Y a pas plus heureux que moi fouinant dans une librairie. J'y dépense des tas de sous. Alors voilà, je suis toujours en train de lire plusieurs livres à la fois, c'est malin. J'aime bien les chocs, lire une nouvelle de Bernhard, puis de la SF, puis un bout de Jung, un peu de Schopenhauer puis un bon Ellroy. Je suis bien d'accord avec vous, c'est pas très sérieux...
Voilà les bouquins que j'aime bien, qui m'ont appris des choses ou qui m'ont fait rire. Un livre, c'est un travail de plusieurs mois ou même plusieurs années. Pour moi, c'est comme une rencontre avec l'auteur. J'essaye ici de trouver un classement, imparfait mais pratique. Bonne chasse !
GUERRES
Pourquoi lire sur la guerre ? J'ai commencé à m'informer lors des commémorations du cinquantenaire du débarquement, en 1994. J'ai continué par une série de livres sur les camps de concentration, puis plus récemment, j'ai ouvert quelques ouvrages sur la guerre 14-18 jusqu'à tomber sur les livres de Jünger...
- Ernst Jünger : Journaux de Guerre
- Primo Levi : Si c'est un Homme
- Neil Sheehan : L'Innocence Perdue
La Guerre 14-18 : J'ai suivi un "itinéraire" de livres, qui s'est révélé très instructif. Vous pouvez donc lire dans l'ordre :
- Paroles de Poilus (10 F chez Librio), sous-titré "Lettres et Carnets" du Front" est un recueil de lettres écrites par des soldats ou des officiers du front, et regroupées en suivant le rythme des saisons. Les textes qui présentent chaque chapitre sont maladroits et mal écrits ("Printemps, saisons de la mort qui pousse et de l'évidence des cycles brisés", pfff...), mais les lettres en elles-même sont bouleversantes, parfois douces, souvent terribles.
- Le Feu, de Henri Barbusse est un roman "réaliste", à la Zola, qui nous met dans les tranchées au contact des soldats, de braves types qui racontent des histoires du pays, râlent, vivent, et meurent. C'est un peu comme si on mettait en scène les Poilus du livre précédent. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à Giono, aussi. Certains chapitres sont réellement fantastiques (la visite des ruines dans le brouillard), mais la fin est pleine de "Ha !" et de "Ho !" qui ne passent pas.
- Orages d'Acier, de Ernst Jünger, peut paraître du même acabit, mais vu du côté allemand. On en est loin : le livre est indescriptible, animé d'une tension incroyable qui m'a laissé bouche-bée plus d'une fois. L'auteur (qui a 19 ans en 1914) se jette dans les combats avec détermination, une force d'esprit étonnante et une sorte de froideur lucide, philosophique, devant la guerre. Il observe ET il est acteur, et c'est vertigineux. Selon moi un des très grands livres du siècle... Attention, il existe deux traductions de ce texte.
- On trouve Le Feu et Orages d'Acier dans un gros volume Les Grands Romans de la Guerre de 14-18 (Omnibus, 155 F), qui contient 6 romans précédés d'une préface que j'aime beaucoup, synthétique et claire. On y trouve aussi le livre de Roland Dorgelès, Les Croix de Bois (très bien). Jünger a écrit d'autres livres sur son expérience : Feu et Sang (C. Bourgois), écrit cinq ans plus tard, décrit dans le détail un "bref épisode d'une grande bataille". C'est un diamant noir, dans lequel on a du mal à respirer. Plus tard encore (1932), il a écrit Le Boqueteau 125 (Payot), descriptions des tâches quotidiennes de l'officier qu'était l'auteur, entrecoupées de pénibles digressions sur "l'âme germanique". Sale période pour l'auteur, dans ce livre où l'on "sent" d'où vient l'extrême droite qui va prendre le pouvoir. Quand il ne parle pas politique, le livre est splendide, et c'est un magistral crescendo vers un dernier chapitre rempli de folie.
- On trouve des tas de livres sur cette guerre, dont 14-18, Mourir pour la Patrie en Point Histoire, un peu mal foutu mais avec une belle bibliographie. Il existe une version grand format de Paroles de Poilus, et d'autres livres sur des épisodes précis de la guerre (Verdun). Toujours en Point Histoire, on trouve une Histoire de l'Europe qui peut aider à comprendre d'où est venue toute cette folie, et en passant peut donner des indications sur ce qui s'est passé dans les Balkans...
