how pleasantly we stutter



Bonne Année !




Janvier



La pièce commençait... C'était vraiment beau et tout était dans le mouvement ils se déplaçaient et ne faisaient rien... et ils bougeaient et ils ne faisaient rien et c’était très satisfaisant.

    Gertrude Stein



Hier soir je lisais divers textes sur G. Stein quand, inspiré par le Blog d'O., j'ai saisi dans la bibliothèque (en fait, mon lit est entouré de bibliothèques sur trois côtés sur quatre - avec une interruption de grande porte-fenêtre, heureusement - : s'il y a un tremblement de terre on me retrouvera enfoui sous les livres, ha ha), lorsque donc j'ai saisi Deux Régimes de Fou et Autres Textes, de Gilles Deleuze, qui me cause toujours de très grandes joies. D'où :

Idées d'Histoire(s) : Ecrire un cycle de nouvelles basées sur l'idée suivante : lorsque survient une situation de grand danger, un personnage réagit de façon vive (se sauver, se protéger), puis soudain s'arrête, semble flotter, parce qu'il a compris que ce danger masque en fait un autre péril, bien plus grave...

Immédiatement, je pense au Tsunami (j'ai toujours envie de mettre une majuscule à Tsunami). Voici : un pêcheur, au bord d'un village, constate avec stupeur que la mer s'en va à toute vitesse, emportant sa barque et du matériel. Il réagit vite, saute dans l'eau pour rattraper ses affaires, et d'autres pêcheurs font de même. Mais quelques secondes plus tard, il s'arrête, lâche tout, puis se retourne et regarde le village. Il a compris que le reflux des eaux, très embêtant, cache un autre truc bien plus grave. Sa priorité change en un éclair : sauver sa peau, et celle des siens...

Trouver d'autres exemples, au cinéma, lorsque qu'un personnage s'arrête, stupéfait, au milieu d'une action forte : il a compris ce qu'on pourrait nommer le "Péril de Niveau 2".

La façon qu'à Deleuze de se "placer" intellectuellement me fait souvent penser à Ernst Jünger (même si celui-ci est plus allemand, moins joueur que Deleuze et ses concepts). Il faudrait s'acheter Mille Plateaux, et se pencher sur Foucault, aussi.



DVD : Peur Primale, j'adooore. Ce casting : Richard Gere en avocat trop sûr de lui, Edward Norton en p'tit gars bien plus malin qu'on ne le croit. Je marche.



Montré aux filles Le Roi et Moi. En tant qu'adulte, j'étais affreusement perplexe : ce truc est ringard, mou, vieillot et terriblement exagéré. Mais je voyais les filles totalement prises dans le film, alors j'ai laissé filé. Petit à petit, puis après avoir discuté avec elles, j'ai compris qu'elles avaient été vraiment captivées par les rapports entre cette nourrice anglaise en belles robes (à laquelle on s'identifie) et ce "Roi du Siam", qui incarne ici une Figure passionnante pour elles : un homme beau comme un Dieu (c'est Yul Brynner, quand même !), entre Roi méchant et borné, humain qui veut comprendre et dialoguer, faire des efforts, et personnage plus ou moins ridicule, presque attendrissant (et qui ne parle pas bien - elles ont adoré ses "Quoi quoi quoi ?"). Bref, leur plaisir m'a fait fort plaisir...

Reçu Trois Vies, de Gertrude Stein, chez Gallimard. 90 centimes chez PriceMinister.



Commencé à m'intéresser aux Podcasts, ce que je n'avais jamais fait jusqu'ici. Pas encore tout compris le lien entre le web, les abonnements, iTunes et mon iPod, mais j'ai trouvé diverses choses, d'une conférence de Michel Serres (pas loin de deux heures) sur l'invention en passant par un "Best of YouTube" plutôt bien vu, divers sujets sur l'histoire de la photographie, et des bandes annonces de film.

Montré aux filles L'Impossible Monsieur Bébé, avec un doublage affreux. Je les ai prévenu que lorsqu'elles sauraient lire toutes les deux, VOST obligatoire !

Me suis passionné ces derniers mois pour la guerre HD-DVD / Blu-ray. En phase finale depuis que Warner est passé Blu-ray exclusif. Ce qui était intéressant, c'était surtout la guerre ouverte des "deux camps" dans les forums, les styles d'attaque et de défense, la mauvaise foi, les aggresseurs et les diplomates, les triomphants, etc. Si j'avais plus d'énergie, il y avait un bouquin à écrire sur tout ça.

Ici, nous aimons pratiquer en famille le "pique-nique d'hiver". Même s'il fait trois degré Celsius. Le secret est de se mettre au soleil et de boire du thé brûlant en continu.

