Le risque d'une mauvaise décision est préférable à la terreur de l'indécision
Maïmonide, Le Guide des Egarés.



Et depuis je frissonne



Octobre



Fini les souvenirs de Marianne Faithfull, un peu effrayante avec ses longues périodes destructrices (la drogue, etc), mais elle est souvent drôle, brillante, et possède un côté "aisé" qui me fait penser aux délires bien dirigés de Jim Harrison. Cultivée, elle dit des choses très troublantes sur ses addictions, la féminité ou les concerts, et campe de magnifique portraits.

J'écoute avec plaisir le Re-Vision de Nils Petter Molvaer, entre jazz, electro et Jon Hassel. Complexe, texturé et foisonnant d'idées de production. Un peu abstrait pour mon goût.

Peu branché sur les boissons "énergisantes", j'ai essayé un Red Bull, l'autre jour, pour voir. C'est sucré et c'est pas bon, mais ça fait un effet boeuf ! J'avais un gros boulot à faire sur mon Mac et j'ai enfilé les heures avec une bonne pêche, comme quand on est en pleine forme lorsqu'on on attaque un boulot le matin après une bonne nuit. Je ne sais si ça efface la fatigue, mais il est net que ça éclaircit les idées.



Il pleut et il fait froid. Cette année, l'automne ressemble à l'automne, ça faisait longtemps... J'admire ceux qui partent, à 18 heures, à la piscine. Je préfère rester au chaud avec les filles. Elles prennent leur bain et je bois une Jenlain ambrée en croquant des triangles. J'ai passé un pull et deux polaires. Vu le prix du gaz, nous allons essayer de ne pas allumer le chauffage trop tôt dans l'année. Je feuillette, intéressé, le Journal et les Notes de Bertold Brecht, qui se plaint beaucoup dans les années 20. Tout est calme et doux. Excellentes rigolades avec les filles ce soir à table. Le soir, tout seul, je regarde le nouveau Indiana Jones, tout à fait délicieux si on garde son âme d'enfant - je cafouille un peu au début, puis me laisse emporter. Bravo !

Trouvé le même jour une biographie de Joseph Conrad et de Rudyard Kipling, ainsi qu'une belle édition de Jude l'Obscur, de Thomas Hardy (qui fit aussi Tess...).



Début de mois, j'en profite pour aller à la chasse aux bouquins avec mon cabat de grand-mère. Il fait beau et frais, le ciel est printanier et calme. Mon iPod est inspiré et me sert Discipline de King Crimson pour relancer ma marche, le Meet You de Kind of Girl, féminin et mutatoire comme Metric, qui me fait danser l'esprit, le Publisher de Blonde Redhead, lent et vénéneux comme une fumée. Le vent soulève des poussières, des feuilles et des papiers dans les rues, le ciel là-haut se couvre et il fait de plus en plus tiède. Je suis épaté par cette sorte de valse techno-crimsonienne des Holy Fuck : Chopper. Pour rentrer, il fait gris, je suis chargé de livres comme un baudet, j'enlève mon écharpe en écoutant Reach Out de Music Go Music. Je me demande comment ils classent ce groupe, on dirait du "indie-prog" (!). Le Poinciana d'Ahmad Jamal achève de rendre ce retour parfait. L'appartement est vide, je trie mes livres, dont quelques bonnes poignées de trucs pour les filles. Pour moi : Encore un Instant de Bonheur (des poèmes de Montherlant). Les Forestiers de Thomas Hardy. Ma Vie de Charles Chaplin, et pour les filles plus tard, une bonne version Garnier des Voyages de Gulliver, ainsi qu'un luxueux Le Livre de Marco Polo, illustré et tout. J'écris ceci après une douche brûlante, le chat sur les genoux.



Dimanche de vent et de pluie. Je fais des gaufres pour le goûter. Les filles viennent voir comment les blancs montent en neige (et pour tremper un doigt amical dans la pâte). Le soir, les gens doivent être un peu déprimés car je vends des poignées de livres sur eBay.

