient que ces pages, en ce moment, sont bien peu passionnantes. Bien peu d'énergie à fournir... Sorry !

La musique qu'on écoute dehors n'a pas le même goût.
Noyau actuel (ou "la bande son de mes promenades, automne 2005") :
Epaté par ce tube bizarre qu'est Mama de Genesis. D'abord, en rigolant, à cause du rythme, "clac boum boum, pi-clac boum boum", ce genre de rythme qu'on finit un jour par trouver par hasard, une nuit d'inspiration liée à une boîte à rythme. Une foi qu'on a un rythme pareil, la chanson n'a plus qu'a se construire autour, comme l'argile autour d'un fil de fer.
Rires fou de Collins, arrangements passionnants (dont - 2'37" - la tombée d'accords de Banks qui conduit à l'arrivée de la batterie -> 3'29"), construction par empilement. Miam !
Epaté par la force de persuasion du Lose Yourself d'Eminem, qui ridiculise la population totale des rappeurs (ce refrain !) - c'était pas dur.
Epaté par ce monstre de chanson pleine d'hélices de métal de Three of a Perfect Pair (King Crimson). On peut attaquer ce monstre-ci par bien des obliques : écouter la basse (incroyable !), les textures des guitares, la fabrication en pulsation/tourbillons d'hélices, le travail du batteur (jeu : suivez la caisse claire), du chanteur fou, et cette délicieuse de (sur "complicated") de retarder l'assise de la basse d'une mesure. Et le break (radioactif). Je suis fou de cette chanson étincelante.

Journée fraîche et agréable d'automne. Ayant enfilé une énorme veste en laine, j'attends mes fillettes, assis - un peu en avance - devant l'école avec mon iPod. J'écoute Brahms, Jaco Pastorius, Eminem et Metric. Une grosse et intensément longue Opel break vient faire son créneau sous mon nez. Habitué aux nuisances diverses des humains, je regarde faire, tandis que dans mes oreilles la chanteuse de Fiery Furnaces chante I married a man he was the plague of my life and I wish I was single again. Le conducteur (que je ne vois pas, d'ici) fait son créneau en deux, trois, cinq, sept, neuf manoeuvres. Je ricane intérieurement, imaginant une femme pas habituée avec la grosse voiture. Le conducteur tarde à éteindre son moteur et je me dis "Mais qu'est-ce qu'elle fout ?" (j'ai son pot d'échappement sous le nez). Enfin, le moteur s'éteint.
J'écoute Harold Budd (douceur, coton, lenteur, bleu, reflets, nuances, lenteur). Alors la voiture se met à faire BOUM BOUM BOUM BOUM, ce genre de techno très simple et très grave qu'on n'entend dans les voitures. Je change la musique, car Harold Budd ne peut lutter avec cette techno là. BOUM BOUM BOUM BOUM. Le conducteur, alors, redémarre son moteur, attend une minute, l'éteint, puis recommence. Je sais, donc, à partir de maintenant, que j'ai affaire à un fou.
Bon, stop. La "musique" s'arrête, le moteur aussi, porte claque. C'est un monsieur. Il titube. Il tient même à peine debout. Ah, voilà : il est plein, bourré, ivre mort. Il vient chercher ses enfants à l'école. Debout près de moi, il a ce visage particulier qu'ont les gens ivres au milieu des autres : il se demande probablement si les autres se rendent compte de son état, il essaie désespérément d'avoir l'air normal, il essaie de ne pas tomber...

