...While fighting amid chaos, we may not be confused.
Sun Zu : The Art of War



Yes !



Avril



Lorsque j'écoute un Concerto pour Deux Pianos et Orchestre, de Martinu, je suis frappé par ce que j'appelle la "mélodie continue". Mais où donc ai-je piqué cette expression ? Toute la musique classique la plus connue, de Mozart au Boléro de Ravel en passant par les sublimes tissages de Brahms, est basée sur des thèmes, des mélodies souvent complexes, qui se combinent et se succèdent. Chez Martinu - j'avais déjà bien senti ce truc dans ce surgissement perpétuel que sont ses Symphonies - les mélodies semblent sortir en permanence de la musique, ça surgit, suinte et tricote, et ça continue, ça ne s'arrête jamais. Une enquête sur le Web me ramène à Tristan, de Wagner, qui est l'oeuvre fondatrice la plus importante pour les compositeurs du début XXème. Tristan, c'est l'invention de la mélodie continue.



Toute la pop que l'on connaît est basée sur le contraire : l'invention de thèmes et la répétition. Les couplets "reviennent", et les refrains aussi. Le plaisir dans la chanson est surtout dans cet aspect. On n'imagine pas une chanson qui serait une mélodie continue, c'est à dire une invention sans répétition. Et pourquoi ?

La chanson de base : Intro / Couplet / Refrain / Couplet / Refrain / Couplet / Break / Refrain / Conclusion. Avec quelques variantes simples : Un couplet segmenté en deux parties distinctes ("marche" vers le Refrain). Un couplet différent qui amène à la conclusion. Mais je n'ai jamais, je crois, entendu de construction ABCDEFGHI... (etc) qui ne revienne jamais sur un bout d'elle-même. Ce constat m'intéresse, esthétiquement bien sûr, mais aussi car je sais qu'un de mes grands plaisirs dans cette musique est la "mutation permanente", c'est à dire une sorte d'entre-deux entre mes deux concepts. Des chansons bâties sur la structure de base habituelle, mais dont les parties reviennent toujours altérées. Ou des chansons construites en plusieurs parties, comme si plusieurs chansons avaient été collées ensemble.

Merci à JS pour son mail qui prolonge ces explorations. Un groupe nommé Fairweather pratiquerait cette mélodie infinie...



Longue et bonne conversation sur la musique classique avec une connaissance violoniste. Quelle bouffée d'air frais ! J'ai pris quelques références (Concerto pour Violon de Dutilleux, Caplet).



Je lis toujours que le sommet probable du "Rock Progressif" est et reste Close To The Edge, de Yes. Je suis totalement d'accord. Du coup, je replonge avec bonheur dans ce chaudron - il faut passer les trois premières minutes. J'imagine qu'en 2009, un jeune auditeur à l'oreille curieuse peut encore s'en délecter. Si le quotient de bizzarerie est trop élevé, on peut se rabattre sur l'analyse (écoute attentive de ce que fait la basse, architecture, paroles, timbres, etc). Un album (et c'est encore mieux avec Relayer, qui suit un peu plus tard) tellement foisonnant qu'il a beaucoup gagné à être remastérisé. Question : comment ont-ils fait pour jouer tout ça ??



Si la loi sur les téléchargements est effectivement appliquée, j'ai en réserve de quoi m'occuper pendant des années. Récolte du jour : Concertos pour violon de Sibelius et Schoenberg (Hillary Hahn), les Concertos de Mozart par Uchida/Tate, une grosse archive Ozawa (Dvorak, Mahler, etc), du Delius, les Sonates de Beethoven par Gulda (j'adore Gulda !) et une gigantesque archive Mercury (avec plein de Dorati et de splendides musiques Russes, de quoi remplir cinq DVD).



