"Perdu en territoire inutile"
Brian Eno/Peter Schmidt
Stratégies Obliques
"Le désert croît,
Malheur à qui fait croître le désert"
Nietzsche/Zarathoustra
Les syndromes de l'époque
(page en construction !)
- Bon, je construis cette page, et je vois bien que je suis en train de radoter comme un vieux colérique. Mince.
- OK, après, je vous promets que je refais des pages "positives".
- Non, y a pas d'accent sur le "o" de "syndrome". Moi aussi je croyais, mais non.
Syndrome :
- Association de plusieurs symptômes, signes ou anomalies constituant une entité clinique reconnaissable, soit par l'uniformité de l'association des manifestations morbides, soit par le fait qu'elle traduit l'atteinte d'un organe ou d'un système bien défini.
- Petit Robert
Le Syndrome de la Mise en Chiffres du Monde

- C'est Jünger qui m'a mis la puce à l'oreille. Une des grandes caractéristiques de notre monde actuel est sa mise en chiffres. Ainsi, Jünger, qui le déplore, préfère dire "à un lancer de pierre" plutôt que "à 20 mètres".
- Vous n'avez pas remarqué, l'encencement pouf pouf, complet et permanent pour le NUMERIQUE ? Voilà de la mise en chiffre. La DIGITALISATION ("digit" en anglais : chiffre) c'est transformer musique ou photo en nombres (base binaire).
- A notre époque, on ne peut plus rien vendre ou presque sans CODE-BARRE. Une suite de chiffres, en somme.
- Si votre activité est basée sur le chiffre, vous participez à la mise en chiffres du monde. Sinon, résistez ! Un courtier en bourse (ou tout possesseur d'actions) PASSE LA TOTALITE DE SA JOURNEE A REGARDER DES CHIFFRES, ce qui est totalement insensé.
- Toute "mise en chiffres" correspond simultanément à une dégradation de l'importance donnée à ce qui est "non chiffrable", qualités poétiques ou pas... Par exemple, la mise en chiffres du monde conduira un directeur de magasin de disques à compter les ventes d'un Miles Davis ou d'une compile techno sur un même niveau, sans se soucier de la valeur "artistique" que l'on peut conférer à l'un ou l'autre. La mise en chiffres du monde correspond à une érosion de la culture.
- La majorité de la course humaine semble correspondre à un besoin de gagner plus d'argent. Ainsi, tout est mesuré.
- Ainsi, tous les métiers sont devenus des machines à chiffre d'affaires. Pas d'attitude esthétique, ni même d'éthique, dans le chiffre d'affaire. A l'inverse, les humains consommateurs, que l'on appelle "clients", préfèrent perdre leur temps et surtout toute dignité plutôt que de perdre quelques euros.
- TOUT ce qui passe à la télévision est mesuré à l'aune de l'audimat, donc au chiffre. Que ce soit un "Jeu télévisé" ou un chef-d'oeuvre du cinéma, on ne mesure que l'audience, le chiffre.
- La mise en chiffres et la recherche éperdue de l'argent conduit la majorité des humains à devenir des consommateurs sans éthique, et, en somme, de parfaits imbéciles sans aucune dignité. Ainsi, si un magasin invente une carte de "fidélité" qui "donne des points" à chaque passage en caisse, les clients pour acheter trois CDs viennent plutôt trois jours en suivant pour "gagner des points". Si l'éthique fond, l'imbécillité croît, et rapidement. Ainsi, les abrutis du village qui se plaignent que les "petits commerces" disparaissent étaient les premiers à faire la queue à l'hypermarché du coin.
- (A SUIVRE)
Le Syndrome de l'Alibi

- "L'Ere de l'Alibi, est une philosophie qui, depuis des décennies, nous a incités à croire que la faute humaine doit toujours reposer sur les épaules de quelqu'un d'autre; que la responsabilité d'un comportement nuisible à la société doit invariablement être attribué à la société elle-même". (Extrait de La Stratégie du Dauphin)
- Si vous pensez que vos problèmes viennent de la "mondialisation" ou des USA, lisez le livre de Pascal Brückner "Misère de la Prospérité", ça va vous mettre en rogne, je vous préviens !
Le Syndrome d'Independance Day

