I mentioned my demon to a friend



Démon Assis



Janvier



Bonne année !

Musique pour piano de Chostakovitch, par V. Ashkenazy. Préludes, Aphorisme et cie. Puis le cinquième Concerto pour Piano de Prokofiev, dans une curieuse version Richter/Maazel. Je suis chez les Russes. Et regardez ces tableaux : en haut (Vroubel), en bas (Levitan). Ravi, je rêve de neige. Pour lisser l'humeur, je navigue dans la 4ème de Sibelius (par Karajan, comme il convient), pleine de respirations immenses et de sortilèges. Pour frissonner un peu, je tourne en boucle les passages "Les Philosophes" de la Cantate d'Octobre (Prokofiev), chez Kondrachine. Images de "Choeurs Russes" et de "Chants Communistes" (je vais éviter de me pencher sur les textes...), mais avec les cassures foudroyantes de Prokofiev. Me donne le vertige. Je prends un plaisir à la musique, je dirais, de plus en plus intense.

DVD : La Leçon de Tango. Je connais bien l'énergie que dégage cette femme, Sally Potter. Plus de quarante ans, une sorte d'Hydre. Une femme, bras et cheveux "fleur bleue", regard perdu et parfois posé comme celui d'une mère, se plaçant au-dessus, se donnant et s'abandonnant avec plaisir, puis fuyant de façon active et méthodique. Et cette face de lionne immobile, comme un masque. Fuyez, petit homme triste, disait Cavanna. Mais vous ne pouvez fuir...

Le "bel hidalgo", c'est tout de même un peu ridicule.

Le spectacle de Luchini, brillant et usant, bien vu, gourmand. Un Luchini, c'est plus intéressant qu'un bel hidalgo, ma foi. On sent toujours l'ambivalence des femmes envers Luchini ("Il doit être usant"), fascinées, sans doute un peu amoureuses (celui qui sait manier les mots possède un pouvoir sur les femmes. Non ?), mais aussi terrorisées. Il fait peur, celui-là. Et quelles rigolades, avec Barthes et Rohmer !



Impossible d'accrocher un livre. Une maladie. J'attaque Faulkner, Montherlant, une vie de Selma Lagerlöf, l'histoire de New York. Chopé le Vanity Fair de Thackeray. Tout tombe.

Discussion fructueuse avec une dame un peu plus âgée que moi, sur les enfants et "ce qu'on leur fait passer". Elle insistait sur un point, qui est de renoncer à leur démontrer que ceci ou cela était important (dans l'Art), mais de prendre son plaisir et sa jubilation "pour soi". Libres à eux de monter dans notre train... ou pas. Ce sont des concepts qui semblent assez simples, mais qui lorsqu'on est parent résonnent avec beaucoup de force.

9ème de Brückner par L. Bernstein - je la connais par coeur, dans la version Karajan. Premier mouvement lent, doré, cordes moelleuses et cuivres immenses et tranchants. C'est un peu déroutant, mais ça fonctionne diablement bien (et Bernstein respecte probablement plus le terme Feierlich, Mysterioso ("feierlich", c'est "solennellement") c'est plus souple et plus détaillé, moins "cathédrale" que chez Karajan. L'excellent enregistrement (un live DG de 1992) y est sans doute pour quelque chose. Le final du mouvement est quasi-surnaturel. La seconde partie ne vaut pas Karajan (qui est parfait : tendu, monstrueux, souple). Ici, quelque chose semble patiner. Mais quelle musique ! Certains passages pour cordes de la 3ème partie sont à pleurer.

Sur cette Symphonie, trouvé une page synthèse épatante : http://patachonf.free.fr/musique/bruckner/9e.php?p=tout



S'il y a bien un domaine que je connais peu, c'est celui des guitaristes virtuoses, les Satriani ou Steve Vai et leur suite. J'ai découvert un CD rigolo sur ce thème : Martone - A Demons Dream, bruyant, lourd et brillant. Je ne sais pas si c'est du jazz ou du metal.



DVD de Maris et Femmes de Woody Allen, vraiment pertinent et affuté, et un peu cruel. Je me souviens qu'à l'époque tout le monde avait été un peu chahuté par le travail de caméra (à l'épaule, avec des zooms, etc), alors que c'est devenu une norme aujourd'hui.



