L'art d'être sage, c'est l'art de savoir quoi laisser tomber.
William James


- Nous pouvons nous désengager.
- Nous pouvons changer l'organisation ou l'environnement.
- Nous pouvons nous changer nous-même.
- Nous pouvons endurer notre souffrance.




Septembre



Le plaisir infini de fumer une cigarette un soir d'été, sur une terrasse. Comme je fume environ un paquet tous les quinze ans, j'apprécie ce geste comme quelque chose de très rare.

Je viens de finir Le Poisson Scorpion de Nicolas Bouvier - un séjour de plusieurs mois dans l'île de Ceylan (maintenant Sri Lanka), pauvre, perdu, ne comprenant rien de rien. Je mets ce livre sur l'étagère "à garder pour les périodes noires", aux côtés de Chalamov...

Trouvé un vieux recueil de Longfellow en anglais, des Michel Serres, un Hubert Reeves et le dernier Kundera, un Gary Larson...

Opus 95, de Koechlin.

Ma position de bidouilleur bizarre quadra est un peu lourde à porter en ce moment. Pour les spécialistes de tel ou tel domaine, j'imagine que je suis comme une bête curieuse avec mes petits enthousiasmes en mosaïque et mes théories foireuses. Pour ceux-là, j'imagine toujours que je finis par être "lourd". Je manque de souffle. Leur silence poli, ces jours-ci, me pèse, me peine, et m'inquiète. Pour les gens normaux, je suis un farfelu d'intello. Ça va bien deux minutes, Martinu et Deleuze, Vroubel et Tchékhov ! Drôle de Journal. Je n'ai jamais été aussi près d'arrêter...



Je voudrais m'amuser à écrire un livre sur la désillusion, indispensable à qui veut grandir, n'est-ce pas ? Le livre s'appellerait "Le monde n'est pas comme je voudrais qu'il soit". Il faudrait tricoter sur bien des thèmes, de l'enfance (grandir : suite de désillusions), l'amour, le monde du travail, les illusions sur soi, sur les autres, sur le monde, les illlusions "trop tard" (passer à côté de la vie), l'illusion du bonheur, le bovarysme, les Axes de vie, l'ambition, la croyance que les choses sont simples, les pertes (dont la perte de second niveau de Rosset), les désirs, le "moment" de la désillusion, se servir de la désillusion, l'attention, tracer des cartes (se préparer aux désillusions ?), "demander aux autres"...

Ribot distinguait trois façons, pour la passion, de mourir naturellement : par épuisement, transformation, substitution.

J'ai fini par trouver la musique de la soirée : Chichester Psalms, de Bernstein.



Quelques images d'Alien qui sort en Blu-ray fin Octobre :
http://hcc.techradar.com/playback/coming-soon/blu-ray-screenshot-gallery-alien-anthology-alien-06-09-10

Faste mois musical, qui voit sortir le nouveau Blonde Redhead ET le nouveau Royksopp. Pour les premiers, j'ai déjà en boucle Here Sometimes, qui me met un sourire d'ici à là. Ils sont dans leur son, évidemment (tissages cotonneux, voix voilée), cette façon d'accumuler le plaisir dans diverses couches harmoniques à peine détectables. La rythmique est marrante, mais le petit secret du morceau est dans son absence de basse, qui crée un curieux vide (le début) et un soulagement ravi quand le synthé, en suites de trois notes, prend le rôle de l'assise/basse. Ha ! Pour le reste de l'album, je ne suis pas encore rentré dedans.



Si j'avais le souffle, je ferais un article sur les mauvais choix des grosses boîtes d'Internet. Il y aurait à raconter sur les enchères en France, par exemple. Allez, je me lance un peu :

