




DVD : Concerto pour piano N19, Pollini/Böhm, vif et parfois traversé de couleurs inquiètes. Puis le N23.

Chopé chez Victor Hugo :
<< L'église de Conches est située entre deux maisons. La maison à droite est le presbytère; elle est habitée par le curé. Dans la maison à gauche loge une dévote qui vit seule et toute occupée de saines pratiques.
Au mois de mars dernier, pendant le grand ouragan de la nuit du 12, le clocher de l'église, vénérable construction du XIIIème siècle, s'est écroulé. Il est tombé sur la maison située à sa gauche et l'a écrasée. Il aurait certainement écrasé aussi la digne dévote si la Providence n'inspirait des idées salutaires à ceux qui se font siens. Cette nuit-là, la béate était aller coucher avec le curé, et c'est ainsi qu'elle fut miraculeusement sauvée >>.
DVD : Trois Couleurs : Rouge de Kieslowski, un peu agaçant avec ses signes partout, ses correspondances gnan-gnan à la Lelouch (le final !), mais de la grâce à chaque minute (Trintignant est parfait, Jacob à sa place). Chapeau ! C'est la semaine DVD ou quoi ?
Music. Darkel (un des gars de Air). C'est nul, à un point ! Sauf... le premier et le dernier morceau. Ah, c'est une farce ! Puis le Charlotte G. Voix soufflée. Musique de bricoleux, de la petite astuce. "Tel que tu es", c'est bien, avec un climat...
Vu deux bons films pour les enfants. Nos Voisins les Hommes, bien vu, trépidant et rigolo. Avec une charge endiablée contre l'American Way of Life. Puis Nanny McPhee, avec (et écrit par) Emma Thompson et Colin Firth, remarquable et déjanté, avec une belle montée en puissance à la fin. Chapeau !
Pour m'amuser j'écoute quelques passage du Phantom of the Paradise, puis, intrigué, de Renaissance. C'est une musique que je n'ai pas écouté, sorte de super-variété-pop-symphonique. Ce qui s'en approchait un peu, c'est Alan Parsons Project. Hum.
Il faut désinfecter. Trio de Chostakovitch puis Tchaikovsky, avec Argerich et ses copains.
Sinon je suis replongé avec un peu de honte dans X, de Klaus Schulze, concert à improvisations sans fin, plages électroniques avec bip-bip, horizontalités et grands choeurs de machines. Bizarrement je retrouve le même sentiment qu'à l'époque. C'est nul, musicalement parlant (un solo, chez Schulze, c'est quelque chose !), mais on se laisse avoir par... je ne sais pas... cette déambulation. Dans "Georg Trakl" (si si, c'est le titre), les doigts du bonhomme déambulent sur des suites d'accords (et il module comme un sagouin), c'est sans queue ni tête. Je me demande toujours comme il préparait de tels concerts. Affligeant, mais je ne peux m'en détacher.

Pensé attendrie pour l'époque où les livres n'étaient pas "coupés" (c'est à dire qu'il fallait couper les pages avant de lire). Je suppose qu'on trouvait diverses catégories de lecteurs. Ceux qui faisaient couper par un domestique. Ceux qui coupaient tout le livre en bloc en discutant devant le feu, le soir. Ceux qui coupaient "tout en lisant", au fur et à mesure. C'est plutôt ce que je fais moi.
Pour travailler, je mets du Harold Budd.
Ce midi, soleil et air très frais. Je lis un livre sur la IIème République (1848-1851). Paris, émeutes, abdication de Louis-Philippe, et... bien des choses qui m'échappent, dont surtout cette époque qui semble confondre Paris et la France. Je me passionne pour cette République "trop tôt", le premier suffrage universel (mais pas les femmes !). Est paru un gros livre sur la chambre des Pairs, mais c'est cher...
Toujours effaré par les Rascagnes. Quel talent, quelle ambiance ! Vraiment différent.
Moi, les explorateurs du Pôle, les aventuriers de la Jungle, les escaladeurs de l'Everest, les traverseurs d'océan-en-solitaire, et bien ils m'emmerdent. S'ils réussissent leurs "exploits", ils m'emmerdent. S'ils se font geler, bouffer ou s'ils tombent à pic, ils m'emmerdent aussi. Voilà un aventurier, et je suis déjà parti. Voici un explorateur de l'extrême, et je vais me coucher. Au moins, dans ma chambre, y a pas d'explorateur de l'extrême. Bien fait.

