Sur la haie l'atmosphère sèche
Plissée aux boucles du soleil

P. Reverdy (Sources du Vent)








Décembre



Je lis, un soir l'un, un soir l'autre, Gertrude Stein et Jim Harrison. Stein invente l'autobiographie de sa compagne. On y croise Matisse et Picasso, le style est vif, désinvolte, amusé, pince-sans-rire, intelligent et légérement farfelu. Harrison écrit des chroniques de gourmand, et c'est un mélange paradoxal de lourdeur (la chasse, les chiens, la bouffe) et d'extrême sensibilité. Il m'est sympathique, cet homme qui marche ou chasse plusieurs heures par jour, juste pour pouvoir continuer ses festins. Certains de ces textes décollent vraiment, c'est de la grâce, voilà tout.
Ces deux livres me plaisent, et m'inspirent, puisqu'ils tendent (un peu) le ressort artistique désormais mort en moi. "Il y a quelque chose à faire".



Dans la Pléiade Montherlant, je trouve :

<< L'utilité des voyages, c'est d'élargir sur la carte les terres où nous n'avons plus envie d'aller. >>



J'écoute avec attention : Calla. Trouvé de la petite chose intriguante chez House of Fools, Thirteen Senses, Reverend and the Makers, et Snow Patrol. Les groupes se trouvent de ces noms, franchement...

Je feuillette mes gros volumes sur l'histoire du monde, avec amusement et terreur. Fort étonné par l'histoire de Calvin, que l'on peut voir aujourd'hui comme une sorte de Taliban, d'intégriste. Envie de lire sur Hannibal, ou la première Croisade ("Constantinople délivrée"). Au lieu de m'intéresser à ce rasoir de Calvin, je viendrai probablement à Savonarole, qui lui a fini par exaspérer son monde. De la bonne rigolade en perspective. Il est toujours possible d'être effaré par l'importance de la religion dans ces époques pas si lointaines. Il eut fallu toquer à la porte de ces masses abruties : "Hé ! Ho ! Dieu n'existe pas !". Je ne peux pas m'empêcher de m'imaginer la situation pendant une guerre de religion, d'une grosse voix qui dirait au milieu d'une tuerie que bon, Dieu, non.



Quand je vais chercher mes p'tites filles à l'école, je jette un oeil par les fenêtres et je vois les cahiers et les inscriptions en script au tableau, et à la récré je vois les garçons qui se courent après. L'effet "Madeleine de Proust" est extrêmement fort, ça me surgit à la figure, des bouts d'enfance.


Après, en bon citoyen, avoir trouvé sur torrent quelques centaines de morceaux sur Noël, j'ai sélectionné les 20 meilleurs avec E., 6 ans. Quelques bons vieux classiques de Sinatra, Bing Crosby, Doris Day ou Armstrong, et des trouvailles, comme le "O come all ye faithful" d'Art Garfunkel, un "Silent Night" en Celtique par Enya, et un trésor d'élégance, de kitsch et de bizarrerie : "Christmas Was A Friend Of Mine", de Fay Lovsky (c'est quoi ou qui ?), un sublime "Carol of the bells " par Harry Connick Jr, tricotage pianistique, le "Little Drummer Boy" d'Harry Simeone, le choralesque "Joy To The World" par Jewel (qui évite tout juste les ridicules acrobaties vocales habituelles), un angélique "God Rest Ye Merry Gentlemen" par... Julie Andrews (trop de reverb, coco), un "Ave Maria" (Schubert) par Leontyne Price, un "Silent Night" (instrumental) léger comme de la gaze, par le London Symphony Orchestra, l'indispensable "Frosty the Snowman" par Nat King Cole (et sa p'tite chorale de souris - les gosses adorent ça !), et une curiosité le "Doop Doop Xmas" de Papermoon, plastique mais doux comme un bonbon. Pour finir, le sur-délicat "Pretty Paper" de Roy Orbison (quelle voix !).



Sorry for the lack of updates. Too tired. Entre Stein et Harrison, j'ai intercalé Vita Sackville West. Trouvé un merveilleux livre sur les premières écritures (cunéiformes et hiéroglyphes etc). Hittites et Assyriens, voici des mots qui ont gardé leur pouvoir de fascination chez moi. Et ce miracle de la Pierre de Rosette !

Conversation perplexe avec un jeune homme qui se dégoûtait de "l'hypocrisie" des gens lors de Noël. Ah ! Moi aussi j'ai tenu ces discours ! Mais c'est toujours bien plus complexe, mon ami. J'ai du mal, moi, aujourd'hui, à dire "les gens" pour ce genre de constat. Il y a autant de sentiments que de gens, des tristes, des idiots et des gais, des hypocrites et des malins, des émerveillés, des sincères et tralala. Et quelle poursuite du vent, d'ailleurs... Qu'importent les hypocrites, me disais-je... Et même : pourquoi s'en désoler ?

Enfin, je radote. Noël excellent pour ma pomme : bonheur de mes enfants, cadeaux, lumières et repas de fête entre nous quatre. Deux bons petits films pour les p'tiots : Blizzard le Renne du Père Noël, et aujourd'hui Ella Enchantée.



