




Il y a d'innombrables "passionnés d'équitation", et je suis tout de même étonné de l'absence de questionnement sur ce sujet. Les chevaux sont prisonniers, on leur installe toutes sortes de trucs et de machins sur le dos et sur la tête, on leur monte dessus pour nos loisirs, ils sont priés d'obéir à nos ordres, et, en somme, d'être à notre disposition. Tout le monde a l'air de trouver ça cool. Pour ma part, dès que je vois quelqu'un en selle, je ne peux m'empêcher de ressentir un malaise.
Il y a certainement des professions qui exposent plus que d'autres à la désillusion. Probablement l'une d'entre elles : l'enseignement.
Trouvé une grande biographie de Beethoven, un petit volume magique des Contes de l'Alhambra, une édition luxueuse de Carson McCullers (Le Coeur...), et une grosse compile des textes en prose d'Hugo.
Wikip : Les Contes de l'Alhambra : récit d'un voyageur américain aisé du XIXe siècle, Washington Irving, qui raconte l'Espagne et ses habitants à l'époque, ainsi que les légendes orales qu'ils transmettent à propos de l'Alhambra.

Conversation avec une demoiselle visiblement très fière de s'être mariée "gothique", en Doc Martens. Je n'ai pu m'empêcher de la titiller sur ce "conformisme de catégorie 2". Signe : le curé, très étonné de la "qualité" des musiques gothiques (Lacrimosa, Xymox, Edward Scissorhands, etc).
Le gothisme comme romantisme (blanc et rose, petites fleurs, petits chatons, musiques jolies) symétrique (noir, crucifix, musiques à choeurs).
DVD : Underworld 2, oh, j'ai passé l'âge... C'est gris bleu, empli de loups garou qui grimacent, de coups de feu et de portes qui explosent. On n'y comprend rien, les dialogues sont idiots, et miss Beckinsale a toujours l'air d'une poupée à grosse tête.

Celui qui transforme en chiffres tout ce qui lui tombe entre les pattes.
Il y a un petit texte à écrire sur le "chiffre" au cinéma, en lutte sur tous les fronts avec l'art. Pour parler de gros budgets, on peut s'amuser avec Peter Jackson qui accepte de raccourcir ses films du Seigneur des Anneaux - concession aux producteurs et exploitants, qui pouvaient ainsi caser une scéance par jour de plus dans les salles. J'imagine cet homme en tournage ou au montage, travaillant sur des nuances (regards, choix de plans), se tourner vers un producteur et parler chiffres, entrées, pourcentages. Sur un petit projet, un metteur en scène veut juste qu'on "voit son travail", tandis que son producteur surveille les chiffres des entrées. Deux faces d'une même médaille. On peut s'amuser à étendre ce coup de sonde à d'autres domaines (galeries d'art ? militaires ?). Se concentrer sur la ligne de front, là où le chiffre combat le non chiffrable. Incompréhensions, concessions, observations. Au cinoche : le producteur.
Deux groupes qui utilisaient les "murs de voix" : Queen, Abba. Curieux que cette branche se soit éteinte. Pourquoi ? Vulgarité ? Obstacle non pertinent en pop music.

Oh, cette page n'est pas un blog. Elle est écrite de haut en bas, on ne peut pas répondre, il n'y a pas de liens ou de pub dans la colonne de droite ou gauche, et je n'y raconte pas ma vie mon boulot ma famille.
Les blogueurs sont des proustiens, tiens. Bien fait pour eux. Ils transforment en texte leurs expériences de vie. La Recherche comme trajet pour se rendre compte que c'est ce qu'il faut faire. Observation et Notation.





La Pataphysique est, d'allure, imperturbable.
(...) La vie, c'est entendu, est absurde, mais c'est parfaitement banal, et il est grotesque de la prendre au sérieux. Surtout pour s'en indigner ou l'attaquer. Le comique est un sérieux qui s'excuse par la bouffonnerie, le sérieux pris au sérieux est inexorablement bouffon. C'est pourquoi le pataphysicien reste attentif et imperturbable (Imperturbabilité n'est pas une traduction noble de froideur. Le Pataphysicien se sent personnellement intéressé, - non par l' << engagement >> de celui qui cherche à créer des valeurs humaines - mais à la manière de l'enfant regardant dans un kaléidoscope ou de l'astronome étudiant ses galaxies). Cette imperturbabilité lui confère l'anonymat et la possibilité de goûter l'entière profusion pataphysique de l'existence.