- Pour terminer une étude sur la Grande Guerre, on m'a recommandé (et je fais de même ici) le tout petit livre de Jean Norton Cru, Du Témoignage (Allia), résumé d'une très grosse étude nommée Témoins paru en 1929, dans lequel l'auteur démolit un par un tous les mythes de la guerre, en somme : tout ce qu'on vient de lire... Après toute cette folie, c'est comme une conclusion, une page qui se ferme.
La Guerre 39-45 : Ça fait tout juste 50 ans, n'est-ce pas. Pour moi c'est un devoir de savoir ce qui s'est passé.
- Trois magnifiques ouvrages collectifs sont parus chez Références Larousse : Campagnes et Batailles, Vie et Société, et Les Acteurs (que je n'ai pas acheté). C'est clair et intelligent, rien à dire.Une Guerre Totale de Philippe Masson (Pluriel), est passionnant, un remarquable travail. Les archives s'ouvrant au fur et à mesure, je complète tout ça par un nouveau livre, 39-45, Une Guerre Inconnue (P-M. de la Gorce, chez Flammarion), un vrai travail d'historien qui tient compte de ce que l'on sait maintenant, mais dont le défaut est de passer du microscopique au macroscopique sans arrêt. Passionnante description de la débacle française, entre autre... Je me souviens avoir lu deux tomes chez Livre de Poche : La Vie des Français sous l'occupation.
- Sur le Débarquement, on peut lire Ils Arrivent ! Le Débarquement vu du Côté Allemand (J'ai Lu), une petite curiosité. Pour savoir ce qui s'est passé sur les cartes : Atlas du Débarquement, chez Autrement, est très instructif. Il doit exister un ouvrage de référence, mais je ne le connais pas. Pour finir, et pour comprendre qu'on n'y comprend rien avec tous ces bouquins, voir Saving Private Ryan, le film de Spielberg, qui malgré quelques "tics", est selon moi un chef d'oeuvre monstrueux et traumatisant.
- Jünger replonge dans la guerre, mais c'est un homme mûr (il est né en 1895), et il n'est plus au front. Il a écrit son Journal de 1939 à 1948, en quatre tomes. Le premier (1939-1940) et le quatrième (1945-1948) sont sortis en poche chez Livre de Poche Biblio. Les deux volumes centraux ("Journal Parisien") sont disponibles seulement chez Bourgois. Jünger est alors un officier de la Wermacht de l'armée d'occupation, une âme géante et intense, un esprit analytique et pratique, un esprit doux et curieux, un esprit d'une force peu commune. Vous avez compris que ce sont quatre livres difficiles à décrire, le journal se déroulant sur de nombreux plans à la fois : réflexions philosophiques, histoires de guerre, compte-rendus de promenades et de rencontres, rêves, descriptions de la nature (les arbres, les plantes, les insectes), critiques froides et dures d'Hitler (qu'il appelle Kniebolo) et des SS (les "Lémures"). C'est éblouissant d'intelligence, et on a envie d'annoter ces livres toutes les trois lignes ! J'ai retenu en particulier un tableau de la débacle française vu de l'arrière du front, tome 1, et un chapitre stupéfiant sur le front russe, fin du tome 2. Dans le dernier tome, Jüger est en Allemagne, décrit l'arrivée des américains, le chaos d'après la guerre...
Une page sur Jünger (en anglais), avec lianes diverses, photos, biographies, etc...
