





Rencontré une série de Figures, c'est amusant. D'abord, l'Obsédé des films d'horreur, fébrile, inquiet, comme en permanence au bord du gouffre. Il veut tous les DVD de films d'horreur, c'est TRES important pour lui, et cela semble constituer son seul univers mental. Il y a aussi l'Imbécile heureux du blockbuster américain qui va voir tous les "gros films" US (de Pearl Harbor à Titanic, de La Guerre des Mondes à Miami Vice). Alors, il est heureux, enthousiaste, content et exalté. Pour TOUS les films. Il n'y a même pas une petite exception, ou une réserve. C'est TOUJOURS extraordinaire. Poseidon ? Sublime. X-Men 3 ? Sublime. Gladiator ? Sublime. The Patriot ? Sublime. Independance Day, Robots, ou Cars ? Sublime ! Figure lassante, car sans arguments. J'ai rencontré aussi le type du Pasteur, avec toute la panoplie, la douceur et tout le système du "Dieu comprend tout" et tralala. Absolument inattaquable, évidemment. Contient aussi, comme il convient, cette sorte de mépris teinté de bienveillance ("pauvre petit") qu'ils ont à l'égard des agnostiques qui s'en foutent totalement comme moi. Il y a aussi les alcooliques, qui sont nombreux. J'adore aussi Le Vendeur de salles de bains, riche comme Crésus, heureux et dépensier, qui "colle" des salles-de-bains tous les jours de la semaine. Les entrepreneurs, c'est beau. Entendu aussi au téléphone la Figure incroyable du Fasciste, éructant sa haine des médias "contrôlés par les Sémites", parlant en continu de la dégradation de tout. En vrai, se balade avec un imper et un air méchant par en-dessous, une sorte d'invraisemblable caricature sortie des années 40. Brrrr !

Le "fil" dans Ubik, de Richard Pinhas. Il s'agit d'un morceau instrumental (dans DWW) en crescendo, basé sur une base d'arpèges électroniques qui évoluent par décalage. Sur un ordinateur, aujourd'hui, c'est très facile à monter : "copier, coller, monter de x tons". Bref.
Pinhas, à son habitude, salit le son en permanence par de nombreux éléments non musicaux, grincements et autres "souffles" (dégradation) et pousse au contraire sa musique en y ajoutant des éléments jouissifs (amélioration) - grâces aux couleurs harmoniques qu'on peut développer autour de sa grande boucle de décalages. Bon.
Le morceau, ainsi, est littéralement USANT. Trop rempli, c'est une sorte de galop monstrueux, comme si un éléphant-araignée-machinique courait comme fou sans jamais s'arrêter. Aucun break, et rien qui ressemble à une respiration.
Seulement, il y a le "fil"...
Le fil, c'est un son de guitare unique, très caractéristique de Richard Pinhas, un son "hurlant propre", un peu proche de Mike Oldfield (celtique, virtuose) ou de Fripp (torturé, en arpèges), mais souvent tiré "lisse". On dirait vraiment une image, ce son, un long fil solide, et incandescent, lisse. Ecoutez bien : ce son apparaˆt à 1"16". Ce fil semble se tendre au-dessus de la grosse machine grouillante et courante, il tire des obliques en fonction de l'harmonie, et procure, en conséquence, de nombreuses secondes de grand... plaisir.
Voici ce qu'en fait Pinhas (qui est le seul à savoir faire ça) :
Premier "fil" : surgit à 1'16", tiré monophoniquement (une seule note à la fois). Suit les escaliers, et procure du plaisir. Disparaît à 2'03".
Second "fil" : 3'30", ce sont cette fois des accords. Comme c'est très aigu, c'est presque "trop", mais le plaisir harmonique est plus complexe, ça a plus de goût. Disparaît (monophoniquement, c'est amusant) à 4'40".
En fait, l'auditeur commence à s'habituer à cet étrange solo-suraigu-qui-donne-du-plaisir. Et puis le morceau grandit, et est repropulsé en interne par ces obliques de "voices" samplées...
Troisième "fil" : 6'08", coup de génie !! Pinhas retisse son fil monophoniquement (on retrouve le premier), mais une fois sur deux refuse (pour moi, c'est excellent) de faire bouger-sa-note-pour-donner-du-plaisir. C'est rigolo comme tout, car l'oreille de l'auditeur attentive se TEND, râle, a ENVIE que la note plonge là où elle le faisait tout à l'heure. Argh ! Ce troisième fil est trop simple (dégradation) par rapport à ce que laissaient présager les deux autres...
Jeu de forme : le morceau monte, les deux premiers fils semblent monter avec lui, mais le troisième fait le paresseux, ne joue pas le jeu. Génial. J'achète. Je meurs !
Bon, j'arrête.

