Bien loin d'être un fan fou des Abba, il faut reconnaître qu'ils se sont parfois déchaînés comme dans ce disco hanté qu'est I'm a Marionnette que ne renierait pas un Danny Elfman, tension horizontale alternant avec une valse macabre et cirquesque à la Kurt Weil. Fous ! J'aime aussi leur côté "machine de guerre", bombardant tube sur tube. C'est pas Dancing Queen, qui me frappe, mais Gimme a man, avec son flûtiau, son travail vocal, la gestion orchestrale et stéréophonique (voix !), le travail de la basse, le break pulsant. Et que dire du Soldiers de Visitors, un putain de rythme à trois temps sur une basse cinglée, jonglant entre couplets flottants et mélancoliques et refrains à emboîtements, comme s'ils voulaient faire trois chansons à la fois, le tout avec une sorte d'inondation synthétique. Sont fous. Et quand Agnetha ne sait plus chanter (je pleure ? je pleure ??) dans The Day before you came, sorte de Depeche Mode angélico-tristou Bon allez, je vous lâche avec ça...
Un p'tit faible pour l'album de AIR 10 000 Hz Legend, mélange synthétique entre les ballades vénéneuses de King Crimson/Pink Floyd et les électroniques joueuses d'Art of Noise. Ça respire, c'est inventif, mais souvent un peu... fégnant.
Jon Anderson est sans doute, qu'on aime ou pas, un des plus étonnant chanteur pop. Son timbre de voix si particulier a été utilisé par quelques fous. Mike Oldfield a fait appel à lui pour une curieuse chanson In High Places (qu'on trouve dans Crises). La voix semble appeler "vers le haut", puis descend une curieuse rythmique (drums roulants et vibraphone) dans laquelle se balladent des instruments en crescendo, comme souvent. Anderson chante comme un ange. Pour moi, c'est la perfection.
Bashung, dans Fantaisie Militaire, a fait un truc qui s'appelle je sais pas comment, La Nuit ? Les paroles récitées sont extraordinaires, cryptiques, folles. La chanson est une sorte de serpent, un collage absurde d'une rythmique pop (grattes, basse, batterie) avec un orgue qui a l'air de braire; on dirait toujours que le mec va se mettre à pleurer, et puis comme il garde les dents serrées, c'est un envahissement orchestral qui se produit. Prodigieux !
J'ai un peu honte, mais connaissez-vous He's a Liar, des Bee Gees ? Sorti juste après la disco, c'est comme s'ils avaient compris qu'ils étaient foutus, une fuite en avant. Justement, une sorte de disco déglinguée, aggressive. Les arrangements sont discordants, la mélodie vocale absurde, rapide, crispante. Ce dégommage de royaume est parfaitement réjouissant...
La 5ème de Beethoven, c'est Pom Pom Pom Pom, vous savez. Il faut avoir les versions Karajan, mais aussi celle de Kleiber (chez DG). Le terme des journalistes est sans doute "félin". Elle est couplée avec la sublime 7ème, la "rythmique". La musique y devient presque un être vivant : c'est souple, terrible, coloré, volcanique, tout est emporté. Un seul disque de Beethoven à posséder ? Celui-ci !
Bachelorette, de Björk, me ravit et me tue. Piano et rythmique (timbales, électroniques) forment une cavalcade. Les cordes, derrière, se chargent du paysage, ça bouge, ça avance. La voix, habitée, est parfaite. Les arrangements sont malins comme tout (voir la façon dont les violons prennent le relai de la mélodie quand l'islandaise se "lâche", ou l'apnée musicale ou virevolte un papillon/piano, à 1'36" dans le radio-edit). Une énorme frustration, car il y avait moyen de faire s'envoler tout ça dans le ciel, de faire comme dans Ommadawn, par exemple. Mais là, c'est fini, pfuit, éjaculation précoce ! Lamentable.