- Je me demande ce qu'en pensent les historiens, mais les deux livres de Sven Hassel, La Légion des Damnés et Les Panzers de la Mort (ce ne sont pas les titres originaux...) (Ed. du Rocher) sont de vastes explosions. Hassel est un danois enrôlé de force dans l'armée allemande. Il déserte, est repris, est envoyé en camp de concentration, puis fera toute la guerre (front russe principalement) dans un bataillon disciplinaire de blindés. Au résultat ? Des chapitres alignés les uns après les autres, que l'on lit en se disant toutes les dix minutes que ce n'est pas possible. L'horreur, la violence, les massacres, la guerre, et au milieu de tout ça une équipe d'improbables marioles, dont on suit les aventures "tragi-comiques" : amours, farces, bricolages et autres aventures. C'est tour à tour horrible, scandaleux, hilarant, violent ou palpitant, ce qui laisse tout de même un drôle de goût dans la bouche. Les deux tomes sont traduits par des personnes différentes ("Le Vieux" dans le tome 1 devient "Alte" dans le 2...). Lu aussi le passionnant livre sur Stalingrad de Antony Beevor. C'est sans doute incomplet, et parfois un peu à l'emporte-pièce, mais...
- Je me suis longtemps demandé ce que je cherchais en lisant ces livres sur les camps de concentration. Petit à petit, c'est venu, chapitre après chapitre. J'ai surtout été marqué par la réponse No 7 dans la postface de Si c'est un Homme de Primo Levi (Presse Pocket). S'il n'y a qu'un livre à lire, c'est bien celui-là. On peut se reporter aussi au livre de Semprun, L'Ecriture ou la Vie. Une description détaillée se trouve dans L'Etat SS, d'Eugen Kogon (Point Histoire). Et même si la mise en forme "dramatisée" de Bernadac n'est qu'à moitié convaincante, j'ai été bouleversé par La Libération des Camps (qui existe en poche maintenant)...
La Guerre du Vietnam : Souvent filmée au cinéma (Apocalypse Now, Platoon, Full Metal Jacket), mais que lire ?
- En cherchant un peu partout quels étaient les livres fondamentaux sur la guerre du Vietnam, deux titres revenaient sans cesse : Putain de Mort de Michael Herr (Ed. de l'Olivier), co-scénariste de Full Metal Jacket et Apocalypse Now, indispensable, et surtout L'Innocence Perdue de Neil Sheehan (Points Actuels), un livre extraordinaire (Prix Pulitzer en 1989) que l'auteur a mis 16 ans a écrire. C'est une enquête incroyablement fouillée sur John Vann, une sorte de conseiller militaire, et une étude épatante de ses rapports avec la guerre, Washington, la corruption, la presse, les vietnamiens et l'armée. Un homme complexe, malin, que l'on voit évoluer et courir le pays pour comprendre ce qui se passe... Le livre est vaste et construit. Même si vous ne vous intéressez pas à cette guerre, lisez ce bouquin !
- Pour me documenter, j'ai lu le deuxième tome des Guerres d'Indochine (de Dien Bien Phu à la chute de Saïgon) de P. Franchini (Pygmalion). Le premier tome parle bien sûr de la guerre d'Indochine...
La Guerre de Sécession : Pourquoi lire sur ce sujet ? Damned ! Je n'en sais rien. Mais comment ne pas chercher à comprendre les soubresauts d'un pays aussi... imposant que les Etats-Unis ?
- Pas la peine de chercher très loin : "La Guerre de Sécession (1861-1865)" de James M. McPherson, chez Bouquins (ah, ces livres, je les adore, en premier lieu parce qu'ils restent ouverts quand on lâche les pages) fait l'unanimité. C'est très documenté ET passionnant à lire. J'ai complété l'iconographie par le livre paru chez Gallimard (Découverte). Continué avec la très belle biographie de Lincoln par Stephen B. Oates (chez Fayard), livre passionant et bouleversant sur ce président bizarre et attachant. Je cherche toujours un bon bouquin sur la reconstruction du Sud et l'émergence du problème noir après la libération des esclaves...
Je suis épaté par tout ce qu'on trouve sur le Web sur ce sujet. Vous vous débrouillerez bien tout seul, mais je trouve incroyable de pouvoir lire les Journaux intimes de dizaines de personnes concernées (soldats, esclaves, jeunes filles) sur cette page : http://www.ibiblio.org/docsouth/fpn/fpn.html. Passé des heures sur la Bibliothèque du Congrès, où l'on trouve plus de mille photos, des centaines de lettres (comparez en très gros plan l'écriture de Lincoln et celle de Jefferson Davis), 171 morceaux de musique utilisés pendant cette guerre (avec photo de la partition, et le choix d'écoute en MP3, .wav ou je ne sais encore. Des cartes, des journaux, des correspondances. Tout.
