"La chose fut exquise et fort bien ordonnée".
V. Hugo (Les Contemplations)


...de l'or !...




Novembre



Sur un blog, je lis que PJ Harvey ressemble maintenant musicalement à Blonde Redhead. Intriguant. Ceci ne semble concerner hélas que la production - je vais néanmoins écouter attentivement l'album, surtout que le titre White Chalk semble habité par un truc. Sur iTunes, je lis que Blonde Redhead est sur 4AD et fait souvent penser à Filigree & Shadow de This Mortal Coil. Ah bon. Well... maybe. Tout s'emboîte. J'ai reçu mon iPod. Je passe des heures à le remplir de musique. J'y ai mis près de 3000 morceaux, et suis à... 18 Go (sur 80). Well...

Je sais, je suis un peu débilos avec ce genre de joujou. Je vois tous ces gens, pareil, avec leur nouveau portable ou leur appareil photo tout nouveau. C'est lourd, lisse, beau, on adore. Je suis sûr que pour un pistolet, c'est pareil. Soupeser...

Je lis Tchékhov (quel bonheur !) et Vita S.W. Ce sont des plaisirs différents. La musique (Blonde Redhead me fait un de ces effets !) me procure en ce moment des plaisirs violents, orgasmiques, enivrants, j'en ai le tournis, parfois, c'est assez rigolo. Un concerto de Brahms me met en transe convulsive, c'est affreux :-)



Trouvé du vieux Blonde Redhead, mon truc de l'automne. In Particular, en "quelque chose qui marche vite", voix de chat et grilles harmoniques vacillantes, percussions clapantes parfaites, et festival de sons-à-idées. Curieusement "net" par rapport à leurs autres morceaux. Cette aisance dans la complexité, cette élégance dans la jubilation.

http://www.flickr.com/photos/emotionblogster/sets/714329/detail/



Anecdotes troublantes sur le métier de géomètre. Voilà un Type intéressant de celui qui transforme le monde en chiffres...
Voici. Pour préparer le tracé d'une autoroute, les géomètres mettent tout en chiffres (les distances, altitudes, plans, tracés, etc). Il faut ensuite exproprier des tas de gens, dont on va détruire la maison. On remplace la valeur des briques avec une somme d'argent calculée selon ci et ça (chiffres), mais on ne remplace pas la valeur affective de la maison.
C'est ici cette frontière, qui m'intéresse, encore. Lorsque l'emprise des chiffres "frotte" avec ce qui n'est pas chiffrable. Géomètre. Je reste fasciné par le bon exemple du frottement entre le réalisateur d'un film (démarche artistique) et le producteur (metteur en chiffres typique : entrées, financement, etc).

Il y a un autre exemple "facile". Puisque la guerre se fait maintenant en majorité avec des techniciens, imaginons un opérateur d'artillerie - les canons aujourd'hui tirent à des dizaines de kilomètres - dans ses calculs (portée, erreur, trajectoire, choix d'obus, dénivellation, etc) qui passerait le lendemain à côté de ce qu'il a bombardé, et qui croiserait le regard d'un homme qui a perdu sa femme et ses enfants, assis devant les ruines de sa maison, tenant dans ses mains un petit foulard. Voilà qui "frotte", et où ? Dans la tête du technicien, pardi.

Considérer : le mot "numérisation".


Longue discussion dans la supérette du coin avec une vieille dame de 85 ans qui ne trouvait pas ses yahourts Danone mes yeux pleurent tout le temps qui me racontait les bombardements des Anglais, son mari alcoolique et son adorable papa, mort quand elle avait 8 ans, tombé avec une charpente...

Trouver le temps d'attaquer Gertrude Stein. Me suis trouvé le triple tome Bouquins du Journal des Goncourt.

DVD : Miss Potter, bien comme tout et fort triste parfois. 4 Fantastiques et le Silver machin, nullissime, zappé en 30 minutes environ. Il est regrettable que je prenne l'habitude de torrenter ces gros machins US, parfois en HD (Spiderman 3) alors que je devrais explorer mon DVD sur Sarraute. Je vais finir par dégringoler et ne plus lire que Snoopy, Calvin et Hobbes, Giles et Gary Larson - ce que je fais ces soirs-ci.



