- Page dédiée à un être ailé...
- Il ne s'agit pas de mes musiques préférées (pas de classique ici, par exemple), mais des musiques que je mets dans mon iPod. Pour marcher dehors, surtout, ou me mettre sous un arbre, etc.
- Piochez des trouvailles. C'est sans doute un peu barbant à lire sur la durée, car ce que j'aime ne rentre que dans quelques catégories (crescendos, arrangements "trop", quotient de bizarrerie sur format pop).
- Mon iPod est toujours réglé en "Mix de Morceaux", et c'est lui qui choisit dans les 400 morceaux.
- Y a des fautes, et j'écris vite. Je peignerai plus tard.
- Je confirme que le MP3 et le AAC de l'iPod ne conviennent pas pour la musique classique ou, plus généralement, aux musiques complexes, nuancées ou très fracturées. L'Amarok d'Oldfield apparaît déréglé, les contrastes sont exagérés et les nuances de l'étage du fond sont presque effacées...
- Moi j'aime Supertramp, mais je n'en ai pas dans mon iPod, ça ne marche pas. Je ne sais pas pourquoi. Il y a d'autres cas...
- Je sais pas pourquoi, j'arrête pas de dire "doré", dans cette page. Pardon !
- Je commence, et puis je recopierai des passages du Journal, ou de mes trois mois dans les limbes MP3. Zou.
A
- Abba. Les deux maris suédois, je les tiens pour les meilleurs compositeurs de tubes de toute la vie et de l'univers (avec Lennon/Mc Cartney, d'accord :-). Les tubes, je les ai dans mon iPod, mais aussi The Piper, sorte de marche militaire avec flûtiaux et choeurs de filles, de la joie, du soleil et un refrain ("We dance beneath the moon") illuminé. Soldiers est un miracle d'un autre ordre : si la chanson est tirée par la marche d'un drummer, la mélancolie est presque palpable (comme on dit). J'ai un faible pour la décadence d'Abba (ou le Liar des Bee Gees). Le groupe est reconnaissable, mais on a mis des fêlures dans la musique. The Day Before you Came est tellement trop qu'il fut éjecté de The Visitors, le dernier album. Du Abba triste ? Quelle belle plainte ! La plus belle chanson du groupe... Gimme Gimme Gimme est un grandiose disco parfait : trouvez quelque chose qui ressemble à ça ! Visitors, chanson-histoire un peu tranchante superlativement arrangée, qui monte dans de grandes vagues tendues. Dum Dum Diddle, du magique Arrival, est évident et heureux. Ecoutez-moi cette rigolade en marchant avec votre iPod, et vous voilà en train de courir avec une jupe, ou de marcher comme un gosse en chantant tralala-lalère et en balançant les bras comme un qui aurait fait un bisou à l'amour. Et puis des petites choses comme Me and I, fausse évidence disco pleine d'étranges harmonies.
- Agoria : Stereolove (Paul Kalkbrenner Remix), techno multipropulsée à crescendo.
- Akufen, dirtdevilsuxdust, techno minimaliste produite avec malice. Vous met comme une sorte d'horloge crépitante dans la tête. Idéal pour marcher en ville.
- Air, un peu paresseux, les gars, et toujours un peu traînassants. Mais ce sont les seuls à faire ça aujourd'hui, et ils progressent à chaque album. Electronic Performers a quelques atouts, une petite étrangeté, une lenteur bienvenue, un climat. How Does it Make you Feel est bien plaisant à cause de ses modulations incessantes. La basse est délicieuse, les arrangements rigolos (les choeurs). S'ils pouvaient enlever leur murmures de robots... Radian m'a toujours plu pour le duo de flûtes traversières. Lost Message est une miniature automnale qu'on aime trouver dans son iPod entre deux machins rocks. Vous fait marcher sur du coton. Myfair Song a le charme des Jansen & Barbieri : on verrait bien David Sylvian chanter là-dessus...
- Alif featuring Helen Merrill... qui reprend du Billie Holiday sur divers clignotements et des cordes basses. Fumées. Sonorités boisées. Voix. Trajet obsédant. Magique en iPod.
- America. On a besoin, parfois, de ce son calme et boisé. A Horse with no Name est parfait, mais on ne sait pas pourquoi.
- Tasmin Archer, Sleeping Satellite, figure même du Gros Tube auquel je ne peux résister, et qui me fait penser que l'équipe savait, en le faisant, que "ça y est". C'est parfait à tous les niveaux. La voix est parfaite, les arrangements riches et savoureux, le break idéal pour éviter l'ennui, le solo d'orgue est bien vu, la basse remarquablement écrite. Et puis c'est un crescendo ! Du bonheur en musique.
B
- Balabaristas. Tristeza. Tricotage innocent autour d'un arpège de e-piano. Mais la basse est bien placée, le crescendo est délicat, et il est bon le matin d'avoir ce tricot mélancolique dans le ciboulot.
- John Barry. We Have all the Time in the World, petite marche tranquille survolée par un toit de dégoulinants violons. Ce serait abject sans ce gros malin de John Barry, qui joue avec mes nerfs musicaux. Le thème principal est obsédant et bizarre comme une fumée. Cette pièce a une grande capacité de transformation (je veux dire, de votre environnement mental lorsque vous marchez quelque part avec votre iPod). Morceau repris par My Bloody Valentine.
- Bartok. Les Suites de Danses par Boulez sont toujours dans mon iPod. Danses, oui, mais cassées, propulsantes, explosées. On passe du folklore joli aux Danses des Montagnes avec un culot incroyable - les rythmes partent en folie, et tout se casse parfois comme les danses sacrales de Stravinsky. Les formidables batailles du Final me mettent toujours en transe.
- Beatles. A Day in the Life, c'est du vrai cinoche. Une sorte de chanson un peu fantôme (et dont la basse est dotée de vie) est bizarrement et sans prévenir littéralement noyée sous un orchestre, mute, serpente, revient, se renoie. Bref : ils sont fous. J'aime beaucoup avoir aussi The Fool on the Hill, curieuse promenade qui se met parfois à faire des bouts de danse à flûtiaux, le tout avec une sorte de... distraction.
- Bee Gees. He's a Liar, complètement décadent. Ecrit juste après le carton de Saturday Night Fever, c'est un morceau sec comme un coup de trique, désagréable et sans doute parodique (les grands "Ha !"). Les couplets sont asséchés et comme traversés d'erreurs harmoniques, des vacillements. La guitare refuse le solo et se contente de crier. Les cordes sont étouffées. Sublime !