J'adore cette photo. J'y sens (ou j'y ai ajouté) plusieurs rayonnements. Vous êtes invité à une petite fête, mais vous êtes un peu perdu, car vous ne connaissez que la maîtresse de maison. Il fait beau. Cette femme apparaît et vous tend un plat. Vous voulez vous servir (la photo est nette sur le contenu du plat) mais en une fraction de seconde, vous êtes frappé au coeur par le sourire de la dame qui vous tend le plat. C'est la soeur de la femme que vous connaissez, qui vous a invité. Vous ne l'aviez jamais vue. C'est trop tard, le temps s'est figé et le rouge vous monte aux joues. C'est trop tard, vous êtes cuit. La photo montre la micro-seconde précise pendant laquelle vous tombez amoureux. Vous êtes fait comme un rat, voilà votre vie qui se tord...


A la pêche aux livres, trouvé une édition de L'Art de la Guerre de Sun Tzu, mais en anglais (parce que ça sonne bien), quelques volumes inédits de Giles, une bio de Gorki, Le Regard Eloigné de Levi-Strauss ("...se présente aussi comme une réflexion sur un problème très général de la condition humaine : celui des rapports entre la contrainte et la liberté."), mais aussi une bio de Hindemith (j'en ai donc trois à lire : Hindemith, Martinu, Janacek), deux Dictionnaires de la Musique, des souvenirs de Marina Vlady, ainsi que le Journal de Guerre de Hélène Berr. Et un Kawabata très bizarre...



Passé toute la soirée d'hier à lire ou regarder des interviews avec Pierre Boulez, dont j'ai toujours adoré le discours (y compris dans ses excès de jeunesse), sur de nombreux sites, sur YouTube, sur la page de l'orchestre de Chicago, etc.

Mouvement lent de la Symphonie N1 de Honegger, par Martinon. Un Sacre du Printemps intéressant, assez lent, aiguisé, par Otmar Suitner. De merveilleux choeurs par Holst. Si j'aime dans le classique les modulations cassantes, elles ont parfois un pouvoir multipliées, par exemple dans un concerto pour piano, lorsqu'elles sont motorisées par le soliste. Le plus fort, c'est avec la voix, les choeurs. J'avais adoré ça chez Pierné, Martin, et ici chez Holst. Dans "Asemble, All Ye Maidens" (c'est pas un beau titre, ça ?), soliste et choeurs errent sans se risquer beaucoup dans les tonalités. Lorsque les cordes arrivent, une sorte de liberté harmonique déstabilise tout ça de façon plus subtile, un vrai bonheur. Et dans le O Love, I Complain, dans les "Seven Part-Songs", sentez comment ça tricote autour d'une seule note au début, puis comment ça se déploie. Ah ! Thank you for the music !

J'oublie toujours que l'on peut se faire une idée de telle ou telle musique, maintenant, en cherchant sur... YouTube. Le son n'y est pas parfait (compressé), mais on peut... se faire une idée. Je viens d'y faire un voyage, Glenn Gould sur une Sonate d'Hindemith, une Rêverie de Caplet ou la Bagatelle N2 de William Walton (à la guitare). J'ai dû toutefois arrêter rapidement, parce que j'étais en train de tomber amoureux d'une flûtiste adorable nommé Nina Perlove, surdouée américaine, dont les explications sur YouTube me laissent tout fasciné, mou du genou et tremblotant de la paupière droite. Flûte.


L'arrivée soudaine du changement de saison comme "madeleine de Proust". L'arrivée du printemps, de la lumière et d'une incertaine douceur de l'air. Sur le balcon, le chat prend le soleil, lui aussi surpris et incertain. Il hume l'air et sa douceur, plisse les yeux dans la lumière, et semble ne pas trop savoir quoi faire de lui. Les divers chants d'oiseaux entrent dans ma tête un peu éblouie par le soleil, et se mêlent divers halos de souvenirs, d'après-midis interminables et de dimanches à regarder les nuages qui passent, de rêvasseries dans des jardins d'oncles et de tantes. Ils font remonter divers souvenirs d'amours de collèges, dont l'empreinte devient floue, un peu... incertaine.



