La grossière et courante erreur qui consiste à confondre l'insolite avec le profond.
Edgar Poe.



-


Septembre



Je regarde Le Peuple Migrateur avec ma grande, qui se rapproche des 10 ans. Epatantes musiques de B. Coulais, avec quelques pointes de Robert Wyatt.

Pas moyen de me souvenir d'où j'ai tiré cette idée, qui dit que dans l'histoire de l'homme, une des images les plus fortes était celle de la lumière qu'on voit dans une fenêtre alors que la nuit tombe. Barthes ? Non : Bachelard, plus certainement.

Hanne Hukkelberg enterre d'un coup tout Coco Rosie avec son "Pirate".




Sur les "hyper-choix" que procure Internet, l'un des plus génant est le concept des "Amis" sur MySpace. Si vous faites une page MySpace - par exemple si vous faites de la musique - vous vous dépéchez de mettre vos connaissances sur "Amis", et ensuite tout le monde veut faire "partie de vos amis" (il suffit pour ça que certains mots-clefs attirent le chaland). Il suffit de faire une page MySpace et d'y affirmer que vous aimez bien Tim Burton ou Nick Cave (bons hameçons) et vous voilà avec 23.797 amis. Impossible d'y trouver vos vrais amis.

De la même façon j'ai eu une petite conversation amusante sur l'idée des musiques "electronica", univers plus ou moins avant-gardiste qui doit voir débarquer quelques centaines de CDs par semaine, et... personne ne semble se soucier de trier tout ça et d'archiver ce qui - justement - reste. Dans l'univers de la perpétuelle nouveauté, pourquoi se soucier de classer, de chercher le haut du panier ? Toute cette musique, donc, passe, si vous n'êtes pas dans le milieu, ou dans le bon forum. Il est possible bien sûr de trouver quelque "blog", qui va durer quelques semaines, avec une ligne de commentaire ou deux. Demmerdez-vous avec ça. En Indé, en ce moment, je vais avec celui-ci, vraiment bien vu. Je cherche encore...

Suis retombé sur quelques secondes enchanteresses, qui colorent le "Wow" de Kate Bush. La chanson est transparente, colorée et magique, comme élégante et rêveuse et racée, et voilée, mais devient balourde dans les refrains. C'est sur Lionheart, un vieil album de 1978. La basse y est magnifique, et j'adore la poignée de secondes qui rôdent autour des 0'55" à 1'03". J'en ai profité pour me régaler de la curieuse valse d'Army Dreamers, sur Never for Ever. Re-plongeant dans Experiment IV, je songe, songeur, aux folies jouissives de St Vincent...



Stase. J'ai quitté l'Empire Romain pour l'autobiographie de l'adorable Brialy. Il aime à peu près tout le monde, mais dessine en creux des portraits de personnalités "terribles", comme Romy Schneider. Suis parti ensuite dans un habile "Que Sais-Je" sur l'histoire de la Littérature Américaine. Anecdote amusante aujourd'hui : lorsque les Etats-Unis ont gagné la guerre d'indépendance contre l'Angleterre, il s'est trouvé plusieurs olibrius pour affirmer qu'il fallait abandonner l'anglais - la langue de l'infâme oppresseur - pour en inventer une autre.



Feuilletant le DVD de La Mariée Etait en Noir, de Truffaut, je tombe sur une scène incroyable de bizarrerie : dialogues faux et artificiels (et clairement voulus comme tels) entre Claude Rich et Jean-Claude Brialy (tiens...), fixés lors d'une fête par Jeanne Moreau, statue, au loin, qui finira par piéger Rich pour le jeter du balcon. Tout est faux, amusant, cruel, brillant, artificiel. Original, donc, et captivant. Il faut que je me documente sur tout ça. Vu aussi le culotté Le Fils, des frères Dardenne, avec cette caméra qui suit le dos du père, présence massive et lourde. Ils en font des plans incroyables, et semblent réinventer le cinéma, par exemple dans une scène de dialogue dans laquelle la caméra dans le dos, scotchée au personnage, le suit dans tous les sens tout en montrant le visage de l'autre. C'est épatant !



Quelqu'un a eu une idée épatante : de faire un livre d'entretiens avec deux historiens, en parallèle. Ces deux historiens ont pour particularité d'être des grands spécialistes d'un personnage. Il s'agit de Régine Pernoud, pour Jeanne d'Arc, et de Jean Tulard, pour Napoléon. Ces deux-là possèdent un côté un peu fou, un côté excessif. On peut dire en exagérant (à peine) qu'ils connaissent tout sur "leur personnage". Dans ce bouquin, ils parlent de leur histoire, la naissance de leur passion, etc. C'est passionnant.

Trouvé quelques autres volumes, dont les Mémoires de Marianne Faithfull.




Vous pensez ça ?


Mes premiers gros émois musicaux datent de la fin des années 70 ou des premières années 80; on écoutait nos trucs sur des petits transistors, ou sur les premiers "sound system". Les chaînes hi-fi n'étaient pas bien fameuses. Alors quand aujourd'hui je réécoute certains morceaux - que je trouve sur le net en Flac ou en Ape (le son n'est pas compressé comme dans le mp3) sur mon excellent casque Sennheiser, je tombe à la renverse. Pour plusieurs raisons, mais souvent, si je retrouve juste tel ou tel tube, je suis surpris par la production. C'est le cas, ce soir, avec le Gimme Gimme d'Abba ou le Modern Love ou le China Girl de Bowie (un vrai festival à la prod', celui-là !). Le mix original de Billie Jean (rythmique sèche, basse lourde et savonneuse, clavier soyeux en pointillés) est à se pâmer de plaisir. Et Police ? Spirits in the Material World reste à part : qui fait de la pop comme ça de nos jours ? Ecouter avec attention, se pencher sur la basse qui se bouscule puis laisse des trous à la fin des mesures, les claviers qui rebondissent, le saxo qui n'ose pas, et ces hi-hats en tension ! Je connaissais ces trucs par coeur, mais en fait je ne les connaissais pas...

Je sais où va me conduire le Tulard/Pernoud (qui me provoque d'énormes fou-rires de bonheur) : à ce gros Folio sur "Les Courants Historiques en France/ XIXe XXe". Tulard raconte avec talent comment le courant de Braudel (globalisant sur de grands thèmes et de longues époques) détestait l'étude de Napoléon, "anecdotique" par excellence, avec batailles et bouleversement sur, somme toute, une petite époque. "L'historiographie", c'est "l'histoire de l'histoire". Voilà qui me fait danser la tête. Dès que ça jongle avec le méta, moi ça me chatouille. Dans Wikipédia, l'article Historiographie est parfaitement bien fait.

Toujours épaté et un peu géné par Sidney Poitier. Ce soir : "To Sir, With Love", un peu nunuche, l'histoire d'un prof qui réussit à séduire une classe turbulente. Ce type est loin d'être un bon acteur, mais il se met à nu, tel un grand timide qu'il devait être...

Ce soir, la Messe Glagolithique de Janacek tombe à pic. Ce truc est vénéneux, ou un peu russe.

Le plaisir coupable un peu bizarre. Dans la 5ème Symphonie de Chostakovitch, 1er Mouvement, à la 4ème minute environ, le compositeur reprend son thème sur des petits supports de trois notes, et je pense toujours, invariablement, à Morricone, qui étrait très doué pour ces trucs-là.





Octobre






-



jeanpascal@wanadoo.fr