Within my reach !
I could have touched !
I might have chanced that way !
Emily Dickinson

Tout homme capable est fourvoyé dans sa capacité
Nietzsche


Un taureau comme une roue
Loin du sable loin de l'eau
Et dans son œil écarlate
Prend racine la massue




Avril



Les filles jouent à Sims 3, c'est comme si on jouait à la poupée.

J'ai découvert la poésie d'Eluard. Quelques passages fabuleux.

Récupéré les clefs de l'appartement d'en face, désert. M'y suis endormi cette après-midi allongé sur le plancher de bois dans deux rectangles de soleil.

Acheté des barbes à papa aux filles, ce midi, à un monsieur timide, gentil et fatigué.

"Anthologie de la Poésie Française du XXe Siècle", NRF, en 2 tomes, trouvés sur PM pour quelques centimes.

Lectures : Le Ressentiment dans l'Histoire, et le Mon Hollywood de Biskind, un peu "petit malin américain" mais amusant. Comment Woody Allen Peut Sauver votre Vie, excellent.

J'explore IAMX, pas mal du tout, en revenant tout le temps sur Tear Garden et son piano bondissant sur percussions. J'aime les filets de métal rouge qu'on y trouve parfois. Un peu casse-tête ! Je prends Hymn de Vangelis, pour nettoyer, et me retrouve dans une maison ensoleillée, au milieu des années 80, à embrasser une grande demoiselle émue dans une immense chambre aux rideaux lumineux respirants.

Tangerine Dream, White Eagle et ses clignotements, puis le double de National Health.



Le livre sur Woody Allen me fait cet effet qu'on ressent parfois (rarement) quand vous sentez qu'un auteur a compris quelque chose. Ça vous fait comme une électricité, un "élan", dont vous ne pouvez pas faire grand chose. On est tellement touché, on se dit "mais oui !", on a envie de le dire, ou de faire soi-même quelque chose, mais on ne fait rien, on reste avec l'élan. Ce qui me fait penser à Sylvia Plath - dans son Journal, elle est souvent dans cet état. On voudrait participer mais on est collé à sa vie, on ne peut pas.

J'ai trouvé l'intégrale bilingue d'Emily Dickinson à un vil prix. Période bizarre où je passe d'un livre à l'autre. Voici ce que j'ai en route en ce moment :



Ce matin, à la piscine pour les leçons de natation de ma petite. Dans les gradins, je regarde les autres parents. L'un lit "Football magazine", une dame téléphone sans s'arrêter une seconde ni s'occuper de sa petite fille qui gambade partout. Je finis Le Paradoxe Amoureux, de P. Bruckner. J'observe les usagers et les moniteurs, comme un entomologiste.

Discussions dans un parc avec ma grande, sur Amélie Nothomb et les films de Zombies (!). Je lis en diagonale, de Nothomb, Métaphysique des Tubes. Je ne connaissais pas. C'est nul, et astucieux. Et donc agaçant.
Butinant. Ce soir, instant délicieux sur mon balcon avec Hagège sur la langue Guarani. Ce midi, sur mon balcon encore, avec la préface de Dickinson, puis le chapitre de Will Durant sur les Borgia. C'est que, voyez-vous, je ne supporte plus la TV. Au lieu de zapper, je picore, c'est pas mieux...

Les filles regardent Nos Jours Heureux, film sur les colonies de vacances. C'est amusant, et surtout très transgressif : clopes, bisous et énormément de gros mots.

Mantes à la menthe ?



Il y a bien un truc que je ne comprends vraiment pas : les gens qui regardent les films doublés en français. C'est tout bonnement affreux. Affreux. Incompréhensible. "Si je lis je ne vois plus les images", c'est de l'analphabétisme. Ou disons qu'en regardant un film doublé on gagne quelques millisecondes d'images, et on perd presque tout l'intérêt du film (le travail des acteurs). Bon.

