...les rêves collectifs chassent les songes individuels...



See you !




Janvier



Bonne année !

Lectures fouillées sur Cortez et les Aztèques. Chiffre "communément admis" des sacrifices chez les Aztèques à l'époque : 20.000 tués par an, dont un bon paquet d'enfants. Jeune empire (200 ans) qui écrasait les provinces autour de lui (trop heureux d'aider les Espagnols à détruire tout ça). Eh ben... Lire : Bernal Diaz, et peut-être Cortez.
J'apprends des détails amusants, comme ceci : les Indiens d'Amérique du Nord ne connaissaient pas le cheval, qui n'a été introduit que par les Espagnols (qui, du Mexique ou de la Floride, ont bien essayé de conquérir aussi cette partie du continent). Ils ont appris ensuite à le domestiquer...

Longuement observé aujourd'hui deux chats qui se préparaient à la bagarre. Longs cris quasi-humains. Statisme puis grandes empoignades pleines d'effroi, comme si quelque chose de plus fort qu'eux les obligeait à s'écorcher, malgré eux...

La magnifique crise de colère du père dans le film Cours Lola Cours (Lola Rent). Ouahhhh !


Je tire des fils musicaux et m'ennuie beaucoup avec Tortoise, Boards of Canada ou Venetian Snares, tous les trois assez typiques : toutes sortes d'idées, mais qui tournent à vide, ne s'accrochent à aucune structure, ou pire, à aucune intention. Visages sans expression. Tortoise, pour ça, ce sont les pires...

Vite ! Antidote ! Matthew Herbert (ce que j'aurais dans ma bagnole si j'en avais une). Aucun génie, mais une sorte d'élégance musicale. An Apple A Day, balancement de bruits et jeux de sampler; Bedroom Jazz, techno qui dort sur basse rêveuse (ou en escalier) avec un joli sens de la bribe; Harmonise, harmonies floues sur propulsion rythmique bondissante et bong et bong et bing; Something isn't Right, chanson ratée qui se déroule devant des divers arrangements à côté de la plaque (humour au 3ème degré ?); The Movers and the Shakers, course jazzy; Foreign Bodies, mécanisme plus abstrait (on dirait du Yello à la tête cassée). Il a même fait un Singing in the Rain !

Se détendre les oreilles avec Judee Sill. Lady-O et sa curieuse évolution panoramique...

Ses Son Sa.

Je vire de bord avec Nathan Fake, son ciel rose et sa techno de roublard éternellement mutante, sa pulsation qui se cherche toujours, ses petites notes qui clignotent sur le côté de la musique, sa basse en plaques, boules et tiges multiples, ses espaces qui tendent les voiles et sa grande course sur frottements de la fin. C'est zéro, mais avec bien du talent !

<< Ouverture aux pressentiments >>

Nietzsche distingue deux sortes d'Art. L'Art de monologue. L'Art devant témoins.



The Great Race - La Grande Course Autour du Monde, de Blake Edwards, hommage à Laurel et Hardy, le DVD parfait pour une longue après-midi grise et froide de vacances de Noël. Le genre de film qui dure 2h20, en scope, Technicolor, et avec une bataille de tarte à la crème, comme il convient.

Le caïd local.



Je m'équipe. Commandé un gros volume Les Conquistadors (textes de Bernal Diaz, Cortes, Pizarre). Acheté Très Brève Relation de la Destruction des Indes de Las Casas, les relations de voyages de Bougainville et surtout de James Cook, et, pièce royale : Conquête et Exploitation des Nouveaux Monde, de Pierre Chaunu. Ce dernier livre, avec le texte de Bernal Diaz, sont mes festins prochains.

Dans la liste des grands balanciers de la vie, on trouve toujours la Figure de la jeune fille exaltée libre et rebelle qui devient mystique, new age, végétarienne et tralala. Je l'ai retrouvé dans l'article du Monde sur la "plus grande groupie" rock, Pamela Des Barres. C'est usant, les balanciers.


Ma concierge m'annonce, un peu attérée, que des amendes seront données à ceux qui ne trient pas dans les normes leurs poubelles. Ce qui me confirme que nous allons probablement connaître un "fascisme écologique" dans notre siècle. Le communisme est mort et les religions commencent vraiment à faire suer les gens un peu partout, je ne vois plus que la dictature écologique et ses corrolaires : exécutions, massacres, guerres et lavages de cerveau, le tout pour sauver la planète.

Cette même dame m'explique ce matin qu'elle a dû, quand même, hier, tondre la pelouse. Ce qui n'est jamais arrivé en 31 ans, me dit-elle. Et une tempête par-dessus, une !



