...progresser sans même y prendre garde...








Février



Trouvé un volume de Moby Dick, traduit par Armel Guerne, alors que j'avais une édition traduite en 1970, probablement "modernisée". Tiens, premier chapitre :

1970 :
<< Appelez-moi Ismaël. Voici quelques années - peu importe combien - le porte-monnaie vide ou presque, rien ne me retenant à terre, je songeai à naviguer un peu et à voir l'étendue liquide du globe. C'est une méthode à moi pour secouer la mélancolie et rajeunir le sang. >>

Armel Guerne - 1954 :
<< Appelons-moi Ismahel.
Il y a quelque temps - le nombre exact des années n'a aucune importance - n'ayant que peu ou point d'argent en poche, et rien qui me retint spécialement à terre, l'idée me vint et l'envie me prit de naviguer quelque peu et de m'en aller visitant les étendues marines de ce monde. C'est un remède à moi; c'est une manière que j'ai de me sortir du noir et de redonner du tonus à la circulation de mon sang. >>

Le texte anglais :
Call me Ishmael. Some years ago -never mind how long precisely- having little or no money in my purse, and nothing particular to interest me on shore, I thought I would sail about a little and see the watery part of the world. It is a way I have of driving off the spleen and regulating the circulation.

Wikipédia indique qu'il existe quatre traductions, dont une dernière en 2006 pour la Pléiade, et la première en trio (avec Jean Giono dans le trio). Il va falloir que je trouve celle-ci. La page précise ce que l'on sent dans la version Guerne : "Appelons-moi Ishamel" - connivence avec le lecteur : ce nom n'est probablement pas le vrai... Le texte anglais complet est dispo dans le Project Gutenberg ici.



Dans mes recherches sur les découvreurs, je vais devoir m'arrêter. Je finis le second Chaunu. Je renonce aux trois tomes de Las Casas, à une biographie du même, aux textes de Colomb, à la grosse biographie sur Cortes. Il m'en reste déjà trop : textes de Diaz de Castillo, Cortes et Pizarro, relations des voyages de Vasco de Gama et Magellan (Pigafetta !), les deux Prescott (Incas, Mayas), Cook et Bougainville. Stop !

Las Casas (qu'interprète Marielle dans La Controverse de Valladolid), c'est un personnage phénoménal. Le seul à s'indigner du sort des Indiens. Il y travaille tant que Charles Quint promulgue des lois anti-esclavage... qu'aucun colon n'accepte de respecter. Retamar, dans la préface à la Très Brève Relation de la Destruction des Indes, indique qu'il est unique dans l'ensemble des "conquêtes". Il faudra que je trouve une biographie de cet homme, sans doute l'un des plus seuls que je connaisse.



Tableau de Corot, c'est beau non ?

Une des plus belles femmes du monde, c'est Jodie Foster, évidemment.

Radiohead. Paranoid Android. Facile, facile (ils m'énervent !), mais ça marche.

DVD : Contact. Facile, facile, mais que c'est efficace, mais ça marche diablement bien.



Ce matin, pour marcher dans le soleil d'hiver, j'avais dans mon iPod Nathan Fake et son A1 Dinamo (?), endroit sonore technoïde, intime, amusant, une machinette surplaçante qui lance diverses antennes désinvoltes, frottements, douceurs. Ensuite Glenn Gould.
J'ai compris ce matin qu'une partie de l'intérêt que j'avais pour les Découvreurs, Explorateurs et Cartographes me venait de mon classement énnéagramme : Observateur.

Quand je lis ces aventures, je m'intéresse autant aux péripéties qu'à ceux qui les rapportent. Magellan, oui, un grand homme, mais celui que j'adorerais connaître, c'est le jeune Pigafetta. Il est du voyage, mais ne décide rien, n'est ni capitaine, ni soldat, ni marin. Il observe, et il note.

Et sur un navire, à cette époque, le Cartographe ! J'adore le cartographe, moi :-)

Observer et noter. Classer. Certains et certaines, comme Bridget Jones, font des listes. Moi je ne liste pas, je classe, j'observe, je ne rentre que peu dans le jeu. Ce Journal n'est qu'un grand jeu de classement.

Chaque idée qui tombe, c'est pour moi un pion de Puissance 4. Il tombe, je me demande comment il va se combiner.

On me parle de désillusion, de désenchantement. Pour moi, c'est un concept terriblement important. Un mot chargé comme un coffre. On me parle de désillusion et ma tête se met à danser, le mot se relie à d'autres (grandir, gain, perte, innocence, romantisme, etc). Je veux observer, relier, placer une pièce du puzzle ou deux. Je veux tracer ma carte, un peu plus précisément, l'affiner. Une vraie maladie.


