...confond l'observation incisive avec l'hostilité
M. Yourcenar



"Géronimo !"



Octobre



Arrêter ce journal !

La bataille la plus invraisemblable de Napoléon : Wagram. Toutes les relations de cette bataille se lisent avec stupéfaction.

Passé au second tome des souvenirs de Marbot, officier aide de camp sous l'Empire. Pour m'en distraire, je lis, en riant beaucoup, les souvenirs de Billy Wilder. Trouvé : Le Cri de la Mouette, d'E. Laborit, les Mémoires de Piccoli, un Lacarrière cheminant sur les pas d'Hérodote. Et aussi le DVD de Ludwig, de Visconti.

Un nouvel album de Air, habilement fait, mais jamais vraiment épatant.



Taper "Eno Bloom" sur YouTube.

Alors d'accord, j'écoute Veckatimest des Grizzly Bear, et je m'attendais à un p'tit Radiohead tranquille, j'ai été servi ! "Southern Point", le premier morceau, me donne l'impression que je viens d'ouvrir des vannes, assis devant de gros tuyaux à idées, et que ça me dégringole dessus sans fin. Ayouille ! Stop ! Arrêtez ! J'en suis tout recouvert ! Tout se télescope et se bouscule, ça fait des noeuds partout. Trop d'idées ! Avec joie, mes amis. Quel flot ! Ouf !

Tout à l'heure, en marchant dehors, iPod m'a servi un Ladytron (dont la musique me perturbe ainsi, morceau après morceau : ça ne me plaît pas MAIS y a un truc qui me fait lever le sourcil dedans, un son, la production, une idée), Velocifero, Deep Blue, écouté fort, dont l'intro m'a mis une banane jusque là : trépignements, puis lourd beat, puis grandes nappes de synthé bien plastifiés. Leur texture, leurs variations, leurs basses : quel bonheur ! Ensuite, bon, bof. Ladytron devrait travailler avec M83, ou Richard Pinhas.

Les sportifs toujours blessés.

Le calme est une bonne discipline. Qui a dit ça ?



Je tentais d'expliquer à quelqu'un - en sachant que c'est impossible - comment c'était bien d'être papa. A l'heure du goûter, suis allé chercher E., 8 ans, qui sort de la classe, ébloui par le beau soleil frais d'automne, et en descendant les escaliers me montre, ravie, une "bille forme" qu'elle a gagné à la récré. Longue conversation heureuse en rentrant à pied à la maison. Le plaisir d'être père est réellement impossible à expliquer.



J'ai concocté deux CDs à quelqu'un qui m'avait tenu un discours du type "J'aimerais me mettre au classique, mais je ne sais par quel bout le prendre". Il faut un ou deux livres. Je lui ai proposé un angle d'attaque, le passage de la musique tonale à la musique atonale, en commençant au XXème siècle, de Holst à Boulez en passant par les russes, Dutilleux, Roussel et Bartok, Martinu et Ravel. On peut attaquer le domaine de milles façons, des timbres aux rythmes, les "écoles", les différents styles d'interprétations, etc...
Le choix a été très amusant à faire, et m'a forcé à repenser à nouveau au plaisir, dont la forme est complexe : analytique ET sensuel.



La même chose doit exister dans l'autre sens. Il y a des "défauts" dont les femmes pensent être affublées, et que nous trouvons, les hommes, absolument charmants. Le plus répandu, les jambes de danseuses, qui allient robustesse et galbe. J'ai connu plusieurs femmes qui ne dansaient pas mais avec ce type de jambes, un soi-disant "problème". Un autre classique, ces rides fixées autour de la bouche. Ah ! Adorable !

Superbe version du premier concerto pour piano de Prokofiev : Argerich/Dutoit. Ah, les escaliers de la fin du second mouvement !!


Je reviens à "Et Tournoie", de M. Farmer. Après cette intro bête en flûte samplée, il faut écouter de près les couplets. Oublions la voix et les paroles. Boutonnat tisse très habilement ses accords. Leur mise en rythme est intrigante, leurs couleurs harmoniques étagées bizarrement (de longues notes sont reliées par deux courtes, comme des plans reliés par de doubles marches). La basse est diabolique, car double : il y a une vraie basse et une note tenue en plus (arrivée à 0'47"), le tout est "diffusé", comme chez Royksopp : il se passe des choses intéressantes, mais on ne les perçoit pas nettement, même en prêtant l'oreille. Remarquez aussi le cri-cri-cri qui accompagne la rythmique. Le plaisir de "Et Tournoie", tout de même, se fixe en de brefs instants (1'17" - 2'18") : quand le refrain monte. Il est assez marrant de remarquer que c'est l'instant de la montée qui est plaisant : le plaisir fond immédiatement dans le refrain, qui est assez bête. Boutonnat donne la preuve que "le plaisir est dans le passage couplet-refrain" à la fin : le refrain revient après un break dans lequel revient la flûte (3'21"), et... ça ne donne aucun plaisir. Et Tournoie, donc, procure 2 secondes de plaisir. Mais c'est vraiment, vraiment très bon. Ces deux moments sont, il faut l'avouer, bien envoyés. La rythmique s'appuie (tambourin), la basse se donne plus lourde et nette, la voix se dédouble magnifiquement (certains mots semblent sortir de la phrase et monter en décors, en voiles). 2 secondes de plaisir, mais je peux écouter ça cinq fois de suite sans problème, tellement c'est bon.

Je cherche dans mon disque dur, pas loin, si je trouve d'autres secondes qui font pop. Je trouve School, de Supertramp, qui commence avec cet appel d'harmonica, puis cette p'tite chanson qui se noie dans les guitares floydiennes et les bruitages de récréation. On semble deviner qu'un ressort se tend. Le génie est de le lâcher dans ce cri d'enfant (1'43") coupé qui lance un passage dynamique vite interrompu : un ressort se retend... pour se lancer (3'15") - écouter la basse qui suit, c'est du beau boulot. Supertramp fut, dans ces années là, un bon modèle de pop basée sur le rock progressif. Les 2 secondes que j'aime dans Farmer, il y en a beaucoup plus dans School, c'est comme un bouquet. Merci pour le bouquet.

Pour me laver les oreilles, je prends The Field, qui reprend Everybody's Got To Learn Sometimes, slow de mes 15 ans, et en fait une sorte d'abstraction lyrique, un territoire irisé et frottant, pulsant, bizarre et crissant comme du sucre. Dans Leave It, qui n'est pas si loin des longues plages de Klaus Schulze, il s'amuse à étirer ses textures sans les varier suffisamment, transformant tout ce qu'on connaît de ces musiques (un déroulement de variations dans le temps) en un autre plaisir : de territoire, tactile, texturé. La "musique" a disparu, on doit donc se pencher sur autre chose...

Je passe à Michael Brook (Hybrid, avec Eno et Lanois), un délice d'ambient qui me fait chercher Opal (le label) dans Vuze. J'ai trouvé un torrent qui me semble intéressant, s'intitulant, quel programme, Space Heaven White Lights Ambient Mystified Atmosphere.

Pour repartir, je me flanque Sonic Youth (Dirty) et pour finir je regarde en 720p le formidable clip de Missy Elliott, Lose Control. On a beau ne pas aimer ce genre de musique, on ne peut reconnaître que les images sont en accord avec ce qu'on entend dans nos oreilles : quelque chose de lourd, pulsant, décadent, sans cesse cassé puis relancé, brisé et immédiatement énergiquement repropulsé. Il y a comme plusieurs morceaux dans un seul, et les idées fusent, fusent sans cesse. Epuisant !







Novembre
















jeanpascal@wanadoo.fr