L'administrateur n'est pas initié au mystère du jardin.
Ernst Jünger : Graffiti/Frontalières



...mmhh... flowers !...




Avril



Je suis comme un enfant dans un magasin de jouets dans une "Foire aux Livres". J'y ai trouvé bien des choses, dont le Méditerranée de Braudel (dont Chaunu parle tout le temps), paraît-il un bijou du livre d'histoire, un livre sur George Fox et les Quakers (il s'agit d'un mouvement religieux, qui m'intéresse car lié au destin des Etats-Unis). Suis tombé sur Les Libérations de l'Amérique Latine, un miracle car je tournais en rond sans trouver de livre sur la décolonisation de ce continent, pour compléter mes récentes trouvailles. 3 volumes sur la fin de la guerre de 1870 et la Commune (ce qui va me faire reprendre Hugo, probablement), des textes de voyage de Zweig (miam !), de courts textes farfelus de Antunes (écrivain portugais), un délicieux Voyage Autour de mon Jardin chez Nelson (suranné, pourrait-on dire), 2 tomes des mémoires d'un général de Napoléon, 2 recueils de poèmes en anglais (Byron Shelley Chaucer Coleridge et bien d'autres), La Divine Comédie chez Garnier, un Balzac "par lui-même" (excellente petit collection), et deux volumes illustré sur Dante et Baudelaire. J'ai pris aussi celui sur Goethe afin de compléter mon coin de bibliothèque sur cet auteur, que je compte bien explorer un jour, et des petites surprises : le scénario de Sonate d'Automne de Bergman, un immense livre sur les peuples de l'Himalaya, ainsi qu'un gros volume sur les villas de Toscane.



Ce qui donne une sorte de nausée lorsque l'on fouille dans des dizaines de caisses de "vieux livres", c'est la profusion d'auteurs que l'on ne lit plus, qui furent des best-sellers du passé (ce qui sera sans doute le lot des actuels Nothomb et cie, dans trente ans). Slaughter et Konsalik, Mauriac, Druon, Troyat, mais aussi le Dominique de Fromentin (roman du renoncement à la passion, disent les spécialistes) ou Henry Bordeaux.

Trouvé dans mon livre sur l'Empathie un remarquable chapitre sur l'idée de "désigner quelque chose à quelqu'un". Ce qui est pour nous évident est pour quelques chercheurs l'objet d'études qui durent des années, et même toute une vie...

Un des dangers qui guette le tempérament artiste qui commence à avoir des contrats (le graphiste, le dessinateur, le vidéaste...), c'est de filer ensuite contrat sur contrat, sans plus jamais avoir le temps de faire des choses personnelles.

J'ai acheté, pour rire, un très vieux livre "Conseils d'une mère à sa fille", rempli de choses ringardes et sexistes évidemment, que je vais laisser traîner dans la bibliothèque, pour les filles, exprès. Il est bon d'avoir parfois des livres contre lesquels on se met en colère...



Mon long délire autour de la découverte de l'Océan Pacifique, en fait, colle tout à fait à ce que j'écrivais ici sur la déception de celui ou celle qui a décidé de faire le contraire de quelque chose qui ne fonctionne pas. J'en ai rencontré plusieurs cas. La contrôleuse de gestion (tout un programme, dans le titre !) horrifiée qui vire en institutrice (ce qui est tout aussi affreux), celui qui passe du marketing au Musée, etc. Il s'agit là de travail, mais c'est pareil pour la vie. Passer du célibat (terrible) à la vie en couple (terrible), ha ha ha. Ce qui veut donc dire que je radote.

Donc voilà, dans le désenchantement, ce qui est rigolo est le second désenchantement. En fait, il y a de quoi désespérer !

Quand on a l'esprit trop vaste et de grandes intentions lyriques, il faut bien quand même finir par se poser. Enfin, sauf à exploser en vol, ce qui est une possibilité. Ou se supprimer - j'ai vu quelques suicides assez ridicules. Bref. Repli ? Extinction dans le métroboulotdodo ? Fuite en avant, dans le travail ou les amours successives ? Lobotomisation dans les séries télé "géniales" ? Action militante ou politique ?