J'avais un truc, dans mon iPod, qui me trouait à chaque écoute. Le Jeu des Sept Erreurs, ça s'appelle. Il y a une couleur Gainsbourg, évidente, comme un hommage. Je viens de trouver qu'il s'agit d'Elodie Frégé et Benjamin Biolay. Je dois rappeler à mes lecteurs que je ne regarde plus la TV depuis environ 7 ans, et donc, voilà, je n'ai aucune idée de qui sont ces gens. Paroles pouet-pouet, mais musique passionnante. Du Gainsbourg ? Mais non, bien mieux que ça ! Le truc fourmille de bonnes choses : les marques de piano à la John Barry, le travail de la basse, les refrains décadents (harmonie défectueuse : c'est culotté et magnifique), reprises des couplets abruptes, et puis, j'adore, cet envahissement sonore cafouilleux et plein de couleurs. Chapeau bas, monsieur Biolay !



Un temps à regarder Mary Poppins.

Quand on s'intéresse à ces premiers grands navigateurs, on se retrouve toujours à un moment ou à un autre avec l'idée de mutinerie. Les mutineries qui réussissent (Bounty etc) sont aussi intéressantes que celles qui échouent. Pourquoi une mutinerie échoue-t-elle ? Voyons...
Elle s'éteint. Elle est matée par la force. Par l'autorité. Par la persuasion du capitaine. Qui sont et que font les deux camps dans une mutinerie ? Il va falloir explorer ça, car il s'agit de psychologie en milieu tendu. J'ai surtout retenu celles de Vasco de Gama (qui a maté tout ça avec beaucoup de finesse et de force), celle de Christophe Colomb (qui n'avait pas l'âme d'un capitaine). Et Hudson, qui a eu moins de chance et s'est retrouvé dans un canot avec son fils, dans les eaux du Nord. On ne l'a jamais retrouvé.


Cette nouvelle de Tchékhov, ou un petit bonhomme ayant éternué au visage d'un personnage important, passe son temps à s'excuser, et, en fait, gâche la vie de ce personnage par ses excuses permanentes.
Parfois, on dit de grosses bêtises, ensuite on a envie de se justifier ou de corriger, et puis on se rend compte qu'on ne va pas le faire, parce que... c'est inutile. Il s'agit alors de compter sur la compréhension de l'autre.



Fausses joies musicales, donc. Vienna Teng, qui a quelques pics (Love Turns 40, Blue Caravan, Daughter, Pontchartrain et maybe I don't Feel so well), et surtout Grandaddy, syndrome courant du gars trop doué qui ne se foule pas : catalogues d'astuces, mais peu de souffle, des idées partout, mais toujours l'impression de ne pas se fouler. Trouvé, tout de même, trois excellentes choses : Summer it's Gone, Stray Dog and the Chocolate Sun, et The Warming Sun.

Ze marche avec mon iPod. Evoluer dans des villes avec John Coltrane (Naime 4Hero Mix), Ratatat (17 Years), Raven Chant (On the Wand of the Moon), Xploding Plastix ft. Sarah Cracknell (Sunset Spirals), Domotic (Tonsil), Matthew Herbert (The Movers and the Shakers) ou, suprême bonheur, High Llamas (The Click and the Fire), un caroussel.



Paul Valéry aurait écrit dans son Journal : "Retenir, noter, comprendre, combiner, prolonger, préciser". Voilà bien une définition de Journal qui me plaît.


Déroulant divers liens, je me retrouve sur ce Florilège Décadent, mais il me manque une clef. Il y a quelque chose qui cloche. Il y a, chez le dandy, quelque chose de mondain et de formidablement détestable, du style "regardez comme je suis intéressant et différent", qui fait que je suis déjà parti (c'est pour éviter les phrases comme "Voulez-vous une baffe, mon cher dandy ?").

(Ce qui me fait toujours penser à la carotte chez Trungpa, "Avez-vous remarqué ma couleur orangée ?").

Mais enfin, il y a quelque chose qui me plaît aussi chez les Montesquiou (que j'ai approché grâce à Proust) ou Huysmans, c'est leur côté peut-être Tour d'Ivoire, en tout cas leur côté fondamentalement seul, isolé.

Quintessence, chez Des Esseintes, quand même. "Je m'isole du monde et j'essaye des choses". Isolé, saugrenu, excentrique, oui. Mais l'ambiance Oscar Wilde, merci !

Il me manque une clef. Je ne comprends pas le paradoxe du dandy, entre les mondanités "je suis tellement brillant et malin" et l'isolement dans diverses splendeurs excentriques.