Je tape "Victor Hugo" sur le site de l'Ina, et tombe sur l'Alain Decaux de notre enfance, qui raconte 1848 comme il sait faire, face caméra avec ses grosses lunettes. Ensuite, Ionesco, poilant et surtout très brillant, à Apostrophe, avec son livre qui déteste Victor Hugo.
J'écoute un album de Grandaddy avec un sourire de là à là. Invention, joie, habileté. Youpi, disent mes zoreilles !
DVD : OSS 117. Je ne marche qu'à moitié, mais c'est intéressant sur un point : c'est un humour à quel degré ? Le personnage est si remarquablement et formidablement stupide... C'est rigolo, mais compliqué, l'humour se baladant sans cesse entre le nonsense, les astuces référentielles, le burlesque, le "c'est tellement nul que c'est drôle", l'esprit et l'humour gras. Certains gags semblent flotter, ou ne pas s'achever, on n'est pas sûr. Il faudrait aller plus loin... En tout cas, le bêtisier, pour une fois, est hilarant.





Mes "3 étoiles" d'iPod du moment (sur 5) :
- Ampop : Ordinary World, petit slow qui s'envole dans une valse pour les refrains. Le chanteur est intéressant, les arrangements rigolos, la production précise et habile.
- Club 8 : A Place in my Heart, simple rengaine sous une voix chuchotante. Le tout est tranquille, élégant, et quelques belles couleurs effleurent les oreilles. Incessantes ruptures dans les "hi-hat". Le bassiste sait ce qu'il fait. Un verre de limonade !
- Depeche Mode : Enjoy the Silence, course originale sur des marches de choeurs. De la belle mécanique, avec un côté souple et comme évident, sur une structure en crescendo : le groupe sert les surprises toutes les dix secondes, et le morceau se monte comme une maison. Du boulot !!
- Depeche Mode : Clean, rigolade fabriquée sur une basse à écho (Pink Floyd), portée par ce chanteur en forme. Talent confirmé : crescendo "inventif" (ça sort de partout !), production étagée, précise. Et ces deux accords aigus qui descendent du plafond pour la fin... Des rois !
- Earth Wind and Fire : After the Love has gone. Je n'ai aucune idée de la façon dont ce truc est apparu dans mon iPod (une compile de slow ?). J'ai failli jeter, mais j'aime bien, nostalgie, ce son "slow de luxe", entre Bee Gees et Streisand, très cocktail. Hi hi !
- Emmanuel Santarromana : Metropolitan. Vient d'un Hotel Costes. Danse fascinante et irrésistible, dans l'esprit d'Europe Centrale à la Bregovic. Sur mon iPod, me donne une drôle de démarche, puisqu'envie de danser, ravi, les bras en l'air, alors que, tout de même, il faut que je suive mon chemin...
- Fiery Furnaces : Nevers. Une bizarrerie hilarante, enfantine, bourrée et rigolarde, hantée de voix entrecoupées à l'envers (?). Moyens habiles : piano excellent, arrangements tortueux (synthés bien placés, sonoritées tordues, structure cassée). Une énergie morriconienne. Des fous, des bons fous.
- Goldfrapp : Paper Bag. Une idée du luxe, qui se rapproche parfois dangereusement du ridicule, car n'est pas John Barry qui veut.
- Grandaddy : Stray Dog and the Chocolate machin, à cause du gimmick de synthé. Pouloupitou et tralala. Pareil : écoutez ça en marchant et vous voilà tout bizarre. Le gars coud toutes ses musiques avec de belles notes qui vous arrondissent la bouche de surprise (première touche à 1'27"). Beaucoup de talent musical. J'applaudis.
- John Williams : Cavatina from Deer Hunter, guitare en arpège (Voyage au Bout de l'Enfer). Bijou respirant.
- Joni Mitchell : For Free. Voix superbe, nuancée, sur un piano vivant, étonnant et dur, tout en colère rentrée. Et la chanson est remarquable, Mitchell se comparant, elle qui remplit les stades, à un gars qui joue dans la rue "for free".
- Kate Bush : Running Up That Hill. Ecoutez la première note, ce "fil" que Bush tendra sur tout le morceau, bourdon texturé. Le sommet de Kate Bush, c'est peut-être cet album, et ce morceau bien étrange avec ce "fil", la rythmique qui pétarade, la voix qui se multiplie à tous les étages, les appuis mélodiques au "synthé couineur" (faut le faire, quand même). Ben mince !