Les musiques marquantes dont le secret est dans une modulation "brusque" : Boléro de Ravel, Marche de Darth Vader, Pierre et le Loup, et... la Marseillaise !
Tiré le fil de Pinhas pour ajouter des éléments à ma page Jipod. Plaisirs violents (au casque). To The Sea de Yello, du Schuller, The Knife...

Non mais regardez-moi ces petites épaules...
Ah, O.
Bon, d'accord, j'écoute Coco Rosie. Dans Good Friday, sa voix est dédoublée (voix : douleur calme tendue douce trop de cigarettes ou de whisky, comme Billie), posée de façon doublée, donc, et décousue, sur quelques bruits qui halètent crépitent distraitement et une sorte de non musique (du style j'apprends la guitare je travaille deux accords). C'est nul, mais j'aime ce petit côté "endroit sonore désinvolte", boisé, comme si on entrait et on sortait et hop. En écoute d'autres, et mise en boîte (comme c'est vilain je sais) : charmante avant-garde désinvolte, avec ho ! et ha !, manières et minimalismes, sons pourris et intimistes (reverb "grande salle vide"). Y'a By Your Side, qui me fait penser à du Emilie Simon qui glande à la campagne. Why not ?
Je tire la liste trouvée chez Thomas. Salut Thomas ! Rem : Drive, une sorte d'amusant piétinement (ces couplets qui n'arrêtent pas de... s'arrêter) porté à l'occasion par de grandes envolées à violons, et un batteur qui semble se souvenir qu'il a du boulot. Kristin Hersch : Your Ghost, qui donne dans le surplace harmonique (c'est quoi ce guitariste, quelle honte !) qui, probablement, veut évoquer l'obsession. Rien, malgré la voix mâle (Stipe ?) qui tourne en rond, comme le reste. Mattafix : Big City Life se base sur 4 notes basses qui refusent, c'est affreux, de donner d'autres couleurs. Quelques textures sont amusantes et le climat des voix hipopeuses est original. Sebadoh : Rebound fait du bruit et me fait rigoler avec sa grosse basse qui bave. Chanteur nul et noyé. Construction : aucune. Kim Wilde : You Came, trop de reverb et synthés pouet-pouet, c'est les années 80 ! Moi j'aime, et puis d'abord on dirait du Abba. Le refrain est terrible, mais le secret de la chanson et dans la deuxième partie des couplets, plein de surprises mélodieuses à dièzes et bémols. Et une belle voix qui semble jamais trop y croire, ce qui est élégant dans ce genre de musique... Sonic Youth : Sugar Kane, construit sur une basse en plomb et des guitares en briques, s'emmerde en couplets, mais soulève les sourcils par les bizarreries des refrains (?) : brisures, hachures élastiques et reprises consécutives, arpèges inattendues, harmonies au bord du danger et autres lâchers de batteur. J'adore quand ils font ça, ces cons-là. Frank Black sait aussi très bien faire ça, transformer une chanson nulle en gros véhicule tranchant et mutatoire. 16 Horsepower : Neck on the New Blade est fort intéressant : chanteur original sans forcer, bandonéon qui donne envie de faire le fou. Pourtant le surplace harmonique est usant, et le bassiste est un gland. Je trouve d'autres morceaux : rasoir.
Lu avec gourmandise deux nouvelles du Decameron (les deux dernières de la seconde journée).

J'écoute les Pipettes (c'est nul), Pajo (c'est nul), le dernier Murat (c'est nul) ou Miossec (c'est nul), Thom Yorke (c'est nul !), TV on the Radio (c'est nul), Snow Patrol (Run, c'est pas si mal), Ampop (My Delusions, ou la valse surprise d'Ordinary World pas si mal). Je nettoie en réécoutant Coco Rosie (Good Friday), légèrement hypnotique, tout de même. Un peu d'air (ouf), avec le Elevate Myself de Grandaddy, qui pétille. Je reviens sur Ampop (Precious est charmant...).
Musiques intrumentales "post-rock" chez decoymusic.