Au début (1998, sur le Net), il y avait iBazar, c'était un lieu charmant et très fréquenté, une vraie "foire à la farfouille" simple et pratique. On y vendait beaucoup de choses, en sentant que beaucoup de gens venaient flâner, chiner. Ebay, qui cartonnait surtout aux Etats-Unis, était en France, mais n'arrivait à rien : iBazar était installé et séduisant. Ebay faisait compliqué et cher (il fallait payer pour mettre en vente), et ils sont restés hors-service assez longtemps... jusqu'à ce qu'ils comprennent. Il ont acheté iBazar (en 2001) - c'est de bonne guerre : iBazar avait alors 2,4 millions d'inscrits !).
Intervient alors Aucland, le concurrent le plus efficace d'iBazar : les vendeurs ont quitté le monstre iBazar/eBay pour aller chez Aucland, dont les mises en vente étaient encore gratuites. Le site a bien vite grossi, les vendeurs se sentant encore un peu chez eux : on trouvait de tout (et n'importe quoi), et ça marchait bien. Ebay avait du souci à se faire... jusqu'à la décision d'Aucland de... faire payer les enchères ! Tant qu'à se tirer une balle dans le pied, autant le faire fort, et au bon moment. Evidemment, tant qu'à payer, autant aller chez les monstres. Tout le monde s'est barré chez eBay, et Aucland est mort rapidement, et voilà pour eux. Cette décision d'Aucland fut un incroyable suicide : la pire chose à faire, et au pire moment.
eBay a donc depuis le quasi-monopole en France... et depuis des années, ils semblent décidés à tout faire pour planter leur business. Comme ils sont vraiment très gros, ça met du temps ! D'abord, ils n'ont pas compris qu'il fallait taxer les vendeurs sur les ventes réalisées, et pas sur la mise en vente. Mettre en vente est de plus en plus cher et compliqué : la mise sur le site est payante, mettre plusieurs photos est payant, "décorer" son annonce est payant, mettre en vente 10 jours au lieu de 7 est payant (et pourquoi limiter à 10 jours ?). Avant, il fallait même payer pour mettre une photo de son objet dans la galerie (la liste que voient les acheteurs) ! Bref, toutes sortes de frais et d'agacements, juste pour mettre une annonce sur le site ! Aujourd'hui, ils imposent même aux vendeurs de proposer Paypal (qui est très pratique, mais pourquoi l'imposer aux nouveaux ??), et les empêchent de noter les acheteurs. Evidemment, tout le monde se décourage et dépose ses bricoles sur Priceminister, les Marketplaces de la Fnac et d'Amazon, ou le Bon Coin. Le site étant très cher, même pour les petits prix, on y trouve beaucoup moins de petites bidouilles (tout ce qui faisait le charme de ce genre de site, en fait) pas chères. Bon. La fréquentation - paraît-il - baisse (eBay ressemble maintenant à un gros magasin bourré de "pros" - ce qu'il faudrait justement interdire), et que font-ils ? Comment faire pour rendre tout ça encore plus compliqué ? Il créent une partie "petites annonces" ! Et pas ailleurs : dans le site. En somme, tout devient serré, cher et compliqué.
Moi j'ai un plan d'action pour eux. Il est simplissime : revenir à la base. Virer les vendeurs "pros" (ou les parquer dans un autre site : eBayPro). Enlever le site d'annonces. Rendre gratuit tout le processus de mise en vente et la présentation (photos, amélioration d'annonce) - prendre l'argent sur les ventes réalisées uniquement, en aval, pas en amont. Laisser le site se remplir de bricoles amusantes et pas chères. Enlever les limitations idiotes (pourquoi dois-je me limiter à 3-5-7-10 jours pour vendre un truc ?). Laisser une case vide, que les vendeurs rempliraient de 1 jour à 120 jours si ça les chante. Ça repartirait en flèche, je le garantis !



Sur la même petite musique, on voit des trucs incroyables. Pour le téléchargement (en majorité illégal), le leader (et de loin) est depuis des années rapidshare. Un seul concurrent le talonnait sérieusement : megaupload. Les autres boîtes défilaient en fond, sans rien entamer de bien sérieux (Hotfile, Depositfiles, Easy-Share, etc...). Voilà donc une boîte prospère, qui correspond à un besoin (!), et qui est dans un cercle vertueux (plus on trouve de liens rapidshare, plus les gens s'abonnent, plus rapidshare devient connu, etc). Le secret est vraiment simple : on peut ne payer qu'un mois d'abonnement, poster soi-même des liens RS dans les forums, qui rapportent des "points" à chaque nouvel abonnement ou téléchargement, qui permettent... de prolonger son abonnement gratuitement, donc.
Rapidshare s'est fait attaquer, comme PirateBay, dans plusieurs pays, et a toujours gagné ses procès (c'est un site d'hébergement, "comment vérifier ce qu'en font les gens ?" est leur ligne de défense). Voilà une sorte de réussite rapide et quasi-parfaite. Et que décident-ils, alors, de faire ? Ils suppriment leur programme de fidélité ! En même temps, les patrons multiplient les interviews (hilarantes) expliquant que les "autres" services favorisent le piratage avec leur programme, mais que eux sont des gentils agneaux.
Le résultat est foudroyant : rapidshare disparaît très rapidement des forums, remplacé par megaupload (Champagne !) et des dizaines d'autres (Oron, FileSonic, SharingMatrix, etc). La conséquence est double : rapidshare va mourir (je prédis leur vente puis leur mort dans les six mois), les services se fractionner encore. C'est vraiment une ânerie, au moment où les lois type Hadopi font passer les méchants pirates des torrents/eMule aux services type rapidshare.