- Perry Blake n'a rien d'un génie, mais il fait des chansons toujours très arrangées, en cinémascope, avec des cordes partout, des pianos, c'est bien confortable pour l'oreille. Même sa voix est confortable, et il sait partir dans les aigus quand il le faut. The Road to Hollywood est bien typique, on dirait un grand canapé. No Lullaby, slow quasi-immobile flottant dans les voiles et les décors. Tout dans les arrangements. This Life hanté par un sample de classique (c'est quoi, Debussy ?), délice sucré. J'aime l'idée que Blake est complètement grisé par ses cordes. Ordinary Day est un gros gâteau mélodique et dégoulinant de cordes. Délicieux.
- Blonde Redhead, c'est un des groupes dont j'ai le plus de morceaux sur mon iPod. Voix haute/chuchotante, production savante et noyée, science harmonique étourdissante, un vrai nectar. La course de brouillard/murs/soleils de 23 qui n'hésite pas à se vriller dans la fausse note. La magie d'Elephant Woman qui rebondit ses harmonies flottantes/obsédantes à la John Barry sur une basse perlée - quelle alchimie ! L'introduction de ce morceau est splendide, car semblant nous orienter avec de la folk-indie comme on entend à la pelle. La déboulée qui vous tombe dessus (cordes noyées, clavecin obsédants, percus sèches à la Wyatt, voix cotonneuse - très bien produite, écoutez bien -, basse plombée et attentive, break dessiné). Ecouter fort. Melody grimpe sur un rythme cataclopant, le truc qui vous fait marcher lentement-à-grands-pas. Misery is a Butterfly est bien magique avec sa voix totalement improbable à la Wyatt, ses sonorités toujours noyées, son break clignotante et son petit envol distrait à la fin. J'adore ça comme du miel ! Top Ranking rebondit de partout, et est cousu avec plein de petites notes qui font les pointillées (et écoutez cette basse !). On dirait qu'ils ont bossé avec The Cure. SW est un magma lumineux qui s'avance avec un côté implacable, diverses montées/descentes posées sur les notes basses, et un break brouillardo-polyphonico-trompetteux qui vous flanque des frissons magiques dorés de plaisir.
- Boards of Canada, des imposteurs. La totalité de leur production est insipide. Sauf trois ou quatre étonnants endroits sonores (cf Eno) qui sont étonnants en iPod, comme Corsair et ses balancements. Music is Math et ses couleurs paysage-sous-les-nuages-glissants, minimalisme magique avec voix de robot, basse attentive et rythmique savonneuse. Peacock Tail, micro-machine en écho, d'une délicatesse cotonneuse. Rêveur et parfait pour marcher près des arbres.
- David Bowie. Ashes to Ashes, c'est parfait, et tout me plaît : un bijou. Scary Monsters, une course hérissée des guitares de Fripp. Pour désinfecter un trop plein de Radiohead, par exemple.
- Goran Bregovic. 7/8 & 11/8 est un bien belle curiosité. De douces nappes flottent entre des clignotements de percussions et de sons magiques disposés ça et là. On paresse dans ce déroulement, puis on monte vers le ciel selon divers artifices (percussions de plus en plus complexes, surgissement d'un choeur d'hommes). Ici se combinent idéalement d'étonnantes couleurs... Dreams nous la joue voix solo (Vangelis sait très bien fabriquer ça aussi) soutenue par une chorale. N'importe quelle marche à iPod sur cette musique transforme votre vision en travelling lyrique.
- Harold Budd. Crée de fabuleuses trouées réverbérées dans votre marche. Avec John Foxx : Adult, ou Momentary Architecture (absolument idéal, celui-là).
- Buggles. Video Killed the Radio Star, un tube qui m'a scotché à l'époque. Tout était inhabituel. Fracturé, jouissif, bizarre, plastique. Etonnant...
- Kate Bush : Musique trop complexe pour l'iPod. Mais Cloudbusting, posée sur des zig-zags de cordes samplée, un son vaporeux et une rythmique implacable est habitée par une tribu de bonnes idées, et son grand crescendo final à tambours est franchement culotté. Il y a aussi une de ces aisances mélodiques (que KB semble avoir perdu depuis)...
C
- Chemical Brothers, dont j'aime beaucoup le Surface To Air, musique presque vide mais grouillante de rythmes.
- Club 8. A Place in my Heart s'avance tout simple et tout bête avec une évidence modeste. Du bon travail d'artisan, en fait.
- Coco Rosie. Je n'aime pas le minimaliste bizarre de ce groupe, mais All These Beautiful Boys, comme distrait, est parfait avec sa rythmique boisée brinquebalante et son bouquet de voix final.
- Leonard Cohen. The Future, grosse voix sensuelle sur musique bruissante et nonchalante, sorte de tapis volant.
D
- Tanya Donelly. Moonbeam Monkey, c'est inoffensif et bon comme un verre d'eau.
- Dead Can Dance. Summoning of the Muse vous fera marcher avec majesté, et vous aurez la certitude d'être une sorte de déesse blonde de l'amour marchant sous les voûtes d'une cathédrale (dans la lumière dorée qui descend en obliques). Grandiose, et réussi, faut le faire ! C'est bien, aussi, pour faire l'amour, mais bon, on fait pas l'amour avec un iPod, quoi ! Persephone, c'est pareil, plus lent, plus tragique, plus vertical. Cette bourrique de chanteuse cherche à vous donner des frissons dans le dos, et alors, voilà : elle réussit ! Ah !
- Depeche Mode. Clean est un bijou étrange. Violator était un album très étonnant pour eux, presque dépouillé. Gore se déchaîne dans Clean, et il est à son aise. Les idées fusent de partout, aisément, bourrant le morceau de surprises, micro-mélodies, sons curieux, breaks bizarres ("sometimes"). La propulsion est amusante (basse pinkfloydienne, système percussif en crescendo araignesque (à grandes pattes)), le chanteur excellent, la montée redoutable (ces deux accords de cordes...). Remarquable boulot ! Enjoy the Silence a bonifié avec le temps. Basse surbondissante, construction crescendo, tissage harmonique final, et le côté évident des tubes. Halo et ses tensions harmoniques inattendues, ses "cordes" arrangées si baroques, son tissage tourbillon final...