J'ai trouvé dans un dossier rapidshare des centaines de films piratés sur IlovetheBeach.com. C'est évidemment le côté érotique de la chose qui vous saute dessus, ha ha ha ! L'idée est simplissime, et consiste à aller filmer en cachette les jolies filles qui font du sein nu sur les plages de France. Les caméras se miniaturisent et gagnent en qualité, c'est visiblement facile de remplir sa besace. Mais...
Quelques autres sentiments se mêlent à la douce excitation qui consiste à mater des demoiselles jolies bronzées et nues :

- Par empathie pour le caméraman-voleur, on a un peu les jetons de "se faire piquer".
- Les demoiselles n'ayant rien à voir avec un quelconque "travail érotique", elles le sont naturellement, candidement, et c'est plutôt... touchant.
- On est quand même un peu emmerdé pour elles. Si elles savaient que des messieurs les observaient fixement devant leur ordinateur ?
- Mais le trouble érotique se mêle à autre chose. C'est que ces demoiselles n'étant pas "en représentation", tout est différent. Les sourires (moues, gourmands, mouvants) sont différents. L'érotisme se mêle au trivial, à l'attente, à l'ennui ou au ridicule. C'est magnifique. Et ça me fait penser tout le temps à Belle du Seigneur, où Cohen réussissait bien à entrelacer le sublime amour romantique et son pendant un peu raté, exagérant ou bêtasson.
- Il ne se passe rien, et pour cause. Effets de durée, de vide. C'est du Antonioni !
- Mais quand même, le "nous remarquons tout" est encore en route. Ces dames ne cessent pas un instant de s'examiner, de regarder si on les regarde, de prendre quelques poses. C'est un vaste et fascinant mélange : je me montre, je sais qu'on me regarde, je suis à l'aise, je suis quelque peu troublée, je fais comme les autres, je prends le soleil, je ne sais pas comment me mettre, suis-je comme il faut ?, etc.


DVD : Morning After, de Sidney Lumet, toujours très bien. C'est un peu trop "années 80", mais Los Angeles est magnifique et Jane Fonda étonnante. Une certaine élégance dans la mise en scène et une façon toujours originale de présenter les choses ou de monter une scène (pareil pour Le Verdict), sans pour autant virer baroque. On s'adresse aux adultes...

DVD : Agnes of God, Jewison, avec, tiens, encore Jane Fonda. Excellents dialogues. Bancroft est impressionnante. Et Agnes...

J'écoute Nostrand, de Ratatat. Ce que j'aime aussi chez eux, c'est le son de guitare mi Oldfield, mi Fripp, ce son tiré.



DVD : Superman Returns. Moi je l'aime bien, Singer, de faire un Superman comme on ne l'attend pas. Il évacue le morceau de bravoure au début (l'avion), puis prend son temps (alors qu'il pourrait se déchaîner, quand on sait ce que peuvent les effets spéciaux). C'est nul, car le scénario est zéro, les motivations du méchant sont débiles, l'apparition de Brando gratuite, et la fameuse kryptonite risible. D'ailleurs, le personnage de Superman n'est-il pas remarquablement... fade ? Mais enfin : le casting est redoutable (Clark est impeccable, ce qui est remarquable, et Loïs est parfaite - et sa position est difficile) et certaines images assez belles. C'est mou, mais les acteurs font exister leurs personnages, c'est déjà pas mal...

Recherches dans Google, pour une bibliographie : "histoire de la cartographie". Trouvé des pistes, et ai commandé "Voies Océanes, Histoire de la Cartographie".


Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, soudain, avec leurs cache-nez rayés ?

Lu une interview de JC Rufin sur son roman sur les "écologistes radicaux". Noms cités : Paul Watson (qui coule les baleiniers avec un brise-glace), Dave Foreman et "Earth First!", Arne Naess, William Aiken.

Voyons... Un livre fondateur sur Gaïa Notre Terre etc. Quelques révolutions. Installation de dictateurs "protecteurs de la Terre". Police ad hoc. Arrestations, disparitions. Interdiction de tous les moteurs (sauf pour les militaires et la police, ha ha ha). Emmerdements maximum pour quelques dizaines d'années, puis, comme partout, toujours, comme on sait : l'herbe finit toujours par pousser sur les têtes couronnées.



DVD : Ce que je sais d'elle d'un simple regard, une curiosité. Film de femmes, à sketches. Un aspect contemplatif, et calme. Choses qui se tissent, comme dans Altman, mais en moins amer. Sensibilité. Mélancolie, évidemment. Une pointe de cocasserie, de rélisme magique. Et tout un tas d'actrices à qui on donne la possibilité d'exprimer et de nuancer...
Ce qu'y fait Holly Hunter est remarquable, en multifacettes (posée, tendre, indifférente, en crise, imperturbable, femme, et enfant). Et c'est bien écrit...