Décrire l'agacement, chez une fille très belle, de se retrouver dans la situation suivante. Dans une soirée, avec son amoureux, se sentir trophée, quand le bonhomme la tient par l'épaule toute la soirée, l'air de dire elle est à moi vous avez vu comme elle est jolie ?.



Je feuillette un excellent gros Larousse "Les Grands Evénements de l'Histoire du Monde", et me sent tout nigaud, moi l'ignorant en histoire. Un personnage me semble formidablement symbolique, énervant et à explorer : Savonarole, à Florence. Je suis stupéfait de voir que le règne de François 1er est contemporain à mes explorateurs (Colomb en Amérique : 1492 - Marignan : 1515 - Magellan : 1522), moi qui voyait ça dans une lointaine préhistoire française :-). Si le fait religieux me barbe assez (Luther, Calvin, Saint-Barthélémy), je me vois bien plonger dans le Mayflower et sa suite, Galilée, la fin de Bolivar (en voilà un qui dut être désenchanté !) ou Garibaldi.

Magellan m'amène à Pigafetta, son "narrateur". Je me souviens qu'Attila m'avait amené au très méconnu Aetius (général Romain plus ou moins barbare, qui a vaincu Attila), ou la Seconde République à Victor Hugo. Cet intérêt pour les personnages "à côté" de l'histoire est parfois impossible à atteindre, tant le personnage principal est fascinant : Lincoln pour la Guerre de Sécession, Churchill, Napoléon. Ceux-là "restent le centre". Je me comprends...



Juste en dessous, Corot encore. Pour moi de l'impressionisme avant l'heure. Sans vouloir refléter la réalité, il reflète mieux : l'ambiance de cette heure. Me fait tout de suite penser à Levitan. Splendide boulot.



E. qui a 5 ans, dit à peu près : "Quand je serai grande je serai : pâtissière, peintre qui fait des tableaux, maîtresse, celle qui conduit les avions, et aussi : jardinage". Texto.

Je découvre Alfred Kubin.

Watzlawick explique avec beaucoup d'humour que lorsque une attitude ne fonctionne pas, il est très possible que l'attitude contraire ne fonctionne pas non plus. On peut s'amuser à trouver d'autres pistes de changements, puis ensuite les coller à différents aspects des activités humaines (l'amour le travail la guerre etc). Faire le contraire, faire pareil mais plus fort (fuite en avant), tout arrêter, ralentir, observer, prévenir, complexifier, etc. Evidemment, le père Watzlawick finira par dire que le problème, justement, c'est de croire qu'il existe une attitude qui fonctionne. Wouarf !


Lu dans le Monde :

La prééminence de l'amour, ou plus exactement de l'idéal amoureux, dans l'archétype contemporain du couple ne serait pas non plus étrangère aux difficultés que rencontrerait celui-ci. Alors que, note le sociologue, "jusqu'à une époque récente, l'amour était un sentiment rare ou inexistant dans la vie de bien des individus largement subordonnés aux contrôles communautaires ou aux stratégies familiales, (aujourd'hui) l'expérience amoureuse est devenue un véritable impératif existentiel (...) en tant qu'expérience centrale de l'exploration de soi et qu'élément indispensable à la fondation de l'institution familiale". Autant dire une pression, autant qu'un Graal.

"Impératif existentiel", c'est bien vrai. Un autre impératif est aussi apparu : être connu (et son corollaire : passer à la TV).

Il faudra bien que je finisse par m'occuper sérieusement du thème du désenchantement. L'un des points qui me passionne, c'est ce qu'on pourrait appeler la "déception du romantique". Atteint de bovarysme aigu, le romantique "aspire à vivre" les Grandes Passions. Evidemment, il se heurtera à la réalité, aux déceptions, trahisons et médiocrités. C'est tout le sujet de Une Vie, de Maupassant.
Ce qui m'intéresse alors, précisément, c'est comment l'esprit romantique réagit face au côté ordinaire de la vie, comment l'exaltation se pose-t-elle dans le réel. Aveuglement ? Atroces déceptions ? Dépression ? Création d'autres "lubies" (cf virage New Age) ? Fatigue ? Maladie ? Fuite en avant (d'autres amants, travail sans fin) ? Apaisement ?


L'idéalisme grossier.