DVD, Secrets et Mensonges, avec la grande scène à la fin où toute la famille crie, pleure et déballe les secrets. Moi je marche. Le casting est excellent, et j'adore le personnage du frère, gros nounours attentif, intelligent et empathique. Sur la grande scène cathartique, Pialat fait ça en plus improvisé, mais je ne marche jamais, il y a comme une impossibilité pour moi d'apprécier ces choses. Pourquoi ?
L'empathie. Si les acteurs ne sont pas dirigés, qu'ils improvisent, je suis immédiatement géné pour eux, je me demande comment ils vont s'en sortir, et en somme, je sors du film. Voir si Bergman a fait des scènes semblables. Explorer : grandes scènes de disputes familiales au cinéma.
De toutes façon, je suis toujours emmerdé par les disciplines basées sur l'improvisation. Le théâtre improvisé est une catastrophe pour mon cerveau, je suis épouvanté - parce que je me mets à leur place (empathie) et j'ai peur pour eux. De toute façon, ajouterais-je, le résultat est souvent bien mauvais. Et l'une des raisons de mon désintérêt pour le jazz "live", c'est l'idée du solo. Le gars doit faire son solo, et moi je me sauve. Atroce.
DVD : Le Nouveau Monde. De quoi faire ricaner bien des gens ("c'est lent..."). C'est lent, oui, et contemplatif, mais Mallick connaît son boulot : la caméra est fluide et inventive, le montage est remarquable, le rythme est parfois bien surprenant (certains raccourcis narratifs sont incroyables). Grand quotient de bizarrerie, donc, ce qui a un grand effet sur moi. Tout ça fourmille d'idées (sur le son, les raccords, la musique) et de plans magnifiques, parfois très courts, une respiration constante du flux d'images. Des erreurs : Farrell. La voix off, parfois maladroite. La musique (rarement). Moi, ça me tient, comme me tient souvent Kubrick. Et j'adore la façon dont il tire toute une série de plans poétiques sur un dialogue continu, sorte de fil à linge pour les images...

Après leur avoir lu le bouquin (comme pour le Pinocchio de Collodi, effarant), j'ai montré Peau d'Âne à mes deux filles. Quelle rigolade ! Comme une parodie de parodie, dont on ne saurait pas ce qu'en pense le metteur en scène. D'abord, le conte est une folie (le père d'une belle princesse veut l'épouser, elle lui fait des caprices avec des robes, lui fait tuer l'âne qui chiait de l'or, puis se sauve avec la peau d'âne sur la tête !). Le Prince est évidemment ridicule, Deneuve a l'air de ne pas y toucher, Delphine Seyrig (sublime, et "exagérante/distanciée", il faut voir ses mines !) explique que sa baguette magique perd son pouvoir comme si elle n'avait plus de piles (et débarque, à la fin, en hélicoptère). Et donc non, ce n'est pas kitsch, pas un instant, c'est au-delà. Les décors (la chambre de Deneuve, le trône chat-blanc du roi), par exemple ne sont pas sur l'échelle romantique/parodique/kitsch/, mais sont... improbables, "on ne sait plus". Si on veut placer son rire là-dessus, on se demande comment le faire. Les galipettes des amoureux (à l'envers) dans l'herbe, la chanson (que faire de tant d'amour, fumer la pipe en cachette, aller à la buvette !)). Restent deux endroits de perfection : le zoom vers le livre du générique du début (sur la magnifique fugue de Legrand) et le dédoublement deneuvien du cake d'amour. Il eût fallu désinfecter avec un Buster Keaton, un Marylin Monroe, mais j'ai renoncé.
Tiens, regardez : http://www.sancho-asia.com/article.php3?id_article=1019





Je dis souvent Rain saved me. La pluie, en effet, nous sauve souvent des pénibles, des fêtards brailleurs noctures, des abrutis joueurs de djembe, des enfants qui jouent aux pirates. La pluie arrive, et voilà tout ce beau monde qui rentre, qui se planque, qui disparaît. Rain saved me...
DVD de Jean Rouch et Edgar Morin, passionnant et troublant, couronné par de passionnantes questions des participants, qui viennent d'assister à la projection de ce qu'on vient de voir. Arguments troublants : personnages pas assez vrais, dit Morin, ou trop vrais, c'est à dire artificiels (car présence de la caméra) ou exhibitionnistes. Une sorte d'enquête sociologique ("Comment vis-tu ?") se double ainsi d'un portrait d'une époque révolue (la façon de parler, même, des français, a changé profondément), et se triple d'un débat "méta", qui s'interroge sur lui-même...
Il faudrait lire Morin, et Bourdieu, je sais, mais non.

Trouvé une bizarrerie : Tilly and the Wall - You and I misbehaving. Rentré un 14 heures d'automne à ciel gris et air chaud, mon iPod m'a servi un Gerschwin par Heifetz et un Renaissance. Je ne connais pas Renaissance, mais j'ai quelques chansons un peu nunuches mais fort bien orchestrées, parfaites pour la chanteuse, joli type de la blonde-à-la-voix-de-cristal. "Let it Grow" sous ce ciel gris, doux et chaud, en marchant dans les feuilles mortes, c'est tout de même agréable.
26 Octobre. Il fait chaud, lourd. Le ciel fait son grand malade qui se traîne. Je pense à la Planète des Singes. Quelque chose va survenir...
En attendant, un gros connard (toujours un différent) fait hurler un moteur, une scie ou un souffleur de feuilles, quelque part, quelle que soit l'heure de la journée. J'adore mes frères humains à moteurs.
Fini une biographie de Victor Hugo. Je continue les Choses Vues, en alternant avec Proust et mon volume sur la condition animale. Prose et poésie d'Hugo m'intéressent peu, mais le personnage, oui, et ses essais avec.
Bonne nouvelle : les voitures sont désormais interdites. L'essence subsiste pour les secours, les transports en commun, les livraisons. Le particulier n'a plus le droit de circuler dans son véhicule, et voilà pour lui. Le traffic est divisé par 100. Le calme revient. Mais la planète n'est pas sauvée, car cette décision a été prise trop tard. Les humains meurent tous, pendant l'ère non pas glaciaire mais caniculaire. Bien fait.





