




Je dévore une bio du Maréchal Ney. La Restauration, puis le retour de Napoléon. Quelle époque ! Talleyrand et Fouché ont été mis en scène dans Le Souper, mais il y a bien des sources de drames ou d'amusement. J'ai retenu en souriant le détail suivant :
La "cour" sous l'Empire (par exemple, les femmes de Maréchaux), lorsque Napoléon a abdiqué et est exilé à Elbe, se retrouve confronté avec la "cour" du Roi, revenue à Paris. Les livres évoquent à peine les petits combats feutrés entre les "vrais" (de naissance) et les "fabriqués" (la "Noblesse d'Empire"). Oui, mais la Restauration s'écroule, Bonaparte revient et le Roi s'enfuit. Chez ceux qui restent, que se passe-t-il ? Il y a un beau scénario à écrire sur ce qui se passe à Paris le jour "parenthèse" où le Roi est déjà parti et Napoléon n'a pas fini de remonter jusqu'à la Capitale...
Noblesse de naissance, pour un constructiviste comme moi, c'est bien rigolo. "Il n'y a que des hommes", disait S. de Beauvoir, qui a bien raison. La noblesse comme valeur conféré.
Chez Ed Wood, régulièrement cliquer sur Musique. Thanks, man !
Un nouveau Fiery Furnaces ? "Bitter Tea" me fait sauter de joie par sa folie. Chanson en pointillés, mais chaque pointillé est un bout d'une nouvelle chanson. L'atout, c'est le culot, le farfelu, les brisures. Pas très raisonnable, j'en conviens. "Nevers", danse de jouets bizarres avec ses voix à l'envers, ses entremêlements, ses mélodies gourmandes. J'adore !
The Knife. Marble House, on dirait Abba avec Depeche Mode. Facilités, lourdeurs, idées astucieuses. Je ne sais qu'en penser, et jette, hélas, tout le reste.





DVD et plaisir subtil : Simple Men, de Hal Hartley. Se confirme mon idée selon laquelle Garden State a quelque chose de commun avec Hartley (dans Simple Men, le mécano qui joue de la guitare, c'est une scène qui pourrait être dans Garden State. Et dans ce film, le dialogue dans le cimetière à petites bêtes pourrait être chez Hartley). On est en plein réalisme magique (dans ce monde, les gens sont tous un peu obliques, mais ça ne surprend personne), mais cette carte est utilisée de façon modeste, presque... avec désinvolture. Au milieu de dialogues "utiles", les personnages lancent des remarques philosophiques ou des tirades flottantes sur la vie. Tonalité étonnante, "sur le fil", car ce n'est pas de l'humour (à la Tarantino), ni de l'absurde qui se montre. Quelque chose de léger, d'amusé ou distrait. Danser sur du Sonic Youth ! On est pas loin de Godard, c'est vrai. Et quel casting !
Dimanche matin, pluie continue, ciel gris calme, air doux, petits oiseaux intimidés, un gros chien aboie au fond. Pas encore de moteurs. Ouvrir grandes les fenêtres, retourner sous la couette et lire un des Récits d'un Chasseur, de Tourguéniev. Réussit à vous amuser par la truculence des personnages, vous flanquer la trouille avec des histoires de fantômes, à vous épater par la justesse des descriptions de la nature...

Je dévore en deux jours les souvenirs d'un Grognard, de la Garde de Bonaparte. Totalement invraisemblable, mais bien rigolo. Le problème du Napoléon de Tulard, c'est qu'il donne une riche bibliographie commentée à chaque chapitre, ce qui fait qu'on pourrait bien avoir envie de quelques dizaines de volumes supplémentaires.
Napoléon à Fouché : "Ne m'avez-vous pas dit autrefois que vous faisiez consister le génie à ne rien trouver d'impossible ? Eh bien, dans six ou huit mois vous verrez ce que peuvent les plus vastes combinaisons réunies à la force qui sait mettre en oeuvre". Le projet dont il parle, c'est d'attaquer la Russie, qui se termina par... la retraite de Russie (40.000 morts).
Gombrowiz : "Je connais cet infantilisme qui flirte avec l'Infini".
Trouvé "Les Pauvres Parents", recueil de nouvelles de Ludmilla Oulistskaïa. Je feuillette avec intérêt une bio de Mahler. Il faudrait l'accompagner des CD de Mahler, et d'un volume sur Alma.
"Définir le génie", voilà, en fait, qui est cocasse. Celui qui ne trouve "rien d'impossible" ? Soit. Capacité à combiner des choses que personne n'avait encore osé combiner ? J'aime bien. Travailler, travailler, travailler ? Probablement.
Une photo de beautifulagony.com :