- Independance Day est un film exceptionnellement mauvais qui a réalisé un énorme score au Box-Office.
- Le succès a été énorme, parce que tout le monde (enfin, de sexe masculin, plus sûrement...) a envie de voir un film où des extra-terrestres attaquent la terre. Ce film étant particulièrement mauvais, le bouche-à-oreille a limité fortement le succès. Si le film avait été juste bon, le succès aurait été beaucoup plus fort.
- Où est le syndrome ? Je suis sûr que si vous allez voir les producteurs de ce film, ils vous diront que le film est un grand succès (ce qui est vrai). Ce qu'ils ne savent pas, et refuseront toujours de savoir, c'est que si le film avait été bien, même pas superbe, juste "bien", ils auraient fait un score largement supérieur...
- Voici donc la bête : Le Syndrome d'Independance Day, ou SID, c'est, dans le domaine des activités humaines, quand les décisionnaires, parce qu'ils n'ont rien compris, ou qu'ils n'ont pas toutes les données en main, ne se rendent pas compte que le "succès" qu'ils obtiennent 1 : pourrait ou aurait pu être beaucoup plus grand, 2 : est en fait un échec grave (parce que le public - ou les clients - s'est senti floué).
- En France, nous avons un SID exemplaire, celui de France Telecom. Voici une entreprise avec une image de marque incroyable, dynamique et moderne. L'apparition d'Internet et d'une concurrence imbécile a conduit celle-ci à "péter les plombs" : FT a réussi à se mettre à dos la quasi totalité de la communauté Internet (il faut le faire) par un cynisme commercial de tout premier ordre (voir les déclinaisons des "réductions" et autres forfaits, l'abus de monopole avec Wanadoo puis l'ADSL, le désastre de Numeris, etc...). Pourtant l'action monte, et les dirigeants ont tout lieu d'être contents : c'est donc bien un Syndrome d'Independance Day. Ce "succès" est en fait un échec considérable, qui va surgir assez vite comme le clown de sa boîte. Voir l'affaire Microsoft, too...
- Le SID a à voir avec l'aveuglement. L'aveuglement des cadres, ou de ceux qui décident.
- Le SID a donc fortement à voir avec le Principe de Peter, qui dit que dans toute hiérarchie, les individus ont tendance à "monter jusqu'à leur niveau d'incompétence", où ils ont particulièment mauvais.
- Le SID est, à un niveau ou à un autre, une supercherie. Les "clients" se sentent lésés, et sont particulièrement en colère. Ceci ne se mesure pas en chiffre, et donc, les cadres s'en foutent.
- Le SID est, naturellement, un FAUX SUCCES immédiat, et une CATASTROPHE à moyen terme.
- Le SID est souvent lié aux effets pervers. Les effets pervers ne sont jamais mesurés et imaginés par les cadres, qui sont trop incompétents pour ça.
- Formulation possible : "SUR UN MARCHE PORTEUR, QUAND VOUS NE FAITES QUE DES CONNERIES, CA MARCHE QUAND MEME".
Le Syndrome de Dérive des Médias.