Dans un quotidien gratuit, un article sur un "jeune créateur" (je lis cette expression et je suis déjà tout hérissé) de mode qui présente "sa collection". Ce jeune homme (du genre à dire, c'est pas une blague, "L'élégance est une attitude") affirme en conclusion : "La dernière chose qui reste à faire quand une société arrive à saturation, c'est de paraître". Ah !
Il est évident que nous avons affaire à une génération de vingtenaires qui trouvent très important, c'est vrai, de paraître. Tout me le confirme, dont une conversation qui m'a laissé bouche bée avec une maman de collégienne, qui m'expliquait la solitude totale de sa fille qui ne portait pas, à l'école, les bonnes "marques". Confirmé aussi chez 60 Millions de Social-Traîtres (que je conseille, surtout pour sa redoutable puissance d'artillerie - avec l'aisance qui convient), qui cite le blog d'un jeune gars qui se fait toute une gloire d'être "passé à la télé". Intéressant, car tous ses lecteurs le félicitent avec une sincérité qui donne d'affreux frissons.
Cette figure du "passé à la télé", fier comme Artaban, est évoquée dans Un Air de Famille ("vous m'avez vu ? j'étais comment ?"). Bah, tout ce qu'on fait, c'est pour être aimé, dit le philosophe...
Nous voici donc entouré de légions de jeunes gens qui veulent désespérément paraître, qui organisent leur vie autour de ce "but". Il serait intéressant de voir quelle sorte de désillusion survient lorsqu'on à réussi son coup. T'es passé à la TV, tout ton monde te félicite le lendemain. Et après ?
Paraître, c'est nouveau. Avant on opposait les cons qui veulent AVOIR (posséder des marchandises, en résumé) aux sages qui veulent ETRE (ouais...). En tout cas, c'est une nouvelle Figure (jungerienne ?) : L'IDIOT DU SPECTACLE, celui qui veut à tout prix en faire partie. On en trouve des troupeaux dans les queues pour la Star Ac. Thomas est plus sympa, qui les appelle les wannabe-cathodiques...
Si nous sommes d'accord sur le constat (la société à saturation), il me semble que de mon bord, il serait plus malin de disparaître (tiens, revoilà le Waldgänger (cf aussi Figures du Waldgänger, chez Le Recours aux Forêts)).
La dernière chose à faire : paraître. Non pas vouloir à tout prix participer au Spectacle (ce qui, selon moi, est de la collaboration), mais le contraire, le fuir et s'en couper, virer pub et télé, fuir journalistes et "jeunes créateurs", et s'enfoncer dans la forêt : autonomie, faire un pas de côté, ralentir, observer...
Tsui Hark a toujours fait du cinéma au bulldozer, et il est amusant de voir The Lovers édité chez HK comme une sorte de bijou esthétique avec pochette grand luxe, alors qu'il s'agit d'un Tsui Hark de plus, vulgaire et désinvolte (comme toujours).

Honte sur moi. En chercheant du Ampop sur le net je suis tombé sur une archive de 368 morceaux d'Indie Music, comme ils disent, des choses plutôt calmes et inoffensives. Trouvé une sorte de pépite, avec le Elephant Woman de Blonde Redhead (la blonde rousse, c'est qui ces gens-là ?). Honte sur moi, parce que je n'achète plus jamais de musique, jamais. Honte.
Les personnages que joue Valeria Bruni Tedeschi, ont toujours l'air d'être au bord de se briser. Ne lui a-t-on jamais confié de rôle de femme saine et stable sur ses deux pieds ?
Comme Yourcenar le dit quelque part, je serais littéralement épaté par une jeune femme qui affirmerait ne pas faire de l'Amour l'axe principal de sa vie.
Enfin, si c'est pour y mettre sa Carrière, ou son Vouloir être connue, c'est pas mieux...

Un gros recueil relié de Huysmans m'est tombé dans les mains par hasard, et c'est juste ce dont j'avais besoin. Je me délecte d'une excellente préface.
Idée d'histoire : Aucune des religions des humains n'a tapé juste. Les hommes prient partout pour des Dieux qui n'existent pas. Le monde est en fait gouverné par deux Déesses, dont tout le monde ignore l'existence. Elles font leur boulot en soupirant parfois que personne ne se tourne vers elles...