Pourquoi voit-on toujours les couples qui se connaissent bien se séparer lorsqu'ils finissent par se marier ?

Chargé l'iPod avec la Kammer Symphonie de Chosta, du Wishbone Ash, Daft Punk, Stevie Wonder et Blue, de Joni Mitchell.

On m'a encore raconté une histoire de Mythomane, quelqu'un qui raconte sérieusement des salades. Les gens le savent mais ne disent rien (pour ne pas lui faire perdre la face, probablement, ou par embarras). Certains finissent par être terriblement agacés. C'est vraiment un personnage intéressant, le Mythomane.


Dans les années 50, un p'tit gars du Sud de la France ayant "soif d'aventure", a disparu dans la forêt tropicale en Amérique du Sud, après une randonnée mal préparée. Son père l'a ensuite cherché pendant des années, croyant qu'il avait été enlevé par une tribu. L'affaire était très célèbre dans les années 50, et beaucoup de livres existent sur le sujet. Plus tard, un nouveau bonhomme, obsédé par l'affaire, a décidé de refaire le trajet seul en forêt, mais en corrigeant toutes les erreurs du premier. Il réussit et en fait un livre. J'ai imaginé un quatrième larron, à notre époque, très intrigué par tout ça, qui ne fait plus que lire et chercher sur le thème, tout en restant chez lui.
Tout cela me fait un joli quatuor, et je voudrais développer quelque chose. Je me suis rendu compte que les quatre bonshommes forment chacun une Figure, une énergie "type". Le Romantique (échec), le Père (nie la réalité), le Prudent (réussit), l'Observateur (n'agit pas).



J'suis toujours en retard pour découvrir ces trucs :

penelope

Vraiment excellent. Dessine avec science et désinvolture (je me comprends), a un bon coup d'oeil, est drôle souvent. C'est habile, bien senti et rigolo. J'achète. Me fait penser à Lou, cette BD que j'achète pour ma grande... Je me marre d'avance, c'est quand la Pénélope attendra puis aura un enfant.

http://www.stashmedia.tv/



J'espère sortir de cette léthargie et suis ravi d'avoir trouvé un bon volume "l'archéologie biblique" (si si, ça se peut) : La Bible Arrachée aux Sables. C'est vraiment excellent. Ouvre la voie pour une triple consultation de DVD. La Bible Révélée, puis L'Origine du Christianisme, puis Corpus Christi.

En attendant, je regarde le troisième Bourne, râpeux, stressant et speed. Damon m'impressionne beaucoup. Ensuite j'écoute Parsifal (par Karajan).


Je rencontre de temps à autre des gens que je connais bien qui effectuent une sorte de grande rotation de vie. On a tous vu des délurées devenir new age, des fêtards devenir papa-gâteau ou des experts comptables magnifiques et stressées virer fermière et confitures. Bien des leviers peuvent être alors actionnés, dont celui qui consiste à "enlever" - j'avais connu quelqu'un qui avait entièrement vidé son appartement de tous les meubles, laissant par exemple dans le salon un piano, deux coussins de méditation posés par terre et une chaîne hi-fi. Je suis fasciné aussi par celui qui resserre sa discipline de plusieurs façons : ordonne son intérieur, arrête totalement la cigarette et l'alcool, et ne s'habille plus qu'en costume cravate. Pourquoi pas ?

Hier, L., 6 ans, m'explique que sa copine de CP a de la chance, car sa grand-mère "sait faire plein de trucs avec les cheveux", dont les tresses attachées - moi, je sais pas faire. Plus tard, un neveu au téléphone (4 ans), explique qu'il regarde son livre sur les motos, et me parle de la moto "Tigre", sa préférée.

J'ai eu d'amusantes conversations avec une maman de petit garçon, effarée par l'énergie de son bonhomme, par ailleurs plutôt fûté et attentif. Dans les jouets ou les films, ce qui compte c'est "le pouvoir de destruction" et la vitesse de déplacement - cf les catalogues de jouets. J'avais été surpris, il est vrai, par les dessins de certains neveux enfants : circuits, flèches, avions, explosions (mes poulettes, c'est plutôt "maisons, collines et fleurettes"). Nature ou culture, chef ?