- Plus globalement, l'Université du Dakota a une belle liste de liens.
JOURNAUX, TEMOIGNAGES & AUTOBIOGRAPHIES
- Ernst Jünger : Journal de Guerre
- Claude Roy : Journal
- Cavanna
- Brian Eno
- Alexiovitch, Chalomov & Guinzburg
Les Russes : Hélas, tous les livres que je lis sur la Russie ou l'U.R.S.S. sont des tragédies...
- La Supplication, de Svetlana Alexievitch (J'ai Lu) est sous-titré : "Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse". Il s'agit d'un recueil de témoignages sur la catastrophe de Tchernobyl, de longs monologues sur le quotidien de la catastrophe, les enfants, les cadres du parti, les paysans ou les soldats. On apprend beaucoup de choses sur "l'âme russe", sans doute, mais j'avoue avoir été happé par ce livre, par l'intensité incroyable des "voix" du livre, ses histoires inouïes. En fait c'est indescriptible, et c'est certainement le livre le plus intense que j'ai jamais lu.
- Récits de Kolyma, de Varlam Chalomov (deux tomes chez Livre de Poche/Biblio, La Nuit et Quai de l'Enfer). Chalamov a passé des dizaines d'années dans les camps deSibérie. Dans plus de cent courts récits, il raconte calmement ce qu'il a vu. Le travail, les fuyards, la neige, les dominos, la nature. Parfois en à peine une page. Vous n'en croirez pas vos yeux ! On peut faire le lien avec Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma de Evguénia S. Guinzbourg (Point poche), deux gros livres sur le goulag dans une narration plus "normale", et donc plus oppressante. Quelque chose émerge de ces quatre tomes, que je ne sais pas nommer...
Auteurs français :
- J'ai deux volumes du Journal de Claude Roy. Permis de Séjour 1977-1982 et La Fleur du Temps 1983-1987 . Une merveille d'intelligence, de vie, de sensibilité et de bonnes colères. Roy parle merveilleusement de la campagne, de ses voyages (Chine, Pologne), intercale des poèmes. C'est doux comme du bon café au lait, Claude Roy !
- Ah, Cavanna ! Ses "romans biographiques" (?) : Les Ritals, Les Russkofs (et les autres, Bête et Méchant, et Les Yeux Plus Grands que le Ventre, si ça vous plaît) m'ont beaucoup marqué quand j'étais ado. C'est très drôle, plein de jus et d'une bonne langue, vivante et pleine de bonnes colères. Moi j'adore !
- "La pluie pose à terre des miroirs à étoiles", dit Jules Renard dans son Journal, qu'il faut feuilleter de temps en temps : c'est bon comme de se retrouver assis sous un arbre, l'été. D'ailleurs, c'est gratuit, puisque on le trouve ici : http://cedric.cnam.fr/cgi-bin/ABU.
- "Journal", de Michel Polac, magnifique. Un vieil ours, cultivé et râleur, tire au canon lourd sur tout ce qui passe à sa portée. Femmes, auteurs, politiques, etc, un vrai plaisir. L'indécence est constante : ce journal n'est pas (ou peu) dégrossi, on a l'impression de voir l'homme en chaussettes. C'est très drôle, en fait, et c'est à lire absolument en cas de déprime : vous aurez l'impression d'être le plus heureux de la terre en lisant les malheurs de Polac.
- J'ai pas lu, mais il faudrait sans doute : Journal de Léon Bloy (1846-1917, cité sans arrêt par Jünger), qu'on qualifie souvent de jouissivement colérique. Tallemant des Réaux (1619-1690), extraordinaire chroniqueur de son époque, paraît-il. Ses "Historiettes" sont disponible chez ABU, sinon, c'est en Pléiade. Deux autres : celui des Goncourt et de Léautaud sont attirants, mais... volumiques !