Discussion intéressante avec quelqu'un qui a probablement une dizaine d'années de moins que moi. Son constat est désespéré : les humains sont des zombies (j'acquiesce), on ne peut pas trouver d'issue à leur état - lorsque vous tentez de parler à un zombie, il dit "Toi tu réfléchis trop". Mon interlocuteur dit "On ressemble à ces personnages de film qui voient quelque chose, veulent prévenir les zombies/humains qui répondent : toiiii, viennnns avec nouuuus". Et après ?
Je fais le malin, moi, en disant qu'on est tous seuls nous les intellos, chacun dans son coin, avec notre petit cerveau qui tournicote. C'est : "Je lis Proust, à qui voulez-vous que j'en parle ? J'écoute Schicksalslied, de Brahms, à qui voulez-vous que j'en parle ? Je regarde Fanny et Alexandre, à qui voulez-vous que j'en parle ?". En fait, je pense bien que cela m'arrange, madame. P'têt bien...
Et puis, moi aussi je suis un zombie. Ecoutez : "gheuuuuuu !..." :-)
Bloguons :

Copyright http://gapingvoid.streetcards.com/





Quand vous aimez une oeuvre, désirez-vous rencontrer son auteur ? Pourquoi ?
Trouvé une photo de la voix de Fiery Furnaces (ce qui veut dire ?).






Mihaly Csikszentmihalyi (en voilà un nom !) a écrit un bouquin sur le bonheur (vaste programme) : "Flow : The Psychology of Optimal Experience" - qu'on a traduit en France par "Vivre", il faudra qu'on m'explique.
Que dit Csikszentmihalyi ? Pour l'essentiel que les moments de joie et de satisfaction dans notre vie ne sont pas associés à de simples "loisirs", mais à un certain état psychologique, caractérisé par un sentiment de fluidité mentale et d'intense concentration sur des tâches qui mobilisent toutes nos compétences. On est loin du bonheur lié à l'amour ou aux "loisirs". Voici les caractéristiques de "l'expérience optimale", comme il dit :
Voilà le "Flow" !
Personnellement, il est clair que j'étais souvent dans cet état en composant/arrangeant de la musique...
La liste me fait penser à : l'artiste qui travaille - le dragueur avec sa proie - le collectionneur en chasse - le bricoleur - les amants
L'auteur, ensuite, s'amuse à dérouler cette idée dans tous les sens. A la fin du bouquin, on a envie de continuer à dérouler, y compris en méta, "sur" cette idée.
- Les humains cherchent-ils à entrer dans cet état ?
- Effets pervers ?
- Cf ceux qui travaillent tout le temps (drogués autotéliques ?).

Trouvé un blog qui me fait rire ( http://www.gapingvoid.com ). Extrait :





Cicéron aurait écrit que "pour être libre, il faut être soumis à un ensemble de lois; l'acceptation des limites est libératrice". Csikszentmihalyi dit plus loin dans son livre : "La personne qui décide d'investir dans son mariage en dépit des problèmes et des attirances qui pourraient survenir, est libéré de la pression constante de maximiser son profit émotionnel. Le choix volontaire - et non sous l'influence de la tradition - évite des remises en question inutiles ou la recherche d'une herbe plus verte ailleurs, de sorte que l'énergie disponible sert à vivre vraiment au lieu de chercher comment vivre".
Lecture : Simples Contes des Collines, de Kipling. Style direct, rapide, dru, souvent désinvolte. Un don remarquable pour l'image bien trouvée. Souvent drôle, corsé, cruel. Gros plaisir. Et parfait pour mes énergies du moment : nulles. Je garde Proust dans un coin.
Lecture : Decameron (Boccace). Un délice.
Explorer : Mizoguchi ?
DVD : Garden State, sensible, rigolo, poétique. Un des meilleurs films de l'année selon moi, et un travail magnifique de Natalie Portman.
Lu dans une critique de Dolls, de Kitano : "Aucune ruse ne saurait éviter à l'homme de se fracasser contre ses rêves".