Je pousse ce logiciel qu'est Vuze dans ses retranchements (64 torrents à la fois). En écouant The Pearl (Brian Eno/Harold Budd) pour faire des pauses, j'explore avec boulimie. Syd Barrett (c'est vraiment nul) ou les bricolages de Banhart. Quelques passages de la musique de Dune. La Maison de mon Rêve de Cocorosie (en voilà un climat !). Le Pawn Hearts de Van Der Graaf Generator. David Axelrod (1968 - si j'avais été de cette époque, j'aurais été fou de ça). Le Dreams de Klaus Schulze (Ah ! Le "Five to Four" et ses modulations d'escalator, ses plateaux irisés en attente répétitive ! - et le gâchis incroyable qu'est la voix débile sur Klaustrophony). Egg (The Polite Force), rock progressif élégant, chanteur quelconque mais arrangements parfois étonnants (cuivres !) et basse parfaite : une sorte de King Crimson plus urbain, plus velouté, plus détaché, plus fade.

Donc, je lis des lettres de Tchékhov, comme un vieil ami consolant et drôle.



Matin gelé, je prends mon café en silence devant le soleil qui se lève sur la rue fixe froide givrée et un ciel pastel. Je n'écoute pas France Culture ("Qu'a-t-on préparé pour vous ce matin ?") mais lis un beau texte d'Audiberti sur Talleyrand et les Femmes - que j'ai choisi moi-même, merci. Les filles choient leurs cochons d'Inde, soooo cute. Lu hier soir une délicieuse nouvelle d'Edith Wharton sur un fantôme. Sagan, que l'on accusait un jour d'être une intellectuelle mais qui passait son temps à faire l'andouille avec une bande d'amis à Saint-Tropez aurait répliqué que c'est pas parce qu'elle est intello qu'elle va vivre comme un croûton. Je vois très bien ce qu'elle veut dire. C'est Sylvie Testud qui la cite, et qui affirme lui ressembler dans cette énergie (grosses voitures aller vite vivre vite rigoler avec une bande). Les autres sont des croûtons, ils s'économisent. Ah ! Mais moi j'adore être ce croûton ! Etre en pantoufles et lire, être au calme, ça me va très bien. Une nuit dans un Casino de Deauville correspond pour moi à l'enfer. Et passer des heures en voiture à rigoler entre amis me donne une nausée précise et très particulière : je veux être ailleurs, redevenir un croûton. D'ailleurs, hier soir, j'ai ressorti quelques vieux stylos plumes.

Il semblerait qu'il existe un film qui s'appelle All About Lily Chou-Chou. Il y a un morceau de musique dans la BO, qui s'appelle "Glide", qui est bon comme un verre de limonade et qu'on a 10 ans. J'aime bien ces trucs inoffensifs, comme le Below de Floex. Question danse, je me régalai du Shadows, des Midnight Juggernauts (qu'on croirait sorti d'une autre époque) - voix des années 80, basse énergique, du plastique coloré partout. Sinon, un soir de déprime, marchant dans la nuit froide, j'ai été soudain réveillé/épaté par ce truc : Daedalus "If We Should" - apparition de l'ivresse dans ces musiques technoîdes (qui, on dira ce qu'on veut, ne sont jamais ivres) - avec rythmes changeants, traînées diverses, voix floues, et puis soudain de grandes embardées de folie, des accélérations et des virages comme si, attachés à un grand câble, on nous faisait tournoyer trop vite.



Amusante journée culturelle. Je passe mon temps à vendre divers bouquins sur eBay, mais je dois faire des breaks, dont divers bio-breaks, comme on sait. Je sirote un whisky écossais en lisant "Kierkegaard par lui-même" (ça fait bien, non ?) personnage excessif et passionnant, ici avec son Stade Esthétique. J'aime bien les gens qui s'amusent à classer en stades l'évolution d'un esprit. Bref. Citation : Mariez-vous, vous le regretterez; ne vous mariez pas, vous le regretterez aussi. Voilà !



