Le temps porte conseil: en général celui de ne rien faire.
Claude Roy



étonne lentement



Juillet



Le plaisir de l'interface de l'iPod, c'est la "molette". En faisant rouler son doigt sur la molette, on avance sur la musique, dans le morceau, comme si on faisait tourner une horloge. Comme je remplis mon iPod d'indie rock, je tombe souvent sur des débuts plats, idiots, criards ou mou-planplan, genre on-fait-du-rock-mais-on-sait-pas-pourquoi. Il y a des groupes qui rattrapent l'auditeur qui molette son iPod en faisant ce genre de morceau "progressif" dont j'ai déjà parlé. Le milieu du morceau n'a rien à voir avec le début (un sourcil se lève) et la presque fin est comme venue d'un autre morceau (l'autre sourcil se lève, un sourire se dessine plus bas). Un lecteur me signale que Léo Ferré travaillait ainsi en "invention continue". Ainsi, le morceau est vu comme un voyage, et non comme un mécanisme intro-couplet-refrain qui tournicote en chanson, comme tout le monde. C'est le principe de construction du rock progressif, de Yes à King Crimson, et tralala.

Mon premier vrai coup de foudre de l'année, après quelques bout du Royksopp, c'est le Rykestrasse 68 de Hanne Hukkelberg. C'est simple à décrire : ce serait du Björk réussi, avec un peu la voix de Stina Nordenstam, pour ceux qui connaissent. Une Björk qui oublierait de brailler comme Mireille Mathieu, qui aurait concentré ses idées, et qui connaîtrait le fier principe qui consiste à continuer à inventer même lorsque la moitié du morceau est passée. Mon enthousiasme est grand ! Chaque pièce (à fort quotient de bizarrerie) est cousue d'idées sonores. La petite sait aussi moduler comme il faut. Et lorsqu'un morceau commence à vous agacer (Fourteen), la belle est capable de l'éteindre d'un souffle et d'embrayer sur de la délicatesse moirée, un changement de rythme ou un décollage en fusée complexe. C'est exactement ce que j'adore en pop. Invention, discipline, surprises, mutations...

L'album contient quelques sommets : Ticking Bomb, festin pop qui finit en tournant sur du Bach, ou The Pirate, lente envolée kaléidoscopique. A cette hauteur-ci, on n'a que quelques trouvailles par an...



Pardon pour le mois de Juin, un peu désert. Beaucoup de boulot eBay. Deux lecteurs m'ont envoyé chacun 5 Euros, c'est épatant. Me suis payé pour finir le SX10 IS de Canon, qui a pu choper la petite araignée, là-haut. Vous savez, ce sont ces petites bestioles zébrées et vives qu'on voit souvent au soleil. Elle vont vites et ont de grands yeux, elles peuvent tourner la tête vers vous. Quelques mm de long. Ici à côté d'un caillou de la litière du chat Bidou, ou ci-dessous, au bout de son fil.


hop


C'est un peu curieux, mais on m'a offert (j'ignorais que ça existait !) une boîte Albert Ménès de "sardines millésimées" - je mettrai la photo de la boîte en carton. Fabrication 1998, date limite 2002, mangées en 2009 : extraordinaires. Vieillissent comme le vin (il faut retourner les boîtes de temps en temps, comme les bouteilles). La vie palpitante qu'on mène !

J'écoute avec attention Ghinzu. Trop d'idées.

DVD : Watchmen, ahurissant. Je ne comprends plus rien à ce cinéma malin et débile en même temps, révoltant et jouissif, surprenant et bête comme ses pieds, virtuose et con comme tout. Superhéros avec masques en plastique avec un "ton" général adulte, violent, malin comme tout, et des personnages inoubliables (Rorschach, avec ou sans son masque). C'est un peu déstabilisant.



Pris pour les vacances : Le Lièvre de Patagonie, de Lanzmann, Voyage d'un Européen à travers le XXème Siècle, de Geert Mak, Vie de Henri Brulard, de Stendhal, et Vieux New York d'Edith Wharton.



Un peu géné par le style de Claude Lanzmann (qui n'a pas écrit son livre, mais l'a dicté), j'avoue avoir vite été embarqué par la vie de ce bonhomme et de ses rencontres, le tout allant crescendo, comme on pouvait s'y attendre, avec Shoah. Le Geert Mak est un peu roublard, mais je marche. Sa démarche est limpide et assez astucieuse, elle consiste à raconter l'histoire de l'Europe en combinant quatre énergies : 1/ La "narration" de l'historien;, 2/ Quelques plongées sur des événements précis (souvent bien choisis : cf Lénine, 3/ Les souvenirs d'anonymes, de "rouages" peu connus, 4/ Un voyage incessant dans toute l'Europe, pour retrouver (ou pas) traces et ambiances. C'est remarquablement bien tissé. Quant au Stendhal, sorte d'autobiographie désinvolte (ou faussement désinvolte), j'ai fini par comprendre qu'il fallait le lire comme c'est écrit, comme on veut, et avec légèreté.

Paul Van Nevel (chef d'orchestre, musique baroque), dans Le Monde, parle des trois niveaux de réceptions possible pour la musique, théorie, dit-il, inspiré d'Umberto Eco :

<< Le premier est celui d'une écoute spontanée et hédoniste; le deuxième est celui d'une écoute qui cherche à comprendre la nature de ce plaisir; le troisième serait celui d'une écoute de musicien qui saisirait toutes les subtilités. >>





Photographe intriguant (russe) : Alexander Gronsky.

http://www.photo-europa.org/img_all/2009/gronsky/slideshow.html

Musique ? Cydalise, de Gabriel Pierné.

Un autre photographe : Martin Parr. Cruel, mais pas tant que ça. Me touche car il parle de la désillusion ou peut-être de la résignation. Il paraît que Hegel a une théorie là-dessus, la "conscience malheureuse", heureuse de son propre malheur (Lanzmann en parle dans son bouquin). Le soir, je regarde un épisode (passionnant) de Genius of Photography, de la BBC, sur le thème de la famille ("We Are Family"). Etrangetés. Nan Goldin, Martin Parr, Diane Arbus (et la fête de famille, ou l'enfant à la grenade), Larry Sultan, Cindy Sherman (jouant avec les clichés), Richard Billingham (son père alcoolique) ou les enfants de Sally Mann. Sont analysées très finement les intentions des photographes. Un régal !



DVD : En Dessous du Volcan, de John Huston, parfait. Bonus à la hauteur. Ensuite, j'écoute You Should Be Dancing des Bee Gees, bon comme une madeleine des seventies. J'ai dansé des slows sur How Deep is your Love...

La voix d'Edward Norton.

Depeche Mode. "Never Let me Down Again". C'est une bonne chanson pop, voilà tout, avec ce tempo medium comme ils savent faire, un tissage entre lyrisme et précision, et un bon chanteur pour porter la construction, c'est merveilleux. Heureux, je voudrais maintenir. Ashes to Ashes, de Bowie, slippery sounds, mixage parfait et étagé, voix qui mute (comme si des masques ne finissaient pas de défiler sur le visage de Bowie), et final semblable à chez DM, en crescendo entrelacé. Ensuite, les griffures de Scary Monsters. Me fait penser à Frank Black et son premier album soleil. Comment maintenir ? Dave Gahan, Kingdom Booka Shade Club Remix. S. Schuller : 1978.

CD : Concertos pour Piano 2, 3 et 4 avec Firkusny au piano, et Pesek chef d'orchestre. Pas le genre de truc à se vendre comme Michael Jackson, mais bon. C'est coloré et érectile, comme pris d'une fièvre

Août











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