Elle porte la main à son coeur, pour montrer qu'elle s'est blessée.
Montherlant.



Et depuis je frissonne



Novembre



On pourrait appeler "Syndrome de la Caverne d'Ali Baba" le drôle d'état d'esprit dans lequel est plongé l'être humain devant une grande abondance de ce qu'il aime. J'imagine que cela arrive parfois aux collectionneurs qui tombent sur une abondance. C'est un sentiment ambivalent... Si je collectionne les timbres et qu'un jour je récupère un énorme album d'un plus vieux collectionneur, j'ai le vertige, je suis excité, et je suis aussi un peu éteint, rapidement, car il me me manque soudain plus grand chose... Le syndrome d'Ali Baba pourrait montrer que nos vies ne sont pas basées sur le bonheur, mais sur sa recherche. L'importance du chemin, blablabla.

J'avance et je termine la biographie de Jack London, qui me donne le tournis. Personnalité "énorme", un homme usant, excessif et surdoué, un agaçant sacré personnage que je n'aurais pas aimé rencontrer. J'ai mis aussi la main sur un de ces livres de survie, qui raconte la dérive, pendant plus de deux mois, de sept hommes sur un petit bateau de moins de 5 mètres dans le Pacifique. Trois survivront.

Ceux qui croient en dieu et braillent sur son silence ne semblent pas avoir la force de supposer qu'il n'y a personne là-haut.



On a souvent accusé la techno d'être répétitive - le reproche est justifié, mais quelque chose cloche : la Musique Répétitive existe, c'est toute une tradition surtout américaine, avec des Figures comme Steve Reich, Phil Glass ou John Adams. La techno est répétitive, mais à part son principal atout de propulsion (le rythme, la capacité à donner envie de danser) ne semble pas pouvoir s'approcher des hélices monumentales ou savantes de Phil Glass ou de la propulsion pulsante hypnotique de Steve Reich. Ce qui se passe avec les musiciens techno - j'ai bien étudié la question - c'est qu'il ne savent pas ce qu'ils font. Ils se sont transformés en techniciens et accrochés à leur souris ne travaillent que la surface, le petit événement. C'est la même chose pour le rap, ces braves bonshommes qui braillent leur truc toujours de la même façon, sans visiblement réfléchir une seule seconde sur les variations possibles de l'imprécation, du muezzin à l'imprécateur, donc, des monologues des fous aux torrents de James Joyce, de la poésie beat au discours à intensité modulée, des hurlements vocodorisés (Pinhas/Houston 69) au sprechgesang. Seul Eminem semble avoir poussé un peu la sonde. De la même façon, la tech, c'est souvent répétitif, mais ça n'a jamais les qualités de la musique répétitive, quel paradoxe. Le territoire est autre, et parfois fort efficace, selon moi la fonction la plus plaisante de cette marmite est la repropulsion, cf Chemical Brothers ou Trentemoller.
Et puis il y a The Field, un bonhomme qui a visiblement décidé de se passer des bêtes mélodies répétitives qu'on trouve, par exemple, chez Daft Punk. Il réduit, semble se pencher sur quelque chose de plus intime, de plus neutre. Son travail est alors plus purement répétitif, si bien qu'il rejoint sans beaucoup de problème certaines énergies qu'on trouve chez Steve Reich. Tensions, attentes, etc, avec jubilation. L'idée que l'artiste cherche un endroit ou un motif. Ses textures sont d'ailleurs très délicates. Enfin : le tout est loin d'être satisfaisant, et on finit par s'ennuyer quand même. Pourtant je ne peux me lasser de son Over The Ice, course délicate cotonneuse chuchotante mutante, robotique et propulsée - c'est du jamais entendu.




Dans un art, il semblerait qu'on repère le débutant à l'abondance d'effets clinquants. En vidéo : trop de zoom. En musique : trop de reverb. En montage : trop d'"effets" de transitions.



Je moissonne. Trouvé la quasi intégrale d'Abba en Flac (son "non compressé"). Je me penche sur Voulez-Vous, album discoîde (le tube en était Gimme Gimme Gimme), et mes souvenirs étaient exacts. Sous des dehors clinquants de disco et de danse, l'album est plein de tensions et nappé d'une sorte de désespoir qui suinte de partout. D'accord, il y a la pureté de Chiquitita et les balancements de I Have a Dream, proche de ce qu'on trouvera plus tard dans Super Trouper. Mais enfin : Angeleyes est comme forcé, Does Your Mother Know est véritablement furieux, et As Good As knew, s'il commence comme du classique, se déchaîne dans une quasi-parodie de disco énervé et saoûlé (c'est quoi ces mamamamamama ??). Cette sur-énergie propulsée par des basses hallucinantes et ces fameux "murs de voix" abba-esques m'ont toujours donné cette sensation "désespérante". Gimme Gimme Gimme crépite de partout, avance comme un train de plusieurs tonnes (ces basses !), gueule ses murs de voix tranchantes dans toutes les directions, et semble avoir 20 ans d'avance sur Depeche Mode dans le break instrumental fabuleux et hanté. Ecoutez-là aussi fort que vous pouvez : il y a du malheur dans cette musique. Et une jouissance incroyable dans le fait de la faire, c'est évident.
Je sais que j'ai raison en écoutant les voiles vénéneux et électroniques de Eagle, le refrain envolé de Move On ou le tranchant du refrain valsé d'I'm a Marionette (sur The Album), ou l'ensemble du dernier album (The Visitors), avec les obliques des couplets de Soldiers ou les larmes invisibles de The Day Before you Came, chanté dans les sanglots retenus. Merci !