Qu'est-ce qui peut pousser ces vieux messieurs, un jour, à fumer la pipe (suçoter de la fumée, en somme, en se donnant un air) ?

J'écoute le dernier Sigur Ros, planant et "naïvement nul", c'est à dire plein de bonne volonté. C'est juste de l'incompétence. La chose est assez répandue. Rien à sauver.

Suis ravi car j'ai trouvé des documentaires sur divers "Classic Albums", dont le Joshua Tree de U2 ou le SLTS de Nirvana.

Je suis le plus heureux des vieux bonshommes du coin, car j'ai trouvé et reçu ce matin, alors que je lisais mon truc sur l'archéologie biblique au soleil d'hiver, un triple énorme volume "Bouquins" du Journal des Goncourt. J'ai pensé illico à O., car l'ambiance y est parisienne, littéraire et cruelle, on y croise Huysmans et des marquises, Tourgueniev et Maupassant, et des dîners invraisemblables dans des salons ad hoc. La cruauté alliée à l'intelligence et à l'acuité, la précision des termes, dans cette ambiance XIXème. Je vais me régaler, cet hiver.



L., qui a 9 ans, est revenue de chez sa meilleure copine toute excitée : "Elle a une Nintendo DS". Ainsi, ça y est !

Regardé en zappant Dragon Wars. Remplit son office, mais je suis bien trop vieux pour ces bêtises.

Les Goncourt ? Pas que. Mis de côté un livre de poche sur les Manuscrits de la Mer Morte, et une Introduction à Claude Levi-Strauss. Commandé deux vieux volumes de la Pléiade sur eBay (Histoire des Littératures, et Essais de Montherlant), un gros volume d'Hérodote, une Correspondance de Tchékhov, un grand livre sur Toussaint Louverture. Boulimie passagère, mon cher.

DVD : Nine Lives, Innaritu-esque à souhait. Ici, les femmes sont affreusement malheureuses et torturées mentalement par des hommes ignobles et veules, dont elles sont sous l'emprise. C'est très habile, magnifiquement interprété (les visages de Robin Wright Penn enceinte qui revoit un ex, c'est presque effrayant), mais c'est un peu trop facile, et ça me met en rogne, comme d'habitude. Cette caméra souple et voyeuse, qui va scruter les visages tristes... Après ce genre de film (cf Babel ou 21 Grammes), il faudrait se passer un Antonioni pour désinfecter.

J'adore la concision américaine. Sur ce film, je trouve sur IMDB : "BTW this is not a lighthearted romp -- it starts in a prison and ends in a graveyard. Mostly heavy stuff.". Heavy stuff, voilà.

Je me console avec Blue de Joni Mitchell, puis avec Judee Sill. Quelle voix ! Pour finir, je dodeline en rigolant avec le Dinamo machin de Nathan Fake.

Viré manu militari de mon iPod : John Lennon, Jeff Buckley, Pompougnac. Y a Yann Tiersen qui devrait suivre bientôt, qui ménerve avec ses valses systématiques. Peu de cordes dans la lyre.


Reçu L'Egyptomanie, une Imposture, qui me semble indispensable dans une bibliothèque - qui doit contenir tout ce qu'il faut de dépiédestalisation. Dans sa préface ("Le Syndrome Egyptomaniaque"), l'auteur évoque Hérodote... dont je viens d'acheter un gros volume (sur papier bible, miam). J'aime quand ça s'emboîte. Pour rester sur ce sujet, je feuillette et me régale de la Pléiade sur la Littérature. Magnifiques chapitres sur le Romantisme. J'ai rarement lu des choses aussi pertinentes sur la poésie, par exemple. Rester sur le sujet ? Oui, car, sur papier bible, ce volume de la Pléiade semble vraiment souhaiter dégager toutes les grandes figures de leur piédestal. De l'air frais !



...sur Baudelaire. Hé hé hé... Ceux qui me connaissent un peu savent pourquoi je rigole avec ce paragraphe.

