I do want to get rich, but I never want to do what there is to get rich.
Gertrude Stein


When this you see remember me




Février



Anecdote très amusante dans le livre de Vita Sackville-West sur la Perse. Le petit groupe arrive dans un village et tombe sur un superbe derviche avec beaucoup d'allure en costume, sur son cheval. Il accepte d'être pris en photo. Vita pose son appareil, puis se dirige à grands pas vers l'homme sur sa monture, pour mesurer la distance. Le cheval y voit une menace, se cabre, fait tomber son élégant cavalier, puis se sauve à toute allure.

Ecrire un cycle de nouvelles sur le thème du "Double Sentiment Intense". Exemple : un couple est très lié, mais la femme meurt subitement. L'homme est accablé de chagrin, prépare l'enterrement, mais ressent en même temps un grand manque sensuel, son désir est constant (tristesse et excitation). Trouver d'autres exemples. Une femme accouche de jumeaux, dont l'un décède aussitôt (joie et deuil). Un nouvel écrivain gagne un prix littéraire, et en subit tous les embêtements médiatiques (fierté et agacement).



Trio Elégiaque, de Rachmaninoff. Je suis très sensible à ces musiques "russes". Explosante-Fixe, de Boulez, complexe et magnifique. L'oreille change, avec l'âge. J'y entrevois ce soir bien de la sensibilité, des images - il y a quelque chose de cinétique ici. Enfin, c'est une sacrée tension...
Pour me détendre, je plonge dans le troisième concerto pour piano de Rachmaninoff (le fameux "Rach 3"), par Ashkenazy/Prévin, correct mais sans la flambloyance de la version que je connais le mieux (Argerich !).



Il y a deux jours, le ciel était sale et traînait de lourdes serpillières noires et grises, laissant apparaître comme dans une urgence des trouées fugitives dans lesquelles on apercevait un ciel bleu pâle et glacé comme de la porcelaine qui disparaissait bientôt sous d'autres paquets sales et rapides.

Aujourd'hui je suis rentré et au fond d'une grande large rue j'ai vu des montagnes de mousse, et des lumières fondues magnifiques. Le ciel semblait comme rarement immense et complexe, et dès que je tournais la tête je voyais des kilomètres de splendeurs, lourds rideaux et sombres mouvements, puis lignes de lumières, pâleurs magiques, cavalcades et décors de théâtre et autres territoires verticaux. Un petit être-luciole, alors, m'accompagnait et se posait sur mon épaule, espiègle - toi tu es mon papa, disait ce papillon imaginaire.




Comme ça - Ainsi - Là


Une page qui contient trop d'épaules ?

Vu cette semaines deux personnes avec qui, immédiatement, je retrouve un fil de conversation jubilatoire. Il existe vraiment une "famille" de l'esprit. Dès la rencontre, les liens se tissent et dansent.

Une double pléiade de Jünger est prévue pour la fin du mois. Comment je vais faire pour me payer ça ?

Il est très rare qu'on m'offre des livres, et coup sur coup on m'a offert un livre sur la douceur, sur les nuages, et une belle édition du Zarathoustra de Nietzsche. Que cela peut-il bien signifier ?

Je me demande quand je serai prêt à apprécier Mahler. Pour ce genre de choses, je suis à un âge où je commence à me dire parfois jamais.

Qu'est-ce qui est le plus pénible ? La pornographie elle-même, ou les chroniqueurs et écrivains qui se fendent d'un paragraphe, toujours le même, nous "expliquant" que ces gros plans de muqueuses, c'est nul ?




C'est la lumière...


Envie de listes et de catégories ? En voici.

J'avais été très marqué, à 20 ans, par ce petit conte chinois "Deviens ce que tu es". Une idée tellement simple et de bon sens qu'on la sait exacte, mais sans le savoir, comprenez-moi. Bien. A la quarantaine, diverses parties de l'individu sont devenues molles et pourries, elles tombent. D'autres parties sont plus rigides et musclées. C'est un double processus, semble-t-il, de simplification ET de complexification. Il se dégage souvent, alors, un Axe, une direction fondamentale. Chez certains, et je les plains, ce sera l'Amour. Il y a peu d'alternatives : Soigner. Enseigner. Le Sexe. Etre Mère ou Père. Le Travail. Voyager. L'Art. Il existe probablement des Axes "inférieurs". Etre Connu. Se Distraire. La Course à l'Argent. Paraître. En somme, il se pourrait que les années et leurs successions de baffes nous enseignent de quelle nature est notre axe principal.

Toute cette bobine est assez amusante à dérouler. Ainsi, l'incomplétude ("quelque chose me manque, mais quoi ?") dont je parlais en Janvier n'apparaîtrait que lorsqu'on s'éloigne trop de son Axe. On peut imaginer que certains se construisent de "faux Axes", et que le vrai, alors, surgirait dans toute sa splendeur lors d'un choc. Les Axes Imposteurs sont à creuser. J'ai toujours en tête l'histoire de "celle qui veut être publiée", une obsession personnelle. Quand elle y parvient, elle a 50 ans, l'Axe disparaît, elle se rend compte que ça ne lui fait ni chaud ni froid. Disparition d'Axe, ou révélation de l'Axe de fond, la structure porteuse réelle, était "autre" (par exemple : avoir des enfants). On peut continuer à s'amuser, en disant que les Axes sont comme les dents (de lait, puis définitives) : Il y aurait un Axe de jeunesse, qui ensuite tombe pour laisser place à quelque chose de bien plus robuste. On reliera tout ce truc avec mon obsession de la Désillusion comme Progrès. Tout cela, oui, ce sont des mots. Je m'amuse...