Les 368 morceaux d'"Indie Music" sont dans mon iPod, et j'écoute, j'écoute, à la façon cynique d'un directeur de radio, ce que ces chansons (mais qu'ont donc tous ces jeunes gens, c'est vrai, à vouloir tous faire des "chansons" ????) apportent de nouveau.
Si c'est du rock "indépendant", j'imagine qu'il se détache des contingences commerciales, et que ça laisse aux groupes une certaine forme de liberté artistique. Enfin, c'est aussi ce que dit Deleuze, dans l'art, la question fondamentale, c'est "Qu'est-ce que ça apporte de neuf ?". Je suis d'accord avec lui, et j'y ajouterai (c'est lié) l'importance de ce que Gould appelle le Quotient de Bizarrerie.
Alors : rien, rien et rien. Je vais encore râler. J'entends des dizaines de "toujours la même chose", petites guitares, voix de mecs, petite batterie, voix soufflantes de filles, petites basses, petites chansons. Je marche (puisque c'est dans mon iPod), je me promène et je râle. A chaque fois, je tourne la petite molette de l'iPod et je mets une étoile (sur cinq, ça signifie "poubelle", chez moi). Voyons :
- Une : Poubelle.
- Deux : Poubelle, mais expliquer pourquoi (ici).
- Trois : Garder pour l'instant. Intriguant. Pas mal. Réécouter.
- Quatre : Super. Je garde.
- Cinq : Dément. J'adore. Je jouis. Ah !
C'est nul. C'est nul. C'est nul. C'est même pas mal fait. C'est bien fait, et inoffensif. Pas de risque, ou pire : du risque "comme ils font tous". La tonalité étant plutôt calme dans la sélection, je passe mon temps à me dire que ces fades humains feraient mieux de se taire plutôt que faire du sous-Neil Young ou du sous-Nick Drake. Ces fades frères humains ont tous une envie irrépréssible de composer des chansons, alors les voilà en train de composer des chansons, de les mettre sur CD et voilà pour eux. Et voilà des millions de CD qui sortent partout de sous-Neil Young et de sous-Nick Drake, et c'est l'ennui pour mes oreilles, alors coupe l'iPod et je retourne dans ma chambre :-)
Mais : trouvaille - et c'est un peu le but de ce "tamis" - j'ai failli m'arrêter de marcher, ma bouche a dû dessiner un "oh", j'ai trouvé ceci : Kahimi Karie - David Hamilton. Voix d'ingénue, accent pas possible, guitares enveloppantes, cordes samplées, synthé cheap. Bref, une ritournelle jolie, arrangée et fort étrange sur laquelle on lancerait tout le temps des pétales de bizarre. Pire : à 1'38" le truc tombe dans un trou harmonique qui vous fait dire en rigolant (sous les pétales) : "Mais ! Hé ! Y a des fausses notes ou quoi ? On peu pas faire ça !". Alors le truc se redresse, ouf. Mais ils recommencent à 3'28". Comme si François de Roubaix tournait autour d'Emilie Simon.
Album "rien à sauver" : le dernier Archive. Nul. Je ne râle pas pour râler, mais vous comprenez, c'est parce que j'ai faim, et ne trouve pas grand chose à manger (pour mes zoreilles).

Dans mon livre sur la condition animale, magnifiques articles sur les abeilles, la cire et le miel (!), limpide. D'étonnantes choses aussi sur l'éthologie, en particulier le comportement bizarre de chiens...
Je connais une personne avec qui on ne peut pas discuter, même banalement (surtout banalement). Vous savez, le genre de personne qu'on rencontre une ou deux fois par jour, un commerçant, ou un collègue de travail. Comme tout le monde, on échange quelques mots sur le temps ou des choses anodines, tout le monde fait ça. Mais avec cette personne, pas moyen, tout semble partir dans le vide, et tombe à plat. Ce n'est pas faute d'essayer. C'est incroyable, car permanent avec cette personne, et je ne le vis avec personne d'autre. Il s'agit de longueur d'onde.