- Kiki Dee : Amoureuse, reprise d'une belle chanson de V. Sanson. Gros slow variétoche, atroce, avec violons qui dégoulinent, batterie "trop de reverb coco" nulle, et arrangements à la louche. Mais Sanson a trouvé un beau bout de mélodie. Mince. Jeter Kiki Dee et trouver l'original :-)
- Kings of Convenience : The Weight of my Words, un rien du tout d'instrumental, tournant sur deux accords, et diable : que c'est bon !!! En somme, la plus belle boucle que j'aie entendue depuis longtemps.
- Lamb : Sweet. Refrain à la Kate Bush sur un ensemble percussif... crépitant. Un peu usant sur la fin...
- Lisa Gerrard : Now We Are Free, tout un programme. Je pense que c'est la musique de Gladiator. La dame sait ce qu'elle doit faire. La musique l'enveloppe comme il convient. Impecc !
- Metric : Raw Sugar. Miss Metric a la voix qui semble s'écouter-sensuelle ("oh que ma voix est oh oh oh"). C'est une chanson pataude, mais qui tient debout grâce au boulot d'invention des instrumentistes et du producteurs. La basse se tient, et ça fourmille de détails bien placés. Les chansons plates des bons groupes sont amusantes à scruter.
- Michael Nyman : The Heart Asks Pleasure First. C'est la Leçon de Piano ! Une coulée d'arpèges. Nunuche, mais du bon nunuche :-)
- RadioHead : Sail to the Moon. C'est un lecteur qui m'a invité à me pencher sur ce groupe, qui fait ici une pinkfloyderie à piano. Le chanteur fait comme toujours et partout : il tiiiiiiiire ses noooooootes. On dirait qu'il veut remplir tous les blancs. Affalé, et plaisant, surtout grâce à la petite modulation, vous savez bien, qui fait du bien, et qu'ils resservent sans cesse.
- Radiohead : Scatterbrain. Le chanteur tiiiiiire ses nooooootes (hi hi !). L'objet tire son intérêt des tensions apportées par les arpèges de guitares, qui s'en vont taquiner la fausse note de temps en temps...
- Renaissance : Let it Grow, un truc pas possible, une sorte de cantique à piano. Voix de cristal et tendance hymnique tralala à polyphonie chorale finale. Joli comme tout.
- Sade, j'ai tout jeté de sa discographie, sauf Kiss of Life, parfaitement élégant. Basse précise, e-piano léger comme l'eau, le reste à l'avenant. Perfect. Bullet Proof Soul, plus sec, abstrait; et Fear, un OVNI chez Sade, avec de l'ampleur, des climats, un violon inattendu et des envolées hispaniques à la Supertramp. Grandioso !
- Tarwater : To Moauf, instru de bois et de plastique, machine amusante, clignotante et sèche, qui s'englue dans de magnifiques cordes finales.
- The Durutti Column : Helen. Voix blanche et guitares en échos. Un climat... unique.
- The Knife : Heartbeats avec ses gros synthés à la Alphaville. C'est bien trop gras, mais la voix brisée et coupante de la chanteuse fait bien des miracles. Style eighties, usant, mais fascinant.
- The Walker Brothers : No Regrets. Marchez un peu en ville, un soir de fatigue, quand le soleil est tout en bas et que tout s'assombrit, avec ce truc dans les oreilles. La grande classe.
- Tilly and the Wall : You and I Misbehaving, un grand bouquet de surprise. Couplets dialogues homme/femme sur rythmique saturée, trompette inattendue, piano malin. C'est déjà bien surprenant, mais quand on commence à s'habituer, ils ouvrent la porte et vont courir sur de grandes pelouses avec trompette posée, piano studieux et voix ("papapaaaa !") impossibles. Une forme de magie que j'apprécie beaucoup. Le genre de truc que je remets dès que c'est fini.
- Vienna Art Orchestra : Funny. Un climat joliment évolutif sur un crescendo rythmique assez jouissif. L'air, c'est une trompette libre qui l'apporte. De bonnes idées, et de la tenue.
- Vienna Teng, que j'ai trouvé grâce à cette superbe pochette. Blue Caravan, l'élégance. I don't Feel so Well, assemblage de chambre, évolution passionnante. Pontchartrain, lenteurs, cassures et nuages... Je préfère ça à Peyroux et autres jazzeuses moins obliques.
- Wim Mertens : No Testament, ou Mertens qui se prend pour Glass. Rigolo.