Ne pouvoir s'empêcher, en lisant la relation de Pigafetta qui accompagne Magellan, de les trouver tous un peu andouilles. Magellan se fait tuer au milieu de quelques dizaines d'hommes, les pieds dans l'eau face à une sorte d'armée cannibale, qu'il est venu combattre (??) pour complaire à un roitelet local des îles. Comment le chef d'une expédition pareille (le premier tour du monde, quand même !) peut-il s'exposer autant, pour une cause prodigieusement loin de la raison pour laquelle il naviguait en ces eaux ?
L'autre problème, c'est la religion, le côté "andouille missionnaire" de tous ces gens, qui débarquent dans divers îlots avec un mépris foudroyant pour les gens du coin, remplissant les bateaux de cannelle ou de clous de girofle (en échange de babioles : verroterie, petits miroirs, clochettes), et qui font bien des manières pour convaincre les sauvages-tous-nus que Jésus est mort sur la croix et croyez en Dieu et tralala.



The Storm is Coming, de Ed Harcourt, possède une introduction qui me ravit. Un crissement de guitare dans une reverb Crimsonienne, une saturation qui s'amuse avec les harmoniques puis qui s'intègre à une pop tout à fait bien tenue. Mais enfin, si les couplets sont réussis, le refrain sauteur est un peu vulgaire, le break est nul et c'est mal produit. On peut nettoyer avec l'harmonium de All of your Days et ses couplets qui obliquent sans cesse. Ah ! Non. Je passe au Winter Song de Nico. Haaaa... :

The snow on your eyelids that curtsy with age
Is freezing the stares on tyranny's wings.
The bitter is hard and the warmth of your skin
Is diseased with familiar caresses.

Withdrawing from splendor and royal decay
Among all the triumphs and jaded awards
The angry and blazing circus of sun
Blasphemes as the crown prince arises.

You cannot beget all the sins that you owe
To the people of paradise magic
Pretend to answer passion and form
With foreign rationalizations.

Primroses are the jewels that lurk
Among masks of pleasure that flicker with doubt
Embraces of fame that's simultaneously fear
To advance and demand to be recognized.

The river shall flow through hollow green faces
Of caricature's resentment etched out of the tongues.
Both reluctant princess asleep before birth
The classical sensitive failures.

The worshipping wicked cling to the dark of your heart
Lying there and wait with your angels
Moan and ravish from dawn to dusk
The avaricious young lovers.


<< The avaricious young lovers >>. Joli non ?




Spoken Roses... comme il pleut longuement tranquillement incessamment je marche des kilomètres sous un ciel gris lumineux amical, mon manteau bleu fermé tout du long jusqu'en haut et je ressemble à l'homme au début du Pacte des Loups, un long manteau qui marche sous la pluie lumière grise en mercure tranquille doux, une sorte de bûche en manteau bleu fermé tout du long avec un chapeau je tourne la tête sous la pluie, marche et observe sans cesse passant entre les voitures dont les conducteurs ne comprennent rien à l'abri, marchant sous le ciel comme un grand drap gris amical qui organiserait cette pluie continue je tourne la tête en marchant observant diverses lumières aquatiques comme au fond d'une piscine d'un gris qui éblouirait je marche en souriant sous le manteau bleu fermé sous le long manteau bûche sourire sous cape, caché sous le col du manteau fermé si je souris la dame longiligne que je croise et qui me regarde étonnée, j'ai déjà vu cet instant, divers reflets modulations de bois d'eau de ciel reflets flaques branches sous les arbres petites gouttes aux extrémités ciel gris blanc, flaques, chaussures chaudes, il pleut c'est heureux il pleut, bûche qui marche encore, je la cherche, je cherche imagine son visage, tourne le visage tourne dans la rue tous les gens qui semblent venir vers moi, continuant bûche bleue sans parapluie goûtant la pluie douce tiède qui ne s'arrête pas une seconde je tourne la tête observant les visages croisés.



Pardon, un petit accès de...



J'ai retrouvé sur un vieux CD-ROM toute une malle de vieux textes, dont l'intro d'Orties, que j'ai écrit quand j'avais 20 ans et quelques :

David s'était réveillé en pleine après-midi en criant, piqué par une guêpe. Il était sorti de la caravane surchauffée, pâle et tout collant de sueur dans son tee-shirt Akira. Dans la lumière orange que déversait le soleil depuis trois jours, il pleurait, riait, braillait. C'est comme si on lui avait mis le feu sous le ventre. Il a voulu partir, sauter dans le monde. On a dû le suivre.
Devant le moulin il a jeté son poing vers le ciel en criant encore, "Tue le Grand Ciel !". Tout vibrait partout, le ciel menacé et fatigué traînait des nuages oranges. Le soleil n'en finissait pas de se coucher. Il faisait trop lumineux, trop clair, trop poussiéreux partout. Pierre et moi on avait envie de casser des branches.
On est parti voir la suite des émeutes en ville. Tout autour du fleuve les hommes se battaient avec des barres de fer. Des vents de poussière couraient dans les rues oranges. On est arrivé en courant sur la place bétonnée juste à côté du fleuve. Dans la cage, immenses et puissants et menaçants, les deux tigres tournaient et grondaient. Ils étaient grands comme des chevaux. David, comme fou, s'est planté devant les escaliers qui montaient vers la cage et s'est mis à crier encore :
- Je suis David, tueur de Grand Ciel ! Rhâââ !
- Je suis Pierre, le deuxième mousquetaire, yâââ !
- Je suis Jean, le dernier des disciples ! Shock !
On est parti en criant "Transformation !" et en riant et en courant. On sautait par-dessus les morts de partout. ça sentait la poudre.



