Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes
Cioran


One may know how to conquer without being able to do it.

Sun Tzu



Avril



C'est le Printemps ! Regardez cette abeille...



Musique : Nielsen, Hymnus Amoris, puis, du même auteur, la Symphonie N4 : "L'Inextinguible". Puis, encore, la fièvre de la Symphonie N1 de Martinu. Epuisant. Ives : Three Places in New England.

Toute l'après-midi, eu des vertiges, comme si j'allais tomber dans les pommes. Quelle somatisation bizarre !



Sur l'héroïne tchékhovienne, un beau petit texte ici, dont je recopie une partie :

    L'héroïne tchékhovienne est une femme qui est le plus souvent sensible et qui rêve d'une autre vie, d'où cette impression de tristesse.

    Dans "Le récit de Mlle X.." un jour d'orage un soupirant, séduisant avec sa barbe où perlent des gouttes de pluie, mais trop humble, lui fait une déclaration, elle l'ignore. Des années plus tard ils sont toujours en contact, tous deux ont gâché leur vie. Mlle X. pleure alors sur sa vie perdue, l'amour, le temps qui passe, les trop tard.

    Une femme frivole "La Cigale" n'est pas capable de voir la bonté et la valeur de son mari, et s'en aperçoit trop tard.

    Ou cette femme "Douchetchka" qui adopte les idées et manies de chaque homme qu'elle aime. Elle est ridicule, on rit, mais à la fin elle se retrouve seule et perdue.

    A travers ces récits on retrouve l'impossibilité d'aimer que Tchékhov a éprouvé toute sa vie...

Tout ça me fait penser à Annie, qui faisait des arabesques.





Je me promène parfois dans mes propres pages (on a le droit, hein ?). Retrouvé en Octobre 2005 (de chez gapingvoid.com) :

    Within 1 week of meeting this person you realize that not only have you found your soulmate, but you've found your soulmate who likes to have sex 4 times a day in the bed, on the dining table, on the kitchen floor, in the changing rooms at Bloomingdale's etc.
    Within 2 weeks you're already talking about moving in together.
    Within 3 weeks you're talking about having babies together.
    Within 4 weeks you realize this person is a complete psychopath.
    Within 5 weeks this person also thinks you're a complete psychopath.
    Within 6 weeks you're sitting at a restaurant with an old friend who is giving you the "How come you only call me when you're single" speech.

Et aussi ceci :

    Lu dans une critique de Dolls, de Kitano : "Aucune ruse ne saurait éviter à l'homme de se fracasser contre ses rêves".



Idée d'histoire, ou de roman : un homme vient voir son père à l'agonie, à l'hôpital. Celui-ci a eu une attaque, il ne peut plus parler. Le fils, alors, imagine une vengeance, car son père, pense-t-il, ne l'a jamais aimé. Comme il sait qu'il ne peut pas répondre, il lui... pose des questions. Cette situation devient alors comme une cristallisation de toute leur vie.

Au début des années 90, j'ai croisé l'image du bonheur, dans une petite ville du bord de la mer, sous la forme d'une jeune femme qui roulait en scooter un soir d'été, cheveux au vent, grand sourire. En revenant au centre, juste un peu plus tard, dans l'air chaud et l'ambiance douce du soir, une sirène. Le scooter était par terre, tordu, la jeune fille inconsciente, allongée. Je n'ai jamais oublié cette silhouette, métaphore de la désillusion et des rêves fracassés.
Ce jour-là, j'ai acheté un livre de souvenirs de Alexandre Vialatte, que je lisais cette semaine. En Allemagne juste après la guerre, il raconte l'état d'esprit du peuple et les procès des nazis (dont celui du camps de Belsen). C'est... effarant. J'avais l'impression d'y être, de partager la colère du bonhomme. Lorsqu'on ne va pas bien, je ne peux pas m'empêcher d'aller lire ce genre de choses, ou du Chalamov, les chroniqueurs de désastres...

Un nuage de cendres qui empêche les avions de voler ? Restez donc chez vous, messire ! Tout va bien !

Un pote a acheté un iPad que j'ai eu dans les mains pendant cinq minutes. Ce truc-là, c'est la révolution ! Tout le monde va en vouloir un. Ressenti le même frisson que la première fois que j'ai vu un Macintosh...



J'ai rempli mon iPod avec les albums de Talk Talk (mp3) avant de trouver un "Best of" en Flac. "It's My Life" était un sacré tube, mais le réécouter maintenant est instructif. Sous la bonne forme "pop new wave" commerciale, j'entends les tissages savants, la construction en couplets/prérefrains/refrain, la production complexe, les modulations partout, et surtout : la basse, moteur caché et, ici, redoutable ! Ensuite, je mets Such A Shame, miaou. Enfin, leur meilleur album, c'était le suivant, avec les papillons, l'album pop le mieux produit selon moi, avec le Gone to Earth de Sylvian et Avalon de Roxy Music. Affaire de goût. Prenez "Living in Another World", mettez assez fort, et surveillez la basse...

Je me dépêche de choper l'album complet en Flac chez avaxhome, puis le même, remastered, comme ils disent : http://avaxhome.ws/music/pop/talk_talk_spring_remaster.html - Comme ça m'amuse, je cherche des traces. Le bassiste, Paul Webb, s'appelle maintenant "Rustin Man" (??)