Interview d'un photographe expérimenté. Plus jeune, on lui avait conseillé une restriction (se spécialiser dans un thème, "se limiter à"...)
Conformément à l'état d'esprit du vingtenaire, il avait refusé. "Pourquoi se contenter de" ? Et... évidemment, il le regrette maintenant. Il "aurait dû".
C'est assez amusant : lorsqu'on commence à s'occuper d'une idée, d'un problème, alors les citations, rencontres et situations semblent soudain s'emboîter avec ce problème.
Mon photographe, Cicéron le philosophe, Csikszentmihalyi et son "flow". Ces trois personnages affirment une chose tout à fait claire : la fécondité des limites. Il y a là une étude passionnante à faire !
Pourquoi "vivre à deux cent pour cent" serait-il une perte ?
Fécondité des limites.
- Reprendre l'idée de la "liberté"... en ses frontières, ou effets pervers (dispersions, pertes d'énergies, velléités).
- Trouver ce que disent probablement tous les artistes importants ("sérieux" ?) sur ce thème. L'importance de la contrainte dans l'art.
- Repousser les limites pour quoi faire ? Les dissoudre ? Les modifier ? Les mettre plus loin ?
- S'imposer une limite, puis détourner son travail pour la contourner.
- Types de limites (thèmes, moyens).
- Chercher où sont les limites (ses propres limites, celles du monde), les tracer comme sur une carte. Naviguer à l'aide de cette carte.

Le Peintre :
- Limites de la taille de la toile : elle est toujours "bornée".
- En jouer : choisir une toile immense, et peindre au petit pinceau (deux contraintes).
- Choisir toujours la même taille de toile, toute sa vie.
- Limite en couleur : ne faire que des toiles bleues (développer : nuances, etc).
- Limite de temps : s'imposer de ne peindre chaque toile qu'en moins d'une heure.
- Limite de retouche : s'interdire de retoucher.
- Que se passe-t-il lorsqu'on s'interdit toute limite en peinture ?
- Peintures géantes. Peintures "hors de la toile".
- Limites de technique : huile ? acrylique ? aquarelle ?
- Limite du "pas assez" : peindre une toile tous les dix ans, pas plus.
- No limit : peindre avec huile crayon pastel caca purée (pas de limite de matériau) sur une falaise (pas de limite "toile") avec pinceau couteau doigts truelle pelle brosse à dents et queue d'âne (pas de limite d'outil) de toutes les couleurs (pas de limite chromatique ou "harmonie des couleurs") pendant des dizaines d'années sur la même oeuvre (pas de limite de temps de retouche). Etc.
A quoi correspond le "je ne fais que du noir et blanc" des photographes ? Carcans volontaire ? Volonté de se méfier des "jolies couleurs" ? Limite féconde ?
Paradoxe :
- Une fois que l'on s'est fixé des limites, on est... libre.
Paradoxe de la musique sérielle.
Pour s'affranchir du "carcan" de la tonalité, on donne la même valeur à toutes les notes (dodécaphonisme), puis on "invente" une autre règle : la Série (musique sérielle).
Plus l'art est complexe, plus les limites apparaissent d'elles-même. L'architecte ou le cinéaste ont à jongler avec des centaines de limites (décors durée budget matériau producteur client orientation), et beaucoup moins le poète ou le photographe.
S'inventer des limites pour mieux travailler.
L'artiste qui travaille autour de la limite, du carcan, de la frontière. Méta-limite;.
- A quoi se heurte-t-on lorsqu'on refuse les limites ? Dans l'art ? Dans la vie ?
- Limites communes à tous les hommes.
- Ethique. Loi. Limites de la Nature. Limites liées à la vie en société. Limites personnelles.
- Canaliser. La présence de limites (les bords) donne une force décuplée au flot.





Trouvé dans un article sur Nietzsche : "La liberté doit être stimulée par ce qui n'est pas elle".
Passage dans "La Liberté", chez Corpus GF :
Etre autonome, c'est se donner à soi-même (auto) sa propre loi (nomos). L'autonomie est une autodétermination; à ce titre, elle diffère de l'indépendance qui se veut absence totale de détermination. Avec l'autonomie, on peut penser une liberté qui soit positive et qui ait un contenu. Un être libre n'est donc pas une abstraction, mais un être qui ne dépend que de lui-même, et qui agit d'une manière rationnelle dans la mesure où il obéit à la loi qu'il s'est donnée, et grâce à laquelle il se domine lui-même - il est son propre maître.
Voici un tuyau pointu si vous aimez la musique et si vous avez un abonnement Rapidshare. Allez sur http://yaplog.jp/mp3index/archive/169 et observez. Déroulez le 169 vers le bas et vers le haut (je ne sais pas où ça s'arrête :-). Littéralement, donc, des milliers d'album complets à ramener à 500 Ko/s.
Plus généralement, tapez "rapidshare.de/files nomdegroupe" dans Google, et tombez par terre, de votre chaise. Boum.