- La Dérive des Médias est une forme de généralisation du Syndrome d'Independance Day. Les gens changent et évoluent à toute vitesse, et les Médias continuent à offrir les même recettes.
- La Télévision donne un bon exemple de ce syndrome. Les gens qui la font ne surveillent qu'une donnée : l'Audimat, or les chiffres de l'Audimat sont naturellement complètement faux, car basés sur un panel (pourquoi pas un cheptel ?) de quelques centaines de pauvres abrutis qui font n'importe quoi de leurs appareils, c'est évident. C'est étonnant, car les statisticiens savent depuis longtemps que les "consommateurs" ne peuvent plus être ciblés. Dès lors, il est amusant de lire que telle émission a fait tant de pourcentage d'Audimat, alors que le lendemain vous ne trouvez absolument PERSONNE qui ait regardé le truc.
- La télé est mal barrée, et les spectateurs la fuient petit à petit, j'en suis persuadé. On commence à y voir des émissions SUR la télé (faut le faire), analytiques ou nostalgiques. La publicité, le sponsoring et la musique deviennent généralisés. Tout comme on a vu la disparition des speakerines, je prédis la disparition des animateurs, tous autant qu'ils sont. Pfuit ! De toute façon, il sera trop tard : la majorité des spectateurs aura disparu.
- Les Médias PENSENT SAVOIR ce que vous voulez, et sont sûrs de leur coup. Ceci vaut pour la télé, les journaux, la communication marketing des grands magasins, la pub, la radio. Ils se trompent, ils ne savent rien du tout, et voilà pour eux.
- Bien sûr, la dérive est lente, mais continue, et visiblement définitive.
- Un des domaines les plus signifiant est celui du Cinéma. De plus en plus de films calibrés pour marcher se plantent, et inversement les gens se ruent vers des trucs originaux et inattendus (comme Blair Witch Project). On n'y est pas encore, mais on va rigoler...
- La publicité est grossière et inadaptée, sauf dans de rares cas très précis. Hélas (ou tant mieux), elle a je pense les capacités à réagir. Mais nous voilà encore envahis de pubs idiotes à jeux de mots et autres coups de coude qui semblent dire : "Regardez comme on est malins".
- La musique est dorénavant absolument partout. Elle était déjà à l'entrée des camps de concentration (ça veut tout dire...). Pour faire vos achats, voici vos oreilles inondées de techno, de rap et de brailleuses de variétés. Dérive, dérive. Je rêve de voir déserter les magasins sonorisés ! Mieux, un label : Magasin garanti sans musique !
- Tout dans ce syndrome donne envie d'abandonner le monde du spectacle et d'utiliser Internet. Il y a toujours de la pub mais vous ne cliquez jamais dessus, bien sûr. Il n'y a pas d'animateurs. Quand il y a de la musique (c'est encore rare), vous pouvez fuir immédiatement. Le Syndrome de la Dérive des Médias va précipiter les gens sur le réseau.
- Bah, il reste bien sûr quelques poignées de gens grossiers, qui meurent de joie quand ils ont ENFIN réussi à mettre une musique de fond sur leur page. Ceux sont les même qui souvent cherchent frénétiquement partout comment faire des Gifs Animés. Ils font partie du vieux monde, et vont disparaître tel des dinosaures bottés.
- Il va falloir que je fasse une page qui s'intitule La Fin du Spectacle. Voir Futurs Inimaginables.
La Manie du Déplacement

- Comment expliquer cette époque ? Les historiens, parlant de la fin du XXème siècle, diront sans doute que ce fut l'époque du déplacement.
- Demandez à n'importe qui : le plus important, dirait-on, c'est d'avoir une voiture, de pouvoir faire des voyages, et pratiquer des loisirs qui sont des déplacements (ski, vélo, deltaplane, jogging, saut à la perche ou en parachute, plaisance, etc etc...).
- Il est marquant de constater que :
1. cette manie est tout à fait récente.
2. tout le monde a oublié que cette manie est récente.
- Demandez-vous comment on vivait il y a 50 ou 150 ou 350 ans. Sans voiture. Est-ce que vous pensez que votre grand-père faisait du jogging ?
- On peut parfaitement imaginer que c'est une sorte de folie. Dans 20 ans, plus personne n'aura envie de bouger en permanence. On peut imaginer, comme Brian Eno, qu'il se sera passé quelque chose de suffisamment grave pour que plus personne ne puisse sortir...
- Allez voir une liste de ce qui arrive quand on fait du saut à l'élastique, ici (c'est en anglais). Du saut à l'élastique, je vous jure...
Le Syndrome des Moyens pour des Fins