Reçu mon Oblomov, que l'éditeur présente ainsi :

Partisan de la position allongée, Oblomov ne trouve le bonheur que dans le sommeil. Ni son ami Stolz, incarnation de l'énergie et de l'esprit d'entreprise, ni la belle Olga avec qui se nouera l'embryon d'une idylle, ne parviendront à le tirer de sa léthargie. Entreprendre et aimer sont décidément choses trop fatigantes. Grand roman de mœurs, Oblomov offre une satire mordante des petits fonctionnaires et des barines russes. La première partie du texte constitue un véritable morceau de bravoure, irrésistible de drôlerie, décrivant les multiples tentatives toutes vouées à l'échec d'Oblomov pour sortir de son lit. La profondeur du roman et la puissance du personnage n'ont pas échappé à des philosophes comme Levinas. L'inertie du héros est moins une abdication que le refus farouche de tout divertissement. L'humour et la poésie sont au service d'une question que Gontcharov laisse ouverte : et si la paresse, après tout, était moins un vice qu'une forme de sagesse ?

...qu'il faudrait lire en parallèlle avec le A Rebours, de Huysmans. C'est pas pareil, mais c'est pareil :-)



J'écoute The Dance of the Maya du Mahavishnu Orchestra. Double déception, car la première partie en "escaliers saturés" ne vaut pas tripette face à un King Crimson. Aucune tension, on ne voit pas où se dirige la progression. La suite se perd dans le trip habituel "virtuosité vide" à solo de guitare improvisé. Je ne crois pas à l'impro-grande-vitesse, la preuve ici. Pourtant, je ne suis pas contre une grande partie de course basse-guitare-batterie, lorsque le tissage électrique a été écrit par un fou (comme Steve Howe, tiens - cf Relayer).

Reparti dans le Gothico machin-truc. Within Temptation, je jette tout un paquet de trucs affreux (voix lyrico-cucul, guitare/batterie lourdingotes et choeurs partout), ça dégouline et on dirait du Bonnie Tyler ou du Europe chez les vikings. Enfin, ils ont un truc qui s'appelle Memories (reverb Cathédrale, coco :-) qui possède quelques couleurs. Forgiven s'appuie sur une mélodie vocale ad hoc. Our Solemn Hour la joue "Refrain Titanesque avec Grand Choeur", et, diantre, c'est bien amené, c't'affaire-là ! Je crois bien que si j'étais une jeune fille de 17 ans, j'adorerais ça ! Restless a le piano qui me fait lever le sourcil, mais c'est tout. Ils osent aussi reprendre le Running Up That Hill de Kate Bush, version flûtiaux et grosse guitare, ce qui a le mérite d'être irrespectueux (comme il convient avec une reprise, je trouve). Enfin, c'est parfaitement raté.



Oui, c'est Georges Sand.

Quel événement ! J'ai viré de mon iPod toutes mes 3-4-5 étoiles, et dans le trou j'ai placé bien des bêtises : Pink Floyd The Wall, Kate Bush Hounds of Love, Alan Parsons Project Eye in the Sky, Boards of Canada, Meredith Monk, Arvö Part, la musique du Tombeau des Lucioles, le dernier Jarre, le Berlin de Lou Reed, la musique du Phantom of the Paradise, des Yma Sumac et... la 7ème Symphonie de Prokofiev.

Je lis l'histoire de Fox, Penn et des Quakers, ainsi que la vie de Maupassant, superbement croquée par Troyat. Donne envie de trouver des choses comme le Journal de Goncourt, la correspondance entre Flaubert et Georges Sand, ou la vie de la Comtesse Potocka. Je commence par ailleurs à réunir quelques volumes sur Savonarole. Il faudra ensuite que je garde en mémoire de trouver quelque chose sur William Penn.



J'ai trouvé cette jeune petite abeille au fond d'une fleur, comme accablée par le fait même d'être née. "C'est donc ça ma vie ?".
Non, c'est idiot de dire ça. L'abeille, immobile, est saoûlée de pollen. Non. Elle a froid, elle tente de se réchauffer. Non : la couleur jaune, qui est un poison, chacun le sait, a emprisonné l'abeille. Non...