J'ai plein de livres en route, ça devient chaotique. Les Lowlands de Nicolas Bouvier, Rock Progressif (excellent) d'Aymeric Leroy, Confession d'un Cardinal de Legendre (que j'ai trouvé par hasard - c'est cultivé, nuancé, et comme tout ce qui concerne la religion, désolant : voilà bien quelqu'un conscient des désillusions !), un Hubert Reeves (énervant, qui s'adresse à moi comme si j'avais 8 ans), un mince volume sur Buster Keaton, une excellente et toute simple autobiographie d'Henry Fonda...

Choses que j'écoute et que je jette : LCD Soundsystem (pffff), Lykke Li (quelques bonnes idées - I'm Good I'm Gone - mais trop nunuche, trop d'idées et pas de musique, on dirait l'intérieur d'un sac à main), Flying Lotus (gerbant, grouillant), Macklemore (rap inventif, mais pas assez). Je glisse quand même Bear in Heaven (un sous Blonde Redhead ?) dans mon iPod, pour voir.



Avec ce bouquin, j'explore une belle page sur le Rock Progressif. Glass Hammer ou Echolyn (imaginez Yes, Zappa et Queen ensemble), voyez. Il y a une TRES belle page ici : http://www.progarchives.com/. On peut explorer par groupe ou se laisser guider par les "meilleurs albums" par catégorie. Vous connaissez Dredg, vous ??

* PROG SUB-GENRES: * Canterbury Scene * Crossover Prog * Eclectic Prog * Experimental/Post Metal * Heavy Prog * Indo-Prog/Raga Rock * Jazz Rock/Fusion * Krautrock * Neo-Prog * Post Rock/Math Rock * Prog Folk * Progressive Electronic * Progressive Metal * Psychedelic/Space Rock * RIO/Avant-Prog * Rock Progressivo Italiano * Symphonic Prog * Tech/Extreme Prog Metal * Zeuhl * Various Genres/Artists * Prog Related * Proto-Prog

Je prends "Crossover Prog", et décide d'explorer : Phideaux, Big Big Train, Gazpacho ou Indexi, Ritual ou Kevin Gilbert, ou mêtme Tempano, non ?

En attendant, merci à tous ceux qui m'écrivent. Ce soir, j'écoute, ravi (Playing The Game, sur The Power and The Glory, ou Experience, sur In a Glass House), diverses choses de Gentle Giant. Sophistication, sens du "jeu", pas de relâchement. Voilà bien un groupe que j'ai "loupé" ! Je m'amuse aussi avec les hommages au groupe, par exemple le remarquable Thoughts, de Spock's Beard.

Dans ma tête, le Rock Progressif est hanté par ses dinosaures que sont Yes, Genesis et King Crimson. Ce sont mes "mètres étalon". Le cadran que je surveille principalement, c'est la complexité harmonique, et il est amusant de classer mes trois dinosaures sous des adjectifs. King Crimson, sous la houlette de Fripp, procède par "escaliers". Leurs phrases jouent parfois de la répétition, puis grimpent - c'est le style de Red. Mais il y a plusieurs Crimson. Les premiers albums sont bien plus "anglais", avec un côté crissant et baroque (Lizard !)...
Pour moi, le secret de Genesis tient dans les mains de T. Banks, le clavier. Divinement suivi par S. Hackett, c'est un style évidemment plus délicat, plein de modulations délicieuses (Trick of the Tail). Il y a deux claviers discrets et savants que j'adore dans ce style, c'est Banks chez Genesis et Wright, chez Pink Floyd. Le calme et la complexité, la subtilité.
Le principal atout de Yes, selon moi, se situe dans les terribles imbrications érectiles de Close to the Edge et Relayer, lorsqu'ils vont trop loin. Tricotages épuisants mais savants. Les phrasés du guitariste (Steve Howe) sont uniques et extrêmement élaborés harmoniquement, on est vraiment très loin des solos de guitares habituels.