- Ce syndrome est lié au précédent, qui en devient une sorte de cas particulier. C'est une espèce de SOMMET CULMINANT des maladies mentales actuelles.
- L'exemple le plus frappant du SMF, ce sont les sports qui sont des déplacements sur circuits fermés. On fait de la voiture en rond (Formule 1), du vélo, du cheval, de la moto, etc. C'est faire d'un MOYEN (se déplacer, c'est changer d'endroit pour faire quelque chose dans un autre endroit) une FIN (se déplacer non pour aller ailleurs, mais pour se dépasser, ou battre les autres (quelle idée), gagner des médailles ou je ne sais quoi). Merveilleux non !?
- Un autre exemple du SMF, c'est le Cyber. Internet est un outil fabuleux POUR faire quelque chose (étudier le hongrois, visiter le Metropolitan museum, discuter avec les japonaises, etc). Les abrutis du Cyber en fond une FIN : Internet c'est super EN SOI, disent les Cybers. L'horreur !
- Ainsi, sur le même calque : les collectionneurs de timbres (au secours !), les amoureux des vieilles voitures, etc.
- Le SMF est une preuve de paresse d'esprit, d'horizon bas et d'esprit simpliste. Etre atteint du SMF, c'est s'arrêter de penser, c'est l'esprit qui fait du surplace, qui tourne en boucle. Ne dites jamais à un collectionneur de timbre que ses foutus timbres sont des bouts de papier carrés et dentus qui servent à envoyer des lettres. Pouâh !
- Je suppose que toutes ces activités insensées sont apparues pour nous faire oublier la mort. Quand quelqu'un aime une musique et qu'il veut acheter le disque, mais en vinyl (et pas en CD), il est atteint du SMF. S'attacher au support de la musique, franchement... Aucune dignité...
- Allez voir aussi la page de Jacky, pour avoir un exemple VERTIGINEUX de ce syndrome (voir en particulier le book, extraordinaire et signifiant).
La Manie de la Musique Partout

- La musique, quelle belle invention ! Sans musique : un enfer...
- Maintenant, la musique, c'est aussi une INDUSTRIE. Y a les marchands, derrière. Tout le monde adooore la musique, et donc : on en met partout.
- Si on est jeune, si on aime les riffs, les gimmicks, les paroles à la con, le beat et les refrains, tout va bien : la musique est partout, dans les supermarchés, chez le coiffeur, à la télévision, dans les fêtes, les bistrots, les restaurants, dans la rue parfois, dans les voitures. Partout, de la musique. Une vraie manie. La Manie de la Musique Partout.
- Le problème, lorsqu'on est un peu mélomane, c'est qu'on est vite saturé. L'on préfère la musique dans des moments choisis, avec une écoute active, attentive. Le mélomane n'aime sans doute pas la musique de fond. Le mélomane préfère faire un bon repas de temps en temps (avec un p'tit verre de Bordeaux, siouplaît). La Musique Partout, ça veut dire grignoter toute la journée, que des trucs sucrés, miel, chantilly, grenadine. On voit même des radios qui se vantent de ne passer que des tubes, une vraie calamité !
- Voici donc une société, dirait-on, qui se croit obligée de tout sonoriser musicalement, toute la journée. C'est un échec assez évident (voir plus haut le Syndrome d'Independance Day), parce que j'imagine que beaucoup d'êtres humains en ont marre de manger du miel à la petite cuillère toute la journée.
- Syndrome d'Independance Day musical : un magasin de vêtements féminin passe une radio parmi les autres, avec de la musique jeune. Le chiffre d'affaire est bon (les femmes aiment acheter des vêtements). Le patron se dit qu'il a raison de passer de la musique. En réalité, un tiers des clientes ressort du magasin après trois minutes : la radio est trop forte, et diffuse des musiques pour abrutis. CQFD.
- Pour l'instant, donc, les guérit du SMP se taisent, ne sortent plus du tout, ou alors rapidement, et malheureux. Un jour, comme après un trop plein, tout cela va basculer, et on entendra moins de Musique Partout. Comme nos ancêtres : quand on entendra de la musique, ce sera le BONHEUR.
Le Syndrome de la Nouveauté à tout Prix