Posé une question idiote, ou dérangeante, à une jeune femme qui adore Bacon, le peintre. "Pourquoi ?".



Bon. Elle est brune comme une grenade dégoupillée, vous voulez la connaître mais elle peut cracher feu et glace, c'est selon. Rouler des yeux comme une sorcière qui en ferait un peu trop, ou les fixer bleus et magiques sur vous, alors vous vous brisez rapidement au fond de vous et à la fin vous n'existez pas plus qu'un enfant, et voilà pour vous. Petit homme triste, méfie-toi de la brune amoureuse hystérique !...



C'était le ciel ce matin après la grosse tempête. Vent présent mais doux, d'Avril. Cirrus très haut, parfois en hauts décors de hautes voûtes. Ciel encore parfois sali par des petites saletées marrons, un peu ridicules devant les hautes voûtes bleues.



Une règle qui stipule que l'on ne doit jamais se fixer pour but de résoudre totalement et définitivement un problème.

<< Jouer du piano, ça n'existe pas. J'ai essayé à plusieurs reprises et je n'y suis jamais arrivé. >>

...dépasser le temps des sottises les plus grosses


Gauguin attaquait Seurat sur l'impressionisme. Le risque est que celui-ci "s'épuise en constats dressés par l'oeil" (cf Jünger Journal 1965-70, p 256). Il me faut : retrouver la phrase exacte, puis chercher pourquoi je sens qu'il y a là une pépite d'idée. L'art qui s'épuise en constats, ça ne va pas, mais il y a quelque chose de passionnant ici. Il me semble en effet que se multiplient les "artistes" astucieux, c'est à dire qui mènent leur affaire à coups de petites idées.
Le spectateur, lui, c'est vrai, s'épuise en constats. Il dresse le catalogue amusant des astuces et autres petits trucs.

Distinguons :
- L'artiste astucieux, qui travaille avec ses petites recettes, ses petits outils et ses petites obsessions. Il fait son truc. Il pense qu'il travaille "à l'instinct" mais il ne travaille que la surface de son art.
- Le spectateur. Plusieurs types. Celui qui "plonge, ravi". Celui qui m'intéresse ici : il se régale en repérant les astuces, il s'épuise en constats, comme disait Gauguin sur l'impressionisme. Il y a en d'autres, dont le brechtien dont j'ai déjà beaucoup parlé (en résumé, celui qui ne plonge jamais, mais se régale d'une forme qu'il sait artificielle, fabriquée).

Ce qui m'intrigue, c'est que le "s'épuiser en constat" est, en fait, sans doute, une forme monstrueuse de ce dernier spectateur. Un risque.

Je reprends mon exemple de Brian de Palma, qui jubilait dans Sisters, avec son long split-screen, à rendre conscient le spectateur de la forme qu'il regarde. Un certain spectateur (qui accepte ce jeu) jubile - et j'en suis. Mais le risque est, face à une oeuvre, de faire ainsi le Catalogue des Astuces, ce qui rejoint Gauguin.

Evidemment, selon la grande règle de la maturité des artistes (vous savez bien, épurer son art, tralala), De Palma n'aime plus les split-screens, Faulkner ne torturait plus la ponctuation dans ses derniers livres, et Borges explique avec amusement dans les préfaces (Pléiade) de ses recueils de poèmes, que la métaphore, ça commençait à bien faire. En bref, y en a marre d'être astucieux.



Il y aurait à développer un peu avec les fans de sous-culture médiatique. Les fans de Stargate, de Marylin Manson, les gothiques, les technos, ce sont les plus conservateurs. Ils veulent "plus de la même chose", ils veulent un CADRE extrêmement serré, dans lequel, rassurés, ils s'amusent et jouissent de repérer les petites astuces et les petites rebellions.

Dans le rap, le flow est extrêmement codifié (ce qui fait que l'auditeur non spécialiste a l'impression que c'est toujours pareil - ce qui est parfaitement exact). Grave ou aigu, rapide ou lent, vociférant ou ce que vous voulez, c'est du rap. Si un rappeur venait à utiliser d'autres registres de la voix (imprécation, discours, dodécaphonisme vocal ou folies déclamatoires à la Artaud - cf aussi les travaux de Burroughs), ça ne fonctionnerait pas. Ou ça ferait un énorme carton, cf le succès ravageur d'Eminem, qui a, c'est net, ouvert une autre pièce dans la maison.

