Encore un peu de temps, et l'herbe
Couvre les têtes couronnées.

Brockes
cité par Ernst Jünger
Journal 1965-1970



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Juin



Lecture de textes et lettres de Gauguin, grand énervé celui-là...

Je n'écris pas parce que je joue au créatif. J'ai commencé à apprendre le montage vidéo sur iMovie, à partir de bricoles filmées avec... mon appareil photo. Quelques petites contraintes se sont imposées à moi. Comme je n'ai aucune envie de filmer des gens, je filme des jouets, ou des objets. Comme la prise de son est barbante, je ne travaille qu'avec de la musique. Pour l'instant, je n'utilise que mes propres musiques (et sans doute rapidement de la musique classique) ainsi que les bruitages livrés avec iMovie. En somme, ce sont comme des clips.

D'autres choses apparaissent vite :
- Les différences de travail lorsqu'on compose de la musique sur ordinateur et lorsqu'on monte de la vidéo. Certaines similitudes. Les différences à plusieurs niveaux - je m'amuserai bientôt à les lister.
- Envie de travailler sur 1/ La présence de MOTS à l'écran, titres et sous-titres, commentaires ou cartons comme dans le muet 2/ Les ruptures de ton 3/ Les dissonances (image/son par exemple).

Mon petit réservoir est sur YouTube et sur DailyMotion.

DVD : Le Prestige. C'est long, long, et on s'en moque complètement, de leurs affaires. Mais je sais pourquoi ça marche, c'est grâce à une fin astucieuse, on est bernés. C'est ce que j'appelle le Syndrome d'Usual Suspect, film sans grand intérêt doté d'une fin remarquable...

Discuté avec un monsieur qui a visité plusieurs fois les Etats-Unis en "groupe". A Philadelphie, le guide leur met dans le bus la musique de Rocky avant de montrer le musée de la ville. Voilà me donne envie de faire le touriste en groupe...

Je lis le... Missing Manual de iMovie 6.


Composer un morceau de musique ou monter un petit film, c'est basé sur un même "principe", grâce à l'ordinateur : on a un résultat, un feedback en temps réel. Même si, bien sûr, on tente de savoir où l'on va, on construit en tâtonnant, en essayant, en voyant "ce que ça fait". Il y a bien des choses communes, comme le travail sur les transitions, ou l'aller retour permanent entre le microscopique (une mesure en musique, quelques secondes en vidéo) et le macro (la structure globale).

Il y a aussi les même dangers liés à la "facilité". Chez le musicien, ça peut être le "trop de reverb", ou le "écoute coco le p... de rythme que j'ai trouvé". Chez le vidéaste, ce sont les effets partout, les zooms, etc... Il y a une vulgarité commune entre la reverb et le zoom.

Si les deux types de travail opèrent toujours sur la chronologie, le temps qui se "déroule" (enfin, quelque chose d'horizontal), le musicien seul doit faire un travail "vertical" en permanence : l'harmonie, et ses évolutions. Des accords qui changent et se transforment, ces couleurs, ce travail n'existe pas en montage, c'est très... bizarre. Comme si on travaillait avec une dimension de moins.

Une autre chose est frustrante pour moi. C'est que le montage vidéo se fait en deux grandes parties : d'abord le tournage, puis le montage, qui se fait avec le réservoir de plans qu'on a constitué. En musique, on travaille "au corps" le morceau, et on peut toujours tout changer.

J'ai remarqué aussi le même phénomène de "la sauce qui ne veut pas prendre". On cherche des heures sans trouver ce qui ne fonctionne pas. Puis on change quelque chose et soudain ça y est. Ce changement est souvent de l'ordre du "j'enlève quelque chose"...

Et puis, la force des images, c'est assez troublant. Vous mettez n'importe quelle musique sur un plan donné, et presque toujours il se passe quelque chose de fort, ou de bizarre, d'intéressant. Un plan peut prendre une ampleur étonnante, et c'est parfois problématique.



Mon plaisir, pour l'instant, est de l'ordre du jeu et de la découverte. Chaque petit film est comme un jouet avec lequel j'apprends les transitions, les titres, les champs/contrechamps ou la prise de vue. J'essaie de garder une certaine désinvolture. Je cherche, comme en musique, à placer des bifurcations, des choses qui ne sont pas d'aplomb, des dissonnances, en quelque sorte, des choses qui font lever un sourcil...