Auteurs étrangers :
- Enorme choc : la découverte des Journaux de Guerre de Ernst Jünger (voir plus haut). Pas encore lus : Graffiti/Frontalières (10/18), écrit bien plus tard, a l'air d'un merveilleux kaléidoscope d'érudition. Deux autres volumes sont parus chez Gallimard (70 s'efface) et seront vraisemblablement suivis d'autres. Chez Jünger on est loin de Jules Renard : la pensée est organisée, entomologique, ramifiée. L'auteur convoque les Mythes, la philosophie antique, la nature, ses rêves... C'est intense, érudit, magistral, et, ce qui fait un bien fou, exprimé sans cet humour permanent qu'on nous sert de nos jours (ce qui n'empêche nullement la pensée d'être joueuse...).
- En 1995, Brian Eno a tenu son Journal (édité chez Le Serpent à Plumes). Eno est un producteur (Bowie, U2, Talking Heads) anglais, intello, joueur et esthète. Son Journal m'a mis dans une transe de joie que j'ai rarement connue : c'est un vrai festival de bonnes idées, une démonstration vivante d'une intelligence en mouvement. Un bonheur, quoi, qu'on apprécie sans doute mieux lorsqu'on connaît un peu le monde du rock (James, Bowie, U2). Pensées en diagrammes, jeu avec ses deux filles, expositions, Stratégies Obliques...
Achetés ou pas, mais pas lus :
- Le Journal de Gombrowicz (deux volumes chez Folio) est cité sans cesse. J'ai essayé celui de Pavese, mais il m'est tombé des mains. Jünger parle beaucoup des chroniques de Tallemant des Réaux, et de celui de Léon Bloy.
LETTRES
- Lou Andrés Salomé/ Rilke
MUSIQUES
- Guides Fayard & Bouquin
- Bernard Shaw : Ecrits sur la Musique
NOUVELLES
- J-L. Borges
- William Faulkner
- Raymond Carver
- Salinger/
ROMANS
- William Faulkner : Le Bruit et la Fureur
- Thomas Bernhard : Extinction
- Albert Cohen : Belle du Seigneur
- James Ellroy
PHILO
- Nietzsche
- Schopenhauer
GUIDES & DIVERS
- J. Salomé
- Paul Watzlawick
- Goffman
- Alberoni
- Laborit
- Edward T. Hall
Watzlawick et l'Ecole de Palo-Alto : Ces gens-là ont changé beaucoup de choses dans ma façon de voir le monde...
- On trouve les livres de Paul Watzlawick dans l'indispensable collection POINTS (en poche). Si vous avez un problème, n'importe lequel, lisez Watzlawick, votre bouche va s'ouvrir en grand (et vous allez rire : les ouvrages des gars de Palo-Alto sont souvent très drôles). Commencez par la trilogie (tous en Point Poche) Changements (1975), si vous voulez changer quelque chose, vous allez être secoué. Continuez par Le Langage du Changement, qui commence à définir autre chose sur la "réalité". Concluez par La Réalité de la réalité. Ces trois livres sont passionnants et faciles à lire (avec un stylo !).
- Watzlawick a appliqué directement ses théories sur l'injonction paradoxale (terme savant, mais facile à comprendre en lisant les titres) dans deux livres édités chez Seuil : Faites vous même votre malheur et Comment réussir à échouer. Attention tout de même : si vous êtes malheureux ou si vous avez des problèmes, vous allez vous prendre une belle séries de claques...
- Vous voulez creuser ? Un collectif intitulé La Nouvelle Communication (toujours Point Poche) réunit Watzlawick, Hall, Goffman et quelques autres. C'est plus complexe, mais c'est un puit de découvertes ! Un bilan plus récent est sorti : Les Cheveux du Baron de Münchausen. Sur la réalité (voir aussi ma page sur ce sujet...) "L'Invention de la réalité", un collectif aussi (n'hésitez pas à sauter les passages trop "techniques"). Tout cela va modifier profondément votre vision personnelle du monde, attention ! (je rigole d'avance...).
Grilles de lectures : Voici des hommes qui "relisent" notre vie et notre culture, d'une bien curieuse façon...
- Edward T. Hall (Point Poche, encore, merci à eux), dont je possède La Dimension Cachée et Au delà de la culture. Analyses étonnantes de nos comportements, c'est difficile à expliquer, mais... essayez, vous verrez.