Dans le monde occidental, les adultes les plus pénibles sont dans de nombreuses catégories. Les petits chefs, les imbéciles heureux, les rebelles en chambre, les autodestructeurs, les idéologues convaincus, les romantiques indécrottables et les suractifs - sportifs ou professionnels. Les plus terrifiants sont pour moi les adulescents, qui sont légions (Cf Wikipedia : Adulescence, Syndrome de Peter Pan). Il y a aussi ceux qui cherchent la compétition. Horreur !



Récupéré un petit volume sur l'Esthétique Marxiste, qui m'a intrigué par ses chapitres sur le théâtre révolutionnaire allemand : voici Brecht, et Lukacs. Ça fait longtemps que je m'intéresse de loin aux trouvailles de Brecht et sa distanciation. Je me jette sur tout ça avec passion, pour tomber sur le fatras habituel communiste, la plaie. L'art comme "agitation qui soulève les masses", et tralalazouzou. De l'andouillerie à la pelle, donc, mais d'excellentes criques subsistent sur cette côte bétonnée, dont la triple bataille Brech/Lukacs - sur le formalisme, entre autres...

Splendides symphonies de Mendelssohn par Karajan chez DG.


Soleil glacé, grand ciel bleu vif. Sur le balcon dans cette lumière, engoncé dans des polaires, je sirote un vieux Morgon délavé dans un tout petit verre à liqueur, tout en lisant avec beaucoup de plaisir un livre de Grimal sur Gertrude Stein, dont les recherches me font bondir de joie. Si.

Trouvé un beau livre sur Whistler, un Dictionnaire Amoureux de l'Italie. Il faut que je m'intéresse à Péguy. Sur http://xhgc18.blogspot.com/, trouvé un doc de trois heures sur Picasso.

Je connais des gens qui ont monté une boîte, et font maintenant des clips vidéo, avec beaucoup de talent d'ailleurs. Mais je me pose la question : est-ce le moment des "faire des clips", dans un monde rempli de clips ? Mais il faut bien vivre...

William Carlos Williams fut paraît-il pris d'un rire joyeux lorsqu'il découvrit pour la première fois le tableau Nu descendant l'escalier, de Marcel Duchamp. Grimal explique que l'arrivée du cubisme en peinture fut un événement d'une portée inouïe pour les autres arts, dont la poésie.





Ma petite famille absente une semaine, je m'amuse à vivre sans chauffage pour faire des économies. J'ai ressorti mes mitaines, enfilé double pantalon et quatre pulls, mis un bonnet, et ça marche !

Je réfléchissais ce matin à ma passion soudaine et très intense pour le montage vidéo, qui m'est passée aussi vite qu'elle était venue. Filmer, ça m'enquiquine. Monter, tout autant. Il se peut qu'on ait tous, comme ça, parfois, de grandes énergies d'apprentissage. Lorsqu'on a vu un peu comment ça se passe, tout retombe comme un soufflé.

Toshiba vient d'annoncer qu'il arrêtait le HD-DVD, la guerre avec le Blu-ray est donc finie. Je me suis vraiment bien amusé à la suivre.


DVD sur les Designers, qui m'intéresse comme un art lointain et bizarre - faire des chaises et des étagères, hein, bon, bof. D'intéressantes figures se dessinent (l'instinctif, le farfelu, etc), qui m'intéressent plus que les objets produits.

Conversation amusante avec un grand fan de films d'horreur, et confirmation de ce que je pressentais : l'idée même du film d'horreur implique la surenchère, sur différent leviers (l'hémoglobine, la violence, le montage, le bizarre, l'immoralité, la cruauté, etc...). En conséquence, il est difficile d'être épaté par un film (ça arrive une fois par an, me dit-il), et le plaisir vient parfois "au second degré", en appréciant un traitement différent ou une astuce de mise en place ou de scénario. "Ce que ça apporte de neuf", en quelque sorte, même si le résultat est raté.

Fabuleuses trouvailles chez Gertrude Stein, en particulier sa poésie érotique, drôle et incroyablement inventive. Le chapitre du livre de Grimal est à ce titre complètement jouissif. Cela m'amène définitivement à la classer à côté d'autres grands écrivains qui, par leur style et/ou leurs bizarreries, parviennent à redonner du sens, du jus aux mots : Thomas Bernhard, William Faulkner, et plus loin ou tout autour : Claude Simon, James Joyce, Marcel Proust, Jean Giono. Stein a beaucoup de points communs "musicaux" avec Thomas Bernhard, avec la notion d'insistance et l'humour qui s'en dégage (qui ne se souvient du fabricant de bouchons de bouteilles ?).

Documentaire en DVD sur l'album Wish You Were Here des Pink Floyd, de plus en plus passionnant au long du visionnage. Excellent disque.

A part pour Toklas, qui est un bijou, il me faut avouer que les travaux de G. Stein me plaisent "intellectuellement", au second degré, et ne me font pas l'effet d'un Faulkner ou d'un Bernhard. C'est une chercheuse, et est en cela est fascinante. Il semble qu'elle "invente des outils". D'autres s'en serviront. Il faudrait que je trouve un autre livre "sur" Gertrude Stein. En attendant, j'ai trouvé sur le Net deux livres d'elles (un gros recueil de textes, et Tender Buttons/Three Lives - les deux en anglais), et commandé son livre "Paris, France". Commandé aussi : une grosse biographie de Chostakovitch, un livre de photos de Katharine Hepburn, et une poignée de livres pour les filles.



Mars





Un léger blanc / Une honte / Une tache d'encre / Un charme rosé


Mars


jeanpascal@wanadoo.fr