- Domotic, Tonsil est surtout endormi, agaçant et un peu balourd dans ses couplets, mais s'envole dans un soleil bizarre aux refrains
- François de Roubaix, qui fit le thème dément de Chapi Chapo, chanson parfaite de garnements sur électroniques qui part soudain dans les claquettes et l'endiablement totalement joyeux, pour finir dans une course folle au piano. C'est (harmoniquement, surtout) sublime ! On ne peut qu'avoir aussi que le Au Pays des Cubes, merveilleuse pièce douce et amusante, aux harmonies gorgées. Du génie, quoi.
- Diane Dufresne. J'ai Rencontré l'Homme de ma Vie, dit Diane, campant une délicieuse idiote, solaire et impeccablement ingénue. Si les paroles sont rigolotes, j'apprécie, en fait, particulièment, la façon que la musique a de boîter harmoniquement, grâce à la basse...
- Durutti Column. Tomorrow, guitares fragiles, tonalité anglaise, douce, vaporeuse. Couleur : soleil qui dissipe le brouillard.
E
- Dany Elfman. On est obligé d'avoir l'Introduction de Edward Scissorhands, pour les choeurs, les scintillements et l'orchestre tout vibrant : c'est au cas où il neige. Comme ça, s'il neige, vous êtes prêt (je veux dire : à danser en rond bras en croix sous la neige, comme il convient).
- Eno. De Another Day on Earth, le dernier album, j'ai retenu How Many Worlds, parce que c'est une farce. Eno commence avec un guitare sèche primitive, presque une chanson d'enfant; puis (1'26") la recouvre littéralement dans les scintillements et les cordes, d'une façon très douce et sophistiquée. This, tout cousu de surprises (la rythmique, le "this" samplé). And Then So Clear, lenteur pour transformer votre marche en rêve. Il peut être utile d'avoir le Prophecy Theme, sur la musique de Dune (le film de Lynch). Elle illustrait un vol paisible au-dessus d'une planète de sable. Voilà ! By this River est construit sur un effet toujours amusant : une boucle musicale se répète, mais la basse change. Belle voix d'Eno, et refus de faire évoluer la musique : paisible "endroit sonore". Bone Bomb, chanson terrible sur la "bombe à os" (probablement une femme kamikaze), frappant par bien des aspects : la voix parle, parfois soutenue par elle-même en a-a-aa samplé à la Laurie Anderson
; la musique trépigne, cousue de petites idées. Excellent en iPodant dans la ville.

F
- Marianne Faithfull, Broken English, madeleine de Proust pour moi (collège). Quelle chose étrange non ? Voix cassée, rythmique immuable, synthés froids. C'est le froid et le chaud, le secret du bidule, non ? Subjugant.
- Nathan Fake, A1 Dinamo, non-musique pulsante bruitiste qui évolue sur place comme une araignée faite de tiges de métal. Crépite, swingue, clignote, rebondit. Joie !
- Felix. En techno lourdingue, il n'y a qu'une poignée de morceaux que j'aime et aussi Don't You Want Me. C'est simple : tout est raté, la voix samplée n'est même pas en harmonie avec la musique - qui est, elle-même - inexistante (boum boum boum boum). Mais bon : l'arrivée de ces traits d'orgues. Essayez de résister à l'arrivée de ce truc à 0'45" !
- Felix Da Housecat. Control Freaq est dans mon iPod uniquement pour ses capacités bondissantes. Il n'est pas question de musique, ce n'est qu'un gros rythme lourd et rebondissant, boum et boum et boing et boum, lalala, le genre de truc qui place instantanément deux grosses superballes en plastique sous vos pieds. C'est utile quand on marche !
- Fiery Furnaces. Single Again, une batterie claquante comme un fouet de bois, des synthés plastifiés, des paroles hilarantes (ou tragiques), une voix cynique, un piano bête. Dans mon langage, on dit d'un morceau comme ça qu'il est roublard. Here Comes the Summer, c'est la perfection pop selon moi : une grande course guitare-basse-batterie soutenue par des synthés gras, un piano lapidaire et une guitare savonneuse. Construction parfaitement rythmée, voix géniale, paroles excellentes. Parfaite adéquation entre le but et les moyens. J'en jouis, littéralement. Nevers, folie ! L'intro n'est déjà pas très normale. Certaines paroles sont construites par collage de voix à l'envers (??!). Le tout est foutraque, barré et joyeux.
- Flëur. Caroused, une chanson douce qui semble russe, avec violoncelle, flûte et une délicate fragilité arachnéenne. Si. Divers envols sont bien maladroits, c'est donc sublime comme une jeune fille d'Ukraine qui rougit.
- Freur. It's All Too Much, chanson new wave de Noël ? Couplets scintillants et maniérés, refrains grandioses, puis final en crescendo. A écouter dans la rue, ça risque de vous donner une drôle de démarche ! Tender Surrender ne ressemble à rien, d'abord, on dirait du Depeche Mode torché au Calva pour les couplets, ou à de la crooner music électronique pour les refrains. Ne sachant probablement pas quoi en faire, les Freur font monter le tout au final en fabriquant un crescendo martelé qui vous fera marcher dans la rue avec votre iPod comme si vous aviez des échasses de deux mètres.

G
- Genesis. Entangled, parce que c'est une balade rêveuse, c'est toujours utile dans un iPod. Phil Collins commence tout juste à remplacer Peter Gabriel, et il est encore tout doux. C'est plein de bonnes guitares dorées et de mellotrons d'automne, de modulations savantes, et le final, pensif, alambiqué comme une fumée, modulant sans fin, est à pleurer (4'20"). Si Mama fut un tube, il y a bien une raison. Il y avait du sens neuf, et des idées partout. D'abord la curieuse boîte à rythme ("clac boumboum - piclac boumboum"), le son curieusement sombre pour un slow, les ricanements et la rudesse de Collins, la construction mélodique plutôt bien torchée (dont la montée complexe des accords des claviers - 2'37" - qui amène à la célèbre explosion de batterie). On est inspiré, ou on ne l'est pas. Probablement leur dernier bon morceau.
- Philip Glass. Vessels de Koyaanisqatsi (version du film) : presque 10 minutes de crescendo, fixations d'hélices, choeurs et boucles. Finit par donner le tournis. Can be great in an iPod.
- Goldfrapp, c'est parfois bien séduisant. Gone to Earth est comme un slow plein de décorations, qui gonfle comme un gâteau, perles et rubans. Kitsch et délicieux, et légérement distrait, comme si tout ce beau monde flottait dans la barbapapa du bonheur.
