Tout ce que nous étudions de près finalement nous déçoit.
Thomas Bernhard : Maîtres Anciens



Betrayal ! Betrayal ! BETRAYAL !




Mars



DVD : Lord Jim, l'aventure avec Peter O'Toole, d'une beauté surnaturelle. J'imagine que si j'étais une femme, je serais douloureusement fasciné par le charisme de cet homme. Le film, c'est du Kipling, c'est donc excellent et plein d'aventures.

DVD : Le Dessous des Cartes, sur les Etats-Unis. Trop hésité ce soir entre Funny Girl (Streisand !) et Swann in Love (Irons en Swann, la classe).

Matin gris, venteux et doux, les oiseaux chantent comme en Avril. Je sirote mon café sur mon lit fenêtre ouverte, m'amusant beaucoup du texte de Benichou sur le désenchantement chez Musset, cette remarquable andouille. Benichou s'en donne à coeur joie :

Car les souffrances de l'amour sont évidemment valorisées : elles impliquent une sorte de pessimisme héroïque; elles témoignent en faveur d'un jugement amer sur le monde (...) Il s'agit d'un mal qui ne veut surtout pas de remède.



Il y a de ces moments dans la vie où vous retombe dessus le fait qu'on est, profondément, fondamentalement et absolument SEUL. Il me semble pour ma part que cela m'arrive de plus en plus rarement, mais que c'est à chaque fois beaucoup plus suffocant, comme si le gouffre était de plus en plus sombre, large et sans fond. Il faudrait se mettre à boire ou à faire quelque chose de déraisonnable. J'ai une amie qui appelait cet état tomber de cheval.

Sur la fin de mes bouquins sur les explorateurs, quand la terre est plus ou moins découverte, et les pôles avec, il reste la mer. Je lis des pages sur les océanographes qui, voilà, mesurent pendant des mois la vitesse des courants, la température selon la profondeur, la hauteur des vagues ou la profondeur des gouffres (ah, plus de dix kilomètres de fond !), ce qui est, avouons-le, totalement emmerdant.

J'ajouterais, jüngerien, qu'ici est un bel exemple de "Lorsque les chiffres arrivent, quelque chose se retire".

On ne m'emmènera jamais dans un sous-marin !



Amusante conversation avec une dame très âgée, anglaise, qui m'expliquait qu'elle n'avait pas Internet mais plutôt an old typewriter. Nous parlâmes aussi du film de Brannagh, Peines d'Amour Perdues, traduction de Love's Labour's Lost. Il y a quelque chose d'intriguant dans ce titre : "la perte du travail de l'amour ?". En tout cas la traduction française est marrante, peine signifiant tristesse mais aussi travail.

DVD : Peter Pan avec les filles, non pas le Disney mais le film d'il y a quelques années, une merveille pour les enfants, idées fusant de partout, et tout est bien dosé. Magique !

Alors tout le monde me dit que le DVD de La Symphonie du Hanneton, c'est quelque chose. Alors vous regardez ce truc et, entre clowneries, acrobaties et mime, c'est vraiment très bon, et bien drôle.



Trouvé un autre Bobo Stenson Trio, War Orphans, délicieux lorsqu'on a envie de jazz, de piano et de douces bizarreries. En parlant de bizarrerie, j'ai trouvé aussi trois albums de The Remote Viewer, endroits sonores calmes et légèrement crissants, boucles, frottements, clignements, textures, fumées et hésitations C'est tout de même largement inoffensif.

Je ramène, sur torrent, des dizaines d'albums ECM. C'est mal.