http://www.flickr.com/photos/29488767@N06/

- Tu as vu cette page, ce photographe, il a bien du talent. Il a l'oeil pour les paysages dramatiques, les textures. Il photographie bien le ciel, et les nuages.
- Oui, c'est excellent. La technique est précise et les images bien cadrées, bien traitées. Il y a un regard. On se dit "Tiens, c'est pas mal du tout". Mais il me manque un truc.
- Je sais, je sais. Ce qu'il te faudrait, c'est une dissonnance, un "élément qui cloche". Comme dans la photo avec les deux chiens. Elle est excellente, c'est vrai : le paysage est dramatique, et les deux chiens qui sautent donnent tout de suite l'idée qu'ils se battent à mort. Ensuite seulement, on voit qu'ils jouent. La photo donne ainsi une sorte de mouvement d'élastique à l'esprit.
- Voilà. Seulement, ici, ça ne marche pas, à cause de la légende : Jeux d'Enfants.
- Il faudrait essayer en enlevant le titre. La plupart du temps, elle sont bien trouvées, les légendes. J'aime bien cette idée de réfléchir plus loin sur les légendes. Illustrer. Dissonner. Surprendre. Etre à côté, énigmatique, ajouter du sens...
- On pourrait chercher les musiques qui conviennent à ces photos. Du Sibelius, ou du Dutilleux, Bartok ?
- Je ne sais pas. (à suivre).



Sea Pictures, Op. 37, d'Elgar. Avec Janet Baker ! Si vous savez vous servir du peer-to-peer, payez-vous deux livres, qui suffisent pour le départ : Dictionnaire de la Musique, de Marc Vignal, chez Larousse - 1516 pages, et c'est excellent - et "Les 1001 Oeuvres Classiques qu'il faut avoir Ecoutées dans sa Vie" - 950 pages chez Flammarion. Vous êtes paré pour un sacré voyage. De grâce (pour le Marché du Disque) : si vous aimez vraiment quelque chose, achetez-le.



Dans le Vignal, une seule définition, L'Expressionisme, suffit à alimenter tout un réseau de joyeuses pensées pendant toute la soirée, car on y apprend plein de choses et de tissages précis, mais l'auteur rappelle aussi les forces qui magnétisaient les oeuvres dans cette époque (en gros, des années 1900 à 1920), Sprechgesang, contrastes brutaux, "exacerbation maladive de tous les paramètres du langage musical". J'y ai retrouvé la "mélodie continue", mais rattachée ici à Schoenberg (Erwartung). Je l'ai encore trouvé à propos des Jeux de Debussy : en gros, on s'éloigne (ou on détruit) la forme qui consiste à trouver un "thème" musical et ses variations, pour faire naître en continue la musique, d'elle même, en quelque sorte.

Comme je m'amuse toujours à "coller" une idée artistique dans un autre Art, lorsque je lis que le Wozzeck de Berg est une "succession de petites formes achevées", je me demande ce que ferait un photographe de cette idée. Tiens, si j'étais photographe, je ne présenterais mon travail que par double-photographies - pour voir comment l'une résonne (ou pas) avec l'autre. Mettons triple, et avec une légende, le résultat (trois photos + des mots) comme un puzzle une énigme pour l'esprit. Bon, le plus dur à trouver, ce sont les mots qui vont illustrer. Si vous avez des idées...



Parcelle / Trachée / Non merci / Il y a cinquante ans / Faire face...




une ou deux tiges / il va finir sous l'arche / ma valise un deux je continue / je n'oublie pas qu'on me regarde


Conceptuel non ?