H
- Steve Hackett. Sa musique est bien trop complexe et riche pour mettre dans un iPod. Il faut donner une exception : The Red Flower of Tachai Bloom, une japonaiserie amusante qui varie ses harmonies entre une gamme typique du Japon et des modulations de couleurs qu'on n'utilise qu'en Occident...
- Emily Haines, chanteuse chez Metric, développe une sorte de mélopée désinvolte dans Detective Daughter, malin comme tout. Le piano semble un peu harmoniquement ivre, le temps semble prendre son temps, dormir un peu. C'est beau comme une grande belle femme qui dort.
- Ed Harcourt, personnalité musicale indéniable. Parfois confus. Quelques perles, comme All Of Your Days Will Be Bless, mal produit mais rapidement entêtant : cassures, surprises, sons, rythmique, basse intelligente, construction, harmonies en escaliers. Magique, en somme.
- Hooverphonic et son côté clinquant et sensuel, cinématique, sur-arrangé. Visions n'a pas beaucoup de science musicale, mais c'est plein de surprises, comme l'arrivée du rythme à 4'50" (le morceau en fait 11). Un vrai travail d'enfant gâté ("oh, un nouveau son ! où vais-je le mettre ?"). Ce catalogue de possibilités vous laisse de la place pour penser à autre chose.
I
- Indochine. Tu parles si je m'en moque, d'Indochine ! La première fois que j'ai entendu J'ai Demandé à la Lune, c'était un soir, dans un Monoprix. Je m'en souviendrai toujours. Je me suis arrêté, bouche ouverte probablement, sous un haut-parleur de Monoprix. Gheuuu, mais "Qu'essessé qu'ce truc ???". J'ai mis longtemps à trouver le groupe. La musique, donc, n'est PAS d'Indochine, et je n'ai toujours pas compris comment on avait fait pour trouver la magie. Le "truc". Subjuguant (ça se dit ?) !
J
- Jean-Michel Jarre. Souvenir de Chine, suite d'accords grassement analogiques sur une rythmique amusante et des bruits de moteur d'appareil photo. Pour regarder la ville en clignant des yeux au ralenti. Transforme toute image en souvenir, ha ha !
- Jeanette, Porque Te Vas. Quand j'étais gosse, dans les années 70, cette chanson me faisait physiquement mal, tellement elle me plaisait. Je la passais en boucle, torturé par un curieux plaisir. Un peu de cette sensation est restée aujourd'hui.

K
- Kamihi Karie, David Hamilton la joue mélodie entêtante et voix chuchotante, mais c'est bien plus malin que ça. Les arrangements sont délicats et la production précise (cordes pincées partout, mellotron fantôme en décors). Et surtout, il y a cette façon incroyable de moduler au refrain, risquée et brutale.
- King Crimson, Lark's Tongue in Aspic III, car il faut avoir ce genre de machine coupante dans un iPod, un jour de rage, ou pour rigoler un coup (métalliquement). Bien plus efficace que toute la musique metal, on a ici affaire à une sorte de machine, donc, coupante, noire et rouge, hérissée et répandant du mercure, quelque chose de fracturé et rempli d'hélices. La première partie est la plus dangereuse : guitare sur roulement à bille, rythmiques tranchantes, rythmique robotique, construction harmonique "par plateaux". Ensuite, c'est juste des hurlements saturés :-). Three of a Perfect Pair a toujours ce goût de mercure; c'est une chanson posée sur un "plateau d'hélices" - la voix s'allonge sur de perpétuels tournoiements; le solo de guitare est le plus bizarre que je connaisse; les refrains sont remarquablement propulsés; la basse est farceuse. De la pop à fort quotient de bizarrerie, comme j'aime.
- KLF. Justified and Ancient joue dans la cour des Grandes Machines à Danser. Impression d'être devant une scène de cent mètres de long avec trois écrans cinémascope. Quelque chose de solaire, joyeux. Grandiosissime, donc, et parfaitement élégant. Avec Tammy Wynette.
M
- M83. Des fous. Des synthés partout. Un côté brut, machinique, assumé. Surtout : un culot monstrueux pour la démesure. La perfection, c'est Slowly, installation pinhassienne en crescendo, un tricot technoïde déguisé en truc froid, mais bourré de joie : la fin ! Lower your Eyelids to Die with the Sun, parfait pour marcher un matin froid plein de soleil au milieu de la ville, une vraie musique de film qui surprend par son aspect Kolossal. Impossible d'aller au bout, mais c'est pas grave... Unrecorded est conceptuellement intéressant. Quelques accords tournent en boucle (le début ressemble à un final de morceau) et gonflent en se tissant. Pur endroit sonore, refus d'avancer : on boucle en gonflant. Et puis au milieu du morceau tout se calme, et quelques accords froids, semblant avoir émerger de l'installation, partent en évoluant, comme pour chercher quelque chose dans la lumière dorée. C'est doré non ?
- Madness. Baggy Trousers, parce que ça fait danser les pieds, parce que la basse est grosse et lourde, parce que le refrain est harmoniquement tordu, parce que le pont instrumental est fou aussi.
- Madonna, un seul morceau. Frozen, gemme dont j'apprécie bien des facettes, et surtout la façon dont le rythme disparaît parfois dans les profondeurs, ou l'élaboration des cordes. Fichtre !
- Maps, So Low So High ou Liquid Sugar, Don't Fear, pop introvertie, de plastique et de brouillards, avec grandes envolées éperdues. Des noyés, mais c'est fascinant.
- Melpo Mene. We Were Kids, balade tranquille à flûte et piano et guitare qui rêve, donne un plaisir fou avec ses nuances harmoniques et ses délices discrets (nappes, basse, la montée d'escalier du refrain). La perfection en douceur.
- Mercury Rev, dont je n'aime pas le chanteur, c'est embêtant. Black Forest est leur trésor parfait. L'intro est redoutable, le piano malin, la basse est surprenante (rien que son arrivée...). C'est lyrico-confus, mais ça fonctionne, comme une grosse machine-maison qui flotte juste au-dessus de la terre, portée par des ballons.
- Wim Mertens. Close Cover, piano un peu triste, qui transforme votre marche en film romantique à feuilles mortes et nuages gris-doux.