Me suis frotté quelques jours à un double volume sur l'histoire de l'esclavage, une recherche qu'il faudrait approfondir, car reliée à mes trucs sur les découvertes de "l'Inde" après Colomb. Choses troublantes, comme la différence entre le statut d'esclave aux Etats-Unis (races blanches et noires très séparées) et en Amérique du Sud (métissage rapide, ce qui est compliqué : Amérindiens, Espagnols, Noirs). Ce qui m'intéresse, ce sont les révoltes d'esclaves et leur fonctionnement. Saint-Domingue, Toussaint Louverture. Ce qui est rigolo, c'est qu'ainsi je "rejoins" le long trajet que j'avais fait dans les livres sur les USA : Guerre de Sécession, biographie de Lincoln, problème noir au XXème siècle. Je me souviens aussi du remarquable bouquin de Styron sur la révolte menée par Nat Turner.
Il m'a manqué, à ce moment, un livre sur ce qui s'est passé aux USA juste après l'abolition.
J'en profite pour saisir dans ma bibliothèque l'habile Les Américains 1/Naissance et essor des Etats-Unis - 1607-1945 d'André Kaspi.

Ce midi, rentrant de l'école, fraîcheur et soleil. Stupéfaction de voir tout en fleurs (dans le nord de la France en Mars, c'est un peu curieux). Soleil, air frais doux, et sons de cloches d'église : je pense très fort à l'enfance, qui me resurgit souvent devant le nez depuis que je suis papa. Magie proustienne souvent associée aux odeurs (l'herbe coupée, les fleurs de troënes - ça me coupe le souffle). Rentrant de l'école, j'écoutais derrière moi mes filles se parler, la grande donnant des conseils très précis à la petite, car elle allait, cette après-midi, pour la première fois à la piscine avec l'école.


Longues lectures l'après-midi sur un balcon, sur l'histoire des Etats-Unis (ici : les relations des colonies anglaises avec les indiens avant l'indépendance et avant que ça ne tourne au massacre).

Ce soir, conversation avec L., 8 ans, sur ses "amoureux". Comment elle devine que...



A part pour l'aspect informatique des choses, je suis peu sensible au progrès technologique. Je n'ai pas de voiture, et je regarde mes films en stéréo et pas en DTS Dolby Machin. Mais quand même, là ça me démange, la HD, vous savez bien. J'ai vu à la Fnac les démos des TV plasma avec l'image toute fine et lumineuse, et puis j'ai torrent-téléchargé les films BBC-HD sur les animaux (c'est "seulement" du 1280*720 pixel, et c'est déjà renversant). Je me sens très beauf, sur ce coup-là, je repense beaucoup à l'arrivée de la stéréo chez les gens dans les années 70, avec tous les disques vinyl de "démo" (ouahhh, le son qui passe d'une enceinte à l'autre !). Jean Beauf. En attendant, ces gros malins de la BBC font des panoramiques sur la Taïga en avion, en image haute définition, et c'est magnifique.
Bref, ne suis toujours pas attiré par le Dolby, mais une LCD Samsung m'irait bien (32 pouces/82 cm, c'est OK, j'ai un p'tit appartement moi). Ensuite, un lecteur Blu-ray et/ou un disque dur multimédia. Bon j'arrête.

J'écoute Paul Bley, Kenny Wheeler, Bobo Stenson. Ecm partout.

Regardé avec les filles une partie du concert d'Emilie Simon, qui je le pense encore gâche son talent dans des "machins" trop rock ou trop techno. Douée, elle finit toujours par trouver une idée frappante sur un pont instrumental ou un décollage de fin de morceau. Certaines parties ("Graine d'Etoile" !) montrent ce que pourrait être son travail s'il se corsetait moins dans les formats précités. Il est clair que mademoiselle Simon se sent à l'aise avec les instrumentaux, les grandes formes où l'on coud les idées et les structures complexes, de la boîte à musique aux envols titanesques.

Parlant des monstres "types" avec E., qui a 5 ans (fantômes, vampires; momies...), je suis amené à expliquer le mort-vivant. Il est mort, il ressort de terre et marche. "Ah, comme Jésus !", dit-elle alors, c'est logique les enfants...

Intéressant : l'histoire des Etats-Unis juste après la guerre de Sécession. Que faire des états vaincus, des noirs, etc... J'ignore si un tel livre existe.