Pour mon sujet sur la fécondité des limites, je reçois de l'aide de deux lecteurs. Qu'ils en soient, comme on dit, remerciés. Voici :
"Toute morale est, à l'opposé du laisser-aller, une parcelle de tyrannie envers la "nature", envers la raison également. Son caractère essentiel et inappréciable est d'être une longue contrainte. (...) Contrainte métrique, tyrannie de la rime et du rythme, que de misère se sont infligée les poètes et les orateurs de tout peuple ! Le fait est que tout ce que la terre a porté de liberté, de hardiesse, de danse et d'assurance magistrale ne s'est développé que grâce à la tyrannie de ces lois arbitraires ; et il n'est pas du tout improbable que ce soit cela précisément, la "nature" et le "naturel", et non pas le laisser-aller évoqué précédemment ! Tout artiste sait à quel point son état "le plus naturel", l'inspiration et la liberté avec laquelle il organise, place, dispose, donne forme, est éloigné du sentiment de laisser-aller. Ce qui est essentiel c'est que l'on obéisse longuement et dans une seule direction : cela finit toujours par produire quelque chose qui fait que la vie mérite d'être vécue. (...).
C'est la "nature" en toute morale qui apprend à haïr le laisser-aller, la trop grande liberté, et qui enseigne le rétrécissement des perspectives et donc, en un certain sens, la bêtise en tant que condition de vie et de croissance."
Nietzsche
Pour pouvoir bien écrire d'un objet, il ne faut plus y être intéressé ; la pensée qu'on veut exprimer avec lucidité doit être entièrement dépassée, à proprement parler ne plus occuper. Aussi longtemps que l'artiste s'abandonne à l'invention et à l'enthousiasme, il se trouve, du moins pour communiquer, dans un état illibéral. Il voudra tout dire : c'est là une tendance fausse des jeunes génies, et un vrai préjugé des vieux bousilleurs. C'est méconnaître la valeur et la dignité de l'auto-limitation, qui est cependant, pour l'homme comme pour l'artiste, la tâche première et dernière, la plus nécessaire et la plus haute. La plus nécessaire : car partout où l'on ne se limite pas soi-même le monde vous limite, ce qui vous rend esclave. La plus haute : car on ne peut se limiter soi-même que sur les points et les plans où l'on a une force infinie, auto-création et auto-négation. Même un dialogue amical qu'on ne pourrait rompre librement à tout instant, par pur arbitraire, à quelque chose d'illibéral. Mais un écrivain qui veut et peut se raconter à l'état pur, qui ne garde rien pour lui et est porté à dire tout ce qu'il sait est fort à plaindre. Il ne faut toutefois se garder que de trois erreurs. Ce qui apparaît et doit apparaître purement arbitraire, et donc irrationnel ou supra-rationnel, n'en est pas moins tenu d'avoir sa nécessité et sa raison ; sinon la verve devient caprice, l'illibéralité s'introduit, et l'auto-limitation devient auto-négation. Deuxièmement : il ne faut pas trop se hâter de se limiter, et laisser d'abord place à l'auto-création, l'invention et l'enthousiasme jusqu'à leur achèvement. Troisièmement : il ne faut pas se limiter à l'excès.
Friedrich Schlegel, Fragments critiques.
Une autre bien fausse idée qui a également cours actuellement, c'est l'équivalence que l'on établit entre inspiration, exploration du subconscient et libération, entre hasard, automatisme et liberté. Or, cette inspiration qui consiste à obéir aveuglément à toute impulsion est en réalité un esclavage. Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu'il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête et qui est l'esclave d'autres règles qu'il ignore.
Raymond Queneau, Bâtons, chiffres et lettres.

Les épeires sont un peu moins présentes. Celles qui restent font des toiles grandes comme des roues de vélo.