- Metric a plusieurs atouts. De l'invention dans les arrangements et la production, un talent pour faire des chansons qu'on a toujours envie de remettre, une voix de fille délicate et dorée, à la Suzanne Vega. Ils ont probablement un secret. C'est toujours bourré de petits détails, on sent une grande joie chez eux à composer ces petites chansons élégantes. Prenez Hustle Rose. Une intro d'une minute aboutit... sur une autre chanson d'une demie-minute... qui passe à autre chose encore, une sorte de course construite en crescendo et pleine d'une sorte de joie. On court, et sans cesser de toujours muter, surprendre. Final grandiose avec toute un assemblage rock. Love is a Place, guitare et voix "ask anyone" me fait plier de bonheur avec sa modulation toute bête (il y en a deux : 0'28" - 1'23" ) et sa façon maline de monter dans l'aigu. Grow up and Blow Away : quelle élégance dans le songwriting ! Toujours cette façon de faire une chanson en zigzag; et toutes les vingts secondes le morceau part dans une autre direction. Polygonal, donc, et "Easy Way", comme nonchalant dans la précision et le talent. J'en jouis, littéralement. Too Little Too Late joue entre les contrastes entre couplets simples et heureux, guitares tricotantes et refrains à la U2, qui montent à l'étage. The List, aussi, fausse simplicité rock (écoutez la "mélodie vocale", c'est un travail de fou). Et toujours encore, cette amusement palpable à faire muter la musique, à la couvrir en continu de surprises. Et l'élégance suprême en pop : faire décoller par l'astuce une chanson quelconque. C'est le cas dans Soft Rock Star, dont les couplets s'ennuient, mais qui se rattrapent sur les refrains par l'idée curieuse de faire chanter madame bien trop aigu. Poster of a Girl est typique du groupe : juste une bonne chanson, qui donne du plaisir par petits bouts, une voix en français, un riff inattendu, un tambourin, une batterie mutante, leur art d'empiler les mélodies (2'48" et la suite). Des rois !
- Missy Elliott. 4 My People : j'ignore si ce fut un tube, mais ce hip-hop de fille me rend crazy à chaque écoute. Rythmique de dingo ("boing boing boing"), production marrante gavée de sons, et un double accord parfaitement jouissif. Et cette basse ! Me rend primate.
- George Michael. J'ai une théorie sur les groupes de pop. Dans la carrière des artistes que l'on déteste le plus, il y a TOUJOURS une perle. J'en ai une chez Duran Duran, et une chez George Michael : Cowboys & Angels. Il essaye de faire son crooner, et c'est bien raté évidemment. L'intro est nulle avec son piano plastoc. La chanson est pitoyable : trop de reverb, un côté jazzy cinémascope noyé dans la reverb, la voix non pas inspirée mais qui "fait des manières". Mais à 2'35" et 4'31" ils ont trouvé 4 accords pour faire un break, un "sur-refrain" qui fait prendre la mayonnaise. On se surprend à se régaler de ce gâteau à la chantilly...
- Joni Mitchell. Black Crow, chanson comme venue d'un autre temps, dessinée sur des hachures (guitares), avec une basse-personnage extraordinaire (on n'entend jamais ça en pop), et sur (ce que j'adore) des tonalités qui glissent tout le temps - . Chanson sur plateaux, étrange, sans cesse au bord de la fausse note (la voix qui s'écarte du ton), où flottent indépendantes des guitares Frippones. Vénéneux, et parfait. Amelia, de la dentelle, presque immobile, frôlements, petites touches, couleurs qui changent comme sous la course des nuages. Hejira est posé sur une basse vivante, complètement originale. Mitchell est très explicative et nuancée (il y a là toute une histoire, visiblement), son timbre de voix se rapproche parfois de celui de Robert Wyatt. Les guitares, encore, tissent dans les tonalités. Rêveur, et superbe... For Free est porté par un piano fluide et plein de surprises harmoniques. Les paroles sont très belles.
- Ennio Morricone. Dans Mon Nom est Personne, on trouve diverses merveilles. Il Mio Nome E'Nessuno est une splendide mélodie pour flûte et guitare, couturée de bizarreries vocales ("ouh-hap !") et de synthés jouets. Enfantin, peut-être, mais aussi bien mélancolique. Mucchio Selvaggio est épatant par son culot. En moins de trois minutes, bien des leviers sont utilisés dans une combinaison explosive : grand lyrisme (voix) et grand ridicule, complexité de la structure (le truc change tout le temps, comme si Morricone voulait mettre cinq morceaux en un seul), humour (la Chevauchée des Walkyries à la trompette bouchée, ça va pas la tête ?). Une grande cavalcade poilante et grandiose. Unique !
N
- JP Nataf. Jean-Philippe, jeux et variations sur un curieux rythme rapide. Le plaisir est dans la "mutation permanente" à l'intérieur de ce territoire inamovible qui passe son temps à se remplir et se vider de toutes sortes de façons. Un certaine science musicale à l'oeuvre. Paroles cryptique, c'est pas plus mal, plutôt que les âneries d'un Daho.
- National Health : Clocks and Clouds me plaît par ses modulations permanentes et l'amusante complexité de sa mélodie vocale. On dirait que le morceau est construit sur deux étages, et que l'on vous conduit sans cesse de l'un à l'autre.
- Nico avec sa grande voix incroyable. Fairest of the Seasons avec un quatuor. De la tenue. Sa façon de dire undernetting. Totalement envoûtant.
- Michael Nyman. The Heart Asks Pleasure First, c'est ce grand déroulement de piano. Simpliste, mais délicieux, dehors, en automne, sur un iPod.
O
- Patrick O'Hearn, d'abord bassiste chez Zappa, a fait toute une floppé d'albums "synthétiseur" chez Private Music. Avait le son "Grand Bleu" dix ans avant Serra. Presque tout est à jeter, mais certaines pépites sont à ipodiser. Devil's Lake la joue paysage réverbéré sur lourdes basses (le secret fascinatoire du truc) et échos à la Vangelis/Blade Runner.
- Oi Va Voi n'a fait qu'un bon morceau selon moi, Further Deeper, course ahurissante de musique d'Europe Centrale, du Kusturica musical, donc, avec quelque chose d'harmonique en plus, for sures. En iPod, vous vous mettez immédiatement à courir en rigolant, c'est malin.
- Mike Oldfield. La musique de cet olibrius est bien trop complexe, riche, nuancée, pour passer en MP3 ou AAC. On s'en passera ici, bien que... Afghan est une fête balançante pour guitares et cornemuses. En iPod en ville, vous donne envie de danser dans les pâquerettes en robe blanche, c'est bien rigolo. Deux minutes de délire.