DVD Un Coupable Idéal. Ouch !

Je trouve diverses musiques, dont une bonne partie de la Radiophélia, ainsi qu'une coupelle de morceaux de "Gothique Symphonique" (il paraît que ça s'appelle comme ça). On va bientôt parler ici d'Epica ou du Risingson de Massive Attack. En commun ? Trop de reverb...



Allez dans une église et dites un grand "Ah !". Le son se répand dans toute la salle : c'est la réverbération. Il ne faut pas confondre avec l'écho (le son, revenant, se reproduit). Dans les outils de celui qui mixe la musique, la reverb est souvent utilisée. Le musicien amateur a tendance à en abuser - comme le vidéaste amateur, le zoom - car c'est spectaculaire.
La reverb se règle sur plusieurs paramètres, c'est assez facile à comprendre. On peut jouer sur la longueur du son. Vous dites "Ah !" et au bout de 8 secondes, par exemple, le son est complètement éteint. On peut jouer sur le pourcentage entre le son réel et le son réverbéré. Plus on se rapproche des cents pour cent, plus le son paraît lointain, irréel. Dans l'autre sens, sans reverb ou presque, le son, si on écoute au casque, est "près des oreilles".
Il faut tenir compte du rythme. Si vous répétez une note toutes les demi-secondes (par exemple, une note de piano) et que vous installez une reverb de 10 secondes (exagérons), il y aura eu 20 notes jouées avant que le son de la 1ère ne se s'éteigne pour de bon... ce qui crée une sorte de nuage confus et sonore.

La reverb s'emploie différemment, en pop, selon les époques. Les années 80 adorent la reverb ! Certains musiciens ont basé (en partie) leur succès sur le "moins de reverb", un aplatissement du son, dans une époque qui en regorgeait. C'est le cas de Lenny Kravitz (qui mixait ses rythmique à plat, comme on faisait à l'époque des Beatles), de Tracy Chapman, de Womack et Womack.
Le groupe Air crée souvent une intimité en mixant une guitare acoustique sans reverb ou presque, alors que le reste de la musique évolue dans divers espaces. Leur Playground Love a ce son de batterie en carton, collé à vos oreilles.
Sufjan Stevens pose sa voix sans reverb aucune, et au centre, dans son Lord God Bird. L'absence de reverb crée souvent une sorte d'intimité, de "blotti".
Depeche Mode joue souvent divinement de la reverb. Dans le petit rythme qu'on trouve dans les 10 premières secondes de Halo par exemple. D'ailleurs, écoutez au casque, le tic-tic-tic du début, qui dure... 59 secondes sans reverb, il semble vous chatouiller les oreilles, avant de disparaître pour toujours, le son du morceau semble ainsi gonfler comme un ballon.
Prenez Nathan Fake et son The Sky Was Pink, qui est sorte de jeu sonore, et qui joue avec... la reverb. Tout le début est mixé à plat ("trop" plat, même, le truc semble évoluer dans une boîte). Comme pour nous narguer, Fake met un poil de reverb, puis le retire (0'44", par exemple), réaplatit le tout avant de nous soulager (merci la reverb !) en l'ouvrant grand quelques secondes à 1'56".
Kate Bush met trop de reverb. Le début de Wuthering Heighs est "noyé" dans la reverb, comme on dit - plus loin : écoutez moi cette batterie (boummmmm, boummmmm), c'est pas bon...



Donc, quand on mixe un morceau, on pense toujours à la reverb, son dosage, son évolution, etc... Il semble évident que trop de reverb crée une sorte de fatigue sonore, un éloignement, et probablement une forme de vulgarité. En pop, une école a beaucoup et magnifiquement utilisé la reverb, il s'agit de ZTT (Frankie Goes to Hollywood, Art of Noise, Propaganda), qui faisait du sur-arrangement, une dance music souvent très complexe, chargée. Lipson ou Trevor Horn étaient très doués pour étager les parties musicales. D'ailleurs, le morceau que je connais qui joue le plus avec la reverb (un peu comme Nathan Fake, plus haut) est le rigolo Moments in Love, d'Art of Noise. Etagement des instruments, mais aussi jeux de reverb (je coupe, je remets, y compris sur la rythmique, par exemple).