Lire : http://un2sg4.unige.ch/athena/nerval/nerv_aur.rtf ou sur le web : http://un2sg4.unige.ch/athena/nerval/nerv_aur.html



Imaginons un club privé de messieurs anglais, avec de gros fauteuils en cuir. Club agréable, on y passe de bonnes soirées. Un soir, un des membres fondateur du club, peu avant la fermeture, en pleine nuit, interrompt tout le monde et annonce qu'il faudrait être plus "animés". Puis tous les soirs, une demie heure avant fermeture, il recommence, demande une augmentation de la "cordialité générale" de vingt pour cent. Exaspérés, de plus en plus de membres du club ne viennent plus, trouvent un autre endroit. Les autres tentent de jouer le jeu : il s'agit d'écouter les demandes, et donc de faire semblant. Le club restant devient un théâtre, un jeu de masques. Rapidement, il ferme. Evidemment.

J'ai déjà vu cette situation perverse, dans un forum sur Internet, en France. Il fallait répondre aux interventions avec tel ou tel ton, et avec telle longueur. Celui qui n'obtempérait pas était mis en "Prison" (véridique !) et passait par un Tribunal. C'était kafkaïen, parce que tout le staff était à fond dans la démarche. Il fallait être spontanément plus long, plus expansif, je sais plus. Bon, ce forum est quasiment mort, à l'heure qu'il est. Devinez pourquoi ?



Il existe des amis sur lesquels on peut compter pour trouver une référence livresque ou mythologique à un problème que vous lui exposez.



Ces désillusions à très long rayon temporel. Vous adorez quelque chose qui vous échappe complèment (par exemple : rêver d'habiter un château à la campagne, devenir célèbre, pouvoir à nouveau dialoguer avec un parent brouillé). L'empêchement complet de ce rêve dure des décennies, et votre esprit en grandit démesurément l'absolu, il mijote des centaines de fioles, des élixirs fabuleux, des images inouïes.
Mais cet inaccessible, alors, s'il apparaît pour de bon, vient se frotter et se cogner contre l'illusion complexe et grandiose que vous avez fabriqué, qui ne tarde pas à exploser en haut-vol, comme la navette spatiale. La stupeur, alors, est vraiment complète : le château à la campagne est toxique, hanté et doit être abandonné; la célébrité amène les contraintes et les emmerdes en cascade, et crée beaucoup de stress, de solitude; les retrouvailles avec le parent brouillé pointent et concrétisent tous les malentendus possibles, et confirment la mésentente totale (et peut-être d'une autre nature) avec celui-ci.
Explosante Fixe.
Les petits morceaux des fioles volent dans tous les sens, et vous en voyez de toutes les couleurs. Certains viennent se poser délicatement, se positionner dans votre puzzle personnel. Il ne reste plus qu'à se détourner, reprendre la route, et partir d'un grand rire sous le ciel, un rire de fou, comme il convient.



Sur la Boîte de Pandore, vu dans Wiki :

    Grâce à la fermeture opportune de la jarre par Pandore,
    l'humanité ne souffrira que des maux,
    et non pas de l'attente de ces maux,
    qui est probablement le pire de tous.



Sortis de la bibliothèque à fin d'exploration : De la Littérature, d'Umberto Eco, chapitre sur Nerval, puis tout ce que j'ai d'Erwin Goffman, pour les masques et les façades.

"Par une << représentation >>
on entend la totalité de l'activité d'une personne donnée,
dans une occasion donnée,
pour influencer d'une certaine façon un des autres participants."

E. Goffman



Jünger, pendant la guerre, parlait à table, chez lui, avec sa femme et son fils, de sa haine d'Hitler et de "l'horreur de ce qui s'est emparé de l'Allemagne". Il ne se rendait pas compte qu'il influençait profondément son fils de 18 ans, qui un jour, à l'extérieur "parla trop", fut capturé et envoyé par les nazis en bataillon disciplinaire, au front, où il mourut rapidement. Jünger évoque parfois cette erreur, ce manque de prudence aux conséquences tragiques...

Un esprit libre, dans une hiérarchie, doit parfois expliquer à son "supérieur" que celui-ci n'a aucune "autorité" sur lui, et expliquer qu'il se plie au jeu social par intérêt ou commodité. La plupart du temps, il est assez stable pour pouvoir se passer de ces explications. Jeux de masques...
A l'inverse, il se peut qu'il soit nécessaire de jouer le Roi du Semblant d'Acceptation devant quelqu'un qui est sûr d'avoir un pouvoir sur vous, afin d'avoir la paix. Dans ce cas, surtout ne pas montrer que l'autre, en fait, n'a aucun pouvoir sur vous...

Délices, la prose d'Anatole France dans un parc vide au soleil.



"Society is organized on the principle that any individual who possesses certain social characteristics
has a moral right to expect that others will value and treat him in an appropriate way."

E. Goffman


Ce matin, commencé à lire de texte d'Umberto Eco sur G. de Nerval, importuné par un fou quelque part écoutant "Comme un Ouragan" à fond. Laisser tomber le livre, puis s'attacher à chercher des signes de danger.
Trouvé les jambes d'un bonhomme en plastique coupé en deux, sur le trottoir, dans ma rue. Et où est passée la tête ? Que cela signifie-t-il ? Peut-on être "prévenu" par un rêve, comme l'affirme Jünger ?
Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant qui se sent piteux mais soulagé ?
Avec une rencontre, dans la même rue, évoqué l'image universelle du grand soldat blessé inconnu, soigné longuement par des dames, dans une maison à la campagne. Il lutte contre la mort, mais un jour, des semaines plus tard : il se lève...
Que se passe-t-il lorsqu'un jour on se rend compte, profondément, que l'on peut dire "Non. Stop." ?
Que se produit-il lorsqu'une tension s'accumule, comme dans un condensateur ? Trouvé des réponses en cherchant des renseignements dans l'Universalis sur le travail des éthologues, pour un devoir de L.





Mai




"On ne nous donne généralement les choses que lorsqu'elles ne nous font plus plaisir."
C. Dantzig





jeanpascal@wanadoo.fr