J'en ai déjà parlé ici je crois. Des hommes ou des femmes se filment eux-même, le visage uniquement (aucune nudité, c'est dans leur charte), en train de se donner du plaisir. Idée piquée à Warhol, mais qui reste très... fascinante, à l'époque où l'on montre toujours "tout". D'ailleurs, voici un exemple :






Envie depuis un moment de fabriquer un tout petit dictionnaire pratique d'idées musicales. Pas vraiment comme les Oblique Strategies de Brian Eno, qui donne des ordres pour faire avancer les choses (refaites la basse, jouez tout plus vite, etc), mais du plus basique. Des exemples bientôt.
Je m'amuse à écouter du Tatu, lourdement plaisant. Belle & Sebastian, qui semblent tourner autour de la même chanson. Slowdive et ses langueurs aquatiques. Grandaddy l'imbécile heureux, persuadé d'être inventif. Surfjan Stevens, comme un gosse qui a quelques idées, et du lyrisme. Le tout, à part le dernier, n'a aucune tenue, aucune turgescence. Mou du genou, et flasque dans l'harmonie.

Exemples pour mon DIM :
Construire un morceau avec pour principe "enlever un élément". Exemple : ne pas évoluer dans le morceau. Enlever la basse (la remplacer alors par un autre instrument).
Bâtir autour d'un rythme qui n'est pas du 4/4. La solution la plus facile : 3/4 (et hop une bonne valse !). Essayer le 7/4. Ceci pour tout ou partie du morceau. Exemple : Money, de Pink Floyd, a une drôle de façon de passer en 4/4 (soulagement, car assise) dans le refrain.
Souvent, le chanteur "pose" sa voix comme il peut sur les accords trouvés par le groupe. Demander au groupe d'écrire note pour note la mélodie vocale.
Travailler la voix en essayant d'écarter les extrêmes (passer du plus grave au plus aigu dans un intervalle très court).
Dans un morceau très rythmé, articulé et construit, demander à un des instruments d'être au contraire presque complètement décroché (du rythme global, pas de la tonalité, gare aux fausses notes). Comment contrôler les apparitions de l'instrument errant ? Le plus habile dans cette forme : Brian Ferry. Ses chansons sont très carrées, sophistiquées, mais sont habitées de constantes irrégularités, qui font fourmiller le tout.
On peut aller plus loin en mettant ce que j'appelle des "insectes sonores", des créatures sonores indépendantes qui font leur truc sans s'occuper de la musique. Le Broken English est plein de ces choses, accidents, pouèts et gouzitrucs.
Demander à la basse de jouer plus aigu, de sortir du polompom habituel. Cf Yes, ou le début de Black Forest de Mercury Rev, remarquable : la basse n'arrive, comme surprise d'être là, trop aigüe, qu'à la seconde 24, erre, et ne se pose qu'à la seconde 41.
Les bons bassistes n'hésitent jamais à quitter leur place pour monter jouer avec les autres instruments, au lieu de faire le gros coussin podom podom.
Se servir d'une note fixe comme pivot autour duquel faire tout tourner (harmoniquement, je veux dire). Exemple magnifique avec la basse de Bone Bomb, chez Brian Eno. Ecouter comment les accords s'articulent autour de la note de basse, inamovible, sans pour autant s'ennuyer les oreilles (voir le changement à 1'07" ("my town")).
Quand on a trois chansons moyennes, les couper en morceau (un tiers de chaque, crac) et les coller ensemble pour en faire une seule. Bon exemple chez Stereolab (Cosmic Country Noir 1'10" et 3'21" pour les deux soudures). S'amuser, si on est subtil, à mettre quand même des choses qui résonneront entre parties.
Comme dans le classique, demander parfois à la basse de ne faire qu'asseoir le morceau : une ronde par mesure en 4/4. Pas de syncope, de brisure ou autre. De longs traits sombres en sous-sol. Parfait sur Doot Doot, de Freur. Merveille de basse, qui s'amuse parfois à changer de texture en cours de route.
C'est rarement fait, mais j'adore la figure suivante, marrante pour les oreilles : une voix chante "normalement" en suivant les accords qu'on pose sous elle, puis dans une mesure chante à côté, comme si elle s'attendait à ce que la musique fasse autre chose, ou comme si elle même n'en faisait qu'à sa tête. Bien sûr, dans la mesure suivante, les accords rejoignent la mélodie vocale. Ouf, font les oreilles de l'auditeur. Figure dangereuse - si on va trop loin, le tout s'écroule... Déjà entendu pour la voix dans Dominique A, et pour la basse, il me semble, chez King Crimson.