Mauvaise journée. Il fait lourd. Partout, les moteurs. Le ciel fait son Grand Bleu le matin, et des nuées noires l'après midi. J'écoute la Sonate 21 de Beethoven (la Waldstein, comme ils disent, par Arrau, subtil). E.
déboule, habillée en longue robe blanche et or de Princesse (avec des tongs aux pieds), et, devant les enceintes, fait le chef d'orchestre, elle est concentrée.

Trouvé, oh joie, un gros volume de lettres de Glenn Gould, une biographie de Marina Vlady et ses soeurs, un Marabout sur la Mythologie, une belle édition illustrée de Moby Dick, un sublime volume de La Case de l'Oncle Tom, les lettres de la Princesse de Palatine (1672-1722) et, coup de bol, A Marche Forcée de Slavomir Rawicz (en 1941, des bagnards s'évadent d'un camp russe et mettent deux ans à atteindre... l'Inde).
Choses Vues, de Hugo, juste avant l'exil. Je ne connaissais rien de la Révolution de 1848, de l'abdication de Louis-Philippe et de l'arrivée de... Napoléon III. Des noms à explorer : Guizot. Thiers. Lamartine !
Je me sers de plus en plus de Wikipédia.
DVD : V pour Vendetta, étonnant, élégant, bizarre... le tout dans un cadre "gros budget, effets spéciaux, film américain". Bien comme tout (dans ce cadre). Me suis refait Titanic, j'adore. Cameron est un lion.
Louis-Philippe, donc, dernier roi des français, abdique lors de la révolution de 1848 et se sauve en Angleterre. Je vais tâcher de lire quelque chose sur son règne, sur 1848 et la République qui a suivi, mais c'est sa vie et son état d'esprit en Angleterre qui aiguisent ma curiosité. Le dernier roi de France, en exil, c'est forcément intéressant.
Conversation sur le dernier Eastwood, qui verra son pendant japonais l'année prochaine. L'occasion de vérifier que dans le conflit USA-Japon de 39-45, deux armées se combattaient, mais surtout deux états d'esprit et deux cultures vraiment différentes se heurtaient, pourrait-on dire, à un autre niveau. L'importance de l'honneur chez les japonais, ou leur utilisation du moyen inédit et enragé du kamikaze. J'avais lu pas mal de choses sur ce sujet, et m'avait fascinée la stupéfaction américaine face au premier kamikaze. C'est la guerre, mais sur un autre plan. Tout cela me ramène à la phrase de Jünger sur la charge de soldats d'élite, en 14-18, face à une batterie de mitrailleuses lourdes.
On sait maintenant que dans les conflits "traditionnels", ce ne sont pas les plus braves qui gagnent, ni les plus malins, ni les plus combatifs. Ce sont les meilleurs techniciens, avec le plus de moyens techniques. Le soldat est un technicien, il ne voit plus son ennemi que sur des écrans. On en revient à : qu'est la bravoure, ou l'honneur de l'opérateur d'artillerie, qui propulse des obus à des dizaines de kilomètres ?
Un gain, et une perte mêlés. Jünger encore, voyageant et retournant dans les îles d'Italie, voyant que les petits bergers étaient devenus des petits serveurs dans les grands hôtels. Gain et perte.

Autre conversation, troublante, sur les contes et la terreur au cinéma. On peut montrer bien des choses, disait mon interlocutrice "psychologue", mais il faut que les personnages "mauvais" soient simples, peu nombreux, encadrés. La sorcière de Blanche-Neige est un bon exemple. Je lui parlais des signes dissonnants dans le Pinocchio de Collodi (qui est bon, qui est mauvais, dans Pinocchio ?), puis des différences trouvées entre le livre et l'adaptation de Comencini. Complexité narrative (fracturée et farfelue ici), nuances entre livre et adaptation, etc. J'expliquai ma jubilation à montrer un Blanche Neige qui ne soit pas de Disney (le scan ci-dessus : la méchante reine).
Argument de la psychologue : "Vous faites appel à la raison analytique, qui ne se met en route qu'après 8 ans. Vous en ferez des adultes raisonneurs comme j'en vois plein en consultation". Coupés des sentiments, des émotions. Je lui rétorquais que je voyais, moi, surtout des adulescents qui mangent des Galactica et Stargate à trente ans. Extension de la discussion sur les traumatismes des "infos". Ce qui ne risque pas d'arriver à nos filles, qui ne sont pas prêtes de regarder "les infos". Discours habituel du "Vous les protégez trop". Qu'importe, je me sens à ma place... Les tueries en direct, on verra plus tard.
Biopourvous.com. Liane Test.
