Est-ce par hasard que l'hyène pénètre dans le cercle lumineux des feux de bivouac ?
Ernst Jünger.



Fou de haut rang



Décembre



Vu dans un énorme livre sur la Royal Geographic Society : il existe un terme norvégien, polarhulle, << Un désir intense de retourner à jamais dans des endroits éloignés, sombres et froids. >>



Le "polar", c'est trop beau, tout le monde adore ça, le prof de philo et la ménagère. Moi, je suis toujours suspicieux (hin hin hin). Le polar, c'est l'irruption du désordre (le meurtre), puis la résolution par le policier. L'amateur de polar, en conséquence, passe son temps à regarder agir un policier. Et puis, il aime que "l'ordre revienne" - c'est à dire que les méchants soient punis et tralala. Avec ça, la jouissance de l'amateur est dans les variations malines (les rebondissements, la bizarrerie, les transpositions, ou la qualité de reconstitution d'une époque). Ainsi, Outland est un "polar dans l'espace", The Heat a une "mise en scène virtuose", From Hell une "magnifique reconstitution de l'Angleterre victorienne", etc. En bouquins c'est pareil, il y a les décadents, les fous, les polars dans la banlieue des années 50, ou dans la jet set US des seventies, avec un inspecteur redoutable (Ellroy), ou une analyse d'un micro milieu, etc. Je n'utilise jamais ce "concept", mais l'amour du polar, ça me semble très bourgeois, la ménagère qui se régale de son petit frisson. Tout cela, moi, ça m'emmerde, ça me semble subalterne, et grossier.

Pour mon Noël, me suis payé une Histoire de New-York, Dans le Jardin des Mots de J. de Romilly (chroniques sur la langue française) et Visite à Godenholm de Jünger. J'ai mis la main sur des textes de Nimier, que je vais survoler ce week end.



Comme il fait froid et gris, je fais mes petites ventes sur eBay avec le chat Bidou sur les genoux, et quand j'en ai assez je lis 1/ les entretiens avec Pacino 2/ ce gros livre sur la Royal Geographic Society, bourré de photos anciennes des bouts du monde. Ce sont des trucs de vieux, et j'en suis ravi. Il y a sans doute une sagesse qui dit qu'il est bon d'être vieux lorsqu'on est jeune, et jeune lorsqu'on est vieux.

Emmené les filles à un concert (orchestre à vent), avec un peu de tout, dont du Bizet, Bartok et Prokofiev. Comme je le craignais un peu, ça ne leur a fait ni chaud ni froid. Moissonné du Prokofiev, dont je me délecte de la Cantate pour l'Anniversaire de la Révolution, dont le Mouvement II me donne le frisson - surtout avec la réponse du Mouvement IX - surtout par Kondrachine, une version bien ancienne, voilée et mono, parfaite pour cette musique.

Virage de bord, avec quelques Cantates de Bach (Leonhardt/Harnoncourt, comme il convient).



Je me noie dans le 5ème Concerto pour Piano de Prokofiev (par Gergiev !), mais le Larghetto et ses couleurs qui changent me touchent beaucoup. M'enfin, le sommet du genre reste le sublime début de l'Andante du Quatrième Concerto.

Discuter avec un adepte des conspirations (style : "Le 11 Septembre 2001 a été fait par les USA", ou "Les Américains ne sont jamais allé sur la lune") est épuisant. D'abord parce que le moteur de ces gens est extrêmement puissant : c'est la certitude absolue d'être plus malin que les autres - qui se réduisent à "la masse qui croit tout". Rien ne peut les destabiliser, sauf l'idée que leurs théories sont peut-être véhiculées par d'autres "officiels méchants" comme un os aux chiens et que, surtout, on n'en a rien à battre, de savoir si on a marché sur la lune ou non. Pour m'amuser, je lance toujours quelques hochets supplémentaires (par exemple : la Terre, en fait, est plate). Le "On veut nous faire croire que" est en fait bien naïf, car il signifie bien que quelque part, on s'occupe de vous...





Le soleil d'hiver rentrait à flot dans la salle de bain et j'avais tout mon temps, j'ai donc bu un thé dans un grand bain chaud plein de lumière, il faudrait donc que je fasse un petit poème, ou un haïkaï.

La salle de bain pleine du soleil d'hiver
Avec le seul bruit doux du radiateur
J'ai renversé mon thé

...ceci pour la note ironique, bien entendu, hi hi. En fait, je me suis régalé d'un grand bon thé chaud sucré, mais j'ai imaginé qu'il tombait dans l'eau du bain, une seconde de maladresse. Le thé fonçait alors l'eau du bain. De toute façon, lorsqu'on se prépare un moment calme, un ennui ne tarde pas à surgir, comme on le sait.

En buvant du thé
Dans un grand bain chaud paisible
Dans la lumière chaude et oblique du soleil d'hiver
J'ai fait tomber mon mug : bain marron !



