





France / Brésil. Je ne me résouds pas à rebrancher mon antenne TV. Tant pis. J'écoute des musiques au lieu de.

Délire sur-analytique sur un bête morceau d'electronica, comme ils disent :
Mais au début du morceau on s'aperçoit que, coup classique, quelque chose serpente autour de la fameuse "ta ta ta" note. Seulement, cette "mélodie" n'est pas nettement définie, car portée par des sons qui cafouillent et qui gouzibipent partout. C'est assez rare et plutôt rigolo, car 1/ ça fait du bien aux oreilles sans qu'on sache vraiment bien pourquoi. 2/ ça éveille l'attention de l'auditeur, qui est obligé de "s'accrocher pour jouir" (la source du plaisir étant, en quelque sorte, "floue").
Sur les 7'30" du morceau, la basse ne fait rien pour nous et est plus ou moins absente jusqu'à 2'37", et quasi inutile (désinvolte ?) jusqu'à 4'00". Dans ce morceau, ce n'est pas la basse qui agit.
Revenons à nos moutons. Chaque cycle de "ta ta ta ta" peut se compter sur 8 mesures (32 temps -> vous pouvez les compter). Comme cette structure est reprise en boucle, on finit pas savoir quand ça va changer. L'auditeur finit donc par apprécier et reconnaître les changements autour des deux notes pivots. Alors voilà ce qu'ils font : Il y a un double cycle de 32 temps, de 1'21" à 1'59", coupé en deux à 1'45". Dans la première partie, le morceau se dépouille et n'est plus vivant que par des "pêches d'orchestre" (très Art of Noise, encore...). On passe au second cycle de 32 temps précisément à 1'40". Les "pêches" ont disparu. A 1'50" on est d'un seul coup comme PRIVÉ de notre plaisir, car les notes ne jouent plus. Il n'y a plus que les "ta ta ta" et la rythmique. Mes sourcils se lèvent, ravis. Pourquoi ? Parce que l'auditeur attentif reconstitue ce qu'il a besoin et envie d'entendre. La trouée de 1'50", c'est magnifique !
Pour comprendre mieux, je retourne au début, au premier double cycle de 32 temps. De 0'05" à 0'24", puis de 0,24" à 0'43". La rythmique est nulle, endormie. La basse, c'est encore pire : elle copie ce que font les "ta ta ta" et aucune note ne déborde. Dans cette partie (0'05" à 0'43"), le plaisir auditif ne vient que d'une chose, ce lead tendu dans les aigus, et quasi noyé dans les gouzi-bips. De 0'05" à 0'24". Le lead fait A sur 8 temps, B sur 8 temps, remonte à A sur 8 temps, B encore sur 8 temps. Changement de note du "ta ta ta". Le lead RESTE sur la note B (jouissance, voir ###) sur 8 temps, C sur 8 temps, B sur 8 temps, D sur 8 temps (plus aigu). Cette manoeuvre est pratiqué deux fois, puis la musique s'appauvrit avec le passage des pêches d'orchestre.
### L'un des moyens les plus aisé de faire du bonheur harmonique est de tenir une note ou une mélodie immobile et de changer quelque chose "en-dessous" (accords, ou la basse).
Ensuite, le groupe tournicote "à vide", avec une basse en pleine stupeur, des bouts de mélodie qui ne se terminent pas, des choses qui passent, absentes (je dirais de 2'37" à la dissolution nocturne avant 6'00"). Tout repart ensuite, avec l'aide d'une basse enfin réveillée. Tout est plus rempli, mais aussi plus vide, car l'astuce des notes ABCD du début est effacée.
Je ne sais pas ce que veulent faire nos deux musiciens avec ce Night Out, mais ce bouquet d'intentions et d'astuces, j'aimerais bien l'entendre plus souvent dans ce genre de musique...

Ohhhh... Pardon.
Je tente de passer à autre chose avec le Chicago de Sufjan Stevens, qui me fait rigoler avec son début qui ressemble à une fin trop lyrique. Ce gars à une voix qui me plaît et une invention musicale qui me convient parfaitement. Ici, son sur-lyrisme est réjouissant, il y a chorale et trompette, bravo d'être fou de cette façon !
Il est vrai que mon principal plaisir musical, lié en ce moment au travail harmonique est "analytique". J'ai du plaisir, je le décortique, et j'ai encore plus de plaisir. C'est un peu tordu.
Trouvé de bien belles photos d'araignées sauteuses sur http://tchuanye.smugmug.com/. Devinez quel appareil il a :-)

Ma plus grande fille, qui a 7 ans et demi, est bien mélancolique le soir du dernier jour d'école. Des sanglots dans la voix, des copines qu'elle ne verra plus. Ce soir, je leur ai passé une poignée de Donald, en lutte avec les rigolos Tic et Tac (les écureuils gourmants). Bonnes rigolades. Ouf.
Régal du soir : Marguerite Yourcenar sur le site de l'INA.





