Within my reach !
I could have touched !
I might have chanced that way !
Emily Dickinson

Tout homme capable est fourvoyé dans sa capacité
Nietzsche


Mais j'ai sans cesse ton visage dans la carriole...
Henri Michaux : La Ralentie




Mai



Je vis dans une sorte de luxe, car je me passionne pour Marina Tsvetaeva, poétesse russe morte en 1941, un personnage... La poésie ne pouvant se traduire, ce n'est pas son art, qui m'intrigue, mais sa personne, sa vie, la beauté étrange de son mari et de sa fille, le côté cinglant de sa prose. Je viens de finir sa biographie par le toujours délicieux Henri Troyat, puis me suis commandé des lettres du goulag de sa fille, puis un gros volume sur les "Russes Blancs", ceux qui ont fui la Révolution...



En même temps, je dévore un gros pavé d'entretien avec Woody Allen (Eric Lax), un délice, qui rentre dans les détails du travail de metteur en scène/scénariste. Superbe capacité à expliquer, détailler les enjeux, les dangers, les énergies...

Commandé : Hafez : Le Divan.


La maladie de la vache folle est apparue lorsqu'on a donné de la poudre de cadavres d'animaux aux vaches, des herbivores, c'est à dire lorsqu'on a commencé à faire (nourrir) sans faire (pas d'herbe). J'y repense à cause du Mediator, médicament traitant le diabète, en fait prescrit pour faire... perdre du poids. Il y a ici un double "faire sans faire" : 1/ utiliser un procédé en le déviant de sa fonction 2/ vouloir maigrir autrement qu'en bouffant moins. Du coup, on peut se pencher sur les autres "faire sans faire", l'Aspartam, par exemple, du sucre sans sucre.

Ce qui me fait penser aux "captcha" ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Captcha ), qu'on utilise beaucoup chez les téléchargeurs, n'est-ce pas. Le principe est magnifique et est basé sur le "d'une pierre deux coups". 1/ en résolvant un capcha, on certifie que l'on "est un humain", 2/ ce faisant, on aide à sauvegarder divers vieux textes et pages de livres. Mais voilà que le site ( http://www.captcha.net/ ) - pour éviter que les ordinateurs ne trouvent quand même - se met à altérer (de plus en plus) les captchas en les tordant, en ajoutant une ombre, en mettant les lettres à l'envers, de sorte qu'il est de plus en plus difficile de les déchiffrer. On le voit venir : les algorithmes informatiques devenant de plus en plus malins et complexes, on va finir par atteindre un point extrêmement intéressant, celui où les ordinateurs liront les captchas mieux que les hommes. Alors, la fin, hop.

Un bel article sur ce sujet : http://www.xmco.fr/article-captcha.html



Il existe, d'après Balzac, deux catégories d'individus : ceux << qui trouvent chez eux quelque chose après le désenchantement >>, et les autres, pour qui rien ne subsiste que le ressassement de leur propre désolation.
Philippe Muray : Essais (p 692)

J'apprends avec amusement - et un frisson - que le manga Naruto a atteint le numéro 53. Comme chaque volume coûte 6,42 Euros, on arrive à un bon compte, pour les parents du gamin qui "adore Naruto", de 340 Euros, ce qui fait environ 2232 Francs. Ahhh...


...le refus de succomber aux ivresses de l'heure.

Passé l'après-midi posé sur une pelouse dans un parc désert, avec le vent et les arbres qui respirent shhh, le soleil et les nuages en course rapide, deux ou trois fourmis pour m'embêter et un excellent livre (Les Russes Blancs, de Jevakhoff). Excellent historien, précis, vif, légèrement impertinent.

C'est un peu électrisant, de lire aujourd'hui un livre sur la révolution russe. On a envie de leur taper sur l'épaule, à ces grands dadais exaltés, quand on sait ce que c'est devenu. Sans s'empêcher de comprendre l'explosion de cet événement (le tsarisme et tout ce qui s'ensuit), on ne peut s'empêcher non plus d'avoir de l'empathie pour certaines figures, y compris dans l'aristocratie. Plaisir de recroiser le père de Nabokov, ou Marina Tsetaieva.

Tout cela donne envie de se plonger dans la révolution française, cette fois, que j'attaquerais bien du côté des riches, pour voir. Jevakhoff parle, par exemple, des souvenirs de la Marquise de Créquy (qu'on trouve ici http://penelope.uchicago.edu/crequy/index.shtml - qui m'offre un iPad ?). On parle souvent des enfants de Marie-Antoinette, et j'ai un vilain pincement en voyant les photos des filles du Tsar, bien peu de temps avant leur exécution.



J'écoute le dernier Battles, qui s'appelle Gloss Drop. Toujours aussi foutoir et rythmique, et quelques trouvailles quasi-à-la-Art-Of-Noise, comme "Futura" et ses multiples guitares haletantes et joueuses qui donnent envie de faire des chorégraphies ondulantes et newyorkaises. Sundome (instrumental) est beau aussi, bondissant et vicieux. Enfin, cela ne monte pas dans le plaisir de leur "Atlas", course décadente pulsée et quasi-crimsonienne, elle...

Il faudrait s'amuser un bon coup à combiner les quelques "leçons" de vie qu'on trouve dans les best-sellers du "développement personnel", des accords toltèques à Gounelle en passant par la prophétie des Andes et tralala.

Pris un peu de fièvre pour la Révolution Française, j'ai sorti une petite dizaine de volumes de ma bibliothèque, dont un Garnier rassurant (Gaxotte), le XVIIIème de Labrousse chez PUF, un énorme Bouquins (Tulard et cie) avec Dictionnaire et une historiographie fabuleuse - je l'ai trouvé pour 3 Euros chez PM -, le Michelet évidemment et quelques bidouilles obliques (Les Femmes dans la...). Ce qui m'intéresse pour l'instant, ce sont les causes. Je m'intéresse beaucoup à Turgot, ou Necker. C'est passionnant cette affaire ! Pour la Révolution elle-même, il me faudrait un ouvrage sur la province...

Ce soir je regarde Band Wagon, de Minelli. Demain : Heaven Knows, Mr Allison, de Huston...






Juin







Le beau temps est la proie du vent





jeanpascal@wanadoo.fr