Ce sont les mots/titres dans Dancing Unhappy Beasts, ou la première phrase de Molly ("Mais pourquoi riez-vous ?") dans le second Molly Baghead, ou le changement d'intensité apporté par la grenouille et le son dans Bathroom Love. A chaque fois une sorte de rotation.

Oui, c'est en anglais, lorsqu'il y a du texte. Je ne sais pas pourquoi, pour moi, YouTube c'est en anglais. Tout le monde doit pouvoir lire mon mauvais anglais après tout :-)



DVD : Le Dahlia Noir, la patte de De Palma, un casting qui me plaît, mais le côté grand-guignolesque du réalisateur est un peu bizarre dans un film assez classique. Swank en fait trop, Scarlett J. semble hésiter entre sa fraîcheur séduisante et une apparence fort glamour - tension intéressante. Je vais explorer les bonus (scénarisation, etc).

A faire pour YouTube : "Rules for Cellphone", un rap muet, "Dead Doll", "Foxy the very very brave, part II", "Testing beats". J'adorerais attaquer des trucs sur mes Farist plus complexes, et puis une rigolade avec les Danses de Bartok. Penser à un MySpace avec des textes explicatifs et des vidéos de meilleure qualité sur Rapidshare.

Suis resté un long moment fasciné sur Twittervision.




DVD : Babel. Toujours le même moteur pour Inarritu : la douleur. Et avant la douleur, ces scènes "qu'on sent qu'elles vont mal tourner". Emmerdement maximum. Je rejette en bloc. C'est... repoussant.

Du polar, du polar, du polar, d'Agatha Christie à Commissaire Moulin, de Dirty Harry à Columbo, je ne peux m'empêcher de trouver fort vulgaire l'idée même du "polar". Le meurtre comme moteur scénaristique, rien de plus facile. "L'enquête", voilà qui régale la ménagère. La TV est remplie de polars et d'enquêtes, des Experts à Hercule Poirot. M'enquiquinent.

J'écoute avec intérêt Oi Va Voi. Pas encore d'avis, sauf que ce sont d'indubitables musiciens, et qu'ils aiment les notes qui se tendent et se tordent avec un certain danger. C'est en tout cas Further Deeper qui m'a allumé l'oreille (mais où j'ai trouvé ça ??), qui pourrait bien illustrer un film tourné par Kusturica et Tarantino. Une vraie course, et un grand bol de plaisir dans mon iPod.



Conversation avec une jeune femme (d'origine allemande) sur la Stasi et la "surveillance" dans l'ex-Allemagne de l'Est. J'ai pensé aux purges staliniennes, et me suis aperçu que ce qui m'intéressait était non pas le phénomène lui-même, mais ce qui se passe après. Remords ? Déni de responsabilité (du type classique : "J'obéissais aux ordres") ? Fermeture et oubli ? Je me souviens (il me semble dans les livres d'Evguenia Guinzbourg) de la magnifique stupeur des agents qui envoyaient consciencieusement des milliers de gens dans les camps en Sibérie, lorsque venait leur tour - pour des raisons toutes aussi absurdes.

Toutes les sagesses disent qu'on cherche souvent ailleurs ce qu'on possède déjà. On pourrait écrire une série de nouvelles sur ce sujet. Ce qui m'intéresse ici, c'est le moment précis où le personnage s'en rend compte.
Il n'est nul besoin de voyager pour cela. Histoire classique de celui qui "cherche le bonheur", s'en rend malade, puis à la fin de ce cycle se rend compte que sa propre vie en était remplie - mais c'est trop tard, évidemment, ha ha ha.

J'appelle Principe de Yoknapatawpha l'idée générale que l'on doit faire, ici et maintenant, avec ce qu'on a dans les pattes. Yoknapatawpha, c'est le nom d'un Comté imaginaire inventé par William Faulkner. Jeune, il a un peu voyagé (en Europe, par exemple) et écrit des romans sur ces expériences, avant de se rendre compte que le "Monde" qu'il explorerait profondément, c'était le Sud, là où il était né. Il me semble que Tchékhov a dit quelque chose sur ce problème.