Musique ! Concerto pour Flûte, de Nielsen. Date de 1926. Intriguant. Puis le Concerto pour violon de Dutilleux (Amoyal au violon), bruissant, complexe, superbe, coloré. Un peu alangui, je me précipite sur le Concerto pour deux Pianos de Martinu, animé par une énergie plus "Europe Centrale". C'est balaise ! Compliqué, sur-érectile, irisé et redoutable. Sa musique symphonique est reconnaissable en quelques secondes : fluidité des coloris (ces flûtes en nappes !) sur des cordes prodigieuses, une animation formidable, des harmonies qui changent à toute vitesse, des thèmes qui n'en finissent jamais de surgir. Une vraie jouissance, un peu comme si Chostakovitch avait décidé de colorier ses élans russes chez la France de Debussy. Martinu, Tchèque, a été formé en France par Roussel. Ceci est somme toute assez logique...

Construire une série de nouvelles qui commenceraient toutes par quelqu'un qui révâsse, allongé dans l'herbe, à regarder les nuages, s'assoupit à moitié, puis voit soudain une silhouette se découper sur le ciel : un personnage vient l'interrompre dans sa rêverie...

St Vincent (que j'adore), sort un nouvel album, dont le premier clip se trouve sur http://www.ilovestvincent.com/. En le voyant pour la première fois, je jubile, car, pour une fois, c'est la chanson et la musique qui semblent "porter" le clip, alors que c'est bien souvent le contraire : le clip étant plus inventif que la chanson...

Trouvé plein de trucs. Trois documentaires sur la Wehrmacht en Russie, quelques pièces de Beckett, ou Béton de Thomas Bernhardt en allemand et en mp3. Des dizaines d'heures de cours de guitare en .avi. Quelques eBooks amusants, dont "Stupid Wars". En musique : une nouvelle version de la Messe pour Double Choeur, de Frank Martin, les sonates pour violoncelle et piano de Brahms par Baremboïm/Dupré (Je connais ces pages par coeur, mais cette version m'était inconnue. Dupré est... boisée, vibrante), de Martinu. Des découvertes (Tippett, qui me semble un peu "éteint", laborieux), du Chausson, de nouvelles versions de Dutilleux. Appétissantes Symphonies de Nielsen. Fabuleux Miroirs, de Ravel, par Monique Haas.



Me délecte de Janacek (Taras Bulba) ou d'une Symphonie de Peterson-Berger, un wagnérien Suédois. Les Spirituals de Morton Gould (oh ! Le Générique des Dossiers de l'Ecran !), et la Première Symphonie de Ives, qui évolue dans les tonalités avec une grâce que j'ai rarement entendu. Je me shoote au premier mouvement, dont le thème brahmsien me procure un plaisir joyeux.

Fouillant dans diverses archives, je me régale du Heroes de David Bowie, des Incantations de Mike Oldfield, de vieux Vangelis (une Bacchanale étourdissante et fabuleuse), et en profite pour explorer le triple CD de Blade Runner, dont la dernière galette semble inventer aujourd'hui divers prolongements musicaux. Magnifique univers ! - je suis content d'avoir le film en Blu-ray. Je bifurque vers ce duo d'albums : Mask/Soil Festivities...

The Girl and the Robot, sur le dernier Royksopp, allie des arrangements et une voix un peu vulgaires, avec une boucle d'accords bien plus complexe que ce qu'on a l'habitude d'entendre, ce qui crée une sorte de nausée et de joie chez l'auditeur, dont le pied tape par terre en cadence.

De tous les albums que j'évoquais il y a peu, seul le Royksopp bonifie avec les écoutes. La production est simplette mais efficace, à fond - cf You Don't Have a Clue, par exemple. Le Vienna Teng tend vers la soupe. Le St Vincent dégueule d'idées sans que le plaisir surgisse beaucoup.

Mai









Henriette était pensive ce matin, elle s'interrogeait sur son Art : instinct ou intellect ?





"Mon Nom est Légion, car nous sommes plusieurs"









Redresse-toi donc



jeanpascal@wanadoo.fr