Les racks d'effets qui proposent une reverb ont des pré-réglages qui portent le nom de divers volumes : Small Room, Hall, etc. La reverb sert donc à plusieurs choses : clarifier un morceau en étageant les divers instruments (y compris pour faire des décors), éloigner un instrument (voir ce qu'on peut faire avec un tambourin et une reverb), y compris jusqu'à le rendre irréel, lointain, comme absent, mettre toute la musique dans la reverb pour créer un effet (cf Kate Bush plus haut, ou Jesus and Mary Chain plus bas - ou tout l'album Faith de The Cure, qui est un parfait exemple réussi de "trop de reverb"), occuper l'espace sonore (le coup classique étant de couper toute la musique juste après un grand coup dans une reverb), évoquer un volume (note perdue dans une cathédrale, etc).

Evidemment, le producteur utilise parfois l'abscence de reverb comme outil de surprise. Dans la discographie de Talk Talk, le 1er morceau de The Colour of Spring ("Happiness is Easy") commence par une batterie mixée le plus platement possible. La pièce est d'ailleurs un plaisir continu pour les oreilles, puisque croissant sans cesse, finissant par grouiller littéralement de sons. Pour moi un des morceaux les plus parfaits de la pop...

Une reverb tripotée spécifique est amusante, c'est la Gate Reverb, qui consiste à couper plus ou moins brutalement le prolongement du son. On l'utilise souvent sur la caisse claire. Prince l'utilise beaucoup (la rythmique de Kiss), et on l'a souvent entendue chez les groupes de new wave dark, rock industriel et cie. Si vous tapez sur le bord de votre bureau avec un crayon dans une gate-reverb, c'est comme si le "clac" s'immobilisait sur une demi-seconde (au lieu de dix fois moins). Comme si vous étiez dans une grande pièce et que soudain le son s'étouffait comme dans une boîte. C'est un effet très intéressant sur des percussions. Je vais essayer de trouver un exemple facile à dégoter.


J'aime, dans Miracle en Alabama, l'histoire d'Helen Keller, la scène où Helen comprend, avec la pompe à eau, à la fin, que les mots sont reliés aux choses...



Il est amusant de tomber sur la liste des morceaux préférés du moment de quelqu'un qu'on aime bien. C'est une preuve fantastique que l'on aime tous la musique pour des raisons parfois très différentes. Pour l'ambiance, parce que ça rappelle un moment, pour les paroles, la virtuosité, l'énergie, etc.

Just Like Honey, de Jesus and Mary Chain, est pour moi une sorte d'archétype de complète nullité. Dès la première seconde, vous comprenez que le producteur s'est endormi sur le bouton de la reverb. Tout est réverbéré à mort. La guitare, la batterie, la basse et le chanteur sont noyés, et on dirait qu'ils jouent dans une grande salle vide, l'auditeur étant à l'autre bout. L'ambiance est incontestablement très "fin de mariage", ou entrepôt désert, c'est un éloignement de l'auditeur. Il y a une volonté d'étre simple, et donc tout est plat : la basse monocorde (bom - bombom), le batteur endormi, la guitare paresseuse, et le chanteur en accord avec tout ça. On peut éventuellement remarquer la fin en "envol" relatif avec voix de femme en renfort.
Risingson de Massive Attack se pose sur une basse en plomb. De nombreuses sonorités passent ici ou là, donnant une ambiance urbaine et bladerunnerienne, le tout évoluant comme j'aime, de façon hasardeuse et organique, avec quelques bonnes idées (les hi-hat dans la reverb, les nombreuses brisures ou changements de couleur, le resserrement panoramique à 3'54", et les voix harmonisées qui font comme des voiles porteuses).
Memorial, de Explosions in the Sky est un instrumental maladroit pour guitares (avec delay) et basse. C'est balourd comme tout, harmoniquement fade, le batteur est un castor, et la construction simpliste. Je ne comprends pas.
Sometimes, de My Bloody Valentine est fascinant : une voix douce est mixée derrière un double mur de guitare (une râpeuse, une acoustique) qui n'avance jamais mais change parfois de couleur harmonique (il y a un clavier subtil quelque part, presque invisible et très bon pour les papilles). C'est délicieux et bizarre.
ITunes me fait des farces, qui me sert derrière ça Stardust, de Nat King Cole, féérique.