- Comment pourrais-je appeler les humains qui vivent à fond dans le Spectacle ? Je ne trouve pas de terme. Les demeurés du Spectacle ?
- Les branchés ou demeurés du Spectacle sont au courant, il n'y a qu'une chose qui les rend électriques : LA NOUVEAUTE ! Tous ces machins-là, c'est plein de métaphores électriques.
- Dans l'ensemble des médias, journaux, magazines, télévision, les "journalistes" du Spectaculaire basent 90 pour cent de leurs petites affaires sur la nouveauté. Tout nouveau, tout beau, c'est super c'est nouveau, achetez achetez le dernier disque qu'il FAUT acheter, tout le monde est branché et veut la dernière NOUVEAUTE, y a d'ailleurs une promotion dessus, bravoooo ! On pourrait d'ailleurs appeler ça le "Syndrome Lenoir/Inrockuptibles".
- Le Syndrome de la Nouveauté à tout Prix (ou SNP) est une maladie spectaculaire très répandue. Voilà, on programme les yeux avides des humains pour le dernier roman, le dernier disque, la dernière expo. J'imagine que le monde Spectaculaire n'a trouvé que cette recette pour maintenir les masses en alerte, les yeux écarquillés sur la nouveauté. Ça marche, bien sûr...
- Que faire ? Se débrancher, faire un pas de côté, comme dirait Houellebecq, fermer ses vilains yeux écarquillés, stopper, respirer. Voilà.
- Evidemment, les guéris du Syndrome de la Nouveauté à tout Prix sont dé-branchés. Ils fonctionnent de façon plus autonome. Ils vont dans les bibliothèques. Ils ne pratiquent pas le surf sur la nouveauté, mais plongent en apnée dans des domaines qu'ils ne connaissent pas et qu'aucun organisme spectaculaire ne leur a dit d'acheter.
Le Syndrome de l'Humour Permanent

- Nous ressentons tous, pendant des années, une grande nausée dès que l'on se trouve confronté aux médias, quels qu'ils soient. Je me suis demandé pourquoi, et puis voilà : l'humour !
- Nous voilà plongés dans la société humoristique. La TV est remplie d'animateurs cool, la publicité nous abreuve de jeux de mots, d'astuces et de clins d'oeil. Tout est humoristique, "marrant", c'est la règle. Les artistes s'appellent Natacha Tertone. Les revues s'appellent les Inrockuptibles (ah ah, comme c'est malin, jeu de mot ! Jeu de mot !).
- Gilles Lipovetsky a développé tout un chapitre là-dessus dans son livre (dispo en Folio Essais) : L'Ere du Vide. Le chapitre s'intitule "La Société Humoristique". C'est terrifiant !
- L'humour spectaculaire "plie" les générations; ainsi, lorsqu'on ressort L'Exorciste en 2001 (film qu'on ne pourrait plus tourner maintenant, entre autre parce qu'il n'y a pas une seule goutte de cet "humour"), les salles sont pleines, et tout le monde se marre. Dans le même esprit, j'ai lu un jour quelqu'un qui trouvait Alien "lent". Ainsi, ce qui satisfait les bouffeurs de spectacle, dorénavant, c'est que ce soit humoristique et rapide.
- Lipovetsky démontre que l'esprit comique et l'art du pamphlet disparaissent, au profit d'un humour permanent généralisé, d'une dérision inoffensive à "coup de coude", d'une drôlerie vide, permanente et idiote...
- Il s'agit donc principalement d'un Syndrome des médias. Mais les pauvres hommes que nous sommes baignent là-dedans, et est apparue une culture du ricanement avec jeux de mots, astuces humoristiques (le kitsch !) et autres guignols.
- Il me semble que la quintessence de cela est atteinte dans la publicité (c'est tout de même significatif non ?), pleine de jeux de mots malicieux, de coups de coudes visuels, de "second degré", et surtout les animateurs télé, tous tellement sympas, cool et humoristiques.
- Voilà, la nausée ! C'est un cas typique de Syndrome d'Independance Day (voir en haut de la page) : la majorité des humains (j'imagine) en a assez, comme ils en auraient assez de saupoudrer de sucre tous les plats qu'ils avalent. Un jour, aussi sec qu'un jour les speakerines ont disparu, les animateurs vont TOUS disparaître et on sera tranquille. Bien fait pour eux. C'est pour bientôt (on parie ?).
Syndromes Compulsifs et les Petits Nenfants