- Beth Orthon : sorte de Suzanne Vega desserrée. Paris Train est une curiosité allongée, propulsée par des cordes inventives et des arrangements qui palpitent. C'est, vraiment, de l'excellent boulot. Nectar violent pour moi.
P
- Richard Pinhas : Ubik, que devraient écouter M83. Un escalier qui monte sur lui-même. Un crescendo très malin, parfois hurlant, parfois se relançant (2'00") dans un grand sens du plaisir harmonique. Beau travail sur l'assise : la basse. Machinique, comme souvent chez Pinhas. Impression d'être devant une grande, très grande machine étrange, qui se déploie avec beaucoup d'ampleurs, de surprises, d'axes et d'obliques, de voiles et de rouages. Home "Ruitor", que devraient écouter M83, des paysages froids et calmes et horizontaux. Le tissage des textures sonores est merveilleux (arpèges changeant des électroniques), longs fils lisses des guitares, hélices de coton aigu...). XXX - La Ville sans Nom est semblable, sorte de tissage de câbles dans le soleil : futuriste, et en escaliers.
- Plaid : Eyen. Ce qui se passe lorsqu'on a trouvé quatre ou cinq accords qui font du bien dans les oreilles. On tricote. Bien tricoté.
- Police. Madeleine de Proust pour moi (Police a surgi quand j'étais en Troisième). Message in a Bottle, voilà qui apportait du nouveau ! Rapide, sec, une basse terrible, un batteur crépitant, des guitares vivantes, un chanteur magnifique, beaucoup de sens mélodique. Bravo ! Spirits in the Material World est marrant par contraste. L'étrangeté est ailleurs, sur cette rythmique en sauts de moutons reggae, la basse qui descend un escalier, la voix lointaine. Le bonheur du morceau est dans le break (1'38") idiot comme un nanère d'enfant. Unique. Tout comme Walking on the Moon, tube usé, qui reste fascinant lorsqu'on le regarde de près : c'est un reggae, la basse est - comme souvent chez Police - simpliste et originale, la rythmique bondissante, et les guitares... spatiales. Fallait le faire, quand même !
- Propaganda. Nostalgique je suis, du son ZTT, de Art of Noise et Frankie Goes to Hollywood. P-Machinery semble organisé pour pouvoir produire ces grandes montagnes en riffs de cuivres. Trop de sons partout, des idées partout : c'est épuisant. J'adore. Duel est du même acabit. Ministry of Fear est plus barré et la joue "instrumental trop arrangé". N'est pas toujours très bon, mais les variations des couleurs sur plus de sept minutes sont souvent plaisantes dans une marche-à-iPod.

R
- Radiohead. Paranoid Android, un Radiohead "facile", plaisant, bien produit et bien articulé, avec un volcan crimsonnien au milieu, suivi d'une longue plage apaisée.
- Ratatat (c'est quoi ce nom de groupe ??) construit des instrumentaux amusants-pince-sans-rire avec beaucoup de science, des sons étirés et de grandes montagnes de crescendos. Breaking Away a ce côté kitsch et bricolé, mais c'est plein de volutes, et la montée finale est un bonheur. Cherry fait dans le tissage de sonorités lisses. On dirait Fripp chez Penguin Cafe. La remontée d'après le break (distrait) est magnifique ! Montanita, suite de guirlandes pendues à deux accords d'accordéon, puis déroulement divers parfaitement délicieux comme un gâteau à la crème. Tropicana, sorte de rock pour pingouins, absurde et rigolo. J'adore !
- Rammstein. Du Hast, j'adore. Leur côté farceur superbourrin. Les paroles les plus stupides du monde ("Tu m'as demandé") et une énergie marteau-pilon. Très pratique quand vous êtes pressé : ce morceau fait marcher vite.
- Renaissance. Let it Grow, chanson lyrique à voix-blonde-hippie. Une écriture telle qu'on ne la pratique plus (cette mélodie vocale est redoutable !) pleine de couleurs. Finit en montant avec du tambourin, un vrai plaisir.
- Red Hot Chili Pepper, dont je n'aime que Give it Away, qu'il faut écouter fort. Un vrai bouquet de bonnes idées : une basse qui passe son temps à faire des points, un refrain rigolo, un guitariste sec et inventif, et surtout, surtout, des breaks instrumentaux qui envahissent la musique comme de l'eau, et font décoller ce gros insecte coupant - avec un solo de guitare à la Fripp, reproduit à l'envers... La grâce, ce jour-là !
- The Roches. Je ne sais pas d'où sortent ces dames qui chantent en chorale. Losing True est une sorte d'hymne calme et tendu, aux harmonies fondues. C'est magnifique comme, euh, une grande voile gonflée par le vent :-)
- François de Roubaix. Au Pays des Cubes, extrait de Chapi Chapo, plein de belles couleurs harmoniques, kitsch à souhait (synthétiseurs/piano/guitare/flûte) : un petit morceau enfantin, d'une richesse mélodique remarquable.
- Royksopp, typique du groupe roublard qui me plaît. Une certaine aisance, et un fabuleux travail harmonique. Epple est une farce. Quelques notes qui clignotent sur un rythme. Me fait marcher joyeux. Only This Moment, ça n'est que de la bonne énergie placée dans quatre accords. Quand mon iPod choisit ce morceau, un sourire se bloque sur ma tête de JP. J'y peux rien ! Et Dooh Dooh, techno bête bonne comme une pomme. What Else is There ?, une marche applaudissante sous l'aurore boréale, hantée par une voix tranchante comme la glace. Beautiful Day Without You, forme "course cotonneuse à grandes enjambées", monte et mute. Plaisir très fort pour moi. Triumphant, crescendo organisé autour de quelques arpèges de piano, tout simple et superbement mis en place. What Else is There (Trentemoller Remix) est un curieux et fascinant alliage : le côté moelleux, joueur et coloré de Royksopp pris dans les glaces noires et métronomique de Trentemoller. La voix de la demoiselle est la cerise sur le gâteau glacé techno.

S
- Sade, dont je garde bien peu de chose. Quand même : Bullett Proof Soul est un bijou, et c'est parfaitement produit. Fear est une bizarrerie espagnolante à orchestre qui n'hésite pas à partir dans l'étrange (saxo fou) et les bruitages à la Supertramp. Beaucoup d'élégance (ce violon qui sort d'on ne sait où, cette basse vivante). J'aime bien garder aussi Kiss of Life, idéal Sadien, e-piano en gouttelettes, basse élégante, saxo discret, arrangements progressifs...