J'ai aussi retrouvé ça, l'intro de Drake :

Drake était debout devant l'orage, droit comme un tibia. Des mèches de cheveux collés par la sueur, il me fixait. Il ne respirait pas. J'étais assise sur le capot de la décapotable. J'avais mis une robe de coton blanc, on voyait mes jambes, mes bras, mon cou. J'avais du mal à respirer mais je ne pleurais pas. Je me laissais regarder par Drake. C'était comme un cadeau, après tout ce temps. Il ne m'avait pas encore touchée. Il me regardait, c'est tout. Peut-être qu'il ne me voyait pas. Les yeux de Drake : deux billes dures, noires. Sa façon de me fixer était compliquée, humaine, douloureuse, absente. Aucune convoitise ne passait dans ce regard, dans cette absence de regard. ça ne me déplaisait pas. Je me laissais regarder, c'est tout. Je ne sais plus. Il faisait chaud. On entendait les mouches dans le fossé. Drake était debout contre l'orage et me regardait, regardait mes cheveux, mes yeux, mes jambes. Je ne bougeais pas. Derrière lui la forêt était pétrifiée par l'attente de la pluie, un mur, à 300 mètres derrière Drake la forêt immobile pétrifiée, morte, un mur, comme un rempart de pierre, un rempart devant le ciel lourd et noir où couraient déjà les éclairs. J'étais assise sur le capot et le vent brûlait le monde. J'ai pensé que Drake allait bouger, ou pleurer, et au moment précis où j'ai eu cette pensée Drake s'est retourné, a passé la main dans ses cheveux et a dit :
- On y va.

Ben moi j'avais lu trop de Faulkner :-)



Passionnant article sur le combat HD-DVD / Blu-ray sur Digital Bits. Le Blu-ray est en train de gagner la partie, et que ce soit aussi rapide n'est pas plus mal pour le public.

Un extrait pour ceux que ça intéresse :

Let's look at these simple facts: Of the 12 major and mini-major Hollywood studios (Fox, Disney, MGM, Sony, Lionsgate, Paramount, New Line, HBO, Warner Bros, Universal, DreamWorks and The Weinstein Company) 9 support Blu-ray, 5 of them exclusively. Only 6 support HD-DVD, just 2 of them exclusively (one studio, DreamWorks, remains uncommitted). Not counting computer hardware or budget brands, Blu-ray Disc has 9 major set-top hardware manufacturers behind it (Sony, Pioneer, Samsung, Philips, Panasonic, LG, Mitsubishi, Thomson, Sharp), while HD-DVD boasts just two (Toshiba and now LG). HD-DVD is an add-on to Microsoft's Xbox 360, while Blu-ray is built into EVERY Sony PlayStation 3. Nielsen VideoScan is reporting that in software sales, Blu-ray has virtually erased the sales lead enjoyed by HD-DVD since the formats were launched, and is now outselling HD-DVD by a 2 to 1 (and growing) margin.

I can understand that some people just love HD-DVD and have had great experiences with it. We have too. I understand that some people hate Sony for perceived corporate arrogance. I'm not a big fan of their tactics either, particularly how they went around the DVD Forum to develop their format. But let's face it - the biggest corporate cheerleader for HD-DVD seems to be Microsoft, which isn't exactly comforting either. All of those issues aside, however, how do you argue with the facts that are clearly becoming obvious - namely, ALL those things I just mentioned above? Frankly, the best sales pitch the HD-DVD camp seems to be able to make right now is: "Hey, we've got DVD right in the name! Plus cheap off-brand players are on the way! And porn!" I guess I have to be the guy who states the obvious, but doesn't that seem a little odd to anyone?


Je me régale de One For The Vine, de Genesis, surtout du long tunnel instrumental. Il est frappant de voir à point les deux albums Trick of the Tail et Wind and Wuthering ont posé les jalons, comme on dit, de tout un rock progressif "post Marillion", qui copie et recopie sans fin ces formes-ci.