Discuté avec plusieurs personnes "passionnées de cinéma" et qui recherchaient, comment dire, des extrêmes. L'un voulait plus d'action et plus de violence, l'autre ayant vu tous les films d'horreur les plus atroces cherchait ce qui pourrait bien la déranger quand même. D'abord je pensais "Les pauvres" ! Lorsqu'on est dans un processus pareil - assez facile à définir : le plaisir vient du fait de regarder un spectacle qui provoque des émotions intenses (qui deviennent de moins en moins intenses, il faut donc toujours aller plus fort) - , de surenchère, donc, on se retrouve assez vite frustré, car on finit bien par toucher des limites, tout devient alors fade. Je pensais alors à ma pomme, et je me disais "Et toi JP, qu'est-ce que tu veux, en fait ?".
J'essaye de ne pas incorporer ma petite famille à ce raisonnement. Je centre sur moi. Si j'étais tout seul ? Je voudrais : être au calme, chez moi, avec la conversation des livres et l'observation du monde. En fait, je chercherais non pas à "augmenter l'intensité" de quelque chose, mais plutôt la diminuer, et s'il fallait chercher quelque chose à augmenter, ce serait la complexité paisible, les nuances.
Je me disais alors que mes frères humains recherchaient peut-être tous à retrouver un état, probablement capté pendant l'enfance. J'aimais être au chaud avec de bons livres (et du chocolat, miam), enfant. C'est ainsi que me semblent totalement absurdes la majeure partie des activités de loisirs des humains, des graffitis à l'escalade, des fêtes à la pratique de la voile, du tourisme en camping-car au fait de chanter sur scène. Heureux ceux qui ont trouvé leur Axe ! Ce sont des Princes, des Princes absurdes, mais des Princes. Le Prince des films d'horreur, de la chasse à la perdrix ou de la course à pied. Ils se retrouvent dans une sorte de bonheur, d'avoir trouvé leur Axe. Les autres ? Ils s'ennuient et tentent de se distraire, ou s'enferment dans des histoires ou la torpeur (de l'alcool, des antidépresseurs). Il n'ont pas trouvé leur Axe. Ou bien : il n'ont pas connu d'état vraiment heureux, enfants, qu'ils voudraient reproduire. L'état, alors, le plus commun, serait alors cette sorte d'abrutissement béat devant les écrans - cf la passion globale pour les "Séries TV". Il faudrait s'amuser à catégoriser les grands Types d'Axes : épuiser son corps (tous les sports), être devant un spectacle représenté, participer par une démarche "artistique", soigner et donner, et puis tout ce qui est lié à l'Amour, ou les processus de compétitions (être meilleurs que les autres), de noyade suractive, et pire, de bellicisme.

Pardon pour ces délires confus et ces problématiques ridicules d'homme occidental riche.



Il y a des comportements plus abjects, mais j'exècre vraiment les intellos d'opérette, que les médias balottent d'un thème à l'autre, et les voilà qui suivent avec docilité. Voici Depardon qui sort un film sur les paysans alors voilà les moutons de Panurge qui, d'un seul coup, se passionnent pour le monde paysan. Voici une expo Picasso alors voilà d'un seul coup des autobus de passionnés de Picasso. C'est ridicule. Je hais ces cons-là, qui réagissent à ce qu'on prépare pour eux.

Encore une photo qui va faire réagir quelqu'un que je connais. L'absurdité des photos de nu m'a toujours réjoui. Pourquoi mettre une jeune fille dans un marécage ? Pourquoi lui faire lever les bras comme ça ? Les photographes de nu sont des andouilles, à part quelques génies tourmentés qui ont une intention, comme Newton. En attendant, nous voici avec une demoiselle qui met les bras comme ça, les pieds dans la vase. Vous avez les milles variantes habituelles (se tortiller sur un rocher, faire la bouche sur un fauteuil, etc). Quelle bande de cons.

Je regarde, oui, Les Citronniers, et Le Bannissement, et La Visite de la Fanfare.

Musique ! Help Me (sur Court and Spark) de Joni Mitchell, plongé dans les années 70. Miam ! Concerto pour Violon de Beethoven : je découvre la version Menuhin/Klemperer. L'un est effilé, précis et sensible, comme au pinceau; l'autre est... architectural, vraiment allemand. Moi j'adore ! Je replonge, avec un Tribute To Joni Mitchell, bien raté (Prince, Björk, qui ne savent faire que "leur truc") ou ridicule (Sarah Mclachlan), mais parfois épatant : Sufjan Stevens qui refait Free Man in Paris (arrangements et mixage épatants). Je déconnecte avec un bon Flac du Voyage of the Acolyte de Steve Hackett, qui fut guitariste chez Genesis. Sur-profusion musicale. On peut y passer du temps en décomposant : analyse de la construction dans le temps, timbres, production, basse, sens du baroque, répartition de l'énergie. Je mets au défi. Non : je demande à un amateur curieux qui ne connaît pas de se taper cet album à fort volume, et en entier, en prenant du plaisir si possible, et en réfléchissant un peu. C'est un peu tératologique, je suis d'accord, cette musique... Pour me détendre les oreilles surchauffées : The Civil Wars (Philip Glass).