- Erwin Goffman
- Henri Laborit met une grille de biologiste sur nos comportements. Ses livres sont serrés, percutants et rigolos. Pour moi, c'est un farfelu très intelligent, malin, qui va au bout de ses démarches, en exagérant avec un sourire. J'en ai trois : Eloge de la fuite (un grand classique), Biologie et structure et La nouvelle grille. On dirait souvent qu'il se place "en dehors" de la culture. C'est très "désinfectant" ! On trouve tout ça en Folio.
- Alberoni, si j'ai bien compris, observe surtout le "couple", avec une grille presque entomologiste de sociologue. Attention, l'amour en prend pour son grade, et vos illusions vont se lézarder, crac crac crac. Si vous n'êtes pas prêt(e)s, vous allez vous énerver et foutre ses livres au feu (je connais quelqu'un qui l'a fait... :-)
ENFANCES
- Cavanna : Les Ritals
Quand j'avais Cinq Ans/L'Opoponax/Tony Duvert
POESIE
- Reverdy
- Baudelaire
BD
- Tanaka : Gon
- Cadelo
SPIRITUALITE
- Krishnamurti
- C. Trungpa
CINEMA & TV
- Leone/Simsolo
- Hitchcock/Truffaut
Le Cinéma : Vaste programme, non ? Il y a sans doute des centaines de livres à lire, mais...
- Sergio Leone, Conversations avec N. Simsolo (Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma) est un régal. C'est drôle, passionnant, et très instructif.
- J'ai beaucoup aimé, dans la collection noire Ramsay, le fameux Hitchcock/Truffaut, entretiens de haute-volée, les biographies de Bunuel, de Welles (Bazin), d'Eiseinstein (Fernandez)...
- A lire un jour, certainement, les Lettres de Groucho Marx à sa fille, les biographies de, l'encyclopédie du Cinéma Américain de Tavernier et je sais plus qui.
ROMANS
- Elfriede Jelinek : Lust
Chacun de ces romans a été pour moi un choc. Leur point commun, je m'en suis rendu compte en faisant cette page, c'est que ce sont des livres "musicaux". La forme compte autant que le fond, et je pense pouvoir tous les comparer à des symphonies, des symphonies de mots...
Les romans de Faulkner se situent dans une contrée imaginaire, dans le Sud des Etats-Unis. On y rencontre des assassins et des idiots, dans un univers en ruines. Ce sont des tragédies écrites dans un style très classique qui peut se mettre à dérailler. Faulkner n'hésite pas à supprimer la ponctuation, comme Joyce à la fin d'Ulysse. Dans Le Bruit et la Fureur on peut trouver par exemple la phrase suivante :
...mains peuvent voir doigts rafraîchis par le col de cygne invisible où point n'est besoin du bâton de Moïse le verre chercher à tâtons attention à ne pas martellement dans le col frais et lisse martellement fraîcheur dans le métal le verre plein débordant fraîcheur sur les doigts sommeil déversé avec le goût de sommeil dans le long couloir de la gorge.
Ceci dans la tête de quelqu'un qui se lève la nuit parce qu'il a soif...
Certains personnages peuvent avoir le même nom (Caddy et Quentin dans le Bruit et la Fureur), et les chronologies s'entremêlent. Il faut se laisser embarquer par les tourbillons de la prose faulknerienne...
Pour commencer on peut acheter Tandis que j'agonise, qui est un peu plus facile à lire.
Bernhard est un imprécateur, ses livres (ses symphonies) sont souvent constitués d'un monologue terrible et continu, d'où émergent des "choses", des thèmes, et en fait toute une philosophie. Le narrateur, chez Bernhard, semble toujours être non pas fou, mais au bord de la folie, comme s'il retenait 40 chiens en colère. Bernhard vous "happe", je n'ai jamais lu quelque chose d'aussi fascinant. Le résultat, c'est qu'on le trouve extrêmement méchant, puis on se met à rire. Et le rire qu'on trouve dans les oeuvres de Bernhard ne ressemble à aucun autre...
Non seulement Wertheimer est né avec le suicide dans le sang, mais en plus il a une soeur.
Le Naufragé (ou Maîtres Anciens) existe en poche (Folio), et est un bon point de départ...