En vacances : livres.
Kundera, qui m'a beaucoup surpris avec L'Ignorance. J'avais un peu fui cet auteur "de mes 20 ans" depuis qu'il s'est mis à écrire en français. Je redécouvre avec ce roman le Kundera qui me plaisait tellement, un esprit froid et analytique, traqueur, mais aussi cruel, ironique, sensé. Ses sorties sur la "fin de l'exil" sont terrifiantes. La postface est pertinente (en somme : le romancier comme désacralisateur). En profite pour éluder le problème du "narrateur omniscient" par l'autre côté du behaviorisme (la seule solution selon moi) ou du monologue intérieur : en faisant le narrateur "méta", super-omniscient, qui sait tout, invente tout et nous le dit, créant ses personnages avec le lecteurpour simplement expliquer sa thèse. Bravo !
La première partie de la biographie de Gabriel Garcia Marquez (Vivre pour la Raconter) : sa jeunesse dans les villes moites du nord de la Colombie (Barranquilla, Carthagena). C'est hilarant, picaresque, farcesque et moite. Encore plus fou que Cent Ans de Solitude. Un fou de Faulkner et des femmes, des descriptions de village à tomber à la renverse. Grand talent de raconteur. J'adore. Et j'ai appris bien des choses sur la Colombie.
Borges, érudit précieux, joueur.
Fortement décçu par le Journal de Gombrowicz, le Polonais. Méchant comme une teigne, une mauvaise fois renversante, une écriture au hâchoir, le tout porté par une intelligence acérée. Malgré tout, c'est couturé de trouvailles et de bonnes révoltes, de portraits cinglants. Beaucoup d'attaques sur les... exilés (tiens...), dont il fut (plusieurs années en Argentine), la poésie, les aristocrates. Lecture désagréable. Lorsqu'on ouvre un volume, on a l'impression d'ouvrir un coffre rempli de vent, de lames, de pièges et d'acide...
Commencé les Choses Vues, de Victor Hugo, chez Quarto. Entre le Journal et le reportage sur l'époque (mi-XIXème). Pensée en archipel. Parfois coupeur de cheveux en quatre. Documents passionnants sur l'époque (la police, les voyages, Paris, discussions avec le roi). Hugo surgit parfois comme "grand reporter", lors, par exemple, du retour du cercueil de Napoléon à Paris.
Lire : Lolita (Nabokov), les Souvenirs de Kipling.

Trouvé des images de folie sur http://www.cgsociety.org/.
Il me faut le DVD de Grizzly Man, documentaire de Herzog sur un couple qui vit au milieu des ours, et finira dévoré par un Grizzly. Un docu qui finit mal ? Un échec, ou pas ?
Le vacancier, comme son nom l'indique, est mis en état de vacance, il a quitté sa Trilogie Glorieuse : Travailler Consommer Regarder la télé. Il devient alors... quoi ?
Le vacancier comme sportif laborieux. Détailler.
Placer l'homme à la place du cheval. L'homme est enfermé toute sa vie dans un box, ou une surface herbeuse. Pour ses loisirs, le cheval vient chercher l'homme, lui installe un dispositif dans la bouche et autour du coup et lui monte sur le dos, lui donnant régulièrement des petits coups dans les côtes. Il y a des hommes pour courir, d'autres pour sauter des barrières. Les chevaux spectateurs se régalent. Les chevaux achètent de nouveaux hommes.
Lire : Gangs of New York. Chic : le poche est dans mon coffret collector !
Je me souviens nettement que lorsque j'avais 20 ans je voulais écrire "formaliste", à la Faulkner, ou à la Duras, musicalement.

DVD : NOISE, concert filmé par Assayas. Documentaire en bonus sur Metric. I'm in love, oh, with her, the singer :-)


The Constant Gardener - The Lord of War - A History of Violence. Trois DVD et trois films "excellents" qui montrent que le monde est terrible. Et moi, avec mes grosses réticences. Pourquoi n'ai-je pas envie de voir des acteurs "excellents" (ce n'est pas Nicolas Cage, mais un personnage joué par lui, je dois essayer de ne pas penser que c'est Nicolas Cage, n'est-ce pas) dans des histoires écrites pour m'expliquer que le monde est terrible ?
Celui qui écrit des romans "pour être connu".
Idée d'histoire : : Sur la plage, toute une série de gens se rendent compte de l'absurdité de ce qu'ils sont en train de faire, et laissent tomber (cerf volant, jet ski, bronzing).
Ces articles, dans la presse quotidienne, écrits à l'impératif du pluriel. "Cessons de faire la guerre", "Cessons d'être divisés". Blablabla.