Je n'ai trouvé ce genre d'énergie que dans le Liar, des Bee Gees (mais si !).




Amusante conversation philosophico-artistique sur la "fécondité des erreurs", un classique dans l'Art, évidemment. Des livres ont certainement exploré la chose. On peut s'amuser à classer et répertorier :
- Erreurs provoquées, avec l'idée du grain de sable placé dans l'huître pour faire une perle.
- Erreurs accidentelles, incidents : immédiatements saisies par l'artiste pour "en faire quelque chose". Hasard fructueux.

Le premier type se rapproche évidemment de la fécondité des limites, avec une dose supplémentaire de jeu. Déterminer où placer les contraintes volontaires apportées par exemple par les Oblique Strategies de Brian Eno. Trouver quelle est la bonne "dose" de contrainte et de jeu. Est-ce un point de départ pour le sujet d'une oeuvre ? Ou juste un moyen de débloquer l'artiste qui tourne en rond, qui manque d'inspiration (ou qui en a trop) ? Idée du "hasard qui provoque des blocages" pour tempérer un trop plein d'idées.



Sur YouTube, nostalgique, je retrouve des génériques comme Vic le Viking ou l'Autobus à Impériale, que je n'avais jamais revu comme la Bataille des Planètes ou La Pierre Blanche, mais aussi des choses que j'avais vraiment oublié comme Waldo Kitty ou Hong Kong Fou Fou (oh my !). Quant à Super Jaimie...

J'adore ce film, Ghost World, qui en dit beaucoup plus que ce qu'il semble dire...



Prenez juste un dicton. "Aide-toi, le ciel t'aidera". Développez un peu mais pas trop, avec une poignée d'idées. 1/ Si vous voulez un truc, demandez. 2/ Soyez attentif à la réponse qui risque de venir. 3/ Vous avez obtenu ce que vous désirez : remerciez. C'est tout. Ça s'appelle "Le Secret" et c'est un gros succès. Je suis un peu jaloux, car j'aurai dû y penser avant :-)

Ce "secret" a bien des avantages, dont le premier est de ne pas chercher la source. Avant, les hommes aimaient bien savoir qu'on s'occupe d'eux, là haut. Le Dieu Local (Bouddah si vous êtes en Orient, Dieu le Père si vous êtes en Europe, etc) ou votre Ange, vos Ancêtres (majuscules partout, attention) et tralala. Ici, on se moque de savoir qui vous aide, c'est pas mal, car ça recentre (un peu) le boulot sur vous. Ça demande à ce que vous soyiez attentif. Et puis ça décomplexe le demandeur de l'utilitarisme de ses questions. On hésiterait à demander une place de parking libre à Jésus, mais pas au Secret. Hop ! Une place libre !

Maintenant, je ne peux m'empêcher d'imaginer les gens qui deviennent intégristes de ce truc, et qui donc interprètent TOUT ce qui leur arrive comme étant des SIGNES envoyés de là-haut pour vous indiquer la "marche à suivre". Là ! Nous voici bien en enfer. Il suffit de développer un peu. De se mettre, pour de rire, à la place d'une telle personne...


DVD : The Happening, tout un peu ridicule, mal joué, fautes de rythme, dialogues souvent idiot, tout semble tomber à plat. The Dark Knight, trop long, déséquilibré. Envie d'appliquer au film la phrase d'un personnage : "Why so serious ?". Contraste un peu ridicule entre le sérieux sombre complexe politique du film, et le côté tout de même un peu débile de ce personnage à cape. Ledger est étonnant, la musique habile, quelques scènes épatantes. Wanted : j'aime beaucoup le personnage principal, bien trouvé, le côté araignée d'Angelina Jolie, et la folie graphique du metteur en scène, qui pousse les leviers assez loin. C'est fort culotté, mais trop violent/sanglant.

Hélas, j'ai 42 berges, et j'ai de plus en plus "passé l'âge" pour ces conneries de blockbusters. Bientôt se rapproche la période où je lâcherai tout ça.

En attendant, désinfection avec un Douglas Sirk ("Le Temps d'Aimer...").

Lectures ? Je me perds, alors je sors mes jokers ("Mistral", nouvelle venteuse de Faulkner, puis des chapitres du Contemplateur Solitaire de Jünger). Me suis payé les longs Entretiens avec Al Pacino - j'ai toujours adoré son travail.








Décembre









...Nous sommes, je crois, heureuses...



jeanpascal@wanadoo.fr