Idée d'Histoire : celui qui n'aime pas les dimanches, veut à toute fin "faire quelque chose". Ainsi, il emmerde tout le monde et stresse tous les autres qui, évidemment, aiment les dimanches (à lire, jouer, chanter, paresser ou rêver, ne rien faire (justement)). Finir à la Astérix : les autres se saisissent de l'importun "faisons quelque chose", le ligotent, le baillonnent et l'attachent à un arbre, et voilà pour lui.



Suite à une erreur de TGV, je me suis retrouvé avec ma petite tribu à l'aéroport Charles-de-Gaulle. En ai profité pour montrer aux filles les gros navions qui décollent. N'ayant jamais pris l'avion de ma vie, je me suis retrouvé bouche bée devant l'immense fourmilière des voyageurs sur le point d'embarquer. Portiques, sécurité, hôtesses qui passent, passeports et bagages, j'avais l'impression d'avoir à faire à une grande secte d'initiés au Grand Mystère.

De retour en TGV, placé à côté d'un jeune homme avec deux Didgeridoos. Je songeais avec un peu de nostalgie à mes 20 ans (une certaine liberté de mouvement, une grande énergie pour les rencontres ou la composition musicale), tout en rigolant avec E., en expliquant à L. un mot qu'elle ne connaissait pas dans son roman, en bavardant avec leur mère. Et je me suis rendu compte que le jeune homme, en retour, de façon symétrique, vivait une sorte de nostalgie du futur devant le tableau qu'on devait former. C'était moi, lalère, ici, qui avait le Grand Mystère.

Il y a des jours où l'on a besoin de musique, et où toutes les musiques vous sont insupportables. Musiques du monde ? Les musiques irlandaises (calmes ou dansantes) paraissent terriblement indignes, lourdingues, vulgaires et colorées face aux mélopées du désert.



Régulièrement, je retombe sur les musiques de Mike Oldfield, drôle de bonhomme et drôle de compositeur. Il a commis bien des erreurs et fabriqué des albums affreux, ainsi qu'un nombre respectable de chansons totalement ratées. Mais c'est aussi l'auteur de quelques invraisemblables bijoux, des grandes fresques du début (4 premiers albums) aux rigolos délires des QE2, Five Miles Out ou Platinum, jusqu'au sommet foudingue qu'est Amarok. Il faudrait un jour que je m'y recolle pour de bon. Cette musique m'a rendu malade de plaisir (les landes de Hergest Ridge, la fin du premier mouvement d'Ommadawn), et je la réécoute maintenant en dilletante, souvenirs de royaumes perdus.
Quand je me rapproche de cette musique, c'est son côté baroque et culotté qui me saute aux oreilles. C'est très anglais, en fait ! Son côté, souvent, totalement inédit. Quelle électronica peut arriver aux sonorités d'Evacuation (dans The Killing Fields) ? Quelle techno osera faire du Phil Glass disco comme dans Platinum ? Quel groupe oserait faire des trucs aussi jouissifs et grotesques que l'énorme danse de la fin d'Amarok ? Et la terrible complexité rigolote de Taurus II ?



Toujours intrigué par Nathan Fake, je trouve Outhouse, techno nulle à trois balles, mais portée par un roulis harmonique obsédant. D'ailleurs écoutez, cette ligne de basse à quatre notes, elle est déjà bien trop évoluée par rapport à ce qu'on entend d'habitude...
Je cherche sans trouver le Body Riddle de Clark.
Avec curiosité : Ellen Allien, James Holden, Trentemoller, Agoria... puis lassé de toute cette énergie frappante clignotante pétillante, je viens à Subtext de Foxx et Harold Budd. Plumes...



Rigolez si vous voulez : je regarde le DVD de Les Dames de la Côte en m'apprêtant à ricaner. Mais c'est bien vu et subtil, souvent drôle, et on y campe de redoutables imbéciles romantiques ou jaloux. Ah ! De la belle ouvrage, ma foi. Et Fanny Ardant, comme ils disent quelque part "piaffe comme un étalon sauvage", dessinant une très convaincante Grande Exaltée... qui trouve son maître sous la forme d'un super-crétin encore plus romantique qu'elle (du Type jaloux-jamais-content, "tu ne m'aimes pas assez", etc).


