Il y a des croyances non pas fausses, mais illégitimes.
Gilles Deleuze, Hume, in "L'Ile Déserte".



Look... At... Meee...



Août



Je lis une biographie de Néron, c'est... incroyable. C'est sans doute pour me reposer de L'Ile Déserte, le recueil de textes de Deleuze, dont j'ai lu une bonne moitié. Parfois c'est vrai, je suis totalement largué, mais certains textes me font turbiner l'hypophyse, comme son explication de Bergson. Tout son truc sur l'empirisme (texte sur Hume) me fait aussi bondir de joie. Il faudrait creuser les livres d'Axelos. C'est trop de travail.

En graphisme, deux symptômes me hérissent, et sont pour moi des signes de médiocrité artistique : les couleurs disposées sans travail, et la facilité qui consiste à déformer les visages. Ce dernier point est dans la catégorie des "c'est trop facile".

Une poursuite en voiture, au début du Osterman Week-End. Filmée et montée par Peckinpah, c'est autre chose que ce qu'on peut voir maintenant, moins haché. Pourtant les plans sont très nombreux, et parfois très courts. Mais une tension bien plus grande naît justement de ce côté organisé. C'est maîtrisé, redoutable. Ces plans au ralenti, très courts...



Sur Wikipedia, articles intéressants sur la "déprise" et sur le "constructivisme social".

Appris aux filles à jouer aux échecs.

Je lis les trois tomes de Will Durant sur l'antiquité romaine.

Remis l'antenne de la télé pour la première fois depuis 8 ans, pour regarder le résumé des Jeux Olympiques avec les filles le soir. Pas tenté de regarder autre chose.

Incroyable d'ignorer d'étonnantes choses comme le Voyage du Condottiere, de Suares. L'Italie vue par un sacré olibrius.

Retombé sur le Shout de Tears for Fears et son côté "tube évident". Avec des oreilles neuves, je suis frappé par la basse (en double dispositif : de bonnes rondes bien lourdes, et des rafales), le tissage de sons de Fairlight - à l'époque, pas loin du Moments in Love de Art of Noise, ce son était vraiment incroyable, nouveau. Le côté hymnique en crescendo, fort efficace (voix mélées, batteur habile, ailes de l'orgue). Dommage que le solo de guitare soit si plat - manque un Gilmour, ici.



Je flotte avec All India Radio, "Fall". Cotonneux. Puis je tombe sur un truc étrange : "At Dawn (Vogel) Andrew WK - Pantaleimon - Heart Of The Sun". J'apprends que c'est du Folk Drone (je vois tout de suite ce que ça peut être, c'est marrant). Une voix de fille/enfant, comme on en entend tout le temps, genre chanson-douce-étrange. Ici, ça fonctionne diablement bien, à cause des drones, justement, des lourdes nappes qui traînent, et des fourmillements d'idées discrètes (variations infimes de la production de la voix, entre autres, nuances mutatoires des fonds - écouter au casque).

J'ai réussi à piéger ma grande en lisant les trois premières pages de Poil de Carotte (de Jules Renard) à voix haute (celle, magnifique, où Poil de Carotte doit aller "fermer les poules").



La Vierge Marie ?

Lorsque je lis qu'un acteur, dans une interview, affirme ne pas avoir de "plan de carrière", ça m'énerve. Ils disent tous ça, en se rengorgeant, oui mais moi je suis pas comme les autres je n'ai pas de plan de carrière. Quel besoin d'affirmer des choses pareilles ?
Ce soir je lis un long article sur Agnès Varda (qui a le don de m'énerver) rempli d'un bon gros panier de phrases idiotes que disent certains d'entre eux, les artistes à la noix qui "expliquent". Petit florilège : Elle aime être là où on ne l'attend pas. Elle filme ce que tout le monde peut voir mais que tout le monde ne regarde pas. Affirme qu'elle a toujours travaillé avec le hasard comme premier assistant. Veut montrer la beauté du monde dans de vieilles patates modestes. Qu'elle a une capacité à ne jamais s'installer. Qu'elle ne veut pas devenir une artiste officielle. Et qu'elle a trois mots d'ordre : liberté stylistique, liberté technique, liberté économique. Quel fatras !