Il est bien des artistes qui ne travaillent pas parce "toutes les conditions ne sont pas réunies", et d'autres qui font avec ce qu'ils ont sous la main, du fusain pour le peintre sans le sou et du minimalisme pour le musicien sans 64 pistes. Une amie me parlait de cette vidéaste sans caméra vidéo qui travaillait avec son appareil photo, qui ne pouvait que faire des prises d'une minute maximum. Joie des contraintes dans l'art !

Pour reparler du polar, il est vrai que la majorité d'entre eux sont dans une grosse bassine un peu débile destinée à distraire le couch potato qui se vide la tête (si ça peut lui faire plaisir...) et la mamie-à-plaque-de-chocolat qui adooore les policiers français claqueurs-de-porte-de-voiture. Bref un petit meurtre (mais pas violent), une enquête avec détective ou commissaire sympathique et malin, et résolution/arrestation, lalère. Grosse bassine, entourée, comme un soleil-bassine, de centaines d'annexes, chacune consistant à pousser un levier : meurtres plus violents et plus nombreux, enquêteur plus bizarre ou farfelu, police plus scientifique (Experts), basculement dans la conspiration politique, plus de rigolade, plus de réalisme (L627), plus d'esthétisme, tueur plus bizarre, grosse astuce (Silence des Agneaux, ou un tueur qui aide à arrêter un tueur), ou la seule annexe qui pourrait me faire lever un sourcil, étrangéisation du polar, qui dérange tellement la ménagère : intrique sur-compliquée, disparition d'un élément (pas de meurtre, enquêteur qui devient fou, cadavre qui redevient vivant). Hélas, ça ne m'intéresse pas plus. Je cherche les exceptions. La Soif du Mal (Welles). Blow Up (Antonioni) et Blow Out (De Palma).

Je m'amuse encore à filmer, mais n'ai pas assez de temps pour monter. Je vais essayer de finir la suite de Foxy, quand même...

Voilà qui est fait. En ligne sur YouTube et DailyMotion. Pardonnez-moi pour ces débilités bizarres.



J'appelle "Révolte de Symétrie" la plus répandue des andouilleries humaines, qui consiste à se sentir différent (rien n'est plus répandu que de se sentir différent) et à se "révolter" en faisant le contraire, symétriquement, de ce que l'on n'aime pas. Ainsi ces groupes de rock qui chantent Satan avec des crucifix à l'envers font de la bonne révolte de symétrie. Ils parlent encore de choses chrétiennes (quelle barbe !) et se baladent avec des crucifix (pfff). C'est le croire en l'incroyance de Nietzsche. Ainsi les gothiques (ils n'aiment plus le rose, mais le noir - ils n'aiment plus les couchers de soleil, mais la nuit), etc. La demoiselle de l'aquarelle, ci-dessus, vient des années 1910. Elle a-do-re-rait les films de Tim Burton. Le Burton a été formé chez Disney, a détesté ça, et maintenant fait du Disney symétrique. Ses héros ne sont pas des princesses ou des petits animaux, mais des morts et des squelettes. Ses films ne débordent pas de couleurs, ils sont gris ou bleu, nocturnes. C'est n'est pas Noël, mais Halloween. Ouuuuuh ce qu'il est irrévérencieux !
Aimer les paysages humides et sombres, voilà bien de l'emmerdement de symétrie ! Je m'amuse d'ailleurs à trouver des aspects qu'on ne symétrise pas. Par exemple l'autre gothique ravie de s'être marié en noir, Doc Maertens et musique ad hoc, qui s'est quand même mariée (à l'église !) avec de la musique-avec-des-choeurs. Mon groupe de "Metal", plus haut, fait dans la symétrie, mais par certains aspects, non. Ils chantent, quand même, et montent sur scène (exactement comme Michelle Torr, si) !
La Révolte de Symétrie, c'est emmerdant, parce que c'est "encore plus de la même chose". Ça n'a rien de perturbant.