- La compulsion, dit le dico, c'est l'impossibilité de ne pas accomplir un acte. La compulsion est devenue générale, massive, terrifiante.
- La compulsion la plus ordinaire est liée à la bouche. Ceux qui en sont atteints ne peuvent pas commencer une plaque de chocolat sans la terminer. Ou bien ce sont les fumeurs : "Je sais bien que je risque le cancer, mais JE NE PEUX PAS M'EMPECHER de fumer".
- Le phénomène du crédit est aussi du domaine de la compulsion : "Je ne peux pas m'empêcher de consommer et je n'ai pas assez d'argent, au lieu de renoncer, je fais un crédit".
- Champ lexical de la compulsion : les compulsifs "ne peuvent pas s'empêcher" (disent-il). Absence de volonté, absence de discipline. Ils sont en fait comme des enfants qui regardent la télé pendant des heures, et ont mangé tout le paquet de gâteaux, maman je suis malaaaade.
- La compulsion entraîne des comportements étranges. On entend parfois "Je n'achète pas de Nutella, parce que sinon je mange tout dans la journée". AU LIEU de se discipliner, le compulsif préfère renoncer complètement à l'objet de sa compulsion. C'est pareil pour les fumeurs, incapables semble-t-ils, de ne fumer que 2 cigarettes par jour. Ou on fume deux paquets par jour, ou on renonce complètement. Ceci constitue une sorte d'idiotie de deuxième catégorie, qui consiste à faire le contraire de l'idiotie de première catégorie. Ainsi, des tas de gens n'ont pas Internet, "parce que sinon je ne vais faire que ça". Pffff...
- Ceci constitue encore une forme de pensé binaire, du tout ou rien. Comme des enfants, n'est-ce pas.
- Donc nous y voilà. Il semblerait que la culture d'une bonne catégorie des moins de 30 ans se tourne vers les machins pour les enfants. Devenus cultes, les Teletubbies, Albator, Flat Eric la marionette, South Park et les bonbons Haribo. Beau dossier là-dessus dans TechnikArt n35. Tout ça c'est évidemment refuser de devenir adulte. Lire aussi La Tentation de l'Innocence, de P. Brückner (c'est en poche). Régression ? Oui !
- Bah, c'est la fin de tout ça, syndromes de l'époque. Dans 10 ans tous nos potes seront morts (cancers du poumon), et ceux qui restent seront interdits-banquairisés. Un peu de volonté mettra à mal la compulsion massive généralisé. On mangera du Nutella de temps en temps, on pourra fumer trois cigarettes par jour, tranquillement, et on dira des grands "Merde !" à la publicité. Et toc. Vivement !
Le Syndrome Téléphonique

- Le Syndrome Téléphonique est en fait divisé en deux syndromes : le Syndrome Téléphonique de l'appelé, et le Syndrome Téléphonique de l'appelant.
- Le Syndrome Téléphonique de l'appelé semble être très répandu. Ça consiste à avoir un portable et à le laisser branché. De la sorte, tout le monde peut vous appeler en déclenchant la sonnerie du portable. On pourrait appeler les victimes du Syndrome Téléphonique de l'appelé les imbéciles sonnés.
- L'imbécile sonné semble prendre plaisir à ce qu'on le sonne et qu'on puisse le sonner toujours et partout. L'imbécile sonné cherche fébrilement son appareil, appuie sur le bouton qui fait bip, et finit toujours par indiquer à l'imbécile sonneur l'endroit où il se trouve.
- L'imbécile sonneur, par contre, n'a pas besoin d'avoir de portable. Le Syndrome Téléphonique de l'appelant est encore plus grave et encore plus répandu. Il consiste à n'avoir AUCUN scrupule à faire sonner le téléphone d'un autre être humain, même inconnu. L'imbécile sonneur passe son temps (qu'il a certainement en quantité) à déranger ses contemporains pour rien. Il appelle ses proches pour leur demander n'importe quoi, appelle les magasins, les mairies, les allocs ou n'importe qui d'autre. L'imbécile sonneur est une calamité. Il passe ses journées à faire sonner des appareils téléphoniques partout. L'horreur !
Le Syndrome Djeunz

