Le début de tout changement, le premier pas,
consiste à mettre fin à une fausse activité
Slajov Zizek


THE DIFFERENCE IS SPREADING



Décembre



Je me demandais si j'avais des "albums de l'année", en 2010 ? Le Blonde Redhead est raté (sauf, vraiment, le morceau Here Sometimes), le St Vincent usant (sauf le morceau Actor Out Of Work). Pas d'album de l'année. Il n'y a que le Royksopp (Junior / Senior). Et puis le Ritual, peut-être.

Trucs pop qui m'ont obsédé cette année :
- Blonde Redhead : Here Sometimes.
- Ritual : Late in November.
- Bear in Heaven : Lovesick Teenager.
- Fuck Buttons : Surf Solar.
- MGMT : Siberian Breaks.
- Katie Melua : I'd love to kill you - The Flood - A happy place



En rentrant marchant l'autre jour, j'étais épaté par le The Alcoholic de Royksopp, sur Senior, leur album instrumental, "complément" de Junior (j'ai bon ?). Ils prouvent ici que ce sont des roublards, des rois de l'enfouissement savant et musical. Alors quoi ? De loin, ça a juste l'air d'un petit bout d'électronique un peu distrait, du tricotage pas malin de mélodies, un peu comme du Air. Trouvez-le (de grâce, pas en mp3, qui noie tout, mais en flac, ou en CD) et explorez-le par toutes les coutures, au casque. La première partie fait comme chez Tangerine Dream, séquençant de la couleur pour le plaisir de tisser. Il y a un nombre épatant de "couches". L'ingrédient secret ? La basse, mon cher ! Ensuite, ils s'amusent.
Mais alors, le plus rigolo, c'est Tricky Two. Le début fait peur : basse et batterie. Regardez : c'est une montée bouclée sur 4 notes (suivez la basse). C'est affreusement répétitif, comme distrait et pas calé. Mais écoutez l'enfoui : ça suinte de partout !! Les astuces crépitent (accords magiques qui... disparaissent, mélodies interrompues, noyades sonores). On est toujours avec nos quatre dong dong de basse, mais tout un décor monte derrière, la rythmique se complète - mais à 4'59", nos zozos commencent à quitter l'escalier, pour nous perdre harmoniquement dans un grand plaisir 5'20"-5'46" qui n'a rien de sorcier (quelques notes d'accords qui bougent) mais qu'on ne rencontre jamais dans ces musiques.



Ce sourire de Jane Fonda.

Le soir, je suis trop grillé pour lire des trucs trop malins, alors j'alterne entre le Bêtes Hommes et Dieux, péripéties russes un peu fatiguantes, et quelques volumes que j'ai sorti de mes étagères sur les Guerres de Religion et Henri IV, période que je ne connais pas du tout.

Deux volumes des critiques de Pauline Kael sont sortis en France. J'ai un gros livre d'elle en anglais, mais je vais sans doute me laisser tenter. Pour mon Noël, j'ai aussi envie des Essais de Philippe Muray.



Orita.

J'écoute toujours un album de M. Farmer. Ce nouveau-ci est bien insuffisant, et le "tube" est effrayant, mais il est amusant d'entendre la dame chanter sur "autre chose que du Boutonnat". Le style Boutonnesque est bien précis : le producteur est vulgaire, noyeur de reverb et tenant la voix de Farmer dans des montagnes d'effets plastiko-métalliques, mais le compositeur est habile, sachant mener une harmonie, coudre une chanson. Sans lui, on perd ce deuxième talent, mais on gagne... ailleurs. La voix est souvent plus naturelle. Les idées sont placées sur d'autres endroits. Ceci en tête, l'album est amusant à dérouler.

01 - "Oui Mais... Non" est comme une mauvaise parodie transotechno et gningningnin. Quelle pauvreté ! Une seule idée, le refrain avec ses phrases en "d'un côté/de l'autre".
02 - "Moi Je Veux...", c'est "un morceau de plus", juste complètement fade à cause du... manque de risque harmonique. Fade comme de la flotte.
03 - "Bleu Noir" est intriguant pour la texture plus grave inhabituelle (et moins trafiquée) des couplets et pour le léger envol des refrains, presque dignes de Boutonnat. Moi j'aurais collé celui-ci en premier single.
04 - "N'Aie Plus D'Amertume" est fade. Comment oser encore utiliser "amertume", dans un texte ?
05 - "Toi L'Amour" est surprenant par son dépouillement, son côté calmé, dé-vulgarisé, les jeux (production) sur la voix, ses montées de refrains plaisants.
06 - "Lonely Lisa". Beurk.
07 - "M'Effondre" fait lever les deux sourcils de l'auditeur. Mylène Farmer qui prend un risque avec sa voix !!? Ici, elle introduit sa chanson sur une tonalité trop grave pour elle. Yes ! On regrette infiniment la monotonie des "grands accords" du dernier tiers...
08 - "Light Me Up", en anglais. Non.
09 - "Leila". Non non.
10 - "Diabolique Mon Ange". Non non non.
11 - "Inseparables" et 12 - "Inseparables" (Version Francaise), affreux.

Trois morceaux très corrects, donc. C'est déjà pas mal. Le précédent était bien pire.



Pour se détendre, on peut jouer à se passer Actor, de St Vincent, qui se tortille dans les excès inverses, trop d'idées partout. Brisures, dissonnances et saturations, rythmiques inventives, implacablités (Actor Out Of Work), textures multiples (les sons incroyables de Black Rainbow), beats tuants (Marrow), etc.

Je nettoie tout ça avec The Lark Ascending de Vaughan Williams, une belle version très nette, correcte, par un certain Boughton, chez Nimbus.



Je ne sais pas comment j'ai fait pour mettre cette musique dans mon iPod, mais lorsque j'ai écouté ce soir IAMX - Tear Garden, mon cerveau s'est mis à danser la gigue. Rythmique terrible, synthé filé et piquant, piano jubileur et coloriste, le tout emmenant une chanson lyrique (dans le sens où Simple Minds peut-être lyrique) : au poil. Entre Muse et ça, j'hésite pas une seconde.

Crépitement d'idées et de concepts dans les entretiens avec S. Zizek, A Travers le Réel. Avec Lacan, Badiou, Deleuze, Hegel, ça cherche et ça jubile ! Et cette magnifique idée, piquée chez Borges, que les grands écrivains créent leurs précurseurs.



J'aime bien Beethoven, car je le connais mal. Alors quand j'écoute, comme ici un concerto pour piano (Brendel/Rattle, very good), je perçois "en surface" le gnagnagna du XVIIIème, mais avec des teintes et des surgissements de choses plus complexes. Bref, en résumé bête, j'entends les oscillations entre Mozart, qui me barbe un peu, et Brahms, qui me bouleverse. Bien sûr, je préfère toujours les stridences magnifiques de Bartok, les nuits de Dutilleux, les crépitements de Britten, mais je commence à choper l'àge où l'on se régale de Schumann et de Mendelssohn.






Janvier











A great many people speak of feet.





jeanpascal@wanadoo.fr