Pour E., 6 ans, grande période intense "corde à sauter". Sa grande soeur, dévoreuse de livres, vient de se régaler avec un gros pavé : Ella l'Ensorcelée. Quant à moi je continue Stein avant de bifurquer vers Picasso, vaste programme.



C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai terminé l'Autobiographie d'Alice Toklas, de Gertrude Stein. J'adorais suivre ces deux-là. Il y a quelque chose de caché dans ce texte, une "infime bizarrerie", et c'est en train de devenir un choc esthétique, pour moi, presque aussi important que celui qu'à généré Thomas Bernhard ou William Faulkner. L'infime bizarrerie, voilà qui est passionnant à faire, et pour le lecteur aussi. Parce que ça redonne du goût aux mots, à certaines phrases. C'est tout aussi semblable que les "légères dissonnances" qu'on entend dans la musique, une note de basse qui s'égare, un 4/4 qui devient 5/4 le temps d'une mesure, les contretemps...

Chez Stein, ça se situe à deux niveaux. D'abord au niveau narratif, un côté discrètement farfelu (j'adore le passage ou Toklas explique qu'à Paris, à un moment de leur vie, "tout le monde a 26 ans". Et ensuite dans le style : une répétition de trop, un mot un peu inadapté. Tout ça, pour moi, c'est du bonheur. J'ai évidemment pensé à faire ça ici, je verrai si j'ai le culot.

Ce soir je commence Trois Vies. J'ai bien d'autres Stein dont j'ai envie, mais je n'ai plus de sous.

Puisqu'on trouve des musiques "lossless" (comprimées sans perte de qualité comme pour le mp3), j'ai rempli mon disque dur de classique. Je suis, là, dans la 8ème de Brückner, toute architecturale et bruissante, comme il convient. Et ce scherzo !



Comme L. me parlait d'un garçon qui faisait l'andouille en dansant dans sa classe, j'ai montré (YouTube) aux filles comment dansait Travolta dans Saturday Night Fever, puis comment il se parodiait dans Pulp Fiction. Ah oui, me disent-elles, c'est pareil dans les Minimoys (qui en effet, parodient Pulp Fiction dans la scène du vinyl). Drôle de boucle.

Je suis très touché, car j'ai reçu un email d'une copine de collège, que je n'ai pas vu depuis 27 ans, donc. Ouh la la !



Stein, Trois Vies. Préface très drôle et pertinente, qui se termine par "Ah ! Vous verrez, vous ne vous en débarrasserez pas.", et qui explique que ce sont les adjectifs qui ici vont avoir le pouvoir - c'est très amusant pour moi, car tous les petits malins de la littérature veulent toujours virer les adjectifs.

Il s'agit du premier livre de Stein, mais pourtant je retrouve immédiatement cette tonalité neutre, amusée, précise, et légérement bizarre. Parfois, telle répétition "musicale" annonce Thomas Bernhard. C'est énigmatique, et ça correspond bien avec la tête de Stein (on dirait un Empereur Romain !) et le couple qu'elle forme avec Alice Toklas (sorte d'oiseau moustachu). Adorables. Je vais faire une plongée. Déjà mis de côté un autre livre, et commandé deux autres.





Il est parfois utile ou amusant de faire un peu le demeuré, de constater le petit sourire de mépris sur le visage de celui qui est tombé dans le panneau - il pense vraiment que vous êtes un simplet - et de le regarder sourire en partant. Il est possible alors de lâcher alors un dernier mot qui confirmera votre esprit simple.

Réfléchir au "méta" en fonction des métiers. Des pompiers qui viennent éteindre une caserne. Mon préféré : une sage-femme qui accouche une collègue.

Chacun, je pense, a une terreur/obsession, une idée lancinante qui vous accompagne depuis toujours, et qui fait qu'on "sent" que tel ou tel péril ou malheur nous arrivera un jour. L'un aura la certitude de mourir noyé, l'autre sentira qu'il sera un jour emprisonné, ou fusillé. Je ne peux m'empécher de penser que souvent, un jour, la chose arrive vraiment, mais avec surprise, un côté oblique ou différent, inattendu. L'ironie de la vie, qui joue avec nous probablement.

Je pense qu'il est important de "connaître notre incomplétude". L'idée qu'il nous manque quelque chose pour être enfin en équilibre. On cherche tous à combler ce trou. Il est probablement habile de savoir cartographier ce manque, le connaître, et même le reconnaître. En général, la tristesse sans objet vient de cette incomplétude. Selon moi, il faut comprendre qu'on ne peut rien y faire. C'est déjà un petit soulagement...




C'est la lumière...


Février










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jeanpascal@wanadoo.fr