Hier soir en rentrant/marchant, mon iPod, qui est gentil, m'a servi Fool's Overture de Supertramp, qui m'a fait replonger illico au collège. Il y a aussi beaucoup d'Art of Noise dans ma p'tite machine à musique, et je pense souvent aux "branches mortes" de la pop. Qui sont les Supertramp de notre époque ? L'époque ne le supporterait pas, probablement. Qui sont les Art of Noise d'aujourd'hui ? Qui joue du sampling de cette façon ? Branches mortes.

Décembre se rapprochant, il ne reste plus que les araignées et les mouches. Pas question de trouver un papillon ou une mante religieuse. Je marche en écoutant mes branches mortes et je me dis qu'il ne reste plus que des mouches et des araignées dans la musique.
Sur cet arbre-ci sont apparues tout de même quelques jolies feuilles. Vienna Teng (avec son parapluie rouge, plus bas) ou Blonde Redhead.



Intéressantes conversations avec un grand vieil homme à lunettes. Partis de Talleyrand, nous sommes arrivé à Lincoln en passant par Aetius. Je ne croyais pas possible de rencontrer quelqu'un qui connaisse Aetius un tant soit peu. Discussion autour de la Figure du retourné, le traître, si l'on veut, mais surtout "celui qui se forme dans un camp puis passe dans l'autre camp pour combattre le premier". Attila fut formé par les Romains. Bernadotte fut Maréchal de Napoléon avant d'être son ennemi, etc... Il faudrait se pencher là-dessus.

Sans oublier les hommes évidemment, je lis sur Wiki que la Campagne de Russie a tué des chevaux, oui, certes, mais combien ? 200.000.



Je reviens sur mes idées de Classement Opératoire des humains. Une distinction proposée pour les hommes : brillants (insupportables) et gentils (ennuyeux). Le Gentil Monsieur est une figure qu'on rencontre souvent au cinéma "en négatif". Avec un homme gentil, on s'ennuie forcément - j'ai vu bien des scènes qui tentaient de le démontrer. La seule figure similaire qui a fait un carton récemment, c'est Jugnot dans Les Choristes.

Bref, la distinction Brillant/Gentil me semble pertinente et surtout amusante à utiliser. Il faut subdiviser, ensuite, trouver les artistes, les boulimiques, les solitaires, etc, et croiser tout ça. Comme c'est un thème qui m'intéresse, je pense toujours et encore que la subdivision la plus pratique est celle des ennéagrammes. Sur Wiki encore :

Type Dominante Régression Exaltation
1 Perfection, le réformiste Colère, honte Sagesse, sérénité
2 Altruisme, le sauveur Orgueil, flatterie Humilité, liberté
3 Réalisation, le battant Mensonge Authenticité, espérance
4 Esthétisme, le créateur Jalousie, envie Originalité, équilibre
5 Observation, le penseur Avarice, cupidité Non-attachement, omniscience
6 Loyalisme, le gardien Peur, lâcheté Foi, courage
7 Curiosité, le généraliste Intempérance, gourmandise Sobriété, joie
8 Domination, le meneur Excès (luxure), impudence Innocence, vérité
9 Médiation, le pacificateur Paresse, indolence Harmonie, amour

Il faudrait observer les blogueurs avec cette grille. Si je suis un 5 "observateur", on pourra facilement trouver des 4 et des 2.


    Un peu avant minuit près du débarcadère
    Si une femme échevelée te suit n'y prends pas garde.
    C'est l'azur. Tu n'as rien à craindre de l'azur...

    André Breton


Conjointement je lis mon bouquin sur l'archéologie biblique, et regarde les 4 parties du DVD La Bible Dévoilée - un peu gnan gnan, et même imprécis, mais bon : je corrige quelques lacunes personnelles sur l'antiquité et les Assyriens, et il est toujours fascinant d'entendre un "spécialiste de la Bible" parler de Canaan avec un accent magnifique et des étincelles dans les yeux.

Parallèlement, je dévore avec jubilation le volume sur l'Egyptomanie et feuillette, épaté, la Pléiade des essais de Montherlant.



Me suis retrouvé Samedi soir en voiture à traverser Paris. Cette énergie et cette foule des capitales m'userait rapidement, je pense.

Feuilleté (et coupé - c'est un vieux livre) ma correspondance de Tchékhov. J'adore cet homme.