Trouvé bien des choses aujourd'hui : Les Quatre Filles du Dr March (pour les filles), des choses curieuses sur la bataille de Stalingrad, des histoires d'Amazonie et de requins (brrr), une bio de Menuhin (et un CD sur le même qui "présente l'orchestre"), le gros volume de Troyat sur Tchékhov (j'offre ce livre à tous ceux que j'aime bien). J'ai surtout trouvé le CD d'Eden Abez - celui qui a écrit Nature Boy pour Nat King Cole. Musiques de fumée et qu'on croirait parfois sorties de la tête d'Harold Budd qui travaillerait pour Kipling. Et un bon petit fauteuil de cuir, adorable, pour devant mon Macintosh.

J'invite les filles qui me lisent à me communiquer une petite liste des meilleurs livres de leur enfance. Jane Austen ou Fantômette, Gide ou Kipling, Clan des Sept ou Colette, ce qui vous remplit de bonnes après-midi sous la couette. Merci (devinez pour qui c'est ?) !

J'écoute la fin d'Entangled.

Emily Dickinson dit :

The Wind begun to rock the Grass
With threatening Tunes and low -
He threw a Menace at the Earth -
A Menace at the Sky.



DVD : Reds, moi j'adore ça. Le film est de 1981 mais a le rythme des années 70. Warren Beatty est vraiment bien, et Diane Keaton, quelle bonne idée, existe avec toute la fragilité/force nécessaire. Quelques scènes passionnantes sur le thème "deux hommes opposés tentent de prendre le contrôle d'une foule". Dialogues parfait, qu'on sent polis et travaillés. Et quelles belles scènes de disputes :-)

Existe-t-il un livre sur le désenchantement communiste ?



"Attirance byronienne pour l'insolite et l'interdit", début XXème, c'est très intéressant, mais qu'en penser début XXIème, quand l'attirance-pour-l'insolite-et-l'interdit devient la norme quasi absolue ?

J'écoute Imogen Heap, bon quotient de bizarrerie, belle capacité de mutation permanente dans un morceau, mais aucun talent harmonique. Belle machine fade...

Ce matin en écoutant Vienna Teng et ses murmures nuancés sur piano, je comparais intérieurement à Tori Amos, qui dans le même exercice déballe ses muqueuses, crie ou pleure et casse sa voix, une vraie pornographie de chanteuse. On va me trouver tordu, mais je ressens la même chose quand je tombe sur un "sourire Disney", ou le tout écarquillé, affreux.

Le "big smile" Disney est assez unique : le dessinateur ouvre tout, la bouche, les yeux, et monte les sourcils le plus haut possible. Une sorte d'"hyper étonnement ravi". C'est l'équivalent des jambes grandes écartées de la pornographie. C'est l'équivalent des larmes dans la voix cassée de Tori Amos. Le déballage total.



Une petite recherche sur le web me conduit à un article de dessinateur, qui dit :

There is a "Disney smile," a "Disney frown," a "Disney goofy expression," there is even a stock "Disney smitten by love" expression. Whenever anyone in a Disney cartoon says anything in the negative, they always do it while shaking their head side to side and coming towards camera.

The formulaic Disney acting drives me crazy. If someone acted in front of you like a Disney character, you would turn beet red from embarrassment.

L'embarras, voilà, c'est dit.


DVD Body Heat, thriller moite adorable.

Musiques, j'explore et jette beaucoup. La possibilité de le faire a induit ce comportement en moi. C'est mal. Je m'en moque. Petites trouvailles.

Music is Math de Boards of Canada, pensif et horizontal, rythme qui bavouille, tissages à la Wyatt, sons baladeurs non liés, basse habile. Au Revoir Simone, voix de filles et synthés maladroits-et-jolis. Just Jack, Stars in their Eyes, bonne grosse soupe foutraque. L'album (Overtones) est sans doute à explorer avec attention. Akufen, avec dirtdevilsuxdust, pousse avec jubilation la construction par micro-sons, et déballe une danse microscopique, un truc de fourmis qui colle aux oreilles jusqu'à l'ouverture dans la reverb (2'11").

DVD : Traquenard, de Nicholas Ray. Robert Taylor, nickel, et Cyd Charisse renversante de féminité, de classe, de fragilité aussi. Je suis ravi d'apprendre qu'elle est toujours vivante, et que c'est une très belle vieille dame...

