I am afraid of sharks, but only in a water situation.
If I saw a shark on the street, I'd be like "What? Fuck you!"
Demetri Martin



et son miracle est surtout fait de désinvolture



Janvier



Happy New Year !

Ressorti quelques volumes. Un Sibony. Une étude sur Faulkner. La Harpe d'Herbes, de Truman Capote, qui m'a procuré une longue bonne joie hier soir.

Beaucoup de rigolade avec quelques sketches de Demetri Martin, qui doit être le seul comique vivant capable de me faire rire. Je me suis rendu compte que l'un de ses axes de travail était de ramener les choses à ce qu'elles sont - ce qui est toujours un peu choquant (si je considère tout le courrier que j'ai reçu lorsque je faisais ma page sur l'Augmentation de la Réalité).

Rôdé un peu sur les pages musiques de chez Ed Wood. Du coup, j'ai rempli un réservoir avec du Lily Allen (j'aime bien "The Fear", précis, organisé et jouissif devant de grands rideaux de sons - l'album est efficacement produit), The Knife et les Brunettes. Rien n'étant réellement satisfaisant, je plonge dans Jon Hassel (Last Night The Moon Came, sur l'album du même nom).

Quoi ? Personne n'a encore songé à écrire la théorie du "mauvais moment à passer" ?



Faire une suite d'histoires sur le thème du "guetteur guetté". La première, c'est un homme de 40 ans qui, un dimanche de soleil, l'hiver, boit son Porto en picorant des cacahuètes et en regardant dehors les gens qui passent. Il rêve d'être déjà en retraite, et ne se doute pas qu'il est lui même observé par sa fille adolescente qui se demande ce qu'il peut y avoir dans la tête de son père... Il faut ajouter une vraie histoire de guet, celle d'un soldat de 14-18 qui tient son tour de garde et divague un peu, ne se rendant pas compte qu'il est lui-même guetté par une petite troupe d'assaut. Il y a aussi cette histoire du voyeur qui regarde une demoiselle par le trou de la serrure, et qui lui-même est filmé par la demoiselle qui a disposé une caméra vers la porte pour le confondre. Etc.



Discussion intéressante qui m'a mis en mouvement l'esprit sur le thème du "Moment Parfait", une lanterne qui illumine vraiment toutes les disciplines et les spiritualités. Les gens qui traversent ça sont bien embétés pour en parler, du "pur amour" au sentiment d'unité avec la nature, etc. Le sommet de ce truc, c'est le Nirvana, ou Satori, une sorte d'éveil complet. Un peu difficile à atteindre, dans notre monde... Il y a l'Extase ("se tenir en dehors de soi-même"), qui peut-être mystique, religieuse, sexuelle. C'est un domaine amusant à explorer. Si vous traversez un moment pareil, ça devient indicible, et ça peut être assez emmerdant à exprimer (cf extase sexuelle quand le partenaire ne comprend pas trop ce qui vous arrive). Des questions naissent : Peut-on provoquer cet état ? Celui-ci vous transforme-t-il durablement (éveil) ou n'est-il que transitoire ? Quelles sont les situations dans lesquelles ces états surviennent ? Et puis il y a toutes les interprétations "divines" - ceux qui traversent cet état se sentant alors "visités" par le Dieu local, des anges ou des esprits.

Voir ce Journal, 08/2009. Le Moment Parfait (où l'on dit souvent "ne faire qu'un avec la réalité" - sentiment d'unité avec le monde, etc) serait l'exact endroit contraire de que je j'évoquais à propos de Lanzmann et sa perplexité devant le "ça ne me fait rien". Idée troublante : ce dernier état pourrait être l'état de vacance propice à l'autre extrême, ou une sorte de prise d'élan inconscient.



Me chauffe les oreilles avec le délicieux modulant Still, de Vitalic. C'est que j'ai ramené une moisson de petites trouvailles. Le Velvet de The Big Pink, construit sur des hauts murs crissants de guitares. L'ambiance incroyable de l'album de Dead Man's Bones. Le déroulement délirant du Little Guy de Fredo Viola. L'énergie du Heavy Cross de Gossip me plonge dans une piscine de joie. L'ambiance luxueuse de l'album de Miike Snow. La dance inouïe, paresseuse, métallique, râpeuse et turgescente du Surf Solar des Fuck Button. Le curieux CD de Yacht achève de me troubler. De l'invention partout, et aussi dans les rythmiques. Chapeau !

Nettoyage avec le venin glacé de Fever Ray, "Marble House".

J'écoute les Diversions de Britten, l'Opus 13 de Schumann, une Symphonie (l'andante de la 2 !) de Prokofiev par Osawa. Forte envie de Brahms, comme toujours. La Serenade To Music de Vaughan Williams (tout comme le premier mouvement de la Symphonie 1 de Ives) me plonge dans la mélancolie. Et les livres ? J'ai commencé Descends Moïse, de Faulkner. Me suis mis de côté une présentation de Clément Rosset, les entretiens de Levi-Strauss avec Eribon (délices, délices !), et puis le journal du tournage du dernier film de Tavernier.

Suis tombé amoureux, comme tout le monde je suppose, de Cali Lewis, de http://www.geekbrief.tv, mais je suis aussi terrorisé par elle. Un vrai monstre.



Dans notre petit monde occidental, une bien triste figure est celle du "rebelle" affirmant à qui veut l'entendre que LUI ne fait pas partie du "système", et de dégommer bien sagement le "capitalisme", ou Big Brother ou ce qu'il veut, on n'en a rien à faire n'est-ce pas. Toutes les tentatives de vie du type consistent en fait à chercher à y rentrer et s'y intégrer, comme les autres, pardi.

En fait, rien ne m'énerve plus que les rebelles "faux", dont on peut trouver plusieurs types :
- Ceux qui s'en vantent.
- Ceux qui participent au cirque médiatique. Voilà un rebelle qui passe à la radio ou la TV : immédiatement récupéré. Il devient, par transformation, un peu de carburant du Spectacle. Ensuite : au suivant.
- Les rebelles "parce qu'ils portent telle ou telle marque de vêtement". Ha ha ha !
- Les plus idiots : ceux qui veulent rentrer dans le système pour le "changer de l'intérieur".
- Les rebelles auto-destructeurs : je fume, je me drogue, je roule vite en moto, je suis un rebelle. Rapidement mort.
- Les rebelles symétriques (c'est à dire qui font la même chose que ceux qu'ils estiment bourgeois, symétriquement). Les plus drôles sont les gothiques, qui aiment le noir au lieu du rose, la nuit au lieu des couchers de soleil, etc.

Je reste avec l'idée du rebelle Waldgänger, qui est discret, invisible, agissant, curieux, complexe, jamais dans les médias. Son secret, lorsqu'il se frotte au monde : se demander "Qui dupe-t-on ici ?".







Février








jeanpascal@wanadoo.fr