Il y a une partie de la musique classique que j'adore, ce sont les grandes pièces grinçantes pour orchestre, l'époque où les compositeurs tordaient l'harmonie dangereusement. J'écoute ce soir Le Pas d'Acier, de Prokofiev, qui prend parfois l'allure de bagarres de locomotives. On est loin quand même des grandes folies de Chostakovitch, des danses hallucinées de Bartok.

Je réécoute aussi le Black Market de Weather Report, que j'avais en cassette audio.

Fabulous ! Fabulouuuus ! J'ai trouvé en flac le Box Set III américain de Genesis, remasterisé : du splendide boulot ! The Lamb Lies Down on Broadway - ce n'est pas mon préféré, mais Carpet Crawlers reste miraculeux - prend un relief étonnant. L'album est curieux car, tout en restant englué dans le rock progressif british baroque et élégant (cf la chanson titre), il quitte la campagne anglaise et ses farfadets pour plonger dans l'urbain. En 1974, ça a dû être un peu bizarre. Reste de sacrés bons passages (In The Cage). J'en profite pour replonger dans Selling England, magnifique avec ce son nettoyé. Quel plaisir !



Un autre grand plaisir : montré aux filles cet après-midi Les Demoiselles de Rochefort, qui sue littéralement le talent. C'est habile, rigolo et fûté, avec cette qualité que j'adore au cinoche, cette sorte de désinvolture dans le talent, qu'on trouve tout le temps chez Fellini, un culot tranquille (la danse finale entre Gene Kelly et Françoise Dorléac dans le magasin), des idées marrantes à tous les étages (le dîner rimé) et un côté "fini mais pas fini" qui empêche le mauvais sérieux (les soeurs, par exemples, lorsqu'elles dansent et chantent, ne savent pas leur texte). Je suis totalement fan. Suis allé ensuite voir le tournage sur l'Ina, puis j'ai lu beaucoup de choses sur ce que dit Catherine Deneuve sur sa soeur et sa perte. J'aime beaucoup cette femme, ce qu'en dit Noiret dans sa biographie, ou ses carnets de tournage. Vraiment quelqu'un.

Acheté un gros volume : "Les 1001 Oeuvres Classiques" qui faut avoir écouté dans sa vie, enfin, hein, c'est ce qu'ils disent. Je le prends pour ce que c'est : une éventuelle mine de trouvailles. Je pioche. La Sirène de Zemlinsky, du Wolfgang Rihm, du Elgar, un quatuor de Sibelius, ou des choses que je n'ai plus écouté depuis longtemps (Roussel). Je vous ferai part de mes trouvailles. J'y lis que Berg aurait dit : "La meilleure musique est toujours issue d'extases logiques", ce qui me plaît infiniment plus que les sempiternelles phrases astucieuses habituelles, genre Wilde. Les extases logiques. Bravo !

Me régale sur mon iPod avec le Wet Dreams, de The Hot Toddies, comptine plastique à harmonies dangereuses sur double voix, ou le Building And Mountains, de The Republic Tigers, bonne pop astucieuse et douce comme du velours. J'ai aussi aimé rebondir sur le Flamingo (Trentemoller Remix) de Tomboy qui, écouté fort l'hiver, peut vous aider à rentrer plus vite à la maison. J'ignore comme ils qualifient ce truc, cette sorte de machine bondissante farceuse multiple et pleine de bras et de crépitements. Même bazar, en plus abstrait, avec le Toaster de Wishmountain, ou le Aktress, de Qik (si si), visqueux et noir. Partir en folie avec le Stress de Justice (écouter fortissimo), cassé-dramatique, usant et boulonneux - j'imagine bien les gaillards se taper dans le dos en se disant : t'as entendu ça ? On se remontera avec Apparat (Arcadia Boys Noize Remix), puis dans l'acoustique avec le Man de The Bird and the Bee, puis, en final, avec grande pêche, joies chorales et énergie à tous les étages, le Everybody Here is a Cloud, de Cloud Cult. Pour finir, si vous voulez danser dans le noir avec votre aimée, le Hong Kong de Gorillaz. En pleine action, soyez lent et doux, et attentif, et tentez le passage lent de la Sonate pour Piano de Dutilleux, ou si vous êtes moins aventureux mais plus romantique, l'adagio de la 7ème de Brückner. Si si.

Vu avec plaisir : Mamma Mia !

En lecture, je m'enquiquine un peu. Je continue les entretiens avec Pacino, picore ici ou là (historiographie, Deleuze, Montherlant). Décidé de lire Absalon Absalon de Faulkner, qui commence comme ça :

Je découvre les Symphonies de Carl Nielsen et, avec beaucoup de bonheur, les travaux pour piano et orchestre de Kabalevsky.





Janvier









Dans la robe.



jeanpascal@wanadoo.fr