N'ayant rien de mieux à faire, je recherche mes madeleines télévisuelles. Alors, né en 66, je ne suis pas gâté, car toute la nostalgie des webnautes semblent se concentrer sur les années 80, Dorothée, Casimir et Albator, alors que je recherche plutôt Pépin la Bulle (1969 : ici) ou Kiri le Clown. J'ai des souvenirs assez nets de La Maison de Toutou, mais je suis intrigué, car mes souvenirs existent mais sont très vagues, sur Minizup, Sourissimo, Titus le Lion, ou le petit train Rébus. Et puis ce feuilleton avec une petite fille et sa pierre blanche...
J'ai quand même trouvé le générique de Papa Tête en l'Air, 1974, qui m'a fait un choc très fort : j'avais oublié ce truc depuis plus de trente ans. Où ces trucs-là se cachent ils dans notre mémoire ?



Ce soir je regarde le DVD sur Derrida, une atroce chose faite par des petits malins qui veulent appliquer la déconstruction au pape de la déconstruction, ah ah ah. Cela consiste à bombarder le malheureux de questions lamentables ("Parlez-nous de l'amour", "Comment avez-vous rencontré votre femme") avec des astuces de petits malins (du style : nous faisons exprès de vous poser des questions pareilles pour voir comment vous allez vous en sortir). Le film part, donc, souvent, dans le "méta". On s'y interroge sur le fait de filmer, on montre Derrida regardant une télévision dans laquelle il se regarde sur une télévision refuser de répondre à une question personnelle, on montre une conférence de Derrida sur l'idée de biographie, puis on montre Derrida qui beurre sa tartine, etc. C'est nul, évidemment, et alors on se demande pourquoi le bonhomme accepte tout ça. Et on voit Derrida comme un homme très empathique, il est toujours en train de ménager les autres : une peintre de visage, la camérawoman qui va se casser la figure, la poseuse-de-questions-stupides, etc... A part cela, le documentaire m'a fait penser à celui sur Philip Glass : le quotidien d'un homme très occupé, entouré de tas de choses et de livres, et probablement constamment, malgré les apparences, seul.

Journée fructueuse et solitaire. Mangé ce soir (une excellente choucroute avec bière Trappiste) en regardant un DVD sur Edgar Morin, parfois agaçant (le baiser amoureux comme "transcendance du léchage", ha ha) mais qui souvent décolle, le passionnant bonhomme, dans son explication de l'Empreinte (culturelle, éducative), son explication sur la différence entre les penseurs et les intellectuels ou sa remarquable synthèse sur les apports et les "trous noirs" de la pensée de Marx.
Ensuite, je regarde dehors la course des nuages blancs devant le ciel noir, sur mon balcon, après avoir zappé deux volumes de Stash (le 17 et le 23), sorte de revue DVD des nouvelles images, que j'ai téléchargé sur un site... Russe.

Ce soir, DVD de Les Contrebandiers de Moonfleet, de Fritz Lang, du bon scope couleur avec tout ce qui convient : cimetière à cachette, fantôme, manoir abandonné, contrebandiers et tralala.



Elle est bien jeune mais dans son visage on aperçoit déjà l'avachissement et la lourdeur de la mamma italienne, vociférante, l'esprit en carton. Les yeux se nichent, noirs, sous des arcades qui retombent de chaque côté du visage. Les joues sont inexpressives, comme des choses collées. Dans les pauses de dialogue, la lèvre inférieure pendouille, relâchée, méprisante. Elle soupire, regarde ses mains, prend un air agacé ou préoccupé. En de rares instants qui sont des fractions de seconde, le visage tente de s'ouvrir, les yeux semblent attentifs, mais tout cela est effacé tout de suite par la bouche en rictus, les mouvements péremptoires de la tête, tout ce côté déjà en carton de l'expressivité...

Retrouvé mon premier CD, tiens, ici : Farist.

Le premier morceau, Lutins de l'Eolienne, qu'on a pas mal bricolé avec la chorégraphe, était d'abord un jeu musical : Il s'agissait pour moi de conjuguer le ridicule, le "balourd", avec le grandioso. Le morceau s'appelait, donc, d'abord, quelque chose comme "L'Invasion des Gros Canards Mécaniques", si. Je voyais bien, comme dans la dernière photo de la cette page, une invasion extraterreste... de gros canards jaunes grands comme des immeubles. D'où toutes ces trompettes couinantes, et d'où ce final maousse avec lead en portamento à la fin, le tout sur grosses basses plan plan et rythme patapoufesque. Il faut donc voir toute la construction comme une préparation à ce qui se passe à 3'49".