De réécouter tout ça m'a donné envie de changer le nombre d'étoiles de quelques morceaux. Ah ben flûte. On pourrait ajouter :
- Enya : Carribean Blue. Musique affreuse, dégoulinante de tout. Mais le morceau emporte tout comme du vent. Rempli et usant.
- The Cure : Friday I'm in Love, pop heureuse. Il devait vraiment être amoureux, le gars !
- Tribeca : Solitude. Sec, plastifié, amusant comme tout. Chanteur intéressant. Refrain parfait. Surprises (dans les sons, dans la construction). Ouais !!
Viré pas mal d'imposteurs (Delerium. Anja Garbarek.), d'insupportables découvertes (Return to Forever).


Trouvé d'autres Tilly and the Wall. Je n'arrive pas à savoir ce qu'ils veulent. Fell Down the Stairs est une farce. Sad Sad Song est cheap (et rasoir) mais intrigue par quelques secondes "au bord de la fausse note". Perfect Fit a de l'ampleur. Quelques idées rythmiques partout. Le reste est jetable et l'ambiance "sixties enthousiastes" avec. Mince.

DVD : Le Piège, John Huston, avec Paul Newman. La notice dit que c'est hitchcockien, et aussi que c'est traité avec désinvolture et beaucoup de sens ludique. Paradoxe ? Pas temps que ça. C'est même exactement comme ils disent :-) ! Paul Newman est parfait, et Dominique Sanda impeccable en blonde hitchcockienne (donc) lisse, diablement fûtée, joueuse-à-froid (énigmatique, donc). Le tout, donc, monté avec cet sorte d'air de ne pas y toucher. Huston joue avec nous, c'est évident. Parfaitement délicieux.
Il faut vraiment que je me paye ce gros bouquin sur John Huston, dont la filmo géante m'intrigue beaucoup. Et son style de caméra, jamais virtuose, mais toujours mouvant, vivant, précis, fluide...