- Emmanuel Santarromana, bizarrement incatatoiro-europecentrale, sur accordéon bondissant. C'est hypnotisant et joyeux, parfait pour marcher.
- Schiller. Morgentau, sorte de techno-electronica plutôt transparente, et qui a eu la curieuse idée de faire appel à la guitare de Mike Oldfield pour porter le tout. Rien de génial, mais très utile dans un iPod, pour sa montée progressive en puissance (espace sonore cathédralesque). Rigolo en courant...
- Irmin Schmidt. Verdi Prati Valse, modulante, à l'accordéon, avec guitare et synthé. Magique, mieux que du Tiersen, et un peu italien ou triste comme chez Nino Rota.
- Sébastien Schuller. Tears Coming Home a la palette d'un John Barry. Et c'est simple : couplets très plaisants avec des "fausses portes", et refrains comme une piqûre de joie. N'hésite pas, comme chez Depeche Mode, à en faire trop dans le tissage. Basse magnifique. Plaisir "trop" pour moi, comme un orgasme qui durerait une minute. Salaud ! 1978 tricote un arpège de piano comme chez Harold Budd/Eric Satie. Certaines couleurs me font mal de bonheur... Weeping Willow est une prodigieuse alchimie qui me fait penser aux sortilèges tranquilles de Blonde Redhead : tissage d'éléments complexes et doux et étranges. Voix dans le coton, sons bizarres, guitares fades, basse masquée et habile, arpèges savants, tambourin, sonorités tremblantes, et un décollage final miraculeux.
- Judee Sill, folkeuse morte jeune il y a longtemps. Voix magnifique, écriture inventive pleine de surprises, brisures et modulations, production culottée. Il y a des trésors, comme Abracadrabra, qui commence en murmure et finit tout en haut, ou Lady O, qui possède la magie de Nick Drake et quelques bonnes idées en refrains (modif' de la voix).
- Carly Simon, Let the River Run, final de Working Girl. C'est un hymne, alors c'est plein de femmes qui crient leur joie. Pour marcher avec une tête d'hymne. :-)
- Emilie Simon avec Perry Blake pour Graines D'étoiles. Lise est un bijou. Voix mixée nue. Musique en progression. Timbres originaux. Texte habile. Aucune crainte de faire grandir beaucoup le morceau (ce que ne sait pas faire Björk, par exemple). Je suis fan.
- Elliott Smith est souvent décevant, un peu plat, mais Between the Bars (voix/guitare) est un petit truc blotti et charmant, qui vous hypnotise en moins de deux. Splendide mélodie, production stéréophonique étonnante et peu naturelle. J'adore.
- Soulwax. Beatles vs Kraftwerk est tellement culotté que c'en est drôle. L'idée est de mixer le quatuor d'Eleanor Rigby avec les rythmiques du Tour de France de Kraftwerk. Sont fous non ? Réjouissant.
- Sparks. Vous pouvez trouver l'original, ou le remix foudingue avec Faith No More. This Town est remarquable pour sa construction très "Queen", baroque et cassée. Comme si Kurt Weill travaillait avec Queen. En iPod, vous risquez de vous retrouver en train de courir en jetant vos bras comme Jack Nicholson dans Shining tout en chantant comme un loup avec des couettes. Un concentré de folie.
- St. Vincent. Your Lips are Red allume un incendie dans votre iPod. Femme fantôme incantatoire, voix qui se dédouble comme chez Kate Bush, piano perlé macabrofarceur, cordes et guitares en hachures et zébrures crimsoniennes. Du faux chaos délicieux et fracturé de partout, construit comme un bijou tordu - les surprises y jaillissent en flux continu.
- State River Wiqening. Cottonwood commence comme une sorte de Steve Reich folk qui partirait plus vite avec la batterie. Rien de génial, mais c'est très bon en iPod, sans que je sache trop pourquoi.
- Stereolab, pour Cosmic Country Noir, confiserie pour les oreilles. J'en suis très friand, sans trop savoir pourquoi. Un duo vocal panoramique (à 1'44") delicious, mais aussi des qualités progressives (le morceau semble en contenir quatre ou cinq). Vonal Declosion est tout aussi bizarre, parfois risqué, un peu rétro... et les idées y fleurissent partout.
- Al Stewart. Son des années 70, à la Elton John. Year of the Cat. Son boisé, orchestre et saxo. Un peu de nostalgie de ce son-là sans doute... On the Border la joue plus "cinémascope". On n'oserait plus, maintenant...
- Tim Story sait fabriquer de petits instrumentaux un peu tristes, un peu "à la Satie". Rill, avec piano et clarinette, peut bercer vos questionnements. Il est nécessaire pour moi d'avoir ce genre de petits intermèdes dans mon iPod. After 4 O'Clock (on ne pourrait trouver mieux, comme titre) est de la même couleur. Liquid Shadow Night apporte des ombres, comme chez Harold Budd. Rentrez chez vous un soir d'hiver en écoutant ça...
- Stranglers, comment se passer de Golden Brown, valse à clavecin, bruissante d'idées, mais surtout totalement "habitée" par... heu... quoi ? Une "lumière" ? Totalement, totalement magique.
- Sufjan Stevens, pour Great God Bird qui a le goût d'une soirée d'été à la campagne, avec la lumière et tout. Tout est parfaitement posé. Bonheur.
- David Sylvian, dont on peut tout mettre Gone to Earth, ou presque, mais aussi Brilliant Trees, sorte de slow quasi-religieux, plein de brume et d'horizontales (la trompette d'Hassel), qui finit par partir tout seul dans diverses étendues calmes. Nostalghia (toujours de l'album Brilliant Trees), déambulation dans divers voiles et murmures - belle trompette finale, encore. Taking the Veil est selon moi une des dix plus belles chansons "pop" de l'histoire. La musique semble comme bruissante et se développe en longues plages entre les apparitions de la voix. Le secret est un bouquet de secrets : la guitare de Fripp est comme dotée de vie, oscillant avec précision entre phrases alambiquées et les fameuses "hélices" qu'on a déjà entendu chez Bowie; le batteur a probablement dix-huit bras, la basse est formidable; le pont instrumental est un double solo Frippien incroyable; le tout est agencé à la perfection, et comme habité par les claviers...