Blondie, pas celle qu'on pourrait croire. V'là d'la pop qui invente, qui saute et fait la folle, du plaisir et du talent, quoye ! Prenez Fade Away and Radiate qui commence par une voix soufflée sur des toms, se déroule comme un slow puis part en électricité, un peu vénéneusement, comme si Madonna rencontrait le pourpre Crimsonien, avec toujours l'air de ne pas y toucher, et cette bonne idée de guitare rythmique pour la fin. On se régale hein !... Ou Atomic, sorte de disco qui respire, un peu distrait et génial en même temps.
Immense Brahms, que l'on prend souvent pour un académique romantique. J'aime toute sa musique, le Requiem Allemand par Klemperer, les Symphonies par Karajan (beaucoup d'autres versions très belles), les deux fantastiques concertos pour piano, les merveilleuses sonates pour violoncelle et piano, le concerto pour violon par Perlman ou par Mutter. La musique pour orchestre et choeur est fantastique : Le Chant des Parques, la Rhapsodie pour contralto, Nänie et le Chant du Destin sont rénis chez DG par Abbado. Avec le double CD des symphonies par Karajan, une belle introduction à cet univers...
Harold Budd est un pianiste triste et infiniment délicat. J'ai parlé de Lovely Thunder et de The Pearl avec Brian Eno, dans James. Music for 3 Pianos (avec Lentz et Garcia), au piano seulement, est dans la lignée d'Erik Satie. Lent, calme, silencieux, immobile. Je connais des tas de gens à qui ça foutrait le cafard, mais moi, je ne sais pas, j'aime accorder ces musiques aux soirs, aux arbres, au brouillard.
Tube invraisemblable : Video Killed the Radio Star, des Buggles. Ils ont commis un autre machin : Plastic Age, electro-pop symphonique pas si loin des Sparks. Chanson décadante, cassée, rigolote, quasi scientifique dans la construction, fatiguante, baroque, avec quelque chose de "trop". Miam !
J'écoute les musiques de Chostakovitch comme quand on plonge dans un chaudron. De grandes formes noires, sarcastiques, hallucinées. Pas évident ! Le premier mouvement de la 5ème Symphonie (par Svetlanov !) me fait penser à une musique de film particulièment expressive : tensions, passages rêveurs, une sorte de musique des champs et des bois envahie progressivement par une armée de fous, qui finit par s'éloigner. J'ose rarement me frotter à la 7ème Symphonie, dite "Leningrad", dont le 1er mouvement est une machine de guerre qui fait penser à un Boléro de Ravel en forme de concasseuses staliniennes. Il y a aussi la Kammersinfonie op 110a, orchestration du 8ème quatuor, tout en obliques sombres, attentes piétinantes, serpents, halètements et danses à horizons. J'ai une vieille version par Lev Markiz, que je suppose introuvable maintenant.
Leonard Cohen : dans The Miracle, écrin lent, sensuel (ah cette basse !) tout bruissant de détails électroniques, avec rideaux de cordes et festival de sons vivants, un vrai grouillement à la Brian Ferry, avec des voix angéliques, est d'une cruauté inattendue. The Future est tout aussi rigolo et chatoyant, une vraie fête : I have seen the future/It is murder.
De The Cure, je suis fou de Friday I'm in Love, perfection pop heureuse à guitares essouflées, qui impose à vos pieds de vous faire danser comme un con. Quel bonheur !
Dalcan, un jour, il va tout péter, vous allez voir. Faut le laisser mûrir, qu'il prenne un peu plus de risques. Pour Zazie, il a fait Rose, un slow baveux et morriconien, avec trompettes biphoniques et flûte en arabesques. Si la rythmique est ordinaire, fatiguante, la basse est joueuse et les arrangements rigolos (ces trompettes). Il y a là un propos, une âme, ce qui n'est pas si courant. Beaux passages d'accords, c'est bien, c'est bien !