J'ai demandé à la fille d'un pote de me donner la liste de ses chansons "Metal Gothique Symphonique" préférées. Ce style semble assez aisé à circonvenir. Un zeste de hard-rock pour l'énergie. Une chanteuse qui donne dans le lyrique (genre : j'ai pas de voix mais on va dire que si). Des climats "gothiques" avec sophistication, reverb partout et grands choeurs. Un certain côté progressif (amour de la "grande forme", brisures, climats variés dans un seul morceau), ou pourquoi pas celtique. Et tout l'afférent habituel : nuit, crucifix, amours malheureux, landes désolées, malédictions et mots latins. Bref : on voit bien où ils veulent en venir. En somme, c'est un peu Mylène Farmer (pour la "sophistication") qui travaillerait avec Europe (pour les guitares électriques "light" et les batteries badaboumesques) avec ...

Epica, avec Quietus, fait dans la cavalcade bourrino-celtique. Feint est bien mieux, car les voix se tissent joliment, la batterie est correctement mise en place, le travail mélodique pas si mal, et la progression assez efficace. Enfin, c'est un peu ridiculement lyrique, mais je veux faire preuve de bonne volonté. Qui sait, si j'avais 18 ans ?
Nightwish, avec Sleeping Sun, donne dans le planant à synthé, voix doublée, batterie maaajestueuse (reverb, coco !!) et grosses basses "strings". Trois défauts me sautent aux yeux : c'est affreusement produit, les voix n'ont pas de saveur, les mélodies sont bébêtes.
Le problème, avec ce style, c'est qu'on compare toujours avec une sorte d'étalon-or, qui est Dead Can Dance. Le compositeur était souvent efficace, et Lisa Gerrard chantait, il est vrai, comme personne.
Leaves Eyes, Elegy (ça ne s'invente pas !) : intro poilante car trompe-son-monde, le piano new-age disparaissant dans une montagne de sons lyrico-guitaro-synthés. C'est nul, grandiose, soupesque, mais j'apprécie que la chanteuse ne braille pas comme les autres, ci-dessus. On trouve aussi un break original (avec une note qui me plaît, 3'23" (album version)) et un solo de guitare qui semble se cacher dans la musique à la fin.

Franchement, Minuscules, c'est génial. Si.


En 1518, Magellan part avec cinq bateaux dans le but de trouver au sud de l'Amérique du Sud un éventuel passage qui permettrait de contourner ce grand continent et, puisque la terre est ronde, ouvrir un passage vers les "Indes", enfin l'Orient et les "Iles à épices".
Il faut bien constater que cette entreprise était une sorte de folie, car on ne savait pas si un tel passage existait, ce qu'il y avait derrière, et surtout la distance à parcourir de "l'autre côté". Sur 265 marins au départ, 18 parviendront à faire le premier "tour du monde". Voir Wikipédia sur Magellan.