Quand quelqu'un sent qu'il va perdre, ou défend un camp qui va perdre, il peut dire que "c'est fait exprès" - dans le style de Sun Zu ("Nous laissons l'ennemi se déployer"). C'est défendable, et une façon amusante de ne pas perdre la face.

Lorsque je vois deux hommes se rapprocher de la zone où ils vont se taper dessus, je me sens toujours mal, douloureux et tracassé. Je me sens comme une dent félée sur laquelle on verse de l'eau froide. J'aime que les gens s'aiment. Mais je vois bien que certains hommes adorent se rapprocher de cette "zone".

Le soir, on regarde un épisode de Fifi Brindacier (qui vient de ressortir en DVD) avec les filles, qui adorent - à un point ! Je suis, moi, effaré par le culot anarchiste de tout ce bazar, par la poésie farfelue des histoires, la magie (proche de Tati ou Fellini) qui naît des doublages collés à l'emporte-pièce, les effets de durée (ces "trous" narratifs, apnées et obliques), un travail étonnant sur la voix off, et des passages de pure magie (si !), comme ce long travelling dans la forêt, sous la pluie, où Fifi parle à sa mère morte en regardant les frondaisons, puis termine en dansant/courant tout en chantant la chanson du rhum de l'Ile au Trésor. Comme disent les anglais : OMG !

http://archet.net/?p=1272


Voici, tiens, pour l'hiver, j'ai trouvé un poème de Théophile Gautier. Certaines strophes sont bien laborieuses, mais d'autres font sentir la neige et surgir de la sensation, vous ne trouvez pas ?

Symphonie en blanc majeur

De leur col blanc courbant les lignes,
On voit dans les contes du Nord,
Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
Nager en chantant près du bord,

Ou, suspendant à quelque branche
Le plumage qui les revêt,
Faire luire leur peau plus blanche
Que la neige de leur duvet.

De ces femmes il en est une,
Qui chez nous descend quelquefois,
Blanche comme le clair de lune
Sur les glaciers dans les cieux froids ;

Conviant la vue enivrée
De sa boréale fraîcheur
A des régals de chair nacrée,
A des débauches de blancheur !

Son sein, neige moulée en globe,
Contre les camélias blancs
Et le blanc satin de sa robe
Soutient des combats insolents.

Dans ces grandes batailles blanches,
Satins et fleurs ont le dessous,
Et, sans demander leurs revanches,
Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule,
Paros au grain éblouissant,
Comme dans une nuit du pôle,
Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,
De quelle moelle de roseau,
De quelle hostie et de quel cierge
A-t-on fait le blanc de sa peau ?

A-t-on pris la goutte lactée
Tachant l'azur du ciel d'hiver,
Le lis à la pulpe argentée,
La blanche écume de la mer ;

Le marbre blanc, chair froide et pâle,
Où vivent les divinités ;
L'argent mat, la laiteuse opale
Qu'irisent de vagues clartés ;

L'ivoire, où ses mains ont des ailes,
Et, comme des papillons blancs,
Sur la pointe des notes frêles
Suspendent leurs baisers tremblants ;

L'hermine vierge de souillure,
Qui pour abriter leurs frissons,
Ouate de sa blanche fourrure
Les épaules et les blasons ;

Le vif-argent aux fleurs fantasques
Dont les vitraux sont ramagés ;
Les blanches dentelles des vasques,
Pleurs de l'ondine en l'air figés ;

L'aubépine de mai qui plie
Sous les blancs frimas de ses fleurs ;
L'albâtre où la mélancolie
Aime à retrouver ses pâleurs ;

Le duvet blanc de la colombe,
Neigeant sur les toits du manoir,
Et la stalactite qui tombe,
Larme blanche de l'antre noir ?

Des Groenlands et des Norvèges
Vient-elle avec Séraphita ?
Est-ce la Madone des neiges,
Un sphinx blanc que l'hiver sculpta,

Sphinx enterré par l'avalanche,
Gardien des glaciers étoilés,
Et qui, sous sa poitrine blanche,
Cache de blancs secrets gelés ?

Sous la glace où calme il repose,
Oh ! qui pourra fondre ce coeur !
Oh ! qui pourra mettre un ton rose
Dans cette implacable blancheur !



Décembre








...Ravi, je rêve de neige...



jeanpascal@wanadoo.fr