Le point commun de ces trois groupes, c'est la présence d'un bon chanteur. Genesis entre Peter Gabriel et Phil Collins, Yes, Jon Anderson, à la texture si particulière (mais on se passerait parfois de son lyrisme cul-cul). Crimson a souvent eu des chanteurs ad hoc, comme John Wetton.

En écoutant aujourd'hui ce qui se fait, en réécoutant la vague du Neo-Prog (Marillion et consorts), je suis tout de même un peu frustré. Marillion faisait du Genesis, mais pour moi est mort avec le départ de Fish (et peut-être même juste après Fugazi). Les défauts du rock prog actuels sont toujours les même. Hommage trop sage aux maîtres (syndrome du "sous-Genesis"). Mauvais chanteurs.

En me replongeant dans ce chaudron, seuls deux groupes m'ont fait vraiment redressé dans mon fauteuil : Gentle Giant pour les anciens, et Spock's Beard chez les nouveaux. Et Isildurs Bane, plus aventureux...



Le rebelle rémunéré.

Finissant la bien sympathique auto-biographie de Henry Fonda, j'ai commandé celle de Jane Fonda, pour continuer, puis un voyage de Sylvain Tisson en Sibérie. Commencé le petit livre de Jean-Pierre Marielle, et mis de côté Jésus sans Jésus de Mordillat et Prieur, un livre sur les débuts du christianisme dans l'Empire Romain.

C'est bien vrai, le cinéma ne m'intéresse plus beaucoup. J'ai encore tout un paquet de DVD, mais pour regarder plus tard avec les filles. Je me demande si on aime encore Docteur Jivago, aujourd'hui ! On verra...

Hier soir, regardé "Monsters", un film fantastique tourné à trois personnes avec un budget de... 15000 dollars, c'est à dire cent fois moins qu'un blockbuster équivalent. Un photographe et une blonde tentent de traverser, au Mexique, un territoire infesté de monstres semblables à des pieuvres. Evidemment, on sent que c'est un "sous-Cloverfield", et que c'est fauché en diable. Mais le talent suinte de partout. Le casting est excellent, à tous les postes, la musique est bien employée, le film respire (qui a dit Mallick ?) sur plusieurs passages crépusculaires, et la fin est superbe. Surveiller : Gareth Edwards. Sur IMDB, les commentaires sont instructifs : les amateurs de zim-boum à la Transformer s'ennuient et râlent beaucoup. Bien fait.





Il est vrai que la lecture du livre sur le début du christianisme chez les Romains, avec ses martyrs, prophètes et supplices, sur mon balcon, sous un ciel bizarre, gris et chaud, venteux, lumineux, est propice à la nervosité apocalyptique. J'entends, ce dimanche, le grondement lointain, usant, inamovible, perpétuel des voitures. Toute la journée, les humains prennent leur voiture pour aller se distraire "quelque part". N'importe quoi, pourvu qu'on ne reste pas au calme avec soi-même, ce qui est sans doute intolérable pour ces cohortes de la-liberté-c'est-la-voiture.

Merci à qui le sait. J'écoute, bouleversé, la "version démo" d'Ommadawn de Mike Oldfield, qu'on trouve sur la version remasterisée en 2010. Limpidité !

Nouvelle recrue ?
Dans un groupe, un nouveau arrive, une nouvelle tête. Je l'observe. Si je le vois lui-même observer, alors je l'aime bien :-)

Explorations progressives, avec l'album Human Equation d'Ayreon. Voix "grandioses" comme j'aime pas, mais souvent j'ai le sourcil qui se soulève. Passages de gros "hard rock opera" guimauveux, mais parfois une bonne énergie inventive, et du culot. Rien de génial, mais la fin d'un morceau comme Isolation (en fait, à partir des flûtes du milieu) : kitsch en diable, floydien mais emballant, si on est bien luné et qu'on écoute fort. Parti là-dessus, écoutez Trauma rien que pour la belle montée d'étage du début. Mais tout cela est tout de même un peu gras. Nettoyons avec du rock "de Canterbury" avec National Health.





Octobre




Voici le moment où le lac gèle à partir de ses rives
et l'homme à partir de son coeur.


V. Holan





jeanpascal@wanadoo.fr