- Une définition possible du Djeunz se trouve ici.
- Après cette bonne poilade cybernétique, voyons un peu la liste des critères Djeunz (j'ai pas dit "jeune", attention).
- Le Djeunz utilise une pensée binaire face à ce qu'il a devant lui : c'est nul, ou bien c'est génial.
- Le Djeunz aime la musique, en met tout le temps et partout (le walkman). Ce sont souvent des musiques simples, basées sur le rythme et quelques gimmicks. Le Djeunz adore en écouter en groupe.
- Le Djeunz adore les groupes, donc, où en général on accorde de l'importance aux habits. Dans le groupe techno on porte une barbiche et des sortes de vêtements, dans le groupe des gothiques on est habillé en noir et un peu déguisé. C'est ça, les djeunz.
- Le Djeunz aime les fêtes, pour y faire des choses amusantes (boire, fumer, écouter de la musique). Tout doit ête rigolo et humoristique, et alors "sérieux, c'est trop génial !".
- Le Djeunz aime les déplacements. Il veut une voiture, des rollers, un VTT, faire du ski, etc...
- En antithèse, le non-Djeunz aime la musique complexe à des moments choisis, nuance sa pensée, n'aime pas les fêtes, préfère la solitude aux groupes, accorde peu d'importance à son "look" et se déplace quand il a besoin d'aller quelque part. En réalité il s'amuse beaucoup.
- Le Syndrome Djeunz, c'est quand la société impose des goûts de Djeunz à toute la population. Ainsi les vieux se doivent de rester jeunes et pratiquer des loisirs liés aux déplacements. Les endroits publics sont sonorisé avec de la musique Djeunz.
- J'imagine que, la société vieillissant, nous allons assister à un demi-tour de la société (spectaculaire, en particulier), qui dira merde à toutes les Djeunzeries. En attendant, les non Djeunz se retrouvent dans le chapitre qui suit :
Conclusion : La naissance des Ermites
Personne ne sait mon nom,
et personne ne connaît ce refuge
Ernst Jünger
Atome + H = Athome = At Home
Ernst Jünger

- L'Ermite, dans le dico, vit dans la solitude. Le terme vient du grec erêmos, "désert". Le terme semble lié à la religion. Voyons les synonymes : Anachorète, qui vient du grec encore : anachôrêtês, "qui se retire"; on dit : vivre en anachorète, vivre en solitaire.
Solitaire, c'est plus simple : "qui vit dans la solitude et s'y complaît" (se complaire : "trouver son plaisir, sa satisfaction"). Adjectivé, c'est "qui se fait ou se passe dans la solitude". Ici, on est renvoyé à reclus, "renfermé et isolé".
- Et pourquoi je vous parle des Ermites, moi ?
- Parce que c'est sans doute une bonne idée de suivre les préceptes biologiques de Laborit dans Eloge de la Fuite. Il y explique que face à des situations stressantes, on peut attraper un ulcère, ou bien devenir aggressif, ou bien FUIR. Naturellement, tous les syndromes de l'époque font que l'on fabrique beaucoup de stress. La seule solution est de se frotter le moins possible à l'époque, c'est le fameux "pas de côté" de Houellebecq. C'est assez simple : fuir ses contemporains, ne pas se laisser piéger par la nouveauté, cesser de consommer pour consommer, cesser de ricaner. Bref, virer les syndromes et respirer : devenir soi-même.
- Tiens, quelqu'un d'autre, ici.

jp@maison-page.net