Le morceau 5, L'Idiot du Village Global, partait de la volonté de faire un reggae avec une clarinette (??!). Cette grosse soupe tourbillonnante est un peu roublarde, car construite toute en transpositions. Je me suis amusé à quelques pièges, la mélodie aigüe de la fin étant esquissée en clignotements dans la troisième partie. Conséquemment, lorsqu'on réécoute le morceau, on se dit "Ah ! Tiens !". J'aime bien l'idée de la mélodie "entraperçue". Royksopp fait ça très bien.

Le 7, Jardin Noir, est une de mes quelques expériences débiles autour d'une Série, comme dans la musique sérielle. La déclamation de la flûte du début est une série (je ne me souviens plus comment je l'ai bidouillée). Bref, il s'agissait 1/ d'habituer l'auditeur au côté désagréable de cette suite de notes, de l'apprivoiser, et 2/ de faire tournicoter la musique autour de cette série-là pour en accentuer certains côtés. Cette série de notes est donc cousue tout au long du morceau, les arrangements font les malins autour (extractions de micro-mélodies mises en boucle, accords, changements de timbre, etc). Pour finir, je boucle sur quatre notes, axe autour duquel je fais tourner des voix. Le cri qu'on entend à intervalles, c'est un renard.

Ciel de 1er Mars. C'est l'hiver mais en fait c'est l'été, enfin quelque chose comme ça. Cette forme de bleu, je ne l'ai rencontré que dans le Nord de la France.



Je continue à écouter parler Edgar Morin, qui parle de dialogique, ce qui me convient tout à fait (le gain et la perte, chez Jünger, c'est de la dialogique), voir le Wikipedia sur Morin. :

Le principe dialogique unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l'un l'autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité. Le physicien Niels Bohr a reconnu la nécessité de penser les particules physiques à la fois comme corpuscules et comme ondes. Blaise Pascal avait dit : "Le contraire d'une vérité n'est pas l'erreur, mais une vérité contraire" ; Bohr le traduit à la façon : "Le contraire d'une vérité triviale est une erreur stupide, mais le contraire d'une vérité profonde est toujours une autre vérité profonde." Le problème est d'unir des notions antagonistes pour penser les processus organisateurs et créateurs dans le monde complexe de la vie et de l'histoire humaine.

Morin s'amuse alors beaucoup à nous parler de la prose et de la poésie dans la vie humaine, en somme, la raison et le rêve, etc, avec diverses réflexions passionnantes sur le double sujet. Le soir, je regarde le DVD de Les Duellistes. Il s'agit du premier film, je crois, de Ridley Scott, et c'est donc magnifique. Deux hommes, à l'époque de Napoléon, se battent régulièrement en duel. A la lecture de Morin (et plus le film avance), on comprend que ces deux hommes s'estiment, et que leurs "rencontres" régulières sont une transcendance, un axe, une force. La fin en demi-teinte est parfaite. Le casting, idéal.

Bon bref, la "méthode" de Morin, oui, mais ça fait tout un tas de bouquins encore, ça...



Elle a épousé son bel amoureux, qu'elle trouve brillant et trop mignon. Il gagne beaucoup d'argent et le soir, comme il convient, il a besoin de se vider la tête. Il regarde la télé, donc, le soir, tous les soirs, en fumant des cigarettes et en buvant une bière ou deux. Un soir, elle comprend que la télé est un aimant. Alors elle tente des expériences, le soir, à côté de lui. Elle s'ennuie avec volupté, elle l'enlace, elle lui parle, etc. A chaque fois, à chaque tentative, ça réussit. Son homme se détourne de l'aimant, se tourne vers elle, lui sourit, la regarde, lui fait un baiser. Mais quelques secondes plus tard, l'aimant est le plus fort, le jeune et beau mari se détourne, se redresse, ses yeux la quittent pour retrouver l'aimant.
Dans l'expérience des électrodes sur la tête du chat, un métronome est placé dans la cage, tic tac tic tac, ça fait des tics et des tacs sur la feuille qui mesure telle zone du cortex du chat. On introduit alors une souris dans la cage. D'autres zones du cerveau du chat s'animent alors (on peut imaginer : attention, faim, excitation, préparation d'une stratégie pour attraper la souris, etc). Mais la zone du tic tac, elle, elle disparaît. Le chat n'entend plus le métronome.
Madame s'aperçoit que la télé est un gros métronome, et que elle, c'est la souris, mais une souris de moins en moins importante, comme une souris qui s'effacerait un peu, dans diverses interférences, gzrt grzzt. Le chat s'agace, voudrait bien regarder sa série préférée. Il semble, sur son visage, lorsque sa femme vient lui caresser la nuque pour observer sa réaction, il semble que le mari mignon se dise : "Ah tiens, c'est vrai, elle est là elle".

Mars










Attendre...

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