Soseki : Oreiller d'Herbes est un petit roman très drôle, l'histoire d'un peintre japonais qui fuit la ville pour retrouver l'inspiration à la campagne... et s'y ennuie tout autant !
Antonio Skarmeta : Une Ardente Patience est l'histoire hilarante d'un facteur amoureux, qui apprend ce qu'est une métaphore auprès de Pablo Neruda.
Cavanna m'a beaucoup appris. J'aime sa gourmandise de la vie et son solide bon sens, et puis son amour des mots. Il faut lire toute sa "biographie", les Ritals et la suite, c'est plein de jus.
Claude Simon joue avec ce style "faulknérien" que j'aime tant, plein de participes présents et de phrases qui courent. Lire la première page de La Route des Flandres, ça passe ou ça casse...
Marguerite Duras, dont j'aime le Dix heures et demi du Soir en Eté, l'Amant, et quelques autres.
Le problème, c'est que j'ai lu tout Kundera. Tous ses livres, à part La Lenteur, me font bouillir la tête. Par quoi commencer ? La Plaisanterie ?
Gabriel Garcia Marquez, pour les nouvelles et pour Cent Ans de Solitude. Une prose inventive, charnelle, exagérante et fabuleuse.
Je viens de lire Lune Sanglante de James Ellroy, et je dois avouer que c'est vraiment très fort (Merci Olivier) ! A Cause de la Nuit, et La Colline aux Suicidés, le reste de la Trilogie Lloyd Hopkins, sont tout aussi... puissants. Si vous connaissez d'autres romans de ce style (je n'aime pas trop les polars, à priori), je vous écoute !
Sur la guerre 14-18, il faut lire Le Feu, de Barbusse, terrible, humain et beau en même temps, pas loin de Giono parfois, et Orages d'Aciers, de Jünger, ou la guerre vue du côté d'un officier allemand, vision guerrière étonnante par son côté "analytique". On peut terminer par Témoins, de Jean Norton Cru, qui démolit les deux précédents d'une façon remarqueblement fouillée...
J'apprends à découvrir Paul Auster et sa tristesse souterraine. Il faut lire Le Choix de Sophie, de Styron, ainsi que Les Confessions de Nat Turner, beau roman sur l'esclavage. L'incroyable J.K. Toole et sa Conjuration des Imbéciles, hilarant. La Création, de Ferruci, une autobiographie de Dieu, profonde, amusante, philosophique. Un Stephen King, de temps en temps, c'est tellement bon. Aussi, il faut lire de temps en temps un Jean Giono, pour retrouver le goût de la langue. Je n'ai jamais été déçu par William Boyd, ni par David Lodge. Il faut lire Le Passeur de Lumière, de Bernard Tirtiaux, qui raconte la vie de Nivard de Chassepierre, orfèvre qui apprivoise l'art du vitrail, au XIIème siècle. Au Temps du Fleuve Amour, d'Andreï Makine est un petit livre drôle et attachant sur la vie d'un enfant en Sibérie fasciné par l'occident et... Belmondo !
Des lacunes, Dostoïevsky : je ne connais pas. Je n'ai toujours pas lu Don Quichotte, ni Hermann Broch, Conrad, Jean Genet... Si vous avez des trucs à me conseiller, n'hésitez-pas !
NOUVELLES
- Borges: Oeuvres Complètes dans la Pléïade
- William Boyd : La Chasse au Lézard
- Varlam Chalamow : Récits de Kolyma
- Raymond Carver : Tout !
Borges a sans doute écrit les plus belles nouvelles. Des histoires de Ruines Circulaires, d'hommes à la mémoire infinie, etc etc. Le charme de cette intelligence joueuse est inexplicable.
Les nouvelles de Boyd m'ont surpris par leur force, c'est entre Carver et je ne sais quoi. Une tristesse permanente, aussi, souterraine, peut-étre comme chez Paul Auster.
Chalamov a passé des années en Sibérie. Ses Récits durent une ou deux pages, et décrivent aussi bien les conditions de vie des camps que la beauté extraordinaire de la nature.
Carver décrit avec une musique lancinante et calme la vie des gens ordinaires. La douleur qui y perle est unique, sans ironie, immobile. C'est assez inexprimable n'est-ce pas...