A la piscine, je dévore Nietzsche. Au soleil, je tente des nouvelles de Paul Bowles. Aucun intérêt. Plus tard, avec un verre de vin, je lis en alternant 1814 de Houssaye (Napoléon se bat en France, envahie par russes et autrichiens), historien extraordinaire, un talent fou, et les Allées Sombres de Bounine, sorte de prolongement un peu décadent de Tchékhov, des nouvelles, qui sont parfois des bijoux (Roussia).



Appauvrissement de la force organisatrice, dit Nietzsche. C'est un peu ça, cette page.



Trouvé chez Nietzsche, donc, quelque chose que je radote souvent ici, que je trouve chez Fellini et Woody Allen, par exemple :

Toute œuvre, pour produire une impression de santé, doit tout au plus mettre en jeu les trois quarts de la force de son auteur. Si, au contraire, il est allé jusqu'à sa limite extrême, son œuvre irritera et inquiétera par sa tension. Tout ce qui est réussi a quelque chose de nonchalant, avec la tranquillité de vaches allongées dans un pré.
Nietzsche


Faire des plans et concevoir des desseins s'accompagne de bien des sentiments agréables, et qui aurait la force de n'être rien, sa vie durant, qu'un bon faiseur de projets serait un homme heureux; mais il lui faudra bien, à l'occasion, se reposer de cette activité, en réalisant un de ses plans, et voilà le dépit et la désillusion.
Nietzsche

Je trouve en même temps chez Nietzsche et chez André Suarez l'idée que ceux qui renoncent au sexe (les moines, les ascètes, etc) se retrouvent, en fait, à le placer à l'exact centre de leur vie, et passent leur temps à se combattre. Suarez : "Il est ridicule de se condamner toujours au jeûne, parce qu'on a toujours faim : c'est vouloir se mettre en appétit".

Ceci dit, Ce Monde Doux Amer, de ce même auteur, finit par m'irriter et me tombe des mains, car il est presque toujours dans la position de l'exalté déçu, qui semble dire toujours "Le monde n'est pas comme je voudrais qu'il soit", et quelle déception, et quelle solitude, et tralala. On a tous de ces phases, mais dans un livre, aujourd'hui, je préfère le déjà-désillusionné que de contempler le en-train-de-se-désillusionner... Le moment de ressortir :

Un sceptique ne se révolte jamais contre les lois, car il n'a pas espéré qu'on pût en faire de bonnes.
Anatole France



Ma vieille théorie (et habitude) de "faire le fou pour ne pas devenir fou" a des limites. On constate que ça peut inquiéter les autres. C'est peut-être le but recherché, mais pas forcément. Tout de même, moi je trouve intéressant ce passage, chez les autres, quand ils se disent (et disent) "Oh et puis merde !".

Il faudrait que je mue en philosophe américain. Faire un livre sur le moment du "Oh et puis merde !". Point d'accumulation de tension(s). Définir : accumuler/tension. Bifurcation soudaine. Retour en arrière (fait partie du précédent). Changer d'avis brusquement. Passer de la plainte à l'acte (Roustang). Oser (enfin). Tout foutre en l'air. Nihilisme en crise aigüe (je vais tuer tout le monde). Suicide pour emmerder.

En attendant, je garde le livre de Biskind sur Hollywood pour le long et magnifique article biographique sur Sue Mengers, agent d'acteurs et d'actrices comme Barbra Streisand, Gene Hackman, Michael Caine, etc. Superbe article, rondement mené, passionnant.



J'écoute : Carla Bley, puis, épaté, la seconde sonate de Chopin par Yuja Wang.

The Negative Sex, d'IamX, pour sa production étagée, son rythme implacable et le refrain, hymnique comme il faut.
No Response, de MutheMath, parce que c'est un crescendo qui semble s'en foutre.
I Won't Let Go, de Janelle Monae, mélancolie classe.
Go Do, de Jonsi, farceur, sampleur, enfantin, bricolo, vif.
Flower of Life, de Robert Babicz, tricotage élégant, triste et habité.
Ember without Name de Glass Hammer, un long morceau progressif de 16 minutes, bien comme tout.
Keith Jackson Idea Man, de r_Garcia.
Dream Job, The Dears, malin, bon chanteur, basse maline, production minutieuse.





Mai









Le beau temps est la proie du vent





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