T
- Talk Talk. Time it's Time, grande perche de 8'10", imprime un curieux rythme à votre marche. Possède des refrains emboîtés en montées d'escalier, et une tonalité "grandiose" étonnante (des choeurs partout). Final magnifique. Basse excellente, comme toujours.
- Tangerine Dream. White Eagle, c'est ce qu'il savent faire le mieux. Une séquence qui tricote et tricote, tout en changeant de couleurs comme les champs sous la course des nuages (ouh la belle image :-), laissant la place à différentes "interventions". Electroniquement élégant, dirais-je. Tout est porté par la richesse des harmonies, sans laquelle il ne resterait rien... comme dans bien des morceaux du groupe. Plaisir très fort pour moi, comme un shoot...
- Vienna Teng arrive, et balaye d'un coup toutes les "chanteuses avec piano". Voix précieuse, écriture évidente mais sophistiquée, parfois risquée. Arrangements toujours délicats et bien placés. Extrêmement élégant. Blue Caravan, c'est parfait. Daughter est comme une berceuse. Les montées en refrain sont splendides. Feather Moon, Lune Plume, est plus étrange, immobile, nocturne, voilà. Les refrains sont d'intenses soulagements. Love Turns 40 est divinement amené (le son du début, serré, puis s'étageant). Arrangements "de chambre" délicieux et bizarres. Le morceau possède un secret, l'annonce à 2'20" d'une guirlande de piano, coeur du morceau, qui, une fois qu'elle se lance, se répète sans cesse, axe autour duquel monte divers événements. Eblouissant.
- The Knife. Heartbeats - Rex the Dog Remix. Le morceau n'est pas très bon, mais la production est marrante, très "années 80", et le mixeur respecte certains passages montagneux. Indigeste, mais bon à manger :-)
- Tilly and the Wall. You and I Misbehaving est une sorte de fête hippie à trompette et copines joyeuses, avec piano bastringue et tralala, le tout rebondissant sur un système percussif boing-boing. A la fin, ça s'envole dans les souvenirs, un truc à la Michel Legrand. Fabuleux !
- Colin Towns, pour Full Circle. Le thème principal, après un endroit sonore en pâte-et-flûte, émerge. C'est un piano joli et arpègé, le genre "berceuse de film d'horreur", magique comme les fleurs !
- Trentemoller, The Last Resort est peut-être le meilleur album techno de ces dernières années. Always Something Better est une redoutable construction, animée par le contraire de ce qui fait la techno : la perpétuelle évolution. Les idées ou changements surviennent, c'est simple, en flux continu, à chaque mesure. La production est précise et étagée (comme sur le Violator de Depeche Mode), et la structure ménage l'arrivée incessante de nouveaux moteurs rythmiques, jusqu'à les grandes machines de la fin (imaginez Fripp avec Klaus Schulze avec Art of Noise). Dans le genre, pour moi, c'est extraordinaire. Beta Boy est bien différent avec sa rythmique heurtée et son absence presque totale de mélodie : tout ici n'est que bruits, élastiques, percussions et cliquetis. Ce serait nul, mais ils en font une fort belle machine.
- Tribeca, Solitude, sec et carré, voix en boîte et quelques bonnes idées.
V
- Les Valentins. Les Pieds dans la Lune, une des dix plus belles "chansons françaises" selon moi, est un bonheur érectile. La production est idéale, modèle d'équilibre entre batterie (en retrait), la basse (solide, et remarquablement écrite), les guitares (panoramiques, claires) et le reste (claviers en "liant", parfaits). La voix ne se refuse pas quelques facilités (les "gerbes d'orage", ouais), mais est parfaitement intégrée (et toujours... délicate). Le refrain est vraiment beau - quelle belle idée de le retenir si longtemps ! - et moi, j'adore ce genre de véhicule. Ces gens ont depuis produit Bashung. Chapeau bas.
- Vangelis, Memories of Green (piano tristounet et synthés bruiteurs) pour se retrouver dans Blade Runner. Rentrez chez vous, une nuit de pluie, en écoutant ça sur votre iPod, et c'est tout. La Danse du Feu dans Odes, grande course en couleur en perpétuelle relance.
- Vienna Art Orchestra, Funny, quoi, du "néo-jazz" ? Innoffensif, pour sûr, mais bon comme une bouchée de pain en iPod.

W
- The Walker Brothers, No Regrets, habité. Quelle voix !
- John Williams, Cavatina de Deer Hunter, pour guitare et cordes.
- Robert Wyatt. Little Red Riding Hood Hit the Road, c'est la fin de la première partie de Rock Bottom. Un vortex de trompettes qui vous hypnotise pendant presque deux minutes avant, bizarrement de se lever avec un piano. Tout semble très confus et complexe. La basse est incroyable. Les percussions tricotent. La voix de Wyatt surgit ("Orlandon't tell me, oh no Don't say oh God") avant que les trompettes ne se ravalent. Une terrible forme de perfection. Pour moi : pure jouissance. Quel que soit le côté où se porte mon attention (la basse, la construction globale, ces trompettes, l'évolution vocale, harmonique). Je donne partout de la tête. Je n'en reviens pas.
Y
- Yello. Ciel Ouvert, instrumental "moment parfait". Bruitages à la Pink Floyd. Progression savante. Reverb longue comme une cathédrale. Servit autrefois à une pub 1664. Un couple y faisait l'amour... The Rhythm Divine est chanté par Shirley Bassey. Un slow luxueux. To The Sea, produit magnifiquement (espace sonore, percus), habité par cette curieuse voix, construit diaboliquement (écoutez attentivement l'intro : 1"30" !). Call it Love, clinquant et parfait.
- Yes. Le son ramassé et crépitant de Yes se marie très bien avec une écoute au casque. J'ai toujours Machine Messiah, grand machin malade avec le chanteur des Buggles (!?) monstre-bombardier de dix minutes qui court dans tous les sens. Imaginez du Queen en cinq fois plus pyrotechnique : c'est serré, compliqué, brisé et absolument surchargé. Des sons partout, des mélodies pleines de noeuds, du "grandiose" au bulldozer, des choeurs et des solos de basse, des synthés en plastique et des crescendos montagneux. Bon bref : apprenez-le par coeur, mettez à fond et vlan. On pourra aussi ipodiser Does it Really Happen, sorte de maison frappante bondissante et pleine de portes qui claquent, donnant sur diverses pièces fort différentes. La basse est une folie, la construction frappadingue. Faut aimer ces choses baroques. Si c'est le cas : grand grand plaisir.