Devant Anne Hathaway ("wide eyed young babe"), je suis reparti dans mes questionnements, sur ce qu'on bien trouver de si séduisant dans certains visages, certaines "énergies d'actrices" (je parie que c'est pareil chez les filles). Je cherche à grader, à classer, pour m'amuser. Maria Bonnevie (dans "Dina") ? Séduisante/Terrifiante. Impression d'être hypnotisé, d'être jugé. Fascination pour la Figure Hystérique (hurleuse, pleureuse, coupante, mais tellement douce quand tout va bien). Rigolote ? Jamais. Eva Green ? Plus d'équilibre, d'aristocratie et de tenue. Capable d'être crédible en Grande Dame Inaccessible, mais c'est comme si on savait que c'est un jeu. Plus humaine. Rigolote ? Probablement. Anne Hathaway ? Invraisemblablement belle avec ses yeux immenses et sa bouche impossible qui part sans cesse dans le vrai sourire, mais capacité permanente à être "accessible", humaine, touchante, duduche et maladroite. Visage très mobile. Danger de "faire son truc", de l'actrice qui paresse. Impossible aussi d'être totalement crédible. Rigolote ? C'est sûr ! J'ajoute Robin Wright Penn, la plus équilibrée, mais qui a sans doute la capacité à se caler devant vous et à vous regarder aux yeux en disant "Mais qu'est-ce que tu fais ?". Terrible ! Se sauver ! Au secours ! Bon : qui épouser ? Cate Blanchett ! Hilary Swank. Jodie Foster. Sigourney Weaver. Huppert.





En fin d'année, envie de faire la liste des albums qui m'ont remué la glotte à musique en 2007. Je mettrais...





Tiens, ça fait une bonne harmonie de couleurs ! Il faudrait ajouter peut-être l'album de Ratatat, ou toujours Metric et Royksopp, et Emily Haines, mais bon. Il y a, donc :

Vienna Teng, le beau bel album piano/voix que je connaisse. Voix riche et parfaite, invention constante, beau quotient de bizarrerie, excellent songwriting, délicatesse, élégance, précision.

Blonde Redhead (deux derniers albums : "23" et "Misery is a Butterfly"), une sorte de Cure de fille. Son noyé et cotonneux, boisé, ensoleillé et complexe. Idées fusants dans tous les coins. Totalement hypnotisant. Grande science harmonique et grande variété de timbres. Du jeu. Basse impeccable. Excellentes percussions. Voix fondue et mutante. Surtout : bonheur évident de faire de la musique. Un nombre effarant de morceaux sublimes.

Trentemoller, de la "techno froide" extrêmement jouissive, précise et étagée dans la production. Sens inné de la rupture/relance. Epatant travail sur les timbres.

St Vincent : "Marry Me", sorte de Kate Bush en plus allumée, qui allume divers incendies au milieu de ses morceaux. Une élégante farceuse, capable de délicatesses et de grandes folies, le tout avec beaucoup de science et de contrôle.



Pour 2008, je retiens :

Ne pas faire ce que personne n'avait jamais pensé à ne pas faire.

Je regarde Les Ames Fortes, d'après Giono, et suis frappé par le visage d'une vieille dame au visage parfait : Edith Scob. Je n'avais vu ce visage que dans Le Temps Retrouvé, de Ruiz. Plus loin, pendant un dialogue, deux personnages glissent de façon irréaliste devant les décors. Je n'avais vu cet effet d'étrangéisation que... dans Le Temps Retrouvé. Vérification : Les Ames Fortes, c'est de Ruiz, l'homme à la caméra fluide. Je me refais en HD l'intro si étrange de Shining (Kubrick). Le soir, je regarde des Mister Bean avec les filles. Ce matin, je lisais, épaté, quelques pages de Hugo et ses Choses Vues. La mort de Balzac. J'ai écouté beaucoup de Jazz, cet après-midi : Ahmad Jamal, Bill Evans, Garbarek, John Dowland et un curieux ECM nommé Tati. Dans un texte que je trouve sur le roman de Giono, Les Ames Fortes, je lis que Giono a plus à voir avec Faulkner qu'avec Sisteron, et suis amusé par l'expression "quête vaine". Wrong Way Up ? C'est vraiment fascinant, les "êtres simples confrontés à des passions supérieures", le moteur trop puissant pour la taille du véhicule, l'infini à la portée des caniches, la confiture aux cochons. "Quête vaine" : Il y a quelque chose à trouver ici, mais je ne sais point quoi. Je zappe, donc, et flotte. Ce soir je plonge dans Gertrude Stein...

Comme toujours il y a trop de visages dans cette page.



La cuisine est inondée (par le soleil - l'hiver) et je grignote en feuilletant un vieux bouquin sur Garcia Lorca. J'y fais quelques sacrées trouvailles, qui réussissent à vaincre ma perplexité devant la "poésie traduite". La musique disparaît, mais ici subsiste quelque chose. A faire : trouver ce que Borges disait de Garcia Lorca.

Hier soir je lisais L'Autobiographie d'A. T., de Gertrude Stein, qui me colle des étincelles dans la tête. Il y a un secret, une sorte d'humour froid ou discret, pince sans rire. C'est parfois cousu avec une petite phrase ou une remarque comme légèrement décalée. On se dit à chaque page ou presque : "Elle rigole ou quoi ?"

J'écoute du Jazz, ici : André Prévin, puis Arild Andersen (un ECM), Miroslav Vitous (excellent, risqué et grouillant), ou Carla Bley (quel plaisir !). Dimanche. Les filles jouent dans leurs chambres, à s'en saoûler - j'adore leur laisser ce temps-là. Laissons aux autres les "activités". Ce matin, plaisir d'être dehors au soleil oblique et de lire un long texte de présentation de Florence à l'époque de Dante...

Trouvé "Some Echoes", de Steve Swallow, sorte d'équivalent ECM du Hergest Ridge de Mike Oldfield. Longs escaliers d'accords modulants, piano perlé et saxo vivant. Une recherche d'harmonies risquées/plaisantes (oh cette basse !). Pas abouti, mais extrêmement troublant pour moi.


http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2007/07/13/gertrude-et-pablo-reedition.html

Et merci Stéphanie, pour ceci.




Vous savez... Il est comme ça.







Ah oui ?







Janvier










...



jeanpascal@wanadoo.fr