J'ai décidé d'appeler Syndrome de Magellan ("syndrome" ne convient pas, je cherche mieux), la démarche suivante : un individu qui a vécu d'une certaine façon pendant assez longtemps décide de faire "autre chose", quelque chose d'éventuellement risqué, lié à l'inconnu, ou quelque chose qui ne lui ressemble pas. Des exemples :
- Un homme vit seul pendant dix ans puis tombe amoureux et s'installe avec sa dulcinée.
- Une femme a toujours refusé d'avoir des enfants décide soudain le contraire.
- Un homme qui tenait un magasin de bricolage en province quitte tout et part à Los Angeles créer une start-up.
- Un transsexuel décide de se faire opérer.
- Une femme quitte sa vie de mère de famille pour faire le tour de l'Inde, seule, à vélo.
- Un PDG surmené quitte tout pour aller méditer trois ans au Tibet.

...en pensant qu'il va "Faire le Tour du Monde". Evidemment, c'est la mort, qu'il rencontre. L'échec. L'erreur...



Celui qui quitte une vie qu'il connaît bien, ou décide de changer beaucoup de choses en lui, est confronté à bien des choses contradictoires. L'envol, le départ, c'est très grisant. Les difficultés qu'on apprend à maîtriser. On se "regarde faire". On a envie de tout noter, d'en parler. Mais aussi : moments d'abattement. Plus envie de lutter, ou plus de force. Risque d'être inondé par le sentiment de l'absurde ("Mais qu'est-ce que je fous là ?"). Tentation de repartir en arrière, de se réfugier dans ce qu'on connaissait. Il faut passer différents caps, des épreuves. On travaille sur soi-même, on se force, on se dit que ça vaut le coup. Le détroit de Magellan, c'est compliqué à traverser.

Magellan connaît bien des problèmes : mutineries, bateaux échoués, le froid. Il met près d'un mois à traverser le détroit, puis débouche sur un nouvel Océan, qui appelle "Pacifique" parce qu'il est, par hasard, fort calme d'apparence. Une famine terrible (car cet océan là est immense) décime les équipages, puis Magellan se fait tuer sur le rivage d'une île... Il ne reste que deux bateaux, qui décident, chargés d'épices, de se séparer. L'un est capturé, l'autre parviendra en Espagne...

Ce qui m'intéresse ici, c'est le moment où on débouche sur le Pacifique, les grandes eaux. Un autre équilibre est trouvé. La vie est belle, on a "passé le cap". Mais...



Cette nième TFJP (Théorie Foireuse de JP) ne tente pas de justifier l'immobilisme, mais de jouer avec la phrase "Lorsque quelque chose est mauvais, le contraire n'est pas forcément bon". Moi je trouve que ça sent bon le Schopenhauer (le balancier...). Une nouvelle vie ? Il faut y aller quand même, dit cette TFJP, tout en sachant que cette nouvelle vie sera tout aussi foireuse que la précédente. Sachant cela, on est plus détendu et on peut rigoler. Cette TFJP, c'est donc du Zen. Si.

(à suivre...)



On m'indique une page (Celle-ci (attention, réservoir à pépites !)), et j'y trouve :

Affirmation de l'individualisme spectaculaire, attitude du contemplateur dégagé du monde de l'action, dédaigneux des intérêts, des croyances, des passions sur lesquels repose l'existence sociale et qui ne considère la vie et la société qu'en tant qu'objets de curiosité...

Bovarysme, cette incapacité à trouver son centre en soi-même... On le cherche dans le romanesque, l'idéologie, le jugement d'autrui, le goût d'emprunt.



On y trouve aussi un court texte sur le Dilettantisme Social qui me va complètement et que je pourrais ajouter à ma page sur le Waldgänger. Son auteur, j'espère, ne m'en voudra pas :

Sur le dilettantisme social

Dilettante : qui s'adonne à un art, à son travail pour son seul plaisir, en amateur, avec une certaine fantaisie et sans s'y engager complètement.