Je rêve d'en entendre un qui explique qu'il a un plan de carrière bien défini. Un autre qui dirait (enfin, Bergman le dit, lui) que la liberté dans l'art, c'est du flan. J'adorerais quelqu'un qui affirmerait adorer être exactement là où les gens l'attendent et avoir une capacité redoutable, justement, à s'installer. Je me demande ce qu'en diraient Beckett ou Bernhard, ou Deleuze, tiens. Toujours se méfier des andouilles qui sautent comme des cabris en hurlant que eux ils sont dans le vent de la liberté artistique.

J'écoute, c'est excellent, le Verve Remixed Vol. 4.



Probablement un indice de médiocrité, la tendance pour les artistes à "redécouvrir les choses simples". Aberrations et débilité. Expos sur la beauté des (choisissez un truc "choses simples").


J'écoute, assez ennuyé, le dernier Farmer. Voilà quelqu'un qui ne peut pas dire qu'elle est "là où on ne l'attend pas" ! Toujours pareil, avec en filigrane, ça sourd de partout, une immense lassitude. Sa façon de sussurrer les même salades ("amertume", "fragile", "dis-moi pourquoi j'existe", gnin gnin gnin) entre balades déjà faites et flotte techno sans déferlantes. La production est paresseuse, ça ronronne. Bon, je sais, c'est bien fait, j'avais qu'à pas m'y coller.

Je dois nettoyer. Je rêve d'une Farmer produite dans les lignes de Boards of Canada, encotonnée dans les lumières de Blonde Redhead, dans une mécanique précise et rêveuse de Vienna Teng ou dans la campagne cassée de Fiery Furnaces. Je rêve d'une Farmer qui chuchoterait en rigolant chez Friska Viljor, ou prisonnière des machines lisses de Ratatat ou des crépitements joueurs de Nathan Fake, ou des roulis grandioses et plastiques du Kiberneticka de Stereolab. On peut rêver. Farmer, c'est Boutonnat un point c'est tout. Dommage, le Pontchartrain de Vienna Teng lui irait tellement bien...



J'ai pris des photos de ces fourmis, en Juillet, un jour lourd et gris et doux, près de la mer du Nord. L'ambiance était vide et chaude, vraiment comme sur la photo. Les fourmis "à-z-ailes", comme on sait, sortent fébrilement du nid, on dirait une grosse fête mélée de panique. Régulièrement, elles se décident, et s'envolent une à à une. C'est idiot, mais je sentais comme cette ambiance excitée et morne de fête de fin d'année, en Juin lorsqu'on a l'âge encore de faire des études. Excitation et temps gris, on voudrait crier et rire mais le temps est mou, la rue est lente. Confusément, on sent et on sait que quelque chose manque. On se sent couvert d'un truc collant, on voudrait se perdre. Si on part, on veut revenir tout de suite. Quelque chose cloche, et les rires qui sortent semblent forcés. Pleurer un bon coup, et écouter Harvest de Neil Young, Blue de Joni Mitchell ou le Let it Grow de Renaissance. Ha ha !





Tirant sur cette ficelle de "folk drones" ou post-minimalist-folk machin - il y a de ces mondes inexplorés ! - j'écoute les valses de bois de Department of Eagles, bruissant et habité, juste assez bizarre. Pulsation de Around the Bay. Envolée à trois temps de la fin de In Ear Park. Les hachures de Waves of Rye. Après, il y a ce truc qui s'appelle Tape, divers instrumentaux folk et électroniques, c'est très élégant et ça tourne parfois un peu à vide, évoquant parfaitement certaines après-midi... vides. Il y a une sensibilité qui me fait penser aux travaux de Eno. Midaircondo, rêveur et bricoleur, doux, crissant, ensommeillé. Des endroits sonores. Rien ne satisfait vraiment là-dedans, mais le territoire exploré est passionnant. J'ai trouvé une compilation qui s'appelle Until a Single Spark Ignites. Le PRIVATEbirds d'AGF, puzzle brisé traversé de myriades de pointes de bizarre, frustrant et rigolo. Le Tickling Bomb de Hanne Hukkelberg, un bon coup de pied aux fesses de Björk : voix glacée sur musique/machine à déploiement - des glaçons dans la paille et les bâtons, en somme, pour finir en rigolant avec une blague sur Bach robotique. J'adore quand on me fait ça !!

DVD : Inventing the Abbots, classique, tranquille et articulé. 4 Minutes. Nostalgia de Tarkovski est enfin sorti.





Septembre












He is in the trees.



jeanpascal@wanadoo.fr