Je ne blogue pas, mais l'actualité me donne l'occasion de repréciser ceci ou cela. Voyons.
La plupart des problèmes de nos frères humains viennent du fait qu'ils oublient que la valeur des choses est conférée, et non pas objective. L'exemple le plus simple, c'est la monnaie. Un billet de 20 Euros, c'est du papier. Tout le monde en Europe est d'accord que ça vaut 20 Euros, comme une convention, mais EN FAIT, c'est un bout de papier qui ne vaut rien. D'ailleurs, essayez de l'utiliser dans un bar du fond du Brésil, pour voir.
La valeur du billet n'est PAS DANS le billet, elle est conférée.
Je me souviens d'une étude de sociologues. Ils prenaient une colonie de vacances d'ados, dans une île. Quand les gamins débarquaient, ils les mettaient arbitrairement dans des camps de couleurs. Les bleus et les rouges, par exemple. Les camps se mettaient rapidement à se détester. Un bleu ne peut pas aimer un rouge, puisque c'est un rouge. Valeur qui sépare, conférée, mais qui N'EXISTE PAS. D'ailleurs, ces coquins de chercheurs s'amusaient beaucoup à re-mélanger les groupes.
J'ai lu dans Le Monde un compte rendu d'un livre sur les centaines de milliers de morts en Afrique, vous savez, les Hutus et les Tutsis. Ces "peuples" ne pouvaient pas se supporter. On a vu le résultat. Ce livre montrait que les termes de Hutu et de Tutsi avaient été inventés par le pays qui avait colonisé le Rwanda (les belges). Les missionnaires avaient qualifié de Tutsi les grands minces, et de Hutu les autres. Dans les années 20, on leur avait inventé des cartes d'identité qui contenaient les termes. Voilà donc un génocide gigantesque, à la machette, à partir de... rien. La différence de ces peuples N'EXISTE PAS, elle avait été inventée, et était conférée depuis juste quelques décennies...
C'est souvent plus amusant, par exemple lorsqu'un humain rencontre un collectionneur. Le collectionneur de bouchons de canettes de bière pleure de joie s'il trouve un bouchon rare, et son copain n'y comprend rien. C'est le même objet, mais la valeur que lui confère chacun est différente.
Il existe, à ce sujet, une sorte de choc que tout le monde peut ressentir, c'est en regardant une photo satellite de notre planète. Vous voyez une photo de l'Europe, mais vous ne voyez pas... les frontières. Les Cosmonautes, paraît-il, sont toujours marqués par ce fait. Les frontières entre les pays, ça n'existe pas. Ce sont des conventions et des accords entre les hommes, qui tracent ces lignes, mais en VRAI, rien.
Bon, j'apprends qu'en Irak les Sunnites et les Chiites se déchirent et auraient tendance à se séparer dans des coins différents du pays. Voilà qui prépare une guerre civile. Mais pour quoi, comme vous et moi, qui ne croyez pas en dieu, ni celui des catholiques ni celui des musulmans, il subsiste une sorte d'incompréhension. Si dieu n'existe pas, la différence entre les Sunnites et les Chiites, elle n'existe pas. Ce sont des hommes, voilà !
Schopenhauer parle de cette idée "constructiviste" avec rage dans ses livres, en particulier au sujet de l'honneur, et des duels. L'honneur "sali" ? C'est quoi ? L'opinion ? L'honneur, c'est rien, inexistant, c'est une affaire d'opinion.
Les humains confondent la réalité avec ce qu'on en dit. Ainsi, Zidane met un coup de boule à son collègue Italien, parce que celui là avait "traité sa mère". J'en déduis que Zidane pense que si un inconnu affirme que sa mère est une crotte, alors quelque chose est altéré ?
L'idée de l'honneur indique que si on traite votre mère de crotte, alors "on ne peut pas laisser dire ça". Or, crotte ou pas crotte, la valeur de votre mère n'est pas un truc gravé dans le ciel, que l'on peut souiller. La valeur de votre mère, c'est ce que vous en pensez, comment vous l'aimez. En AUCUNE FAÇON on ne peut l'atteindre en disant des crottes ! Les autres peuvent conférer ce qu'ils veulent sur vos proches, ça n'a rien à voir avec la réalité. J'imagine la conversation en coupe du monde, entre Zidane et l'autre paltoquet :
- Ta mère, c'est une crotte.
- C'est ton opinion ! Hi hi !
Un exercice qu'il est toujours bon de faire, c'est de tenter de ramener les choses à... ce qu'elles sont. J'ai fait quelques pages, ailleurs dans ma maison-page, car ce problème m'a occupé longtemps. L'exercice que j'évoque s'appelle casser ses lunettes d'augmentation de la réalité. Les choses humaines, alors, deviennent souvent bien étranges.