Dès lors qu'on est dans le catalogue d'astuces dans un cadre, on est dans un affreux académisme. Le "Qu'est-ce que ça apporte de neuf" de Deleuze est inexistant. C'est la barbe !

Je demande pardon à mes lecteurs pour mes élucubrations que moi seul doit comprendre.



Au Moyen-Âge, on mettait l'Est, dans les cartes, en haut. C'est pour cela qu'on entend Orient dans le verbe orienter.

Livre à trouver : "Randles : De la terre plate au globe terrestre, une mutation épistémologique rapide".


Pour parler de sous-culture, j'ai joué une paire d'heures à... Doom 3. Ce qui est fortiche, bien sûr, c'est le progrès et la complexité des images. Les auteurs se régalent, d'ailleurs, avec des lumières tournantes, etc. L'ambiance sonore est folle, l'I.A. des monstres est améliorée, et on retrouve la tonalité globale du jeu. Mais. Mais on a perdu l'essentiel : la possibilité qu'on avait dans Doom 2 d'être totalement noyé sous les attaques des monstres. Les décors géants qui faisaient la grande parade et où ça tirait partout. Les arènes, les temples. Ici, on a des couloirs serrés et sombres. C'est beau, mais ils ont tout perdu. La panique du joueur qui se mettait à courir dans les décors pour trouver un trou pour observer, se cacher, tirer.



Quand on dit que dans un film, "il doit y avoir une histoire", alors on ne peut pas aimer Amarcord, de Fellini, sorte de gâteau fait de couches et de couches de petites histoires, presque des sketches. On ne sait pas "où" on va car, comme dans la vie, on ne va nulle part.

C'est Hitchcock, je crois, qui parlait du "McGuffin" à propos de ces objets après lesquels tout le monde court dans les films d'action et d'espionnage. Arme secrète, microfilm ou je ne sais quoi. Hitchcock expliquait en jubilant qu'on se foutait bien de savoir ce qu'était un McGuffin, car ce qui intéresse le spectateur, ce sont les péripéties pour l'obtenir.

Ce que j'adore, moi, c'est la colère des grands cartésiens qui voudraient à toute fin savoir quand même ce qu'est ce p... de McGuffin. Dans Mission Impossible III, le scénariste rigole avec ça, car le film est mené tambour battant autour de la recherche effrénée d'un truc dont le nom de code est Rabbit's Foot. Ha ha ha ! Et ils ne diront jamais ce que c'était. Bravo !





Le Type du délégué, du Chef des Parents d'Elèves, affairé, un brin soupçonneux, premier de la classe, très exactement méprisant, le type du "à moi on ne la fait pas", donne à tout le monde l'impression d'être une source d'agacement.

Belle fille, cheveux noirs, un visage mobile qui passe sans cesse d'une douce vulgarité "clope au bec" adolescente rebelle du lycée, à une expression posée, vive, dégourdie et fûtée; ce visage va de l'une à l'autre des expressions de façon mobile et continue. Sourcils circonflexes, un côté triangle, un sourire de maman de jeune enfant, un regard qui pique mais qui valse dans l'inquiétude, une bouche qui jongle entre le "je boude je t'emmerde" et le franc sourire. En permanence, en flux, elle entre en elle-même et s'assombrit, puis ressort disponible aux autres.

Récupéré un gros cartons de livres en provenance d'un collectionneur de Napoléon disparu. Et il y en a une bonne partie (livres anciens) qui ne sont pas "coupés", donc non lus. Drôle de collectionneur qui ne lit pas sa collection, ou qui n'a pas pu tout lire, le sujet étant... déraisonnable.

Valparaiso...

Trouvé bien des livres, dont le double Prescott, enfin, sur la fin des empires Maya et Aztèque, un livre sur Darwin, sur les Croisades, 93 de Victor Hugo, quatre Life sur les pays qui m'occupent (du Mexique au Brésil, Pérou et cie).

Discussion entre La Fille de Ryan et le prêtre, sur une plage d'Irlande (j'adore David Lean, moi). Elle est malheureuse, bien qu'elle ait épousée l'homme de ses rêves. Elle exprime alors un cas typique de bovarysme, quelque chose comme "J'ai tout ce que je voulais, mais je suis malheureuse, quelque chose d'autre me manque". Mais que lui manque-t-il donc, alors ? Mais du romanesque, dame, de la passion et du drame !
Elle obtiendra le tout. En tout cas, j'admire la façon dont on utilise ici les archétypes : le prêtre fort, l'instituteur intelligent et modéré, la belle bécasse, le village de dégénérés, le militaire beau et torturé, et une belle figure faulknérienne de l'Idiot.



Février










Attendre...

jeanpascal@wanadoo.fr