Vacances. Après midi parfaite estivale à bavarder à six dans un parc (ou à faire des photos, ou à jouer au ballon), tandis que les enfants courent, font des cabanes et des secrets sous les arbres, revenant rouges et essouflés demander une galette ou un grand verre d'eau. Il n'y a pas si longtemps, il me semble, que c'était moi qui courait dans le printemps ou me roulait dans l'herbe avec les copains. Je suis de l'autre côté, maintenant, le papa, et ça donne encore et toujours un sentiment d'irréalité.



Ecoutant ci ou ça, je viens de découvrir Trentemoller (excusez, je débarque), beaucoup d'habileté et d'élégance. Take me to your Skin, souplesse dans le son et dans l'évolution temporelle (et belles surfaces dans la reverb !). L'album est très bon et superbement produit (les volumes !), mais j'avais été d'abord séduit par un maxi (Beta Boy) qui possède quelque chose que j'ai déjà trouvé chez Chemical Brothers, l'alliance du vide musical boum-boum de la techno à une qualité perpétuellement-repropulsante. Beta Boy, donc, c'est zéro, mais c'est sans cesse en train de muter et de grouiller, jusqu'au dernier plateau rythmique. D'ailleurs, le morceau fait 7 minutes, il est amusant dans iTunes de cliquer au hasard sur la barre de suivi : vous n'entendez jamais la même chose. Le sens de la mutation interne, dans cette musique, est primordial.

Ce que Trentemoller fait avec ses quatre accords, sur Always Something Better, est marrant comme tout. Dégradation, savonnage, relance...

Pris cette photo ci-dessous aujourd'hui. Les "nouvelles feuilles" qui veulent à tout prix sortir et se déployer, c'est fascinant (oui je sais je dis trop "fascinant"). J'ai fait la même photo l'année dernière. To Unfold. J'adore mon Canon. Les deux photos qui suivent ne sont absolument pas traitées.

L'année dernière, en mai, la feuille était moins sortie que ça...



Lecture enthousiasmante d'un long article sur l'état actuel des recherches sur le dialogue entre les singes et les humains, dans mon gros volume sur la condition animale.

Un Révolutionnaire qui cherche à être élu, c'est amusant n'est-ce pas ?

He waxed lyrical about the old days...

Je viens de rencontrer cette étonnante expression anglaise, wax lyrical : To talk about something with a lot of interest and excitement.
Wax, c'est la cire (de bougie), je supposais donc que l'expression indique que l'on commence à fondre et à se répandre. Je m'interroge : une couleur ironique, alors ? Non : wax est un verbe qui dit "tendre vers", enfin, les anglais disent "tend towards" ou "grow towards". C'est une force de cette langue : je ne vois pas comment dire en français "grossir vers". We can wax lyrical, or wax indignant, etc...
Oui, mais wax voulant dire "cire", il est possible que dire "wax lyrical" sous-entende "dégouliner dans le lyrique". Qui a vécu aux USA pourra peut-être m'éclairer.



Je zappe sur iTunes. Quelques bonnes pépites planantes, c'est bizarre, dont le Disappointed de Lisa Gerrard (c'est la musique de Paï) avec ses lenteurs sombres horizontales, le Littlemore Tractus d'Arvo Pärt, cette chanson étrange et roublarde qu'est Elephant Woman de Blonde Redhead, les ressorts rigolos d'Europe Centrale de Metropolitan (Santarromana), Alif Tree featuring Helen Merrill (rêve de jazz abstrait) le tout entrecoupé de Berg et Webern, orchestre dirigé par Stravinsky. Ouch !

Trouvé "23" de Blonde Redhead, miam. Explorations : Syd Matters, Zentone, Alif Tree...

Ce petit bonhomme, je l'appelle Le Petit Bonhomme Printemps. C'est un bourgeon de lierre qui semble aimer la lumière du soleil.



J'ai retrouvé ce superbe oiseau, et ne peux m'empêcher de le photographier :



Fussli et son cauchemar. A creuser, cauchemar en anglais : Nightmare. Mare = jument. Jument de la nuit. Et on voit une jument dans la nuit, justement. Cf Shakespeare.



J'ai bien peu de machins ajoutés à Firefox, mais je ne pourrais me passer de Adblock, NoScript, Linky ou DownThemAll.