Le matin, pour conduire mes p'tites filles à l'école, je dois traverser un carrefour compliqué avec de nombreuses voies, des tramways et une piste cyclable. Le genre de truc compliqué qui vous oblige à la prudence attentive. Bref, ce matin, j'ai vu une puissante moto, c'était vert pour elle, débouler à pleine vitesse et traverser tout le bazar comme si on était en rase campagne. Aucune infraction, notez, car c'était vert. Mais si un gosse déboule ? Si une voiture passe à l'orange ? Meuuuuh non !
J'imagine que le plaisir de la moto est dans la vitesse, évidemment, mais aussi dans les petites frayeurs qu'on se fait tout le temps. Si une voiture déboule, le motard s'envole et va s'encastrer dans quelque barrière ici ou là (tiens, ou dans un arbre, y a plein d'arbres, dans cette rue, qui est un boulevard, en fait).
Ce qui m'intéresse, c'est le décalage qui doit exister entre la petite frayeur jouissive (miam) du motard, et les plaies ouvertes et les os cassés et les mois de rééducation qui suivent. Le décalage.
C'est la même chose quand je me moque des Gothiques, qui sont, on le sait, habillés en noir et fascinés par la mort, les cimetières, tout ça. Qu'en est-il du décalage entre l'ado Gothique en noir fasciné par la mort, comme il convient, lorsqu'il se chope un cancer de l'estomac ? Reste-t-il fasciné, et comme jouissant de sa mort prochaine ? Se traîte-t-il de crétin des alpages, comme réveillé ? Comment se mélange la peur, la sale peur de la mort, avec la "fascination pour la mort" du Gothique ?
Comment, surtout, ne pas se moquer de ceux qui se "sentent différents" (ce qui est la chose la plus répandue du monde, ha ha ha) et qui passent leur temps à se rassembler pour se ressembler, comme dit l'autre ?
L'on se rapproche d'une de mes vieilles préoccupations, réveillée par une lectrice tracassée par ma vieille page Cul-Cul la Praloche.
Plein de choses à ajouter, mais je laisse cette personne faire sa propre page, et j'y mettrai une liane.

Le soir, je lis les Choses Vues de Victor Hugo. Je ne parviens pas à me planter devant Lost ou Desperate Housewives, ce qui me limite un peu, aussi, question conversations sociales. Grr.

18h50, je mets la Rhapsodie pour Contralto (Brahms) à fond les manettes (pas ma version préférée - Boult/Janet Baker, mais Abbado/Lipovsek, sublime disque DG). E., qui a 5 ans, se met entre les enceintes, a mis une jupe rouge de danseuse, et fait la danse des 7 voiles avec un grand châle. Je vais discuter un peu avec sa grande soeur, qui est dans son bain (la conversation porte sur les vampires, mais dévie sur la Panthère Rose, dont un épisode porte sur ce thème). Quand je reviens, la petite s'est installé devant la musique avec des gros coussins, et tout en écoutant Brahms, lit le gros picture book de Kiki la Petite Sorcière.

Très habile réquisitoire contre les zoos de J.-C. Houët. Terrifiant texte de G. Thérien sur les expériences sur les rats en surpopulation (extrait de Ratopolis), un vrai cauchemar. Redoutable aussi : la description de l'arrivée de la polio dans un groupe de chimpanzés, par Jane van Lawick-Goodall. Tout ça dans, toujours, Si les Lions Pouvaient Parler, chez Quarto, une mine...
Sur YouTube, une gamine se filme toute seule en train de chanter un truc romantique ("Only Hope"), ce dont elle se tire pas trop mal (dans le style "j'ai de la voix"). Un gars fait alors un autre YouTube : on le voit sur son écran, passer le YouTube de la miss, chanter, donc, en duo avec elle. Donc, voilà un film dans lequel un jeune homme chante en duo avec une demoiselle qu'il ne connaît pas, sur une chanson diffusée sur YouTube. Je ne sais pas vous, mais moi j'ai un peu le vertige.
Le problème avec Truman Capote, le film, c'est que je vois l'acteur faire le Truman Capote. Etrange film, par ailleurs.
People are often unreasonable, illogical, and self-centered;
Forgive them anyway.
If you are kind, people may accuse you of having selfish, ulterior motives;
Be kind anyway.
If you are successful, you will win some false friends and some true enemies;
Succeed anyway.
If you are honest and frank, people may cheat you;
Be honest and frank anyway.
What you spend your years on building, someone could destroy overnight;
Build anyway.
If you find serenity and happiness, they may be jealous;
Be happy anyway.
The good you do today, people will often forget tomorrow;
Do good anyway.
Give the world the best you have, and it may never be enough;
Give the world the best you have anyway.
You see, the final analysis is between you and God;
It was never between you and them anyway.
~
Om Vashishth