DVD : Le Port de l'Angoisse, de Fuller (avec Widmark !), puis j'écoute des Flac de Tuxedomoon. Mon oreille est suffisamment réveillée pour que cette musique me fasse penser à François Bréant, dont je trouve le Voyeur Extra-Lucide sur un blog nommé Mutant Sounds. Du jazz électronico-progressif : c'est toujours chiant, sauf chez Bréant, élégant, joueur, relanceur et inventif. J'en profite, voleur, pour choper toutes leurs archives rapidshare grâce à ce magnifique plugin Firefox qu'est DownThemAll. En attendant, l'intro de The Acrobats Awakening (clavier flûtant modulant sur double piano et clignotements) - Bréant - me met en extase.



Toute chose précisée, dans l'humidité qui suit l'averse.

C'est Montherlant qui écrit ça.

Les mots qui font sentir le suc des choses, c'est assez rare. Giono. Faulkner ("les tresses vernies"). Rapports avec le Haïkaï. Tissage, ou lianes, résonances, harmonies. Le Haïkaï comme "photographie", de l'écrit au visuel.

Wiki indique que le plus connu des Haïkus est la grenouille de Bascho :

Un vieil étang,
Une grenouille saute,
Le bruit de l'eau.

Trois petits bouts de phrases donnent un "visuel", mais font aussi comme un halo, une radioactivité, qui implique ou dessine tout un ensemble.




Nous devons partir...


Un petit message pour "TS", qui m'a envoyé un mail qui a fait mouche. Grand merci en retour.

Ne pas regarder la TV me joue des tours. J'étais tout fier d'avoir découvert Snow Patrol (pour moi un p'tit groupe indie), et ce soir je suis allé - quand même - voir sur Wiki qui étaient ces zozos, et j'apprends que ce sont des superstars. Ouarf ! Tant pis...

L'écoute du dernier B. Biolay confirme mon intuition : ce gars-là a un grand talent, mais il le gaspille, se disperse, est trop désinvolte avec ses textes. Chaque pièce aurait besoin d'être revue ou paufinée, il faudrait en resserrer les boulons.

DVD : La Boussole d'Or, c'est beau et bien fait, texturé et doré, mais on s'en fout. Tout va trop vite et ça n'a ni queue ni tête. Quelle salade !

Comme un bon prolongement de Jon Hassel, donc, le Re-Vision de Nils Petter Molvaer.


D.H. Lawrence aurait dit que la seule aristocratie était celle de la conscience. Il faudrait retrouver cette citation, qui me fait tout de suite penser à l'image saisissante de Jünger du Prince qui, dans le Royaume de l'Esprit, se retrouve "en quête de petite monnaie". Dans quel Royaume être un Prince ? De l'Art, de l'Argent, de l'Amour ?

Je termine, vraiment fasciné, une petite biographie de Léonard de Vinci. Le lendemain, en faisant du rangement, je tombe sur un fort volume sur ce même personnage (oh, un signe !). Mieux, dans la rue je trouve un sac rempli de livres pour enfants, dont un Bibliothèque Verte sur... de Vinci. Et en rangeant d'autres trucs, je trouve un grand livre, encore. A ce point là, c'est magnifique. Le personnage est très étonnant, un génie, on sait, mais aussi un grand distrait, un olibrius, un bonhomme inventif, multitâche, amusant et farfelu, et qui ne finissait rien - ou presque. En attendant, je dévore à grosses bouchées une grosse biographie de Jack London. C'est que, lorsque j'ai peu d'énergie, je lis des biographies. Forme de paresse intellectuelle, mais c'est quand même mieux que de regarder la téloche comme une grosse patate de canapé.



Se noyer de plaisir dans une messe de Bach (la 232), tissages miraculeux. Ensuite, saoûlé, le Kammerkonzert de Berg. Enfin, le Pelleas et Melissande de Fauré (par Ansermet, magique !).