Blonde Redhead. 23, coton harmonique sur tapis rythmique, voix en brouillard rouge, guitare qui savonne : excellent, épuisant. SW roule pareil mais surprend oreilles et cerveau par son pont instrumental (1'52") qui semble divaguer. Silently continue sur cette face "floue" et remplissante comme un liquide, remplie de couleurs harmoniques. Je dois trouver l'album Misery is a Butterfly.

DVD : An Unconvenient Truth, qui corresponde à ce qu'on attend : efficace. Puis Esquisses de Frank Gehry, portrait de l'architecte par Pollack : formidable. Puis un long documentaire sur Ozu (bonus du premier coffret), bavard mais instructif, et touchant. Je compte regarder bientôt Herbes Flottantes, mais avant : Le Dessous des Cartes, sur l'Amérique du Sud. Il tombe à pic celui-là !

Détail extrêmement troublant chez Gehry. Pour un bâtiment, il fait toujours plein de maquettes à différentes échelles. Pollack lui demande pourquoi, et Gehry répond que c'est pour éviter de s'attacher à la maquette, la trouver jolie "en soi", et oublier le bâtiment dans sa vraie taille. Une maquette le conduirait, dit-il, à faire de la bijouterie. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble qu'il se cache ici quelque chose de très important.

Donc, voilà, c'est comme toujours, vous regardez des photos érotiques et cherchez un trouble ou je ne sais quoi - les hommes semble-t-il sont beaucoup dans le regard - et puis vous tombez sur une fille dont vous ne regardez ni le corps ni les seins, mais le visage, et les yeux. Immédiatement, et instantanément, vous quittez l'idée de l'érotisme, ce pataugement. Maupassant dit quelque part que ça fait comme une "secousse" à l'intérieur de vous. Vous voilà ridicule, et pris de stupeur. C'est bien fait.



DVD : Eve de Mankiewicz, renversant d'habileté. Bette Davis (qui devait vraiment être quelqu'un !) est vraiment royale, vivante, les dialogues sont ciselés comme jamais, et Ann Baxter... parfaite en sorte de douce araignée. Hum.... je ne pourrais jamais être critique de cinéma !

Les abeilles disparaissent, dit cet article, je ne sais pas pourquoi, je trouve que c'est vraiment flippant.

J'ai essayé de regarder Herbes Flottantes, film muet de Ozu, quand je me suis rendu compte qu'il était vraiment muet, c'est à dire sans dialogue, ni bruitage, ni musique, ni rien du tout. Ça n'a pas été possible, alors j'ai regardé Sweet Bird of Youth, de Brook, avec Paul Newman, habile mais très "fabriqué". Ce soir, dégusté un merveilleux documentaire sur Claudio Abbado, que j'adore. Commentaires pertinents de Bruno Ganz, de musiciens d'orchestres, et extraits fabuleux de concerts (Dvorak, Debussy, Brückner...), et une fin stupéfiante du Requiem Allemand de Brahms, où tout le monde est tellement touché que la salle reste suspendue longtemps sans applaudissement, dans une sorte de stase...



Marché ce matin avec des plaisirs dans mon iPod, dont Agoria - Stereolove (Paul Kalkbrenner Remix) qui m'a mis en transe. Sur le principe amusant de la "perpétuelle relance" que j'ai déjà trouvé chez Chemical Brothers, sur le principe de la musique-zéro, il construisent un truc sur UN seul accord, comme une ultime contrainte, un axe ou un point, autour duquel on est bien forcé de varier autre chose. On n'est alors pas si loin de Steve Reich ou de la course du ruisseau que l'on fixe. C'est un morceau typique qui épuise l'auditeur en constats. Comment, en effet, donner du plaisir avec rien ? Micro-changements, coupures, relances, extinctions, plateaux, gonflements, obliques. On est, c'est clair, dans un endroit sonore variable, une installation, une suite de déploiements "sur place", une machine. Le plaisir, je pense, à construire cela est similaire à celui de l'enfant qui dessine, qui joue aux légos. "Tiens, si on mettait ça là ?".

L'herbe finit toujours par pousser ...




Mai










Levitan

jeanpascal@wanadoo.fr