Goyen, ce serait entre Faulkner et Garcia Marquez, les malédictions de l'Amérique avec le langage fabuleux des rêves. Il faut lire Précieuse Porte.
Salinger est connu pour son Attrape Coeur. Ses Nouvelles sont magnifiques, sensibles et modernes, je ne sais pas expliquer.
Les nouvelles de Saki, cet anglais farfelu, sont marrantes et caricaturales.
AUTRES
- Brian Eno : Journal
- Jacques Salomé : Si je m'Ecoutais je m'Entendrais
- Paul Watzlawick : Tout
- Chögyam Trungpa : Tout
- Claude Roy : Journal
- Collectif : L'an 2100, récit du prochain siècle
- Milan Kundera : Les Testaments Trahis
- Guy Scarpetta : L'Artifice
- Krishnamurti : Se libérer du connu
- Nietzsche : Le Gai Savoir
- Primo Levi : Si c'est un Homme
- Scott Adams : Le Principe de Dilbert.
- Neil Sheehan : L'Innocence Perdue.
Le Journal de Brian Eno est une mine d'or. On le voit travailler avec U2 ou Bowie, inventer des expos farfelues, rigoler avec ses deux fillettes. Une bonne intelligence au travai : un vrai bonheur !
Je découvre les entretiens de Raymond Aron, un regard passionnant sur le siècle...
Jacques Salomé décrit les relations humaines avec une acuité que je n'ai jamais trouvée ailleurs. Il parle juste, et frappe juste souvent : il n'hésite pas à nous mettre des bonnes baffes, sous des "Dites doucement votre vérité". Il m'a appris des tas de choses, des choses très très très utiles...
Neil Sheehan : L'Innocence Perdue. Ancien journaliste au Vietnam, Sheehan a mis seize ans pour écrire ce livre extraordinaire sur la guerre du Vietnam vue sous tous ses aspects. C'est un splendide boulot, passionnant. A lire à tout prix.
Chögyam Trungpa était souvent cité par Eno. C'est une sorte de maître bouddhiste passé à l'occident. Eliminez le folklore, et c'est très drôle !
Le Journal de Claude Roy (en plusieurs volumes dont quelques uns chez Folio) Merci à Hervé qui m'a fait découvrir Roy.
Paul Watzlawick fait partie de l'école de Palo-Alto (il faudra un jour que je fasse une page sur Palo-Alto). Ses recherches sont "vulgarisées" dans deux livres : Faites vous-même votre propre malheur, et Comment réussir à échouer, où il applique ses propres préceptes ("prescrire le symptôme"). Certains de ses livres sont disponibles en Point Poche. Il FAUT lire Changements, Paradoxes et Psychothérapie. Je me suis rarement autant amusé !
D. Hofstadter : Gödel/Escher/Bach est un livre-jeu. Il faut aimer quand même les mathématiques...
Schopenhauer me fait rire. Michel Serres, ce jubilateur, me fascine. A.C. Spomville est trop bavard et confus, mais ses recherches me touchent, c'est un matérialiste, un charnel, tout comme Onfray, qui parle de plaisirs et de gourmandise, alors forcément...
Le Gai Savoir, de Nietzsche, c'est l'exemple même de la pensée en archipel. Une somme de centaines de petits textes, sans rapport les uns avec les autres bien souvent, une sorte de promenade dans la pensée du philosophe. Un livre fabuleux, exagérant, éclatant. Un livre avec lequel danser et se battre.
La correspondance R.M. Rilke/Lou Andreas-Salomé, précieuse et touchante (Rilke est beaucoup plus jeune que Salomé).
Le Principe de Dilbert, de Scott Adams, est un livre hilarant sur le monde de l'entreprise. C'est cynique et intelligent. Il faut le lire après l'indispensable Principe de Peter (Peter et Hull), qui est une définition du Principe d'Incompétence.
Qui me conseille un livre de Noam Chomsky ?
Voir aussi les citations, un peu plus bas dans la page Mots .
POESIE
Reverdy, les Fleurs du Mal de Baudelaire et aussi beaucoup de Rimbaud, Verlaine, Apollinaire.
Quelques Haikus de Buson m'émerveillent...