< Le dilettante social ne voit dans la société qu'une apparence mensongère, une mascarade et une parade dont il s'amuse en se moquant de ceux qui la prenne au sérieux et qui voudraient la faire prendre au sérieux aux autres. Le dilettante social représente l'antithèse du philistin dont Schopenhauer donne la définition suivante :

< Je voudrais définir les philistins en disant que ce sont des gens constamment occupés, et le plus sérieusement du monde, d'une réalité qui n'en est pas une. >

Le dilettante social a le sentiment intense et obsédant du mensonge social ; le sentiment de ce qu'il y a d'artificiel, d'apparent, de truqué et, pour tout dire, d'irréel, dans les conventions sociales. Car l'effet de ces conventions est de faire attribuer une importance considérable à des choses qui n'en ont aucune. Pénétré de ce sentiment, le dilettante social refuse de prendre la société au sérieux. Au milieu de ses semblables, il est toujours tenté de poser la question : < Qui trompe-t-on ici ? > Il s'amuse de cette mutuelle duperie et voit dans cet amusement ironique la meilleure revanche que l'individu puisse prendre de la société, la rançon des contraintes qu'elle lui impose, des hypocrisies et des vilenies dont elle lui inflige le contact.

Le dilettantisme social est pour l'individu une reprise, une évasion et une délivrance. >



Trouvé Redhead Girl, chez Air, petit bijou de musique toute simple tournant autour de deux accords de piano, et qui possède (quand ces andouilles ne chantent pas) la qualité rarissime dans les instrumentaux calmes (que j'ai trouvé uniquement chez Eno/Budd, Durutti Column et peut-être Tim Story) : une atmosphère, quelque chose d'extra-musical, qui me fait penser aux soirées d'été, ou peut-être, toujours et toujours, au filet blanc d'un avion très haut dans le bleu un matin frais soleil de dimanche lorsqu'on est seul et bien. Je serais bien embarrassé d'en trouver la recette. Je pense que c'est dans l'alliance, au début, des paires de notes de basse (qui ont quelque chose de John Barry) et des trois notes qui montent en sous-fumée discrète (première apparition à 0'37"). Probablement aussi à note aigüe qui surgit à 1'43" puis revient parfois. Peut-être à leur habile façon de faire "revenir" le piano instrumental. Non, c'est pas ça. Le refus de développer ? Le calme endormi ? La tonalité ? Ah !



Il faudrait que je finisse mon Syndrome de Magellan, mais l'idée s'est échappée comme un poisson se décroche de l'hameçon. Repartie au fond, l'idée.
La décision de changer ne m'intéresse pas. Le détroit et ses épreuves (le "passage" à la nouvelle vie) non plus. Ce qui me touche, c'est << Déboucher dans le Pacifique >>. Le fait même de nommer cet océan "pacifique" est une erreur (c'était un hasard). Cet océan était plus grand, bien plus grand que ce que Magellan pensait. Bref, le danger, le syndrome, c'est que croire que la vie Number Two va résoudre tous les problèmes, c'est oublier que d'autres problèmes surviennent toujours. C'est une course (après le bonheur, sans doute, mais :



Ah ! Voilà la troisième voie ! C'est probablement l'Océan Indien :-).
Bon, j'arrête ces stupides élucubrations.

Je regarde "300", évidemment. C'est très violent, culotté, et une réussite, d'un certain point de vue.

Rentré ce soir avec ce temps incertain qu'on a de plus en plus souvent. Il fait chaud et trop lumineux, mais le vent hésitant est froid, c'est Mars. De tous les côtés le ciel est comme malade, déchiqueté, mais derrière un voile. Du côté du soleil, les nuages sont oranges, timides, voilés, poussiéreux et dentelés, d'immenses rayons descendent en oblique d'une ouverture aux bords en or, sans y croire vraiment, et l'ouverture est vide de tout; une rue plus tard, je regarde à nouveau et trouve enfin l'oeil rond du soleil au milieu du trou, orange, et quelque peu de chaleur se pose sur mon dos, il fait froid néanmoins...

Fini le Kaspi sur l'histoire des USA (s'arrête en 45), et me suis procuré un gros pavé sur la Traite des Noirs ainsi qu'un gros livre des Carnets de V. Grossman.