Amusante conversation avec un monsieur voyageur dont le diagnostic sur la France est frappant : ce pays, en comparaison avec d'autres, est dans "l'affectif" - la raison et l'analyse ont perdu leur force dans le discours public, politique et médiatique. Ça signifierait - toujours pour ce monsieur - que le pays est prêt pour la Révolution (majuscule :-). Et pourquoi pas ?
Sur mes modestes recherches sur la période 1789-1850 (je n'ai pas encore attaqué Sedan, ni la Commune), j'ai été surtout frappé par 1848, ou les gens voulaient (dans quelles proportions ?) 1/ Renverser le Roi (et même toute royauté, puisqu'une régence fut considérée comme impossible) 2/ Instaurer la République (avec ses corollaires, dont le stupéfiant suffrage universel, dont tout le monde semblait s'accorder à dire à l'époque, "c'est trop tôt"). Trop tôt, oui, c'est sans doute pourquoi la France plébiscita massivement la reprise en main musclée de Napoléon III en empereur (creuser la question : pourquoi un tel succès après le coup d'état ?). Exit la République.
Questions naïves, je sais :
- Les Révolutions renversent une tyrannie, mais aboutissent (souvent ?) à quelque chose de plus dictatorial encore, cf l'URSS, souvent du provisoire qui... dure bien longtemps. Deleuze rigole beaucoup des révolutionnaires dans l'Abécédaire.
- Dans les Révolutions, quelle est la part de "nous ne voulons plus de ce qui existe" (souvent attaché à un homme, le tsar ou le roi) et de "nous voulons passer à la suite" (la République, le Communisme) ?
Prolongement de cette conversation avec un prof de fac (en économie). Nous convenons que le premier carburant existe (ras le bol, il faut changer quelque chose, le libéralisme ou je ne sais quoi), mais que le second est inexistant (remplacer ce qui est, oui, mais par quoi ?). C'est l'emmerdement des Utopies mortes :-).
Il semblerait bien que les "gens" veuillent bien arrêter la course capitaliste, mais aussi que leur aspiration première est... la même chose que ce "système" (c'est à dire : trouver toujours plus de sous, consommer plus - et accessoirement se gaver de télé). Elle est loin, la Révolution !
J'ai entendu bien des fois sur les hommes politiques : "Tous pourris tous autant qu'ils sont de droite ou de gauche tous pourris". Voilà qui est bien pratique pour l'esprit. La sentence est dite, c'est clair, plus besoin de réfléchir ou d'analyser. Pas besoin de voter, même, ou de savoir l'emploi du temps d'un député ou d'un ministre, ni de les contacter ou de savoir ce qu'ils veulent changer ou pas. Tous pourris. L'esprit s'arrête, ouf. On peut regarder sa télé tranquille.

Choses trouvées :
ouverture au pressentiment
De même que Goethe tient les couleurs pour des aventures de la lumière, nous pourrions considérer l'ivresse comme une irruption triomphale de la plante en nous.
...rien de pire que ces princesses de passage qui apparaissent au crépuscule.
haute ivresse
ces surprises qui figent le rire
descente dans la quantité
...ne connaît qu'une allure, le galop, ce qui mène rapidement à la ruine.
...les horloges se sont mises à pulluler. Celui qui a son temps propre est suspect. Pourtant la forêt subsiste, même quand les abattages ont atteint leur terme.
...la dose, si forte qu'elle ne laisse même pas éclore l'inquiétude.

...chez Jünger (Approches, Drogues et Ivresse).
<< Il semble que , dans des situations dangereuses, nous pouvons détacher de nous une instance observatrice. A la guerre ou dans un incendie, elle peut nous tirer d'affaire. Elle nous montre telle ou telle porte de sortie; nous la prenons pour un instinct. Rien à y redire : instinct est un mot comme les autres. De temps à autre, cet observateur, qui apparaît tantôt comme accélérateur et tantôt comme modérateur, choisit également la forme de l'intervention de la logique, à contrecoeur. >>
Ernst Jünger.

J'écoute, conseillé, Ed Harcourt. Loneliness : voix blanche et chanson plate qui court à toute vitesse sans regarder où elle va. Quelque chose me fait penser à Ultravox, et on retient un étonnant petit pont de guitare (pressé d'en finir ?). This One's for You confirme que le chanteur est ordinaire (et la chanson avec). She Fell into my Arms a peu de goût malgré quelques efforts de décollage une fois que le milieu de la pièce est atteint. C'est très mal mixé. Bittersweetheart a un petit quelque chose qui fait lever les sourcils, qui se confirme lors du pont instrumental. Strangers me plaît avec ses petits traits de guitare dans la reverb, son rythme sec et son pianillon qui se marre dans son coin. C'est simple, amusant et bien vu. Born in the 70s, c'est comme Loneliness, tralala, ça court partout sans intention et sans idées ou presque. All you Days me réveille enfin avec ses couplets en harmonies "escaliers zigzaguants" (mais que c'est mal produit; le son est écrasé, en carton), sans que ça n'aille très loin. Une forme de folie bienvenue. The Storm is Coming possède quelques atouts, dont une belle guitare tirée (trop rare) et des couplets qui se tiennent (la voix est bien mieux), quel lyrisme ! Shangai, c'est bof, simplet, cafouilleux. Apple of my Eye semble pas fini...