Pourtant, ou pourrait cataloguer d'autres pistes que le "faire le contraire". Se retirer du jeu est ma préférée. La plus répandue est la parodie, ou l'exagération. Piste amusante : faire "plus le contraire", ce qui rejoint souvent le "se retirer". Car le contraire des chansons d'amour, ça n'est pas les chansons sur Satan, mais c'est de ne pas chanter. Et le contraire de se marier en blanc n'est pas de se marier en noir, mais de vivre seul. Mon autre piste préférée, c'est l'étrangéisation (encore !?). En ce sens, je suis plus intéressé par le Lynch de Blue Velvet que le Burton de Beetlejuice. Il est vrai que je préfère encore être perdu que d'être dans de la nunucherie symétrique. Bon, d'accord, j'arrête.

J'uploade mes bouts de films sur DailyMotion, c'est bien plus propre (comme qualité d'image) que YouTube.


Ajouté une bizarrerie de film sur ma page Quick-Eyed Sky. Il y a 11 films, je suis en train de les passer sur DailyMotion - meilleure qualité.

« La peur de vivre c'est de ne mériter ni blâme ni louange. C'est le souci constant, unique, de sa tranquilité. C'est la fuite des responsabilités, des luttes, des risques, de l'effort. C'est d'éviter avec soin le danger, la fatigue, l'exaltation, la passion, l'enthousiasme, le sacrifice, toutes actions violentes et qui troublent et dérangent. C'est de refuser à la vie qui les réclame sa peine et son cœur, sa sueur et son sang. Enfin, c'est de prétendre vivre en limitant la vie, en rognant le destin. »
Henry Bordeaux - Préface à La peur de vivre (1905)

Ah ben oui, alors, moi j'ai "peur de vivre", je suis d'accord avec ce vieux Henry Bordeaux - sauf la dernière phrase, que je changerais un peu : "Enfin, c'est de prétendre vivre en limitant les conneries".

DVD Ne le Dis à Personne, aaaah, un bon polar, qu'y disent ! Un poil d'Internet, un poil de banlieue, de la conspiration et du mystère, c'est nul et ça pue le fabriqué. Pourtant ça tient à peu près debout grâce aux acteurs. Le Canet dirige et choisit bien ses acteurs. Cluzet est royal, comme souvent. Scott Thomas sert un joli contre-emploi. Dussolier est empéché de faire son numéro. Le tout est fort tortueux, copieusement arrosé de violence-contre-les-femmes, de méchants rigolos (la tordeuse d'oreilles) et d'apparitions risibles ("Tiens ! Jean Rochefort !"). Et une jolie fin "pleine d'émotion". On se rapproche du cinoche US. Bravo Canet !

J'appelle Apparition Risible, au cinéma, la grossière erreur qui consiste, lorsqu'on a bien embarqué son spectateur dans une histoire, à faire apparaître en personnage secondaire une "bonne tête bien connue", ce qui fait immédiatement ricaner et donner un coup de coude au dit spectateur. "Tiens, t'as vu ? C'est machin !". Les américains adorent faire ça avec Morgan Freeman.

Je réécoute mes musiques pour y coller des images, c'est rigolo comme tout - surtout que ça a l'air de n'intéresser que moi :-) Suis en train d'avancer dans le montage d'Herbie, petit diable rouge dansant (oui c'est celui qu'on aperçoit à la fin de Foxy 2). Je vais tourner demain la suite de Trio, avec mon robot qui se souvient de Molly avec nostalgie (elle tentait de lui apprendre à parler autrement qu'en robot) - j'ai déjà la musique. Je vais tenter de faire ainsi toute une grande fresque sur les jouets (ouaf ouaf ouaf). Ceux-ci, en tout cas, ont à régler un problème récurrent de poupées mortelles. Eu l'idée aujourd'hui d'en faire avancer une (ou deux) dans toutes les pièces, flottant comme un nuage et tuant. Je vais filmer ça à l'envers. L'étrangéisation, c'est mon fort. Ça peut pas être pire que de regarder du polar, hein. Hum. Bon, j'arrête.



Fini de monter un petit truc qui s'appelle Herbie, diable rouge dansant. J'ai mis longtemps avant de trouver le liant.




Juillet










Into the light



jeanpascal@wanadoo.fr