DVD : La Nuit des Généraux. Je m'attends à quoi ? Un vieux film de guerre figé, des stars et une enquête policière pour pimenter. Mais voilà une direction d'acteur bien surprenante, des dialogues qui fusent, une certaine élégance, et des contre-emplois. O'Toole en nazi glacial, Sharif, précis et vif. Donald Pleasance est vraiment épatant. Bien !
Je trouve un vieux poche dans ma bibliothèque (j'avais ça, moi ?) : "Napoléon, Croquis de l'Épopée", de G. Lenotre. Je m'attends à quoi ? Du pittoresque et de l'anecdote, de surtout de l'illisible. Premier chapitre : Trois Journées de Napoléon : à l'école à Brienne en 1870 - de passage, Empereur, dans le château de Brienne en 1805 - bataillant avec les Prussiens au même endroit en 1814, à la fin... Le tout bien enlevé, aéré. Bien !

Me voilà donc quadra pour de bon. Pour mon anniversaire, je me suis payé mon écran LCD, merci moi. On m'a payé aussi un bien joli chapeau et la biographie de Marguerite Yourcenar par J. Savigneau (que je me serais payé, de toutes façon, un jour ou l'autre).
Solitude... Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment... Je mourrai comme ils meurent.
Marguerite Yourcenar

Voici une guêpe, c'est moi qui l'ai tuée, je l'ai pshitée, j'ai la terreur des guêpes, et je n'hésite pas à me rendre ridicule (terrorisé) en présence d'une de ces machines à piquer. Elle est morte, et je la photographie sur mon genou. Belle mécanique morte froide.
Je lis un cartoonist anglais, Giles. Humour étrange, fracturé, froid, bizarre, acide. J'adore. Ses planches semblent parfois codées, excessivement complexes, à déchiffrer.

37,2 Le Matin me donne à penser. J'avais vu le film il y a... 20 ans (merde !), je le trouvais "trop". Je m'aperçois aujourd'hui d'un certain emboîtement du film avec le monde. Car de quoi s'agit-il ? "La chance nous a donné rendez-vous quelque part, il ne faut pas la rater", dit Betty. Bravo ! Voilà une passion qui mène à deux endroits : la folie, puis la mort. Le film semble la mise à plat, morte et décortiquée, de la plus parfaitement ordinaire passion amoureuse (il n'y a rien de plus répandu que de se croire "uniquement" amoureux, non ?).
Béatrice Dalle semble encore l'incarnation parfaite de l'amoureuse chieuse, adorable quand elle est en forme et croit en vous, et dont il vaut mieux éviter les colères d'hystérique. Anglade, j'adore, car il semblait absolument tout au long du film comme emporté, ne jamais y croire, faisant presque semblant, gêné par tous ces emportements.
N'y a-t-il, chez tous les couples d'amoureux fous, toujours l'un ou l'autre - tour à tour pourquoi pas - qui trouve que l'autre va trop loin, en fait trop ?
Une chieuse, donc, avec son romantisme de couturière, confrontée au monde, se cogne et se re-cogne à la vie. C'était bien vu, ma foi. 37,2 comme démonstration cioranesque de l'échec de l'amour passion ? Très ironique, peut-être, tout ça. Il faudrait lire le roman de Djian (pas envie). Si je me fixe sur Zorg (Anglade), je vois le film comme la terreur devant l'infantilisme du "romantisme absolu". Cf l'excellente scène où il tourne devant Betty assise à table...
B. Dalle dans les bonus, comme une caricature de ce qu'on attend d'elle : je ne prévois rien, fallait pas me faire chier tralala lali lalère. J'attends avec gourmandise le moment où elle va dire je ne fais jamais de concessions.