Plus tard, je tombe sur la page d'un jeune gars de 18 ans passionné par les 4X4 et par le jumpstyle. Intrigué, je file sur DailyMotion pour taper ce mot dans le moteur de recherche. Le résultat est ci-dessous, et m'a plongé dans une immense perplexité. La musique, d'abord, assez curieusement faite. Base techno/transe, avec un curieux truc : la basse a complètement quitté son boulot mélodique pour se coller littéralement à la grosse caisse, transformant le Boum Boum techno qu'on connaît bien en BaouBaouBaou quasi-inamovible. La danse elle-même est assez poilante, puisqu'il s'agit en gros de remuer beaucoup les jambes. En les regardant sans musique, on peut s'amuser à constater que ça n'est pas si loin des trucmuches folkloriques à binious et sirtakis, m'enfin : faut bien s'occuper. Je classe, donc, dans les danses nouvelles pour jeunes, à côté du Tecktonik (en gros : on remue les bras aussi, allez voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Tektonik et cherchez Popping et Locking) et du Krump (en gros, on s'agite furieusement de partout). Une enquête sur Wiki transforme "jumpstyle" en "hardstyle" (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jumpstyle), qui me parle de "Gabber" (beaucoup plus rapide : 160-180 BPM - question : est-il possible de jumper sur du Gabber ?). Bref.

Là-dessus, un peu rigolard tout de même, je me couche en ouvrant les Histoires d'Hérodote (dans la collection Portique, que j'aime beaucoup, sorte de grande Pléiade du pauvre), chapitre Terpsichore. Nous voici chez les Perses à l'époque de Darius. Voici les Péoniens qui décident d'attaquer les Périnthiens, et voilà que tout ce beau monde décide de régler ça en triple combat singulier, comme on dit. Défi, puis combats (?) opposant : un homme à un homme, un cheval à un cheval, un chien à un chien. Les Périnthiens gagnent, et se mettent à chanter. Les Péoniens en profitent pour les attaquer "pour de bon", et les massacrent. Et voilà pour eux, serais-je tenté de dire, comme chez Cavanna.
Cette histoire merveilleuse m'a fait méditer un bon moment. On peut - c'est ma manie, imaginer des cycles de nouvelles que je n'écrirai jamais - imaginer un cycle de nouvelles, donc, résonnant avec cette histoire...

Bon : JumpStyle.



Trouvé un groupe qui s'appelle Melpo mene (encore des suédois !). Un bon chanteur, et de la pop délicate et bien ouvragée, qui fourmille d'idées et évolue tout le temps, même lorsque le morceau est bien lancé. Le calme, avec ça. La chanson qui m'a attrapé s'appelle We Were Kids, paysage tranquille avec flûte distraite, refrains heureux, voix lisse et grise, piano qui perle et fin divagante dans ses jupons.

J'évacue ce trop de douceur (les 2 albums de Melpo mene) avec des bouts de In An Expression of the Inexpressible, de Blonde Redhead, qui vrombissent dans mes oreilles comme des bombardiers. Comme je me régale, je me goinfre de leur bizarre "En Particulier" (in french, my dear), dont j'adore la rythmique boisée et bondissante.

Je prends une fois par mois rendez-vous avec ce "blog musical", http://www.sarajevo-x.com/forum/viewforum.php?f=9 - un des plus riche que je connaisse. Il vous faut un abonnement rapidshare. Un seul topic de ce forum contient 100 pages, et vous occupera un bon trimestre : http://www.sarajevo-x.com/forum/viewtopic.php?f=9&t=36987&st=0&sk=t&sd=a (commencez par la fin).

...déclarait qu'un esprit raffiné trouvait une infinité de plaisirs dans la répétition des habitudes.
fait dire Edith Wharton à un personnage dans Le Triomphe de la Nuit.



Je possède des dizaines de recueils de ce dessinateur anglais dont j'ai déjà parlé, Giles, qui pour moi est un génie du genre (on les trouve à la pelle sur eBay UK). Ce dessin est daté de Mai 1983, qui a dû être bien inondé au Royaume-Uni. Comme d'habitude, tout est placé en un seul dessin. Trois plans : le fermier dans son lit, l'autre gars dans sa barque, les gosses (ravis) dans l'autre barque. "Ils veulent savoir s'ils ont le droit d'aller pécher dans la grange". On rigole, mais on rigolerait moins si on était à la place de ce monsieur, tellement dégoûté qu'il reste au lit. J'ai de la sympathie pour ce gros bonhomme... qui voit un mec en barque lui parler à la fenêtre de sa chambre. En voilà un qui doit apprécier l'ironie de la question !