Bah, à mon âge, c'est normal d'avoir été traumatisé par le fameux dernier concert de Depeche Mode de la tournée 101 (c'est où ? A Pasadena ?). Au bord de l'effrondrement, devant un stade chauffé comme un four industriel, Never Let me Down Again se déroule, impeccable, avec ses badaboums, se dirigeant en escaliers (Martin Gore sait y faire) comme une loco à vapeur, vers la fin ("We're Flying High", ha ha), ça pilonne, on entend presque plus les gens qui gueulent dans le stade que la musique (vous savez, les tirs en fusées de choeurs, à la fin)... Quand le gars à la lumière met les plein phares devant un STADE de gamins qui chantent en balançant les bras, ben...
Sinon vous connaissez la reprise de Stripped par Rammstein ("take my hand", par ces barbares allemands, hi hi). Moi j'aime bien, l'alliance des murailles de guitares avec la polyphonie, c'est inhabituel...
Diane Dufresne a rencontré l'homme de sa vie. Cette chanson (paroles idiotes, et cruelles, de Plamondon) est rigolote et terrible. Je cherche l'astuce (elle est dans la basse, il me semble, qui est conduite par un vicieux qui se déguise sous la simplicité), qui fait qu'on sursaute à chaque couplet. Hein ???
Quand un groupe que vous détestez sort un truc obsédant, on est bien embêté non ? Si j'exècre les Duran Duran, j'ai acheté un 2 titres, Ordinary World. Un slow bizarre, oblique, avec la magie des vieux slows à la con de notre enfance (Korgis ?), une vraie curiosité couturée d'apnées rythmiques dans les couplets (une folie, comment voulez-vous danser ça ?), et dont le pont couplet refrain est selon moi un modèle. La rythmique est frigorifique, et les arrangements semblent fatigués, flottants, comme parfois chez Brian Ferry. On dirait que la fête est finie, on dirait la fin de quelque chose. Et pour une fois, le pauvre Le Bon ne braille pas. Drôle d'ambiance.
Le Concerto pour violoncelle de Dutilleux semble commencer par... une "respiration". Je pense souvent aux forêts, avec Dutilleux. C'est complexe, touffu, vivant, magique. Frottez-vous y !
Felix, c'est rigolo. De la techno cheap, avec accumulation de ratages (dont le premier est tout de même que la voix n'est pas le moins du monde accordée à la musique !). Don't you want me ne vaut que par son invraisemblable "giclée techno", perfection de texture (orgue sur-dynamique) et de polyphonie, pas si loin des montagnes de Propaganda (P-Machinery). Quand le gars a trouvé ça, il devait pas en revenir lui-même...
Future Sound of London, à explorer sans limites. C'est stratosférique, comparé à toute la techno "musique électronique". La différence ? Il y a là un "propos"...
King Crimson fut tout un pays, pour moi, ballades monstrueuses d'In the Court, crescendos noirs de Lark's Tongue, folie baroque de Lizard, furies organisées de Starless ou Red. Je vous détaillerai tout ça ici, un de ces quatre...
Je félicite Lilicub pour Faire Fi de Tout, et je me demande bien comment ils ont pu convaincre leur maison de disque de sortir un truc pareil. Si la forme est académique (ptite chanson swinguante), l'harmonie est complètement insolente, presque toujours au bord de la fausse note. En fait, on a l'impression d'entendre des bribes de plusieurs morceaux, une vraie folie ! J'adore, personnellement, cette idée de pervertir une vieille forme, le jeux avec les deux voix étant, là-dessus, un ravissement. Et ces breaks "Owahaa", sortes de tunnels dans le morceaux... Les timbres sont eux tout à fait "normaux", sauf le portamento un peu chtouillé de l'orgue (voir l'intro). Hyperbravo !
Marrs, c'est l'un des morceaux chocs ("Pump up the Volume") de ma jeunesse : la première fois que j'ai entendu ça, j'ai poussé des cris, je me suis assis, j'ai dansé de joie, j'ai appelé tous mes potes : vous avez entendu ça !??? Seuls Eno/Byrne avaient osé faire ce genre de truc : sampler des trucs fous ou arabisants, construire une rythmique infernale en multiple sous-niveaux (et ce putain de tambourin), et cet espèce de déroulement : c'est toute la techno qui arrive, paf, dans la gueule. Alors, facile, maintenant que vous connaissez Art of Noise, Moby, Propaganda, Prodigy, Chemical, Daft Punk ! Mais à l'époque, quel choc...