J'ai un camarade qui vient d'ouvrir une boutique de produits "bio", du vin, du champagne bio ou du savon d'Alep. Et il accepte Paypal. Si vous avez besoin de ce genre de choses pour les fêtes, Biopourvous.com. Pub gratuite !
J'écoute Judee Sill. Années 70, voix calme, idées et arrangements partout. Tout est intéressant. Miam !

Pour S. A. : Moi je me souviens bien de ces automnes vingtenaires, aux journées remplies et re-remplies de rencontres et de courses dans d'autres villes ou d'autres pays, où l'on se frotte au monde en rigolant beaucoup. Je me souviens aussi qu'à cette époque de ma vie une partie de moi n'était déjà pas d'accord, et en observation. Une part de moi adorait ça, mais une autre avait envie "de rentrer", comme l'otaku de mon Koan Jet. De l'eau qui se répand partout en éclaboussant.
La période suivante était plus solitaire et plus artistique. Travaux de composition pour le théâtre et la danse. L'impression, peut-être fausse, que l'eau se répand moins partout, mais est plus canalisée, plus forte. Les énergies se densifient, des choses concrètes se produisent (pour moi : des CD dans le commerce), les amours s'approfondissent. Je préférais cette période. Jusqu'à ce que j'en aie nettement marre. J'avais alors... 30 ans.