Sur de bons conseils, quelques briques à ajouter à mon Waldgänger (je me sers aussi de cette page comme pense-bête) :
- Jacques Vaché : Lettres de Guerre.
- Queneau : Derniers Jours.
- Hasek : Le Brave Soldat Chveîk.

J'en ai profité pour me payer le Oblomov de Gontcharov, un exemple que j'avais noté il y a longtemps de personnage "dans le monde sans y être".



Je cherche encore des utilisations marrantes de la reverb. J'écoute bien des morceaux connus en ne pensant qu'à cet effet. Probablement rasoir : passez quelques paragraphes...

Le Relax de Frankie Goes to Hollywood par exemple. Je me souviens de ce double vinyl un peu frustrant avec le Welcome to the Pleasuredome de 13 minutes, dont le plaisir venait du pont instrumental (à 7'02") qui calmait un peu les oreilles après la vulgarité du début. Si Relax était porté par le scandale (lié aux paroles, au clip) et son côté hymnique, moi j'adorais la "piste de danse pour les oreilles" : un axe inamovible central sans reverb, un noyau (basse, grosse caisse, hi-hat) autour duquel venaient milles et une sonorités dans de grands espaces divers, comme une suite de bulles imbriquées.

Je réécoute le Post de Björk, mal chanté, mal écrit, mal produit (Army of Me : un peu trop de reverb partout, point final). Enya me fait beaucoup rire : 1 kilomètre de reverb partout, et voilà pour la production :-). Michael Jackson, dont l'intro rythmique est un plaisir (la batterie un peu reverbérée, la basse presque pas, la voix un peu plus que la batterie - il est possible que l'effet soit retiré de la batterie ensuite). Après la perfection de Violator, écouter le Never Let me Down Again. Trop de reverb (sur la batterie et la voix, principalement) ! Le morceau est magnifique mais noyé dans le "loin". L'époque était comme ça. Revenez à Violator après Behind the Wheel : le son s'est resserré, il est plus précis, étagé, il y a parfois même PLUS de reverb, mais pas sur tout. Au lieu, comme dans Music for the Masses, d'éloigner tout le morceau dans une sorte de tore de reverb (tout est loin autour de nous), dans Violator on plonge l'auditeur au centre d'une sorte d'architecture en trois dimensions, les sons étant placés précisément à des distances voulues. On pourrait s'amuser à faire des classements de "productions", je pense surtout aux productions de Yes de l'époque Close to The Edge, Relayer, The Yes Album : un son serré et plat, qui se lisait comme sur une affiche. La profondeur n'étant jamais recherchée.

Exercices : 1/ Ecoutez Saturday Night Fever et faites l'analyse de la production sur les Bee Gees. Comparez avec des morceaux ultérieurs comme You Win Again. Qu'ont-ils perdu ? 2/ Trouvez une compile de Yello et étudiez l'utilisation de la reverb. Et régalez-vous : Yello vont parfois très loin avec ça, cf "To The Sea" -> différentiel rythmiques/sons.

Le pire, c'est la new age, les synthés dans la reverb. Parfois, c'est miraculeux, je pense à cette tranquille forêt de sons dans le Soil Festivities (movement 1) de Vangelis...



Se souvenir que le son du mp3 est, pour les musiques complexes, une horreur confuse à côté du son d'un CD ou d'un disque...

Les lunettes sont le symbole de l'intellectuel, mais pourquoi ? La lecture, oui, mais c'est comme si ce prétexte ne suffisait pas...

La soif croissante de l'insolite est symptôme d'une perte.
Ernst Jünger.

En naviguant, je retombe toujours sur le site de Cali, "graphiste, illustratrice, peinturlureuse et gribouilleuse" - en profiter pour lianer la page Elles créent.

Je suis fasciné par le type du créateur-qui-n'arrête-pas, dont c'est le mode de vie, et qui travaille vite et bien, et tout le temps. Le plus célèbre d'entre eux ? Picasso.



Avril










Ne peux-tu arrêter un peu de me prendre en photo ?

jeanpascal@wanadoo.fr