Dans un des albums de Mecano, on trouve un instrumental nommé "1917", qui est somme toute, hors musique classique, le morceau le plus jouissif de toute la terre. Si, carrément. C'est démentiel, et très explicable, puisque mélangeant le nunuche, un certain sens du ricanement hystérique et de soudaines envolées symphonico-énervées. C'est bête, mais c'est efficace comme tout.
L'En Silence de Miossec, est une perfection, des paroles au phrasé particulier, et les arrangements zarboks qui ne cessent jamais de changer, comme des rideaux agités. Pas tranquille, superbe. D'ailleurs : écoutez tout l'album (A Prendre).
Rien à faire, impossible de résister aux arrangements fous de Moby sur Play. Mixer des vieux blues, des vieux gospel de cette façon (c'est à dire avec des outils techno ET une solide construction HARMONIQUE) ne peut que marcher. Et c'est superbe. C'est rigolo, parce que, hors le côté "techno", c'est vraiment très proche de... Mike Oldfield ! Un morceau comme "Everloving" (une guitare mono qui, par "sauts", progresse malinement en jonglant dans la production) est oldfieldien en diable, et puis cette façon de terminer l'album avec des choeurs africains... Tous les fans de Moby devraient écouter Amarok de Mike Oldfield. On est chez des cousins...
Murat se débrouille bien. Jim est un sacré aboutissement. J'aime son côté "je me déroule" et le passage au refrain anglais féminin "new wave". C'est bon comme un pique-nique.
Comment ignorer la musique de chambre de Poulenc ? Hautbois, pianos, flûtes, c'est frais, triste, léger, ravissant, bizarre quand il faut. A picorer, je dirais...
Je respecte, chez Prodigy, l'alliance de la science musicale et de l'énergie techno (tout comme Future Sound fait dans l'abstrait, ou Fat Boy Slim dans le rigolo). Des mecs qui connaissent leur boulot ET font beaucoup de bruit.
Je vous ferai un topo sur Prokofiev, ce diable. J'adore explorer ses sonates pour piano, cryptiques ou rigolotes, martelantes ou infiniment douces, de vrais rêves. Ses concertos pour piano sont fabuleux, ses symphonies compliquées et contrastées. Détails... quand j'aurai le temps !
Et Le Petit Train des Rita Mitsouko, vous en connaissez un équivalent ? Comptine papillon (terrible, vous savez de quoi ça parle ?) sur beat frigo, arrangements schtarbés syncopés et cheap, fallait oser ! Mieux : ça monte comme un Depeche Mode, avec des briques qui viennent et qui viennent encore. Y sont fous. Et Singing in the Shower, implacable déroulement savant, moi j'appelle ça la science au service du rigolo, un vrai train de bulles (Et qu'est ce que c'est que ce BREAK ??? C'est Interdit !!! :-).
Klaus Schulze, le Dario Argento de la musique électronique ? Chez ces deux bonshommes, je retrouve le côté complètement amateur (maladresses, ratages), et une sorte de folie pure, qui transcende, et parfois fait monter la sauce trés haut. Dans Dreams, on trouve un morceau (Five to Four) qui est une sorte de cube, un amas de séquences et de notes qui partent dans tous les sens, on dirait un feu de bengale. C'est en même temps raté (ce piano de la fin) et prodigieux dans le déroulement... La preuve, Klaustrophony (ha ha ha), dans le même album, magnifique montée électronique littéralement DETRUITE par l'apparition d'un "chanteur" (?)...
Quelques Etudes de Scriabine...
Sibelius par Karajan (double CD chez Deutsche Grammophon), des paysages sans hommes, des rochers, des grands arcs de soleil, des kilomètres de nuages.
Chanson pop parfaite le Golden Brown des Stranglers, valse à clavecin, décadante, pincée, folle et douce à la fois. J'imagine leur tronche quand ils ont trouvé ça...
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