Judee Sill, Abracadabra, voix intime et guitare folk, à la Nick Drake, puis modification des panoramiques, autres voix en reverb, cordes de chambre qui montent et finissent par tout exagérer. Ou The Archetypal Man, sorte de chanson de cow-girl à pedal steel qui mute de temps en temps (cordes à un moment, ou badabadas à la M. Legrand). J'adore, moi, les mutations dans un morceau, comme si des portes s'ouvraient sur des mondes étrangers.
N'ai pas trouvé beaucoup d'autres bons morceaux chez Vienna Teng. Sorry pour ceux qui se sont précipités...
Et mes 5 étoiles d'iPod alors ? D'accord, radotons et re-radotons :
Abba, Gimme Gimme Gimme, disco parfait parfait parfait :-). Cette saloperie met instantanément en branle mes deux cerveaux (enfin le droit et le gauche, vous savez bien). Le sensitif danse comme un pingouin taré rigolard, et l'analytique avale à grandes bouchées cette grosse soupe dansante remplies d'idées structurelles, dynamiques et texturoïdes. Génial.
Brian Eno, Prophecy Theme, grand voile doré qui vient de la musique de Dune. Marchez où que ce soit avec ce truc dans les tympans, et puis...
Ennio Morricone, Mucchio Selvaggio. Moins de trois minutes pour déployer sifflets tordus, percus à cheval, piano loufiat, cordes bourrées, trompettes Walkyriennes et grand choeur mâle pompeux. Farceur et époustouflant.
Grandaddy, The Warming Sun. Je me suis rendu accro à ce slow BarclayJamesHarvestien, tout simple et tout bien fait, truffé non de pépites mais de toutes petites bonnes idées. Poison violent.
John Barry, We Have all the Time etc, fumée de cordes. Totalement cul-cul la praloche, et magique, et toc.
Joni Mitchell, Black Crow, flottements passionnants autour d'un axe guitareux qui tisse la route comme les lignes blanches. La basse est prodigieuse. La voix remarquable (et culottée : voir le "upon"). Récurrences de bizarreries (ces traits de e-piano). Au delà de tout ça, c'est le trajet harmonique de la chanson qui me tue. Et je trouve des liens avec, par exemple, Sylvian/Fripp...
King Crimson, Three of a Perfect Pair, chanson ravagée (et j'enrage que personne ne fasse encore cette musique), sorte de rock de plastique et de métal, machinique et prodigieux. C'est un morceau rigolo à écouter plusieurs fois à la suite, en se concentrant sur ses différents éléments : la basse, le chant, la structure d'escalier, les guitares, la batterie, puis plus haut : l'idée d'entrelacement, les ruses de la basse, le break "abstrait", les sources harmoniques du plaisir, etc.
Les Valentins, Les Pieds dans la Lune, beaucoup plus simple que tout le reste, mais délicieux comme un verre d'eau. La course des guitares ou le travail du bassiste, et l'idée de repousser le refrain bien loin du début. Et cette voix, avec de l'argent dedans...
Richard Pinhas, Ubik. J'en ai déjà bien assez parlé. L'idée de machine, de crescendo, de déception (le "fil"), et cette production graisseuse, cafouilleuse, métallique, sur une telle précision harmonique...
Richard Pinhas, Houston 69 est agaçant à rebours, car plus "terrible" et inventif en 5 minutes que 1/ Tout le rock "metal" 2/ Tout le rap de la terre, si. Course effrénée vers l'horreur - à écouter fort. Se concentrer sur la propulsion basse/batterie, sur les variations de la voix vocodorisée (différents plis d'incantations), sur l'idée d'accélération, ou de dérèglement, le tout, encore, avec une précision et une richesse harmonique redoutable. Et comment voulez-vous adorer Radiohead après ça ?
Robert Wyatt, Little Red Riding Hood Hit the Road, pas si loin du précédent, course malsaine à l'endroit puis à l'envers, sous et dans un grand nuage de trompettes. Admirer la propulsion rythmique et son évolution, le "décollage" avant les 2 minutes, le trio basse/voix/piano, etc...
Irmin Schmidt, Verdi Prati Valse, valsounette à z'accordéon, d'une élégance impeccable.
Sufjan Stevens, The Lord God Bird avec son odeur de paille et de soleil, sa voix divinement sèche et l'ensemble des arrangements. Merci mon gars !
Tangerine Dream, White Eagle, entrelacement de séquences, comme toujours. Affreusement "synthé", mais totalement nectaresque pour mes esgourdes.
Art of Noise, un bizarre Beat Box Remix, un peu mal foutu, mais qui met aussi bien en valeur ce monstrueux morceau fait entièrement de bruits, ou presque. Une branche morte de la techno, et sur quelques plans son antithèse : la musique mute à chaque seconde (presque tératologiquement), et on sent beaucoup d'humour et de plaisir à faire cette "chose"...
Bon voilà j'ai encore radoté.
Fête des Sorcières. Ce bleu du ciel.

Avec ce p'tit DVD des Dames de Cornouailles, je retombe sur cette actrice au visage si énervant. On doit tous avoir je pense en tête un type de beauté "trop". C'est très agaçant, d'abord parce qu'il est impossible de regarder un film normalement avec ce type de visage. Voici Natascha (car elle s'appelle Natascha) et hop, le film disparaît, il n'y a plus rien d'autre que cette sorte de stupeur qui vous saute au visage comme une araignée. D'ailleurs, sur le Web, je ne trouve aucune photo satisfaisante, ce qui est un signe. Elle apparaît belle mais sans lumière, probablement toujours un peu cruche, ou minaudant-forcée. Impossible de trouver une photo qui laisse émaner quoi que ce soit. C'est trop lisse, trop doux, trop quelque chose. Très agaçant, cette beauté-ci. Impossible, j'imagine, de tenir un jour une conversation avec une dame de ce type de beauté là. Rien ne peut se mettre en route dans la tête, car tout est arrêté par cette stupeur. On peut faire semblant d'être désinvolte, mais on est dévoré, voilà, dévoré. Et puis chercher la source est inutile. Les pommettes, un peu slave ? Non. Le petit air à Meryl Streep ? Non.
DVD : Glenn Gould au delà du Temps.