Ces gens froids et détendus qui tournent le regard vers vous. Vous avez l'impression qu'ils cherchent un moyen de vous faire trébucher.
Panne d'hébergeur ce week end. Trois jours sans maison-page, je trouve qu'ils exagèrent et envisage de déménager.

J'adore cette scène au début de Pollock, quand le personnage de Marcia Gay Harden débarque chez Pollock et entreprend de connaître ce drôle de bonhomme taciturne. Tout cela est bien amené, et m'émeut beaucoup.
J'ai lu plus d'une fois des histoires sur ceux qui veulent "faire de chaque jour une oeuvre d'art" (Sophie Calle - c'est aussi un principe des Situationnistes), ce qui me fait sautiller l'esprit. Me fait penser à ce sentiment doux et désagréable à la fois qu'on peut ressentir au tout début de la journée de son propre anniversaire, et qu'on se demande ce qu'on pourrait bien faire de spécial aujourd'hui. Quel emmerdement ! Voilà bien quelque chose qui ne me ressemble pas du tout. Me plonge dans de profondes réflexions...
"Vouloir faire de chaque jour une oeuvre d'art" ?
- Parce que je suis un petit malin, et je veux qu'on le sache.
- Parce que "à bas les tièdes et les raisonnables", qui vivent comme des zombies.
- Parce que Métro-Boulot-Dodo, ça m'angoisse.
- Parce que ça structure la journée en lui donnant un but. J'ai peur du vide.
- Pour me distinguer des autres, qui ne font pas ça.
- Parce que ça me place dans la catégorie des artistes, ce qui est valorisant.
- Parce que je veux qu'on m'aime.
- Parce que c'est original, et être original, c'est bien.
- Parce qu'il me faut ajouter de l'intensité à ma vie.
- Parce que sinon je m'ennuie avec moi-même.
- Parce que j'ai une âme d'esclave : j'adore les obligations et les contraintes.
- Parce qu'il faut s'imposer des règles. Servitude volontaire romantique, exaltante.
- Parce qu'observer ne me suffit pas, il me faut participer aux affaires des hommes.
- Pour rendre la vie passionnante (parce que sans ça, elle n'est pas passionnante).
- Parce que j'aime bien organiser.
- Parce que c'est amusant.
- Pour laisser une trace.
J'aime bien La Mort du Loup, de Vigny .
...si peu professionnel, si artificiel, intellectuel et naïvement prétentieux (comme tout esprit "amateur")...
JL Barrault : Souvenirs pour Demain
Trouvé des Farces de Maupassant, une Vie de Talleyrand, Capitaines Courageux de Kipling, des Brèves de Comptoir de Gourio, une bio de Wagner et une autre de Tolstoï, un recueil étourdissant de Mallarmé et un gros paquet de livres pour les filles. Nuit d'insomnie, heureusement hantée par Mallarmé, précis et trébuchant, heurté et magique. Réussit son coup, qui est de faire surgir des choses sans qu'on sache trop comment il fait. La nuit, de fait, est propice.
Bach/Gould dans mon iPod. Extra.
DVD top nunuche : Family Man, et je marche. JP Nunuche. Cage emporte tout (j'attends Weather Man en trépignant) et Tea Leoni pétille. On peut pas regarder du Bergman tous les soirs :-)
Quand je serai grand j'aurai une grande maison avec une grande bibliothèque classée. Je viens de retrouver le livre relié que je cherchais partout sur la retraite de Russie. Posé dans la pile pour cette été, à côté de Gombrowicz et de la bio de Yourcenar.
En fait, j'ai commencé ce livre sur la Retraite de Russie, avec beaucoup d'intérêt. J'ai commandé sur eBay et reçu les trois gros volumes de Houssaye sur l'année 1815. Il me manque l'unique volume qu'il a écrit sur 1814 avant que je puisse lire les quatre dans l'ordre. La fin des grandes choses de l'Histoire est plus intéressante que leurs sommets.
J'écoute Equatorial Stars de Fripp & Eno.
Je suis épaté par ce qu'est devenu le Projet Gutenberg (que j'explorais déjà à mes débuts sur Internet il y a 10 ans). Trouvé dans la partie en français les oeuvres complètes de Bonaparte, mais aussi le Journal des Goncourt, Lautréamont, La Sorcellerie de Louandre ou le Swann de Proust.