Pourquoi l'histoire d'Hérodote me plaît-elle autant ? Je me suis interrogé. Parce que sont bien attrapés ceux qui ont oublié de distinguer la réalité des choses que l'on invente dans le monde des valeurs (si on gagne un triple défi, on n'a pas gagné la bataille pour autant). Faut les recadrer un peu. Ils le méritent. Leur "grande surprise" est amusante à observer. Cela ressemble fort à l'andouille qui joue du sabre devant Indiana Jones, et qui se prend une balle en remerciement. L'andouille qui comprend trop tard, c'est très amusant. Celui qui s'entend dire "rira bien qui rira le dernier" et qui ne se méfie pas. L'attaque finale, c'est l'irruption de la réalité dans le monde des symboles. Et l'apparition de la Troisième Voie, qui est toujours "autre". 1/ Perdants du défi 2/ Gagnants du défi 3/ Gagnants "pour de vrai". De la même façon ont dû pleurer les aristocrates à la Révolution ("Quoi ? Mais ils n'ont pas le droit !"). On pourrait généraliser en disant que ce phénomène arrive lorsque un niveau plus concret de réalité surgit pour balayer un niveau plus symbolique, des valeurs non réelles mais conférées. Pour finir, cette histoire me met en joie pour les quelques secondes de désillusion que vivent les massacrés. La désillusion, ça n'a pas fini de me chatouiller l'hypophyse. Ce qui me ramène à l'hilarant choix de Kierkegaard sur le mariage. Boucle bouclée.



Exploration. Me régale (et je suis surpris) de la 3ème Symphonie de Saint-Saens par Karajan. Enfin, moins avec le dernier mouvement. Je vire de bord avec quelques beaux passages de Franz Berwald (par Neeme Järvi). Le début de l'adagio de la 3ème me fait un sourire de là à là. Enfin, je monte avec la 1ère de Brahms (par Giulini, 1961 : quelle tenue !). J'en profite pour trouver des divX de Vladimir Horowitz (dont Rach 3, ça doit être quelque chose !!). Je finis avec de splendides sonates pour violon et piano (Bartok, Janacek, Messiaen), par Kremer/Argerich.

Ecoute plus attentive du 2ème Concerto pour Piano de Kabalevsky. Il y a comme une gradation entre cette musique qui commence à tordre ostensiblement l'harmonie, pas loin de Rachmaninov (si vous êtes novice, trouvez vous le Concerto pour Piano N3 de Rachmaninov par Argerich/Abbado), puis avec les Concertos de Prokofiev, parfois plus "dangereux", pour poursuivre avec les concertos de Chostakovitch.

Sur le CD d'Argerich/Abbado, on trouve aussi le Concerto de Ravel, dont les avancées se situent sur un autre territoire. Rach 3 est composé en 1909, le Ravel 20 ans plus tard. Est il est clair que nous sommes "plus loin"... (ne loupez pas le mouvement lent, fabuleux). L'écoute du dernier mouvement du Concerto de Ravel permet de mesurer le progrès depuis Rachmaninov. Et le 3ème de Prokofiev ? 1917-1921.

J'en profite pour réécouter, extasié, l'intro du Concerto N4 de Prokofiev (la lumière change sous les nuages). Excellente version Gergiev/Toradze. Je passe à Chostakovitch. Le premier Concerto pour Piano date de 1933 - et ça s'entend !

En somme, si j'étais sérieux, j'entamerais une étude du type "Evolution de la complexité harmonique et structurelle dans la forme du Concerto pour Piano aux XIXème et XXème Siècle". Ouarrrf, ça jette ! Il paraît que "Dexter, c'est génial", mais je vois bien que c'est encore des histoires de meurtres. Je vais rester dans mes trucs de piano hein...

Février






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jeanpascal@wanadoo.fr