J'ai trouvé une bonne astuce, que vous pouvez adopter si vous avez comme moi une grosse tour d'ordinateur - ici un Mac Pro à quatre coeurs 2x2,66 Mhz. Ces trucs-là chauffent beaucoup, et tous les ventilateurs font débouler vers l'arrière un bon air chaud du désert. J'ai rotaté ma tour juste assez pour que je puisse encore accéder au lecteur DVD, fermé le bord de ma table (j'ai une table sur tréteaux que j'ai mis le plus bas possible, afin de pouvoir être dans un fauteuil) avec des cartons de livres. Ainsi : l'hiver, tout le dessous de ma table est rempli de bon air chaud du désert. Tout cela est fort bon.



Un soir je rentrais sous le ciel immense rempli de décors immenses de nuages colorés d'ici à l'horizon avec de l'or ou comme du coton orange, il y avait à regarder partout dans ce ciel plein de surprises et de profondeurs. Mon iPod a choisi le contrepied (il y a parfois du Debussy qui tombe à pic, du John Barry qui trouble, ou un vieux Metric qui ressort et vous donne le rythme de la marche) et m'a balancé diverses lourdeurs techno qui me plombaient et accéléraient ma marche. Ces choses-là font qu'on quitte le ciel (les nuages viraient au rouge ketchup) et qu'on penche en soi dans le plomb, jusqu'à ce que je trouve (mon iPod, têtu) le "Kingdom (Booka Shade Club Remix)", de Dave Gahan, c'est le chanteur de Depeche Mode, d'une élégance folle pour coudre le vide plombé. En deux minutes, plus d'idées (de production, de son, pas musicales) que dans trente trois albums de tech-tout-venant. Mutations à toutes les mesures, sons qui se tordent, nappes qui changent de couleurs, traits qui se pointillent, et à 2'18" le truc qui se retourne un peu comme une crêpe sur basse en caoutchouc. Musicalement, pas tripette ni surtripette, mais un sens du son proche de Trentemoller. J'en mangerais...

Ce film merveilleux, Dogfight. http://www.imdb.com/title/tt0101748/

Impossible, en fait, de comprendre ce Jack London, de relier les photos de lui, robuste baraque immobile, taillé dans le bois avec sa tête de merveilleux baroudeur des mers et des pays froids, et ses textes précis, taillés et fûtés. Si : compris que le maître en littérature de London était Kipling - dont les Simples Contes des Collines sont taillés dans le même arbre, faussement simples, brut de bois.



J'ai un dossier dans le Mac rempli de mp3 de morceaux que j'adore vraiment beaucoup, cf ma page JiPod. J'ai un sous-dossier de 223 trucs (je n'écoute plus d'albums, c'est un peu triste, probablement) qui sont comme la crème de la crème. Le SW de Blonde Redhead; ils pourraient le jouer à la guitare sèche que j'adorerais ça, mais ils le noient, leur morceau, dans le coton, ils le cousent avec un fort vrombissement de basse, le rythment avec d'invraisemblables hi-hats, le font décoller avec un break instrumental polyphonico-cuivré, le chantent avec androgynie et un piano obsessionnel, c'est confus, brouillardeux et traversé de notes surgissantes qui colorient le tout de merveilles. Des fous.

Ce dossier n'est qu'à moitié une bonne idée. J'y ai mis le Taking the Veil de David Sylvian (le plus précieux), l'Atlas de Battle (pour faire une danse de la joie et de la folie), la seconde Sonate pour Piano et Violoncelle de Brahms, le Cherry de Ratatat ou le Trovommi Amor des Mediaeval Babes et l'Apocalypse Song de St Vincent et Little Green de Joni Mitchell. Que des trucs qui me donnent le tournis, un festin, c'est un peu épuisant.








Novembre









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jeanpascal@wanadoo.fr