Ce texte, ci-dessus, ne me plaît qu'à moitié, mais je l'ai laissé sur la page par accident, et quelqu'un a été touché. Donc, je le laisse, avec les réserves qui conviennent (there is no God, my dear !).
Je le garde car c'est un bon exemple d'indépendance d'esprit, dont le résumé pourrait être "Quoi qu'en disent les autres, faites ce qui vous semble juste".
Après une bonne journée de travail (eBay), soirée chaude d'été. Je bois une bière sur le balcon en feuilletant une biographie de Lapérouse, explorateur et marin. L. finit par débarquer et, pour ses devoirs, me lit une amusante histoire d'astronautes et de martiens, écrite par Umberto Eco.

Quelle que soit votre personnalité, votre style, il y a une Série Télé pour vous. Sex & the City, Friends, Greys Anatomy, Buffy, Desperate Housewives ou Charmed. C'est terrifiant. Non ?
J'ai repensé aujourd'hui à deux exemples de méprise littéraire. D'abord, Kundera, qui expliquait quelque part que tout le monde citait comme génial un passage d'un de ses livres sur l'idée que la dernière aventure de l'homme moderne était de faire durer son couple. Il ironisait sur le fait que cette phrase était selon lui une ânerie qu'il faisait proférer par un personnage. De la même façon, Umberto Eco montrait que la plupart des citations si brillantes d'Oscar Wilde étaient tirées de la bouche de personnages stupides de ses romans, incarnant ce que Wilde détestait. Franchement, où ne va pas se cacher la bêtise ! Il faut que je retrouve les textes précis.
Une des raisons pour lesquelles je ne travaille pas plus les textes de ces pages, dans le Journal, c'est pour éviter la bobinisation, le syndrome du gars qui se caresse en s'écoutant parler, "le vent mauve du soir", tout ça.
Je découvre des Harold Budd que je ne connais pas (faut-il que je sois coupé de la musique...). Translucence, avec John Foxx, par exemple. Pianos en arpèges, dans une reverb dorée. Je replonge dans les The Pearl, avec Brian Eno, ô délices de mes 25 ans à faire des rêveries (ou des câlins jolis) dans ces musiques...
Commandé le 18 Mo/s chez Orange, Livebox et tralala.
Rentré tard ce soir chez moi, dans la lumière "entre chien et loup" d'un crépuscule d'été. C'est le moment où la ville est la plus agréable. Le ciel s'assombrit et les lumières s'allument partout. Les terrasses sont noires de monde, il fait chaud, le vent est chaud. Je marche avec mon iPod (qui semble inspiré : "Blue Caravan", "Rising Thermal" (Eno Hassel, sublime !), "This Life" (Perry Blake), Andante Andante (Abba, plein de nostalgie), le Sweet de Lamb et du Vienna Art Orchestra, superbe sous les nuages noirs qui faisaient les araignées au-dessus du monde). Il faisait chaud et sec, et il y avait même l'odeur sèche de l'herbe. J'ai vu plusieurs femmes marcher vite avec un sourire en dedans, semblant dire "Le monde est magique ce soir ou quoi ?". En marchant je me retournais car le ciel était noir, immense, tourmenté derrière moi, il faisait son air de "Je suis une catastrophe et j'arrive". Des filles faisaient de l'aérobic dans une grande baie vitrée tout en haut des étages, des gars allaient à toute allure sur leur vélo, les terrasses regardaient toutes vers le ciel avec son air de catastrophe, empli de montagnes et de déchirures claires. En avançant, la nuit arrivait, le vent se levait et faisait respirer les grands marronniers secs, je voyais mon ombre qui tournait et s'allongeait sous les réverbères. La pluie cingla quelques secondes, puis disparut. Encore des vélos. Derrière les grands immeubles, latéralement, les nuages-araignées (noires) faisaient maintenant la course. Je suis rentré chez moi avant que tout cela